‹ PortugalChapitre 5 sur 42 · ICI GIT D. FERNAND RDIZ DB CASTRO , TOUTE LA LOYAUTÉ DE L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

ICI GIT D. FERNAND RDIZ DB CASTRO , TOUTE LA LOYAUTÉ DE L'ESPAGNE

Le personnage dont cette courte inscription sépulcrale faisait un si noble éloge , c'était le frère de la belle Inez. Légitimes ou bâtards, ces Castro s'alliaient à toutes les maisons souveraines, et ils avaient la prétention de descendre de la famille qui avait donné le Gid à l'Espagne. Le père de Fernand Ruiz, D. Pedro Fernandez de la Guerra, avait fait des merveilles à la bataille de Tarifa , et son surnom l'attestait. Il avait une fille de beauté merveilleuse, mais une fille illégitime. Or en 1340, lotsque dona Constanca , fille de D. Joâo Manuel, duc de Penanel, était venue épouser l'infant D. Pedro, fils du roi de Portugal, dona Inez Perez de Castro avait accompagné, en qualité de dame d'honneur, celle qui devait être reine un jour. Lais-

L'ÛKÏVERS.

9011S parler le vieux chroniqueur (*) : a Doua Inez était dans la maison de l'infante dona Constança comme dame N et parente ; elle était douée d'une grâce »i parfaite , de tant de noblesse et bonne façon , qu'on l'avait surnommée : Port de héron. L'infant don Pedro vint à s'éprendre d'elle; et comme dona Gonstança s'en aperçut, lorsque naquit son premier fils , qui s'appela l'infant don Luiz , elle la prit pour sa commère , afin d'empêcher ainsi l'infant d'avancer dans l'affection qu'il lui montrait {**); mais après cette invention , leur amour, au lieu de diminuer, s'accrut toujours, et lorsque dona Constança mourut {***)j l'infant posséda dona Inez, et il eut d'elle plusieurs fils.

« Selon quele confessa depuis l'infant, étant devenu roi , afin de se^ tirer de péché mortel il l'épousa secrètement , ou feignit de l'avoir épousée.

« Le roi ignorait ce mariage ; mais il craignait qu'il ne vint à se faire, car il voyait don Pedro s'abandonner entièrement à ses amours cour dona Inez. Il le pressait de se marier pour le tirer de la vie scandaleuse qu'il faisait , et bien souvent il requit son fils de lui découvrir s'il était marié avec dona Inez , parce que, s'iM'était réellement, il honorerait cette dame comme son épouse^ étant nécessaire de donner autorité et honneur à celle oui devait être reine.

L'infant ne contessa jamais qu'il fât marié, mais il ne voulut pas non phis épouser celles que lui indiquait le roi , donnant les excuses que lui enseignait l'amour. Et ce qui semblait à tous probable, c'était que l'infant ne voulait pasdéclarer son mariage avec dona Inez du vivant de son père, parce qu'il avait honte d'elle, et qu'elle était bâtarde.

(*) Ce beau récit est extrait texhiellemedt de deux chroniques célèbre» : celle de Duarte Naoez delifto, et celle, plus ancienne, de Fernand JUopes; elles se complètent. Je renvoie le lecteur, pour plus amples renseignements sur ce point , aux Chronique* chewUeresqueadel'B»pagne et au' Portuaal, t I .

( ** ) Selon les habitude^ religieuses de ce temps, c'était mettre une barrière insurmontable entre Inez et D. Pedro que de les< unir paroelienspiritueU .

(**« ) {K>na Conslança Manuel mouruten I345, et fut enterrée à Santarem. La chronique de Ruy de Pina Itii prête a» caractère noble et oaMuefois tooohaati;! elle nourot en.cooiob» <le H. F^nitfido.

Mais led grands du royaume , soupçonnant ou qu'il était marié ou qu'il viendrait à l'être, conseillaient au roi de forcer j'irifant à en finir et à ne plus garder dona Inez dans le royaume. Ils fui disaient aussi de la fair« tuer, pour qu'à sa mort (puisqu'il était déjà oien vieux) elle ne fut plus vivante; car don Fernando de Castro et don Alvaro Pirez ses frères , étant grands seigneurs en Castitle, et commençant à avoir beaucoup de puissance en Portugal, il était à craindre qu'Us ne fissent périr l'infant don Fernando , héritier de don Pedro , pour que leurs neveu;K, fils d'inez , succédassent au royaume.

« La reine, l'archevêque de Braga, don Gonçalo Pereira , et grand nombre 'd^autres prélats , conseillèrent à Trufant don Pedro de se inarîer, l'avertissant des conciliabules où il était continuellement question de la mort d'inez , afin qu'il la mit en tels lieux que sa vie ne courût aucun risque. Mais il semblait à rinfant que tout cela étaient vaines terreurs et fausses menaces , que personne ne se hasarderait à exécuter. Jamais il ne voulut confesser qu'il était marié ou mettre dona Inez en lieu sûr.

« Le roi en cette circonstance était combattu par diverses pensées. D'une part, il voyait le périlde son petit- fils premier-ne, et la destruction du royaume, dona Inez ayant tant de parents qui pourraient l'usurper;, de l'autre , il considérait combien ce serait une action cruelle de taire mourir une femme , et une femme innocente, pour une faute qui lui était étrangère; et cela au moment où il était au sommet de la vie, alors qu'il devait travailler à se rendre Dieu propice et à ne pas taoher ses mains par le sang d'un meurtre que beaucoup regarderaient comme un parricide. Mais poussé par les siens, et se trouvant à Montemor-o-Yelho , Fan 13^6, il se détermina à tuer dona Inez; et pour cela, accompagné de beaiieoupde gens armés, il serendità Coimbre, où elle demeurait dans le palais de Sainte-Claire. L'inftint était à la chasse.

a Quanddona Inez sut la venue du roi et les intentions qu'il avait contre elle , transportée de la douleur où elle était de ne pouvoir se sauver par aucun moyen, elle vint le recevoir » k porte

t&kf^ëAl.

iieS ad ^sàgé de fénimé t^\ to jail là mort présente; et poar s^ assurer si elle trouverait dans h roi quelque pitié , elle amenait avec elle les trois miiocerttâ princeis ses fifs , enfants de ^eu d'âge et tt%s-beaux. Avec eui doric, et employant beaucoup de larmes et de paroles tobchaiite^, elle demanda paMon et mîsérîcoi'de. Quoique dur ae È&n natiifè!, €ft rendu plus rigoureux encore par \îi persuasion des sietf^, le roi, voyant le spectacle déployable d'une femme si bene et si hmocénté , qu'èiïibrassaient de sî beaux énfafnftâ et qu'elle prenait pott bôtrclier et défense, fe rof , dis-je , s'etï allait déjà et lui laftssaît la vie ; rirais quelques chevaliers qui venaieût avec lui pour être présents à la mort, pJrMcipalement Alvaro Gfonçalve», huîssîè'r tti'ajor, Pero CoéTho et I>rogo Lopez F'achecô , seigneui^ de Ferreira , ne pensèrent p^s ainsi. Quand ils virent îe roi sortir, comme ayant révoqué fa sentence , ils \ë supplièrent de Fes ehvoye^ tuer Ine^ , car ils se ti^ouvaient compromis par lui à cause de la détei^mination publtque d'après laquelle il les avait amenés, et se Voyaient éh butte dorénavant au péril que leur faisait courir la forte haine de l'inffafnt don Pedro. Quelques-uns, entrant donc où elle était, la tuèrent cruellement, comme des bouchers. Cette action fut ' reprochée au toi confme graùde cruauté , par (es hommes en qui il y avait quelque hCrmanité et quelque bon senâ ; car ils disaient qu'on aurait dd attendre les événements qui étaient à venir et encore incertams, au lieu de se jeter ^ans le péché. 11^ ajoutaient qu'on avait évite un inconvénient par un plus grand encore , celui de tuer une innocente , à laquelle il «ne manquait , de l'avis de tous, pour mériter d'être reine, que le mariage de son père avec sa mère; car par le lignage, par les qua- Kté9 péirsoiiilelies, eHe devait certainement Pétre. Lé corpâ de doua Inez fat enterré aussitôt à Sainte-Claire , et il, y festa jtisqtt'à ce que le roi don Pedro tett fait trahspott<et à Arcobaça dafns une royale sépulture.

« Par la aiott de dooa Inez, l'infant tmlfBi m M chagrin , que l'on crut qu'il en viendrait à perdre le jugement; cafr, ouâ^îés souvenirs douloUrellx que

lui laissait xm amour ettféme i il Èè titppeMi que c'était à cause de lui qu'on Pavait tuée, qu'elle était sans faute, et qu'étant averti de la mort qtf on dotait lui donner, il n'avait pas eru ces rapports , et n'avait paû su la illettré en lieu de sûreté.

d Plus tard il chercha tous les moyens possibles de nuire au rof son pè^e , de détruire soh royaume et de titer verb geance des assassins. Avec les ^ens de son partie et avec les troupes bien plus nomoreuses de don Fernando de Castro et de don Alvaro Piifez , frères de doua Iriez , il entra dans la province d'Entre- Douro-e-Mînho et dans celle de Trasos-Montes ; dans les endroits qui appartenaient au roi ils faisaient toute espèce de dommages, înasSa'crant ou volant. ' Ën^ don Pedro Se pi^ésenta avec de grandes forces pour s'emparer de la ville de Porto ; mais don Gonçalo Pejfeira, afrchevéque de Braga , à qui elle afvaît été confiée, s'y jeta avec beaucoup dé monde ; et comme elle n'était nullement fortifiée, notre aifchevéque , pour meilleure défeiise, la fit entourer de voiles de navires et se déterrttîna à mourir Mutôt que de la rendre. L'hifant voulaft grand bien au prélat, et lui portait eh même temps beaucoup de respect; he voulant donc pas lui faire courir risque de la( vie ou de FhOAuéur, et sachant d'ailleurs que le roi était déjà à Guimaraens et lui Vénaît porter secours, 0 se désista dé son' projet et s'en fut ; car il se repentait déjà de là désobéissance qu'il avait eue envers doû Alphonse, et désirait lui faire poï'ter des paroles d'accommodement par lé moyen dequelque intermédiaire.

« Le 5 août de la même année, il anIivaàCanaveses, où se rendît aussitôt la reine dona Beatriz, sa mère, et par le moyen dé l'archevêque et d'autres personnes qui intervinrent dans cette affaire, le roi et l'fnfant entrèrent en arrangement. Il fut convenu que l'infant pardonnerait à tous ceux qui , de paroles ou die faits, auraient été inculpés dans l'affaire de donalnez; le roi devait agir de la même manière envers ceux qui l'avaient desservi da^s' la cause de rihfant. On établit que Tîttfaht dorénavant obéirait au roi son père , comme il éôû vedait àtm boafilsrét^àxùl bon vas»al,

ta

L'UNIVERS

et qu'il chasserait de sa maison et de ses terres tous les malfaiteurs qu'il menait avec lui ; que dorénavant, dans les divers endroits du royaume où il lui plairait d'aller, ou bien seulement où il se trouverait, il userait de toute juridiction haute et basse, et que les sentences et lettres quMl donnerait passeraient au nom de lui l'infant ; qu'il aurait des ouvkhrs qui seraient à lui, qu'on désignerait sous son titre, et [ui entendraient des causes jugées par es corrégidors ou autres magistrats, quels qu'ils fussent , relevant du roi ; qu'en tout ils garderaient les lois et ordonnances , mais que , dans le cas de mort ou de condamnation à la perte de grands offices ou de terres de vasselage, avant l'exécution de la sentence on la ferait connaître au roi , c|ui déciderait ce qu'il aurait pour bien; /que quand l'infant ordonnerait de faire justice, les crieurs publics diraient : « Justice que fait rendre l'infant , par ordre du roi son père et en son nom. » De toutes ces conventions on dressa des actes authentiques , qui furent confirmés par serni'ents solennels, par complète adhésion et par la présence dé chevaliers assermentés de l'un et l'autre partie qui demeurèrent comme garantie ; elles le furent également par le serment de la reine , qui jura aussi et qui donna son adhésion.

« Après que la bonne intelligence fut rétablie entre le roi etl'infant, Alphonse alla à Lisbonne , où il tomba malade de maladie mortelle, tandis que don Pedro chassait à Ribeira de Ganha. Le roi , sentant la mort arriver, fit appeler Diogo Lopez Pacheco, Alvaro Gonçalvez, ainsi quç Pero Goelho , à qui il voulait du bien; ils avaient été les principaux conseillers ou les exécuteurs de la mort dînez, et malgré ses serments le prince nourrissait grand désir de vengeance contre eux. En présence de Gonijalvez Pereira, prieur du Crato, le roi leur dit à tous que comme , après sa mort [ui s'approchait, il ne pouvait leur ionner sûreté contre son fils , il leur conseillait de s'en aller du royaume , de mettre leur personne en sûreté le plus promptement possible, et qu'ils ne s'occupassent nullement des biens qu'ils ne pourraient emporter. Eux, qui le com-

prenaient on ne peut mieux, firent ce qu'il leur conseillait.

« Le roi don Pedro avait déjà trentesept ans quand il succéda à son père dans le gouvernement du royaume

« Ce roi était âpre et terrible de sa nature à punir les délinquants ou ceux qu'on lui présentait comme tels. Le plus souvent il condamnait sans entendre les parties, et infligeait des peines plus grandes pour des délits qui n'étaient point prouvés, que celles qui étaient ordonnées par le bon droit pour des cri mes avérés. Dans aucune circonstance il ne les remettait ou ne les modérait, mais bien plutôt on peut dire qu'il prenait plaisir à les exécuter, et pour que les bourreaux ne vinssent pas a manquer, il en traînait toujours un à sa suite. Il fouettait même de sa main et donnait la géhenne. Il portait toujours un fouet à sa ceinture pour qu'il n'y eût pas de retard à le trouver; car sans aucune preuve, sans vouloir entendre les excuses , il commençait le jugement par l'exécution.

« Ce même roi, qui dans le châtiment était si hors de mesure , si âpre et si rigoureux, devenait, dans la condition privée , de caractère si facile et si. agréable, qu'il en perdait beaucoup de sa réputation et de son autorité çarrarî les hommes graves. On dit de lui qu'il était si enclin à danser, qu'il le faisait publiquement et par les rues, comnae les autres baladins; ce qui paraissait aussi fou en lui que le plaisir qu'il prenait à frapper de sa m^n les malfaiteurs.

« Très-souvent il ordonnait donc des fêtes, durant lesquelles il allait dansant de nuit et de jour, et ces danses s'exécutaient au retentissement de longues trompettes d'argent (*), faites exprès pour cela, et au son desquelles il prenait grand plaisir; car, bien qu'on lui apportât d'autres instruments , il ne vou-

' ) Les grandes trompes d'argent, qai servaient à exécuter des symphonies militaire ,

durant ces danses auxquelles se livrait D. Pedro , n'étaient cependant particulières ni à ce pays ni à ce prince : on voit des instniments de cette espèce employés durant la bataille de Najera, que le fameux prince de Galles livra à Henri de Transtamare. Deux vers du poème de du Guesclin l'attestent :

Trwnpetes. ckalemiet et grans trompes d'argent Fenoieni devant lui pour itel convenant.

Chronique en vers de du Guesclin, 1. 1, p. IS.

lait pas les entendre. Et quand il venait à la ville, selon la coutume d'alors, les citadins et le peuple sortaient pour le recevoir en danses et en fêtes; et le Yol débarquait de son bateau , et se mettait à danser avec eux : c'était ainsi qu'il se -rendait au palais.

« Une nuit, ne pouvant dormir, il ordonna à ses joueurs de trompette de venir, et faisant allumer des torches, il sortit par la ville, se mettant en danse avec les autres et réveillant les gens. Et après avoir passé ainsi une grande partie de la nuit, il retourna au palais, toujours dansant avec les mêmes personnes, et il demanda du vin et des fruits; car telle était la collation des anciens, même des rois , avant que le goût des sucreries et des conserves s'introduisît parmi nous, avec la découverte de nouveaux pays. C'est ainsi donc qu'il allait balant et se réjouissant durant les fêtes qu'il donnait, et notamment durant celle qui fut si fameuse, et qu'il célébra

3uand il créa comte et arma chevalier on Joham Affonso Tello. Ce fut la cérémonie la plus magnifique qui ait eu lieu en ce temps , dans de telles solennités. « Le roi fit rassembler une immense quantité de cire, dont on fabriqua cinq mille torches et cierges , et il ut venir cinq mille hommes des environs de Lisbonne , pour tenir ces luminaires à la main durant la nuit où le comte fit la veillée des armes. Quand fut arrivé le moment de la cérémonie, il ordonna que , depuis le monastère de Santo-Domingos, de lâsbonne, où elle se faisait, jusqu'au palais d'Alcaçova^ ces hommes se tinssent immobiles et en ordre , chacun sa torche ou son cierge à la main ; et cela donnait grande lumière. Le roi, avec beaucoup de gentilshommes et de chevaliers qui dansaient comme lui, le roi, dis-je, allait entre ces deux files, dansant et se réjouissant. Ce fut ainsi qu'ils passèrent la plus grande partie de la nuit. Le jour suivant, on dressa une multitude de grandes tentes dans la place du Ressio, où il y avait d'énormes montagnes de pain cuit, grand nombre de cuves pleines de vin, et des vases disposés pour tous ceux qui voulaient boire ; pendant ce temps on rôtissait dehors des bœufs entiers, et ce banquet fut public pour ceux qui voulaient y

£ rendre part , durant tout le temps de I fête, pendant laauelle furent armés un grand nombre d autres chevaliers.

« Ces manières et ces coutumes si diverses du roi don Pedro, nous les avons contées , parce qu'elles s^e trouvent rarement reunies dans un même homme , surtout s'il est roi...

« Don Pedro était grand chasseur, firand conducteur de meutes , étant infant ; et après qu'il fut devenu roi , il eut grand train de chasse et grand nombre de piqueurs. Il vivait volontiers de viande, sans être beaucoup plus gros mangeur aue d'autres hommes, et à cause de cela, les salles du palais étaient toujours fournies de viandes en abondance. Quant aux autres particularités touchant sa personne, nous ne savons rien autre chose , sinon qu'il était bègue.

« Avec cette libéralité il gouvernait de telle manière que, sans aucune vexation pour le peuple et sans excitei' de plaintes , il acquit de grosses sommes d'argent qui accrurent le trésor de ses ancêtres, qu'il laissa au roi don Fernando, son fils. Il fit frapper en son temps beaucoup de monnaies d'or et d'argent; les doubles étaient d'or à vingt-troi^carats, et il en fallait cinquante pour faire un marc ; les demi-doubles valaient la moitié. Les pièces d'argent étaient des tournois , dont soixante-cinq faisaient le marc ; il y avait des demi-tournois.

« n était de sa condition si libéral, et il avait tant de plaisir à donner, qu'on lui entendait dire très-souvent : « Le jour où un roi n'a rien donné , on ne saurait avec raison l'appeler roi. » Et voulant peindre le plaisir gu'il avait à répandre ses libéralités, il disait aux siens de desserrer sa ceinture pour que son corps s'élargit, qu'il pût étendre la main et donner, faisant entendre ainsi qu'un monarque ne devait pas être d'inclination avare. Il faisait fabriquer des joyaux d'or et d'argent pour en faire des présents quand bon lui semblait; il fit augmenter le salaire de ses gentilshommes etdes gensde samaisonau delà de ce qui leur était accordé par les anciens rois. Il fut grand appréciateur des services, non-seulement de ceux qui lui étaient rendus, mais encore de ceux qui avaient été reçus par son père ; il

ne diminua iamais'les |»ieDS qu'il avait concédés.

« Les banquets qu'il dpnnalt aux gentilshommes de sa cour qui raccompagnaient lors de ses courses dans le royaume , qu'il visitait comme un corrégidor visite son district, ces banauets étaient spfendides, d'une gr^pde aoondance et presque continuels ; il en était de même durant les grandes chasses , qu*ii aimait beaucoup et auxquelles il se livrait souvent. Pour cela il entretenait grand nombre de chasseurs et vaiets d^ pied, grand nombre de cbieiis et oiseaux de toute espèce.

« Nous trouvons donc écrit de ce reî qu'il était fort aimé de son peuple, parce qu'il le maintenait en droit et justice. Voilà la marche qu'il suivait dans l'expédition de ses affaires : toutes les pétitions qu^on lui présentait étaient remises entre les mains de Gonçallo Vaasquez de Goes , secrétaire da P^iridade ; il le§ remettait à celui des secrétai^-es qui lui convenait, et celui-ci devait les répartir entre les magistrats dans les attributions desquelles eljes entraient. Qmnt aux pétitions ayant rapport aux affaires de cours habituel, il taisait faire immédiatement les lettre^ qui y avaient rapport, par celui des secrétaires eptre les mains duquel la chose devait passer; de sprteque, le jour même où le jour suivapt, l'affaