‹ PortugalChapitre 36 sur 42 · LES BUINES BU CHATEAU DE LEI · texte numérisé non relu

LES BUINES BU CHATEAU DE LEI

BiA. — Ces ruines si précieuses aux yeux des vrais Portugais, par le grand nom

Qu'elles rappellent; ces vestiges presque étruits d'une résidence rovale , sélèvent sur uneéminence, dans la plaine, au nordouest de la cité. C'est là que le roi laboureur avait établi sa demeure ; des tours de son château il jouissait de la vue la plus imposante ; et sans doute qu'après s'être occupé en pasteur dUigent du bien des peuples , comme dit si bien la chronique, sans doute qu'il charmait ses loisirs par de curieuses investigations, dont le souvenir n'est pas complètement éteint.

Murpby nous dit, dans son journal manuscrit , que les portes ainsi que les fenêtres du château de Dinizavaientété arrachées à d'antiques ruines voisines de Batalha, et que ces ruines étaient désignées sous le nom de Polipo , ou mieux encore de Calipo. Au treizième siècle, les ruines de la période romaine devaient s'élever de toutes parts en Portugal, et les vestiges de l'art antique qu'elles renfermaient ne furent certainement pas dédaignés par l'habile monarque. Un objet bien fragile que nous a légué ce siècle, et que nous avons sous les yeux, le prouverait au besoin. Le scel royal du roi laboureur, tel qu'on le conserve aux archives du royaume en France , est non-seulement d'une admirable exécution , mais il se fait remarquer encore par une circonstance particulière. Des pierres gravées ornent les deux faces, et sont une preuve du goût intelligent qui

S résidait durant cet âge à divers objets 'art. On sait, du reste, quelle importance certains princes mettaient à cette époque dans la confection de leurs sceaux; à la tête du mouvement intellec-

(*) Un voyagear déjà cité, M. le prince Liclinowky, nous apprend qu'un des plus beaux arbres de la fontaine des Amours a été renversé par un ouragan.

LUNiVERS.

toel de SOD siècle^ Dioic n'a pas n^ligé eette branebe scocmdaire de Fart, et «ne fragile enpreinle noiu dit peufélre mieux aiijonrŒhui que de grands rnonumenu , ee fiill y eut de délicatesse et de grâce dans romemeotationdecetemps.

A trois Keues de Leiria, s^éiève la jolie ville de Porto de Moz, avec ses poétiques traditions. Les ruines de ses environs sont célèbres encore , et mériteraient d'être visitées par un archéolo- Sue exercé. Un petit monument pleia 'élégance orne sa place principale»

et nous Tavons offert au lecteur, non eomme un vestige des vieux âges, mais comme un spéomen de ces jolies croix de pierre que Ton rencontre si fréquem* ■lent en Portugal.

LSCOirVinXDU CBnnTDBTHOMiJI.

-K» Cette réunion d'édifiées, aujourd'hui abandonnés, appartient à différents âges et rappelle les plus grands événeinenta oui aient illustré la monarchie, Cepen* dant, comme l'Oise a été reconstruite pardon Manoe), il faudrait peut«étre ran* ger tout le monument parmi les construe* tions de la renaissance; Thomar futconsacréparleroi Ddnizaux templiers^ nous n'hésitons pas a rappeler ici ses restes vénérables. Cette Teste habitation , dit on écrivain portugais, se composait de trois parties bien distinctes: le couvent proprement dit avec son église, see cloîtres, ses dortoirs et toutes les divisions qui appartiennent à une maison régulière; te cliâteau avec son enceinte et ses boulevards ; et en troisième lieu, la Quinta ou le parc muré du couvent : on pourrait y joindre encore le fameux aqueduc oommenré par Philippe H, en 1595, et fini par Philippe 111 ,en 1613. nous nousoccuperons iciprincipalemeàt de l'église et des autres dépenaances du couvent. « Deux portions tort distincte^; se font remarquer dana ee temple, dit encore l'écrivain cité précédemment; la grande chapelle est visiblement plus ancienne que tout le reste , et on la considère généralement eomme faisant partie de l'œuvre primitive , fondée par Oualdim Paez; il en est de même du rétable intérieur, que l'on désigne soua le nom de charola, ou de la niche aux saints ; de même également des petites chapelles qui l'entourent... Une vague tradition , en effet , a, pour ainsi dire ,

consacré l'opinion oui attribue cette merveilleuse antiquité au premier grand maître des templiers, à Thomar, Lâcharola est une espèce de reliquaire de bois placé autour de la grande chapelle...; son élégante et fine structure, ses; bas reliefs, ses peintures , les parties dorées , fornieut une espèce de châsse, œuvre d'un goût admirable et à la fois d'uue originalité qui remplit le cœur de vénération. Nous n'avons pas d'autre raison pour rejeter rorigine qu'on lui donne, sinon la perfection et la délicatesse du travail , peu d'accord, il faut en convenir^^ avec ce que produisait le milieu du douzième siècle.» Tout en insistant sur l'idée qu'un tel ouvrage a bien pu être exécuté dans rOrient parles ordres deGualdim Paez, l'auteur portugais convient que les autres ornements de la grande chapelle sont d'une trop grande perfection pour qu'on les puisseaitribuer à la période où vivait le grand maître. Extérieurement cette grande cliapelie est octogone et prend à l'extrémité la forme d'une forteresse garnie de ses créneaux. Le monastère de Thomar, du reste, qvi renferme des vestiges d'art infiniment précieux, a été reconstruit en partie durant le quinzième siècle.

SANTA-MARiÀ-no-ouvÀL. ^ Après l9 description du magnifique couvent de Thomar , il faut nécessairement dire quelque» mots de l'église de Santa-Maria-do Olival ; ce sera néanmoins plutôt en raison de ses grands souvenirs, oue pour son architecture, qu'il en sera ait mention ici; il ne reste plus, en effet, des constructions primitives de ce vénérable sanctuaire, que la façade tournée vers le couchant. L édifice s élève sur une colline, que baigne la rive droite du Rio Nabâo, non loin de l'emplacement où a'éleva jadis l'antique villeaeTVa^ncto, dont il ne subsiste aucun vestige vraiment historique. L'église de Santa-Maria-do-Olival , aujourahui abandonnée, fut elle- même entourée jadis de nombreuses constructions ; elle est toujours chère aux Portugais; car c'est laque repose encore Gualdim Paes , le grand maître des templiers.

LÀ CATHSDBALE DB LISBONRB ( A SB DB LISBOA).— FAÇ ADB ATTBIBUBB A L'BPOaUB DB ]>OII FBBNANDO. ^Mal-

FCmiUGAL.

gré le cèle édeirédaiit il fait pnm?6, toutes les 16k qo'ik s*agit de ëédrire teâ grands monuments du Portugal , John Murphy garde un silence absolu sur Tantique cathédrale de Lisbonne; peut-être voulait-il lui consacrer une monoisraphie particulière, eomme il l'a fait à Té* gard de Batalha ; peut-être aussi a-t-il trouvé que le noble édifice avait subi trop d'altérations pour le rendre Tobjet d'une description spéciale. Grâce à des documents certains, fournis aujourd'hui par les Portugais eux-mêmes, nous allons combler une lacune dans la 8ta« tistique monumentale de la Péninsule.

Avant gu'elle tombât au pouvoir des Sarrasins, et dès l'époque de la domination des Goths, Lisbonne était le siège d'an évéclié. La liste des évêques qui l'occupèrent est demeurée incert'iJDe. On sait néanmoins qu'un prélat anglais, que les écrivains du moyen âge désignent sous le nom de don Gilberto, dirigea le premier ce siège important; il était venu à la suite des étranjî^ers qui contribuèrent à la récupération de Lisbonne, et Vjégioiogio Lusitano renferme sur lui des documents précieux. Un des auteurs qui ont écrit, dans ces derniers temps, sur Tantique cathédrale , M. le ehanoine Yillela , nous dit que le chapitre de la Se fut établi en 1150, et que don Gilberto o^ donna qu'on y fit usage, durant les offlees, du bréviaire de Salisbnry. Il parait, en même temps , qii% la cathédrale de- Tint, dès ce temps, un foyer d'études monastiques, bien avant l'institutiofi de Tunlversitè de Coïmbre. L'église de Lisbonne était au moyen âge suffra»

^ante de la cathédrale ée Braga; et il en tut ainsi jusqu'à l'époque où Joam I* fonda une dynastie nouvelle. Alors seulement, elle reçut le titre d'église niétropolitainiB, et la bulle de Boniface IX, qui rélève à celte dignité, est datée du 13 de novembre 1399.

Si nous nous occupons maintenant du caractère ardiitectonique de ce vénéra* ble monument, nous verrons qu'il reste bien peu de chose de ses oeuvres primitives. Les constructions datant proprement de l'époque gothique ont disparu certainement à la suite de catastrophes diverses ; et l'on a la certitude que, dèsle milieu du qoatorsièmesiècle,

en 1344, gp cffreyaMe tremblement de terre kii avait fait subir de tels dommages, 4|ue la grande ehape^ dut être rèédifiee complètement par Affonso lY.

Le bouleversement de 17 US eut des conséquences encore plus funestes; et l'incendie surtout, qui en fiit le résultat» causa un domniage irréparable à l'un des édifices les plus intéressants de r£urope : il détruisit la coupole qui existait au-des.<(us de la nef principale. La violence du feu anéantit la toiture du côté qui regarde le T^e; et le majestueux clocher, qui s'élevait audessus de l'édifice, ne put résister. I^e trésor, si riche, de la cathédrale |)érit également à la suite de cet événement désastreux.

On suppose quels façade principale, telle quVlle est actuefiement, a reçu ses pnncipaux diangements au temps 4e don Fernando ; la tour de riiorloge, au sud, aété mêmeréédtfiée, il y a moms é'un siècle, lors des reconstructions ordonnées sons l'administration de Pombal. Grâce à un ancien dessin que nous a conservé Lavanha, on voit que les tours étaient composées de corps de bâtisse superposés, terminés par des clochetons élancés. Il paraît qu'à l'époque où le monument dut recevoir les iiidisp«nsables réparations qu'avait nécessitées le tremblement de terre, l'arehitecte eut l'ordre de faire tous ses efforts pour conserver dans leur intégrité les restes du vieil édifice; mais que, conformément à l^esnrit de l'époque, il se mit peu en peine d'pbéir. Il s'occupa fort peu de la oonsQlidation du temple, et fit tous ses efforts pour lui donner un aspect d*élégance mensongère, qui contraste av«c son caractère réel; il employa, dans ses réparations, un stue peu solide, probablement avec l'intention de cacher aux yeux les effroyables fissures causées par le trem- Mement de terre; rien de tout cela n'est durable sans doute; et lecrivain portugais, auquel nous empruntons la plupart de ces détails, avoue qu'en 1834 il Bit effrayé par le craquement qui se manifesta tandis qu'il était dans l'église, vers la partie supérieure du chœur (*).

<*) Voy. le Panorama,

L'UNIVERS

Le vaisseau à rimérieur présentait jadis uQcaractère ibienautrement imposant par son étendue que celui qu'il offre au* jourd'hui. Avant rénoque où le roi Joseph donna des orares pour sa reconstruction, c'est-à-dire en 1767, telle était sa dimension qu*on ne pouvait rien lui opposerdeplusgrandioseà Lisbonne. On découvre encore aujourd'hui des fragments de colonnes, appartenant an temple primitif, dans la sacristie où les chanoines viennent se revêtir de leurs ornements sacerdotaux :^râceà certains vestiges, il est donc possible d'apprécier son immensité.

Les grands souvenirs historiques ne manquent point à cette cathédrale; on y voit les sépultures du vainqueur d'o Salado, et de dona Brites, son épouse ; mais ce ne sont plus les vieilles tombes, telles qu'elles furent édifiées au quatorzième siècle , qu'on peut visiter : le tremblement de terre de 1756 les avait détruites , tout en laissant in* tacts les cercueils dans lesquels reposaient ces vénérables ossements. Dona Maria 1^ ordonna , en 1779 , qu'on les transportât dans l'enceinte de la chapelle de Nossa-Senhora-doL'Tocha; et deux ans plus tard, en 1781, cette princesse fit élever de magnifiques mausolées pour les contenir : malheureusement ces monuments du dix-huitième siècle ne reproduisirent eu aucune manière l'aspect des tombes contemporaines.

C'est encore dans la cathédrale de Lisbonne que sont conservées les reliques de saint Vincent, le patron de la ville et du royaume des Algarves; c'est également dans ce temple qu'on montre les fonts baptismaux où fut présenté saint Antoine, né dans cette capitale et improprement appelé saint Antoine de PadoUe. Le trésor a, du reste, beaucoup souffert de Tinvasion des Français.

11 y eut un moment où cette église métropolitaine fut tout à coup déchue de son rang, ce fut au temps où Joâo V établit une division en Lisbonne orien»

taie et Lisbonne occidentale. A cette époque, le siège épiscopal forma également deux diocèses; et, en 1740, le titre de cathédrale fut aboli par une huile de Benoît XIV : la se reçut alors le titre de Basilique de Sainte Marie"

Majeure : en vertu de cet acte les deux dioicèses se virent réunis sous une seule juridiction , celle du patriarche. Il y a peu d'années, et tout en conservant à l'archevêque de Lisbonne le titre de patriarche, on a rendu à Tantique église le rang qu'elle avait depuis tant de siècles.

LE COUTENT DE BATÀLHA. — On a

déjà vu au commencement de cette notice dans quelles circonstances ce magnifique monastère fut édifié; c'est en quelque sorte le principal événement de l'histoire moderne du Portugal, rendu sensible à tous les regards ; c'est le symbole imposant qui dit toutes les grandeurs de la maison d*Aviz : mon intention ne saurait être d'entrer dans aucun détail à ce sujet : Luîz de Souza, Murphy, don Fr. Francisco de Sam Luiz , et en dernier lieu M. le comte Raczynski, ont épuisé la matière. Je rappellerai seulement , d'après le savant qui rectifie

(plusieurs erreurs de ses devanciers, que es premiers maîtres de l'œuvre se nommaient mestre Affonso Domingues, mestre Ouguet ou Huet, mestre Martim Vasquez , mestre Fernào de Evora et mestre Matheus Fernandes, en gardant l'ordre dans lequel ils sesucc^èrent.Les quatre premiers eurent la gloi re de diriger les œuvres primitives, le second présida à la construction de la chapelle machevée , commencée sous le règne d'Emmanuel, et sa tombe, qui existe dans réglise, fixe sa mort à l'année 1515.

Les magnifiques verrières du couvent de Batalha datent , pour la plupart , du quinzième siècle ; les artistes eminents auxquels on doit les plus remarquables sont mestre Guilherme , mestre Joâo et mestre Antonio Taca père.

Nous répéterons ici , pour ceux qui n'ont pas à leur disposition le grand ouvrage cité plus haut, que le monastère fut commencé en 1386 ou 1387. Les travaux marchèrent avec rapidité; mais il n'est pas juste de dire, comme on Ta fait, que deux années suffirent pour son achèvement. Peut-être , dès le mois d'avril 1388, fut-il remis aux moines dominicains; peut-être le service religieux com> meuça-t-il à l'époque désigné par Luiz de Souza : il est certain que don Duartey fit exécuter de grands travaux. Selon toute probalité , il restait eneore beau-

coup à faire vers la fin da quatorzième siècle.

Grâ^e à robligeance d'un homme habile, nous avons pu reproduire ici certaines parties du monument, certains détails architectoniçrues qu'on ne trouve pas dans plusieurs aes livres publiés sur ce magnifique monastère; et ron appréciera sans doute dans la façade Tun des spécimens les plus remarquables de Tarcnîtecture de cette période (*). Nous nous interdirons, néanmoins, Les descriptions oiseuses , et nous nous contenterons de signaler rapidement les parties les plus notables de l'édifice sous le rapport historique.

La chapelle du fondateur, dont nous offrons une vue, est à droite en entrant parla porte principale de l'église ; c'est une salle carrée qui, selon F. Luiz de Souza, n'a pas moms dequatre- vingt-dix palmes de chaque côté : la tombe de Joam I" et de dona Felippa qu'on voit au milieu de cette magnifique enceinte est entièrement de marbre blanc : on distingue au milieu des feuillages qui ornent la frise supérieure de cette sépulture, la devise ou monarque : Jl meplet^ et sur l'autre moitié : pour bien. Grâce à l'ornementation du mausolée , on a également la preuve que le mestre d'Aviz appartenait à Tordre de la Jarretière. Les effigies monumentales des deux époux reposent sur cette tombe.

Bien d'autres sépultures vraiment historiques ornent encore l'église : au côté sud de la chapelle on voit s'ouvrir, dans le massif de la muraille, quatre cercueils de pierre où reposent les quatre fils de Joam P% don Pedro (d'Alrarrobeira) , donHenrique,don Joam, et enfin don Fernando, surnommé le Saint-Infant ; les huit autres sépultures qu'on remarque dans cette chapelle ne renferment , à ceque l'on suppose, aucun personnage de race royale.

Il faut compter parmi les merveilles de Batalha la salle du chapitre dont on ne peut s'empêcher d'admirer l'architecture singulièrement hardie; on

f*) « En faîtd'éléeanee, il n'est certainement point en Europe de fronUspice gothique qui puisse être comparé à celui de Batailla ;i le portail, qui a vingt-huit pieds de large sur cinquante-sept de naut, est accompagné d'une cen* taine de ligures en grand relief. » Voy. Mur* phy, Foyage en Portugal ^ 1. 1, p. W.

trouvera le récit des traditions qui se rattachent à sa construction dans les Mémoires de l'académie. Au milieu de cette salle imposante sont placés trois tombeaux : celui d'Affonso Y, surnommé l'Africain, puis là sépulture de dona Isabel , son épouse , et celle du fils infortuné de Joam II , qui mourut, à seize ans à peine, de cette chute fatale dont nous avons raconté les diverses circonstances. C'est aussi dans l'un des angles de la salle qu'on voit le buste de Matheus Fernandez, considéré comme l'un des derniers architectes de ce noble édifice.

Disons un mot de cette magnifique Chapelle incomplète dont nous offrons une vue intérieure; elle porte le nom qui la désigne, parce qu'elle ne fut jamais achevée.

Dans le corridor qui descend du couvent pour conduire a la chapelle de Santa Barbara, dit un écrivain portugais qui nous sert ici de guide, on trouve derrière celle-ci une petite porte; puis en sortant on en rencontre immédiatement une autre un peu plus grande : la croix de Tordre du Christ, qui est sculptée à son sommet, et les sphères qui servent de devise parlante à don Manoel, indiquent une architecture d'un autre âge. Cette porte donne entrée sur une enceinte découverte^ qui se trouve derrière la chapelle de l'église; nous nous abstiendrons ici de toute description; il suffira de dire que rien n'est plus original , plus élé-

fant, que cette chapelle délaissée, estinée, affirment quelques historiens, à servir de lieu de sépulture au roi don Manoel : ce roi abandonna, dit-on, le merveilleux édifice, si bien commencé , vers 1509 , c'est-à-dire au temps où l'on commença un autre monument , également plem de hardiesse et d'originalité , rappelant les immenses découvertes qu'on venait d'accomplir. Partout, dans la chapelle incomplète, on lisait ces mots mystérieux : Tanyaserei, On avait parcouru la terrCf on avait cherché en effet !.. Les riions de l'Orient envoyaient déjà leurs richesses à Lisbonne, et Belem avec ses magnificences commença bientôt à s'élever.

• PA.LAIS-B0YAL DE CINTBA. — AU milieu de ces montagnes magnifiques célébrées par Byron, le monument, que vont

L'UMIVËRS.

dierdierle8 60ii¥eiiin,e8tle noble édifiée qui porte le nom de Paça-Beai : ee palais , mie vantent toar à tour les Tojageurs et les nationaux, est une des merveilles de ces contrées. Nous sommes heureux de pouvoir emprunter ici quelques détails à la plume élégante qui nous a donné dtitra pittoresque. Le premier ol)jet dont sont frappés les regards, lorsqu'on a doublé ta oescente de Sam-Pedro pour entrer dans Cintra, c'est le palais; il a été bâti par le fondateur de la maison d'Avi£,ou plutôt il a été réédifié par lui et augmenté par ses successeurs. « Certaines dispositions interieuresunies.au caractère prononcé d'architecture arabe, au'on remarque dans l'aspect des fenêtres, le nom de Méca conservé encore à Tun des enclos , toutes ces raisons réunies à d'autres motifs, me confirment dans l'opinion que, précédemment à l'époque où don Joam F** fit élever ce palais, il existait là certaines constructions du temps des Maures; l'irrégularité même de la construction actuelle démontre que divers individus contribuèrent à son édification.

« Il est bien possible que ce monument fût le petit Alhambra des rois maures de Lisbonne : ce qu'il y a de certain , c'est

2 ne la sensualité des Orientaux avait dd ientôt reconnaître le charme qu'il y aurait à posséder une habitation dans un pays ou la nature convie les hommes à tous les genres de Jouissances.

« Un voyageur instruit qui, outre ses

È;régri nations dans l'Orient, avait visité renadeetlespalaisenchantésderAlhambra , m'a affirmé qu'il trouvait dans Cintra (sans toutefois ^ue l'analogie fût parfaite) un je ne sais quoi , une certaine inspiration qui lui rappelait cet édifice célèbre. Dans toutes nos maisons royales, les salles (c'est la coutume) portent les mêmes dénominations; il y a la salle des Archers, celles de la Torche , du Baldaquin ; dans ce palais , de même que cela arrive pour l'habitation du dernier roi maure d'Espagne , les salles sont désignées par des traditions particulières. De même

Sue les yeux crédules vont chercher làas, sur le pavé de marbre des Abencerages, le sang de cette tribu malheureuse, assassinée par ordre du roi Boabdil , de même les carreaux usés d'une pièce offrent un funeste souvenir, et livrent aux siècles futurs la mémoirt

d'un crime également aftroee. hm même

Su'on voit là-bai la salle des Ambassaeurs et de la Justice, de même on montre ici le lieu où eut lieu l'Audience des tristes souvenirs.... la dernière qui fut donnée (*). La salle des Deux-Sœurs, le Cabinet de toilette, le Jardin de Lindaraxa , où les dames maures se rendaient au sortirdubainpour respirer la fraîcheur de l'air et le parnim des fleurs, tout cela se voit reproduit ici dans le lieu consacré aux bains et au milieu de ces plantations d*orangers , pour l'entretien desquels on payait encore, en 1640 , deux esclaves.

<t A travers les profanations d'une architecture moderne et mesquine qui dépare cette délicieuse retraite, on voit surgir à chaaue pas l'élégance, la grâce, la poésie et la délicatesse de l'ancien art oriental ; tantôt dans les piliers de ces fenêtres, qui rappellent de sveltes troncs d'arbres, tantôt dans ces fontaines perpétuelles, qui existent en telle abondance dans le

Salais , qu*on n'en compte pas moins de ix-sept. »

Nous voudrions poursuivre ces curieux rapprochements; mais l'espace nous les interdit. Nous nous contenterons de rappeler que le palais de Cintra offre depuis plusieurs siècles une salle monumentale analogue à celle qu'on a récemment fondée à Versailles : cW celle nui est destinée à perpétuer le souvenir de I antique gloire

Portugaise ; elle fut fondée par ordre de on Manoel, et présente les blasons de soixante-quatorze familles. On rappelle tour à tourlasalledes^rm^^oudes Cer/s, parce que les blasons des familles |>rivilégiées sont suspendus au cou de plusieurs têtes de cerfs peintes comme ornementation monumentale.

Nous n'abandonnerons pas Cintra, sans rappeler le goût sévère et le sentiment artistique qui président en ce moment aux réparations du château da Pena : le roi D. Fernando n'a rien négligé de ee qui pouvait conserver ce monument an pays, et sous cette haute direction, le baron d'Esebwege applique à Tarchéologie du moyen âge les facultés éminedtes qui ont répandu sa réputation dans une autre branche du savoir (**).

(*) M. le baron Taylor a reproduit une vue de oetie Mlle où doa Sébastien prit coog^ de la cour, en 1678. , -- , » ,^

(**) JNoataaqmitteraDS paacaUe f^gioapkbia

LA vomi DB BÉLËM.— Lechronigneur |Mir exeetlence de ia fin du quinzième $\èr cle , Garcia de Resende, qui était un peu le factotum de Joam II et qui nous raconte avee tant de naïveté les mille petitsser? ices qu*il rendait à ce prince, si lougueux et si impatient, Resende, lepoete,le page dé récrîtoire, comme on disait alors, fut aussi un habile architecte : ce fut lui qui donna le plan de latourdeBelem. Ce roi, à la saçEacité duquel rien n'échappait, D. Joam, avaiteompris qu'il fallait construire une tour sur la rive droite du Tage un peu au-dessous de Lisbonne, pour que son feu pût se chïîser avec celui de la Torr&' Pei/fa, qtie lefondateur delà maison d'Avis avait érigée; il s'adressa à Phomme habite qui ne le laissait jamais dans rembarras, et sous son successeur, la tour de Sani Vicente de Belem s'éleva. Le premier capitaine gui en eut le commandement fut un certain Gaspar; ce fut le 25 de septembre 1521 qui! fut nommé par le roi don Manoel.

Ce curieux monument est retracé dans

{presque tous les Voyages en Portugal; e pseudonyme dd diâtelet, Kinsev, les Keepsakes* anglais, en ont donné des figures plus ou moins exactes. Nul n'a mis autant de soin dans sa description architectonique que le baron Taylor.

COUVENT DBBELËK. — BcIcm, commc fa très-bien dît un jeune savant brésilien, Belem est l'expression architecturale du Portugal agité, progressant, colonisateur, comme Batatha représenté le Portugal indépendant, sous un régime stable et tranquille. Une tradition vague, ajoute M. Varnhagen, avait fait adopter l'opinion, que le pfineipal architecte de l'œuvre était un Italien qui s'appelait Potassi ; nous l'avions dit autre part avec ia plus grande réserve, parce que nous ne trouvions aucun vestige de ce nom; nous nous voyions. même sans aucun recours pour examiner sur quelles bases reposait la tradition; gardante peine le droit de proclamer comme maître de l'œuvre , Joâo de Gastiibo (*) , sur l'exis-

de grands soavcnirs sai» réparer ane erreur, due a une table de généatogie fautive. La deuxième note de la p. 344 d^itae rapporter ee

itarlie à un D. Â.lvaro de Castro et non à O. jo&o. On voit néanmoins dans Bardosa Macbado que la femme du grand homme lui survécut

(*) C'étaK le savant architecte eaUtfe de don Maaoei. \oy. Bardosa Machado*

tence duquel nous fixations aucun dente, dorénavant celui-ci doit céder h palme a son collaborateur, qui définitivement nous semble Italien , comme le voulait la tradition; et rhonneur d*aToir été le premier architecte de Belem doit être transféré à Boitaca, artiste connu par le souvenit de ce quMI a fait dans les oeuvres du couvent de Batalha , durant les années 1499 , 1512, 1514 et 1519.

Le couvent de Belem commença à Relever le 21 avril de Tannée 1500, sur remplacement occupé jadis par la petite chapelle de Rastello : des fonds considérables, provenant souvent du commerce de rinde, furent affectés à sa construction, puisqu'en Tannée 1511 on volt cinquante quintaux d'épices remis à Tinspecteur des travaux Lourenço Fernandez, pour subvenir aux dépenses , et que des donations du même genre continuèrent à avoir lieu dans le même but. Ce monument eut nécessairement plusieurs architectes*^ et Ton compte même, parmi eux, selon la tradition, une femme célèbre : tout fut ramené, néanmoins, à un caractère essen» tiellement original, et oui distingue, dit un habile archéologue , le style du r^ne de don Manoel , style qui se reproduit dans plusieurs monuments de la même période.

La façade du monastère, tournée an sud, est faite de cette pierre calcaire dure,

Îui est si abondante aux environs de .isbonne : elle acquiert, avec lé temps, ce beau ton doré, tirant sur le rouge , que les voyageurs vantent avec raison ; celte façade méridionale peut naturellement se diviser en cinq parties distinctes , dont on trouvera les divisions dans les ouvrages spéciaux qui ont été écrits sur Belem.

L'intérieur de Téglise du monastère, qui offre un caractère essen tiellement original, a étési fréquemment reproduit par le dessin et par la peinture dans ces derniers temps, quenousén dirons quelques mots seulement. Selon un écrivain portugais, qui insiste sur Texactitude des mesures prises par lui, le corps de Téglise a neuf brasses de largeur, et sa lenteur n'arrive pas à trente-cinq brasses ; il résulte de là qiTelle est un peu plus petite ?ue celle de Batalha et fort inférieure par étendue à Aleoba^.

Le monastère de Belem renferme la

L'UNIVERS

sépuhurerde plusieon monar(iae8 et de

plusieurs personnages illustres; on y voit encore la tombe de Manoel , dont les cendres furent apportées au monastère en 1551; celle de Joâo 111, de don Sébastien , de dona Catharina. Les restes du cardinal-roi sont placés à côté de ceux des infants don Luiz et don Carlos :

l'infortuné Affonso VI est placé pour ainsi dire à part, comme il est demeuré durant sa triste vie.

A en juger par les détails que nous avons sous les yeux , les curiosités artistiques du couvent de Bélem sont innombrables ; elles n'ont malheureusement pas toutes été respectées durant les changements qu^ont amenés les derniers événements; quelques-uns de ces précieux objets sont d'un art assez délicat pour que M. le baron Taylor , durant son voyage, en ait fait mouler d'admirables fragments; tel est, entre autres, le pupitre qui se trouve au côté de Tévangile , et dont le bon creux a été rapporté en France.

Nous ne dirons plus qu'un mot à propos de ce grand monument , c'est qu une pensée philanthropique, en changeant sa destination , donne la certitude qu'il sera conservé. Par un décret du 28 décembre 1833 , l'ancien monastère a été affecté aux besoins de la Ccisa Pin, c'està-dire qu'il seft d'asile maintenant aux orphelins abandonnés. En recevant, à cette époque, la mission d'approorier le local aux besoins de l'institution , Vadministrateur, M. A. Maria Couceiro, sut bien mériter des amis des arts, puisqu^il parvint à concilier les nouvelles exigences avec le respect dû aux nobles restes d'un autre âge. La direction des travaux appartient aujourd'hui à une commission administrative (*).

ANCIEN PALAIS DBS BOIS , BENTEESé PAR LE TBEMLBLEMENT DE TEBBE DE

1756. — Si l'on avait la prétention d'écrire une histoire de l'architecture portugaise, il faudrait reconstruire, par la pensée, presque autant de monuments détruits par une catastrophe fatale qu'il y en a debout aujourd'hui. Quelquesuns de ces monuments ne peuvent pas même être offerts à nos souvenirs; d'au-

(*) Belem est en quelque sorte une école des arts et métiers comme ceUe de Châlons;on y compte environ cinq cent trente élèves des deux , «exes.

très revivent par la gravure et par les souvenirs des voyageurs. De ce nombre est l'ancien Palais ; il nous a semblé curieux pour le lecteur de connaître ce vaste édifice, où se passèrent tant d'événements importants et dont plusieurs auteurs, tels qu'Alvarez de Golmenar, nous ont laissé des représentations fidèles.

L'auteur d'un livre publié en 1730, c'està-dire vingt-cinq ans avant la destruction de cette résidence royale, s'exprime en ces termes à son sujet : « Le palais du roi est au milieu de la ville, au bord du Tage, sur une place appelée o Terreiro dopaço. Sa principale race règne sur toute la laideur de cette place, et se termine par un magnifique pavillon devant lequel les vaisseaux se mettent à l'ancre, et d*où le roi a le plaisir de voir tous ceux qui entrent ou sortent du port, et même de découvrir sur la mer aussi avant aue la vue peut s'étendre. Le logement oe ce palais est considérable. Les ap{)artements en sont fort grands et fort richement meublés; il s'étend d*un coté le long de la rivière et de l'autre sur les rues voisines; et il renferme une cour, environnée d'un bâtiment carréquiest soutenu par desportiaues, sous lesquels quantité de marchands débitent tout ce que le commerce peut fournir de plus rare en marchandises. > MAFBA. — C'est à cing lieues portugaises de Lisbonne qu'est située Villa de Mafra, qui a imposé son nom au vaste édifice surnommé l'Escurial du Portugal. La petite ville dont nous parlons s'élève sur un vaste plateau , à six cent quatrevinst et un oieds au-dessus du niveau de la mer. G est à l'est qu*a été bâti le monument objet de toutes les sollicitudes de Joâo y. La façade principale , qui se développe au couchant, présente trois vastes corps de logis, et au centre se dresse le fronton du temple au'on désigne sous le nom de Basilique ae Mafra; on voit se continuer au sud la partie du palais qui était spécialement consacrée à la résidence de la reine. Au nord s'étend l'ancienne demeure du roi. Chacune de ces ailes se termine à l'angle extrême de l'édifice par un magnifique pavillon ; chacun de ces pavillonss'éleve décent palmes au-dessus du niveau des terrassements, et peut avoir en carré la huitième partie de l'étendue de la façade. La pierre dont ils sont construits 'est admirablei

ment travaillée; leur base est en talus et environnée de fossés profonds.

Nous renvoyons pour les. détails architectoniques et surtout pour Tindication exacte des mesures , à la savante description donnée jadis dans les Mémoires de TAcadémie des sciences par le chanoine Joaquim d*Assumpcâo Yelho ; et nous nous contenterons de rappeler que le projet primitif de l'édifice ne pré sentait point des dimensions aussi vastes que celles dont les regards sont frappés aujourd'hui. Joâo Y avait d'abord simplemeiit l'intention d'élever à Mafra un couvent , dédié à la Vierge et à saint Antoine de Lisbonne. Ce monument reli- ^eux, destiné, selon les premiers plans, a recevoir treize moines seulement , puis quarante, dut en admettre enfin trois cents. En conséquence, les plans de l'architecte allemand Ludovici furent adoptés C) • Pour donner unejoste idée des travaux qui furent alors entrepris , il suffira de rappeler qu'on employa cin|g| mille ouvriers à niveler le terrain et à faire saut^ un énorme rocher qui gênait dans la construction. La dépense de ces premières dispositions excédait soixante-dix raille cruzades par mois.

Ce fut le 17 novembre 1717 qu'on posa la première pierre, et Joâo V dépensa uniquement pour cette solennité 200,000 cruzades ; treize années entières furent employées à l'édification de la basilique, et 20 à 25,000 ouvriers y travaillèrent journellement. Il parait certain qu'en 1730 , les nécessités de la construction s'étaient tellement accrues qu'on necomptait pas moinsde45,000 individus inscrits sur les matricules de l'œuvre. Parmi ces travailleurs on avait incorporé7,000 soldats. Après d'inunenses travaux , la basilique tut enfin con sacrée le 22 octobre 1730. Les fêtes oui accompagnèrent cette solennité ne durèrent pas moins d'une semaine , et le jour même de la consécration on donnaà manger à 9,000 personnes. Telle fut, du

(*)Son fils Jo&o Pedro Ladovici,qai avait étudié à Coimbre, hii saoeéda. Carkw Baptiata Garvo, Milanais, lixé depuis son extrême enfance a Lisbonne, et son fils, farent les premiers maftres de rœavre ; un Italien, nommé Josti , se Yit chargé de tout ce qai regardait la statuaire. Les travaux du génie sont dus à un Portugais d'un mérite reconnu » dont le nom est honorablement cité encore, et qui s'appelait Custodio Vieira.

26* Livraison. (Pobtuo4L.)

reste, la prodigieuse magnificence de l'ameublement etdesornements religieux réunis dans le royal monastère, que la tradition raconte à ce propos un fait qu'il faudrait peut-être taxer d'exagération, si des restes magnifiques ne prouvaient saréalité. Le22 octobre 1730, lorsque don Joâo V eut fait étaler, sur le parvis du temple, cette quantité prodigieuse d'étoffes de soie brodées de pierreries, dont on devait faire bientôt usage, il dit aux courtisans : « Admirezles et sachez une chose, c'est que tout ce que vous voyez devant vous m'a plus coûté que la vaste machine de pierres qui nous environne. »

Nous ne prétendons pas entrer ici dans de bien longs détails sur les autres magnificences intérieures de l'édifice.

C'est tout au plus même si nous répéterons avecles touristes que le palais entier de Mafra renferme 886 salles de toute grandeur et 5,000 portes et fenêtres.

Nous ne saurions cependant passer sous silence l'intérieur de la magnifique coupole. « Ce qui frappe , dit le consciencieux ouvrage portugais qui nous a fourni ces renseignements, c'est la variété, la profusion même des marbres de toute couleur <|ui ornent ce temple ; ce sont les magnifiques mosaïques , les bois précieux de toute espèce , qui concourent à son ornement. Depuis la portejusqu'au maître-autel, la basilique n'a pas moins de 283 palmés de longueur sur 57 paljnesetuemi de large. Mais, encomptant l'espace des chapelles collatérales , on trouve 142 palmes. On remarque onze cbapeUes avec leurs autels ornés de peintures. Le tableau qui s'élève au-dessus du maître-autel appartient à l'école romaine^ «t représente les patrons titulaires de l'édifîee , la sainte Vierge et saint Antoine. L'église renferme deux orgues magnifiques, garnies de bronzesîdorés ; mais la merveille par, excellence. I9 partie du monument dont la splendeur est. passée en proverbe , c'est le dôme* Nous nous contenterons de rappeler ici qu'il est couronné par une seule pierre de 44 palmes de circuit sur 13 palmes de haut* et qu'il fut transporté pour ainsi dire miraculeusement à l'endroit qu'il occupe, grâce à l'esprit inventif de Custodio Vieira. Par suite des calculs de cet habile ingénieur, il ne fallut pas plus.ëe

L'UNIVERS

deux heures , en employant là force de cent soixante hommes , pour opérer ee prodige.

BÉFLEXTONS SVR Lk GBANJA REAL DE M AFB A.— DÉCADENCE DE L'ÉDI- FICE. — LA TAPADA. — Tout ce qui a été dît jusqu'à ce jour sur ce vaste monument, où vinrent s'engloutir les richesses du Brésil , est si incomplet ou même si peu exact , que nous sommes heureux de pouvoir offrir à nos lecteurs les considérations pleines de sagacité et d'un vrai sentiment artistique, que nous ofïreun jeune écrivain portugais souvent cité dans cette notice.

« Bon Joâo V a eu son Louvre comme Louis XIV, dit M. A. Herculano; mais un Louvre en harmonie avec le caractère plutôt béat et hypocrite que religieux qu'il faut reconnaître au pays à cette époque. Mafra est resté incertain dans son aspect entre le monastère et le palais. La pourpre laisse voir la pièce d'une grossière étoffe, la bure arterne avec la poilrpre, et te sceptre royal repose sur le corclon monas* tique , en même temps que la sandale du franciscain ose fouler les degrés du trône. Ceux qui savent combien furent corrompues les coutumes des Portugais au commencement du siècle passé, et combien de splendeur et d'ostentation étala le culte divin, ceux qui ont présent à la pensée l'éclat de la cour à cette épo-

3ue, et en quelles faibles mains cepenant se trouvart le gouvernail de l'État^ ceux-là n'ont pas besoin de voir Mafra-: Mafra est Hmage de tout cela.

« Quellequesoit la destination que son fondateur prétende lui donner, un grand édifice est sous beaucoup die rapports un livre dfiistoire. Ceux qiii cherchent en lui un type unique, d'on ils puissent inférer du progrès ou de la décad^see des arts à 1 époque de sa constructi<ni , eeux^à lisent à peine un chapiti« du tivre. Châteaux, temples, palais, tripte gefnre de monuments qui renferment en ^ux toute l'architecture de l'Europe moderne, chronique immense^ où l'histotre se lit mieux que dans les écrits des historiens !... Les architectes ne se doutaient pas à coup sûr qu'un temps viendrait où les hommes sauraient déchiffrer sur la masse des pierres accumulées la vie des

sociétés qui les rénnh*ent; ils s'aban^ donnaient simplement à la fantaisie de leurs inspirations, toujours déterminées par la façon de vivre , de croire, de sentir de la génération qui s'écoulait. Comme les historiens , ils ne savaient point, en leur livre de pierre , l'art de mentir à la postérité; c'est par ce motif que Tarchttecture est sincère.

« Mafra est un monument ricbe^ mais sans poésie et par cela même sans véritable grandeur ; c'est le monument d'une nation oui doit périr après quelque banquet a la LucuUus ; je dirais presque que c'est le boudoir d'une Laîs <m d'une Phrynée, édifié dans le sanctuaire da temple chrétien... Nul non plus ne le contestera; bagat^ie, hochet d'an roi libéral, opulent et magnifique, c'est plus ou moins ce que m le I^rtugal dans la première moitié du dix-huitième siècle. Pour la merveilleuse inutilité de don Joâo Y , on a dépensé pendant nombre d'années les millions qae pro* diguait l'Amérique; les efforts renon* velés de cinquante mille hommes se sont épuisés a dégrossir, puis à polir ces pierres vouées inaintenant à Toûbli , et servant tout au plus à occuper la curiosité de ceux qui passent durant quelques heures. C est une vérité répétée cent fois, qu'avec le prix qu'a coûté Mafra te Portugal se serait /couvert des meille»res routes de l'ËUnope; mais, pour être triviale , cette vérité n'en est pas moins douloureuse....

« Ce palais monastique , né à l'abri d'un manteau de pourpre , et d'un aspect si riant dans sa jeunesse, ce palais, habitué aux pompes depuis tant d'an^ nées, «st là comme un Ulustremeodiant assis aujourd'hui à part , daiis une sorte de solitude. La vie rduiste des siècles quelui avait prophétisée son fondateur, va se convertissant en'une décrépitude anticipée; c'est inutilement qu avec sa gra^e voix de bronze, il demande •qu'on l'abrite contre l'injure des sai- •sons, l'eau du ciel filtrant à travers ses membres, les disjoint lentement; le soleil brûle son front et fait prospérer les mousses qui hérissent sa rugueuse surface. Le vent se glisse à travers ces fenêtres mal fermées et s'en va bramant dans les solitudes intérieures, il apporte la poussière dont il s'est

chargé dan3 la montagne, et la disperse sur le visage des statues, entre les acanthes des chapiteaux et à la surface polie des murailles de marbre. Au milieu des hruits du monde , personne n*écoute gémir le géant de pierre , personne ne se soucie de tirer du trésor de rÉtat la plus petite somme pour lui , et pourquoi donc ? Parce que sa misère ne parle ni à Tesprit ni au cœur. Où sont ses glorieux souvenirs ? il n'en a pns ; quelle est $on utilité? nul ne peut dire à quoi s^rt cet immense monceau d^ pierres. »

Après avoir tracé ces lignes éloauentes, ringénieux écrivain donne des détails sur une précieuse institution, dont le voyageur ne rencontrait point de traces il y aa peine cinq ans. D^ns le voisinage de l'inutile monument, dans Tendus ménae de ce qu'on appelait la Tapada de Mafra^ la reine, unie d'intention au pnnce qui partage le trône avec elle , a fait fonder une ferme modèle ; et c'est l'intendant des haras royaux»

M. A. Severino Alves, <mi a été charge de cet établissiement agricole, dont on at* tend avec juste raison les meilleurs ré* sultats pour l'accroissement de l'agriculture nationale. Des concessions de terrain sont faites aux habitants de 1^ bourgade voisine; des instruments ara* toires d'une construction commo4e sont empruntés à l'Angleterre ; des semis de bois, habilement répandus^ se $ont ef* fectués, et s'opposeront un jour à la vio* lence des vents. Tout enfin contribuera bientôt à la réalisation d'une pensée fé* conde et qui rappelle les saints désirs de cette reine Isabelle, qu'on appelait, au treizième siècle , la mère des laboureurs.

AQUEpuG d'elvas. — Lcs voyaffeurs s'accordent dans leur témoignage, dès qu'il s'agît des constructions hydrauliques que l'on admire dans ce pays \ le Portugal est en quelque sorte la terre classique de ces monuments , et l'aqueduc a£lvas est certainement l'un des plus beaux que l'on connaisse dans toute rétendue de la Péninsule. — La ville 9 qu'il doit approvisionner d'eau , étant située sur une éminence isolée des autres collines et manquant de sources, il fallut entreprendre cette vaste construction, qui a plus de trois mil les d'étendue, et qui se compose de plusieurs

ordres d'arcs superposés (*). La prised'eau est dans un endroit que l'on désigna sous le nom ^Amoreira^ et qui est situé à une demi-legoa au couchant de la cité. On a subvenu aux dépenses que nécessitait cet aqueduc par un impôt dont on frappa la vianoeet le vin conisommés par les habitants, qui le désignèrent bientôt sous le nom de Heàl d'Aauas dénomination qui s'étendit plus tara, dit un écrivain portugais, auiE impôts de même nature que le gouverT nement établit dans, le royaume pomc fonder divers édifices (**}.

li'AQUEDUG DAS AGOAS UVllBS. -j-

M. d'Hautefort, dans son coup d'œil sur Lisbonne, dit, à propos de ce grand monument, qu'il ne fit qu'entrevoir, ft Cet aqueduc rivalise avec tout ce que les Komains ont construit dans ce, genre. » Murphy confirme en d'autres termes un pareil témpignage, et cependant ces voyageurs donnent è peine quelques renseignements sur I origine de 1 édifice et sur sa construction ; nous allons essayer de combler cette lacune.

Dès le ^ei^ième siècle on lit quelques tentatives pour approvisionner Lis-' bonne d'eau salubre; il y a même plu-, sieurs écrivains qui prétendent reculer ces premiers essais jusqu'au temps de don ManoeK Ceci est, au moins »

problématiaue; mais les premières dis-; positions sérieuses remontent a 1588:

le Portugal commençait alors une pé* i^iode Âioeste de son existence poljtij^ue, et ces premiersprojets avortèrent. Çétait; à dpn Joâo V^qui avait réellçmepi ripstinct des choses magnifiques , qu'on allait devoir ce paonunientde haute utilité.

Ce qu'il y a de plqs extraordinaire, sans doute 9*^ c'est que cette, con^tr^/ction colossale ne coûta pas plus de iiringt ans de travail. Ce fut l'ingénieur militaire Manuel de Maia qui fut cfiargé

(*}LaiidiDaDD (George), Historical ^fnilitary and picturesque observations on Portugal. London, l6i8;2vol. grand in-f<*. Cet auteur insiste sur* ie cartci^re remarquable du momimeotdont nous doDnons ' ici une vue s il dit, entre autres choses, que la disposiUon Irrégulière affectée par rédiiice s'explique par la nécessité où s'est va l'architecte d'éviter ia puissance du vent. L'eau d'Ëâvaa est renommée par sa bonté.

(*^) Il faut mettre au nombre des beaux aqueducs celui de Villa do.Gonde que décrit Costl-

LUNIVERS.

de son érection ; et telles furent la pré- «îsion de ses calculs et la solidité des matériaux quMl employa, q[u6 la terrible catastrophe de 1755 laissa les arches immobiles; ce ftit à peine si quelques-uns des ventilateurs des tours souffrirent un léger dommage ; les piliers ne s'affaissèrent point, les pans de murailles résistèrent. L'aqueduc das Aguas livres commence à trois lieues environ de la ville , au ruisseau de Carenque, et il mesure, dans toute «on étendue, cent vingt-sept arceaux de pierre excellente. La hauteur intérieure au conduit est de treize pieds ; lorsque rélévation des lieux qu'il parcourt Texige, h suit la ligne tracée cachée par les travaux souterrains. D'espace en espace, des tours carrées, munies de fenêtres sur chaque face, et garnies de barreaux de fer griUés, setveiît à maintenir la ventilation. Mais où l'œuvre prend son caractère le plus grandiose, c'est à l'endroit où le pont-aqueduc traverse la rivière d'Alcantara. De cette hauteur imposante, la vue dont on jouit est admirable, et le monument lui-même présente le caractère le plus majestueux.

Qu^on se représente trente^inq arches immenses unissant deux éminences opposées et franchitssant une anfractuosité profonde ayant quatre cents toises d'étendue; c'est par là que les eaux arrivent dans la partie de Lisbonne désigtiée sous le nom de Cidaéte^Novu. L'aqueduc pénètre dans la ville par la partie nOrd-ouest, où il prend le nom das Amoreiras ou des mûriers, en raison d'une plantation de ce genre qui avait été faite jadis pour alimenter une magnanerie fondée par l'État.

Dans cetendroit, c'est-à-dire au couchant , sur une rue qui sert d'entrée à Lisbonne , est un monument semblable à un arc de triomphe , appartenant par son architecture à l'ordre dorique. Une inscrintion latine, fixée danslalrise, dit en style lapidaire les principales circonstances qui accompagnèrent la ooiistruo- -tion de Taqlieduc relie porte la dat« de 1738. Une autre inscription tappélie que cet ouvrage d'utilité publique fut entrepris à l'aide d'un impôt particulier prélevé sur tout le royaumeet dont nous avons déjà indiqué roriglne.

Au sortir de la promenade das Amo-

reiras. vers le sud, il existe un vaste château d'eau , qui affecte extérieurement l'aspect d'une grande tour quadrangufaire; il est bâti en pierres de taille d'une admirable qualité , et a été achevé en 1834. Ce grand réservoir est d'une haute utilité pour Lisbonne ; et le peu-

§le le désigne aujourd'hui sous le nom e Mai d'Agua do Rato, ou des Amoreiras,

PALAIS -BOYAL DAS NECESSIDA -

DBS. — Le nom de ce royal château est un de ceux qui frappent le plus souvent nos oreilles en France, lorsqu'ils'asitdes affaires politiques du Portugal; il désigne la résidence habituelle de la reine dona Maria; et l'on sera curieux, sans nul doute, de connaître l'origine d'une dénomination sur laquelle il n'est pas rare d'entendre faire certaines questions. Nous offrirons ici la réponse telle qu'elle nous est fournie par des écrivains portugais : « En 1599, à l'époque où le terrible fléau de la peste désolait Lisbonne, de telle sorte qu'on voyait mourir journellement soixante-dix personnes et plus , ceux des habitants qui possédaient quelques ressources, fuyaient dans l'intérieur des provinces, espérant j trouver un air plus salubre. Parmi ces individus , il y en eut deux, mari et femme, demeurant sur la paroisse dos Ânjos , qui vinrent chercher un refuge à Ericeura. Durant tout le temps qu'ils habftèrent cette bourgade du boni de la mer, ils allaient faire leurs dévotions à un ermitage^ pauvre et solitaîre, du bord de la mer, oùronyénéraît Une belle imagede la Vierge. Lorsque le fléau eut cessé dans la capitale, les deux époux retourtièrent à leur ancienne résidence ; mais ne pouvant pas se séparer de cette image , ils se décidèrent à remporter avec eux secrètement. Us effectuèrent leur dessein ; et , grâce aux aumônes des fidèles , ils parvinrent à faire construire une petite église dans Remplacement d'Alcantara, formant alors un faubourg. Anna de Gouvea de Vasconcellos fit la concession du terrain, et une confrérie de marins concourut pour les dépenses : cette association s'était formée en l'honneur de la Vierge, Invoquée sous le titre das Necessidades, parce qu'au milieu des tribulations et ms maladies attachées à l«ur genre de vie, les matelots recouraient pieusement à l'interces.

•ion et au patronage de Timage sainte.

Pedro de Gastifbo , qui appartenait au conseil royal, acheta Ttiabitation d'Anna de Gouvea, puis renouvela et augmenta lea constructions du temple dénniti^ement achevé en 1659. «

A partir de cette époque , Téglise de Nossa - Senhora - das-Necessidades , qui avait eu un commencement si humble»

devint Tobjet d'une sollicitude particulière de la part des souverain?. Isabelle* de Savoie ^ la femme de FinfortHné Affodso YI, y venait faire ses dévotions ; puis Joâo Y, à la suite d*une dangereuse maladie, fit construire non-seulement la riche église que Ton voit aujourd'hui, mais encore le palais qui lui est contfgu et qui sert de résidence royale. Le palais das Necessidades , qui, -de Va vendes Portugais, estplMtôt une riche maison de plaisance qu un château royah, e$t remar-

3uable surtout par Pagrémenlrde ses jarins et par Tahondancede ses eaux. On y distingue, dit-on, plusieurs statues de jaspe, d'un beau travail, dues à Giustî,

3UI fut appelé d'Italie pour fonder l'école eMafra ; la chapelle royale renferme également une belle statue de saint Paul, oeuvre de Jozé d'Almeida, qui occupe un cang distingué parmi les statuaires portugais. Le palais das Necessidades renfermeun plus grand nombre d'objets d'art d'une haute valeur, qu'on ne le Ôroît généralement en France; il faut mentionner surtout sa riche bibliothèque où Ton remarque des éditioqs anciennes vraiment précieuses, ainsi qu'un ^and nombre de manuscrits encore inédits , dont pourra faire son profit l'histoire na^tionale. I^ïous ajouterons à tous ces renseignements que ce fut dans cette résidence royale qu'eurent lieu les premières cortès extraordinaires après l'année 18^0.

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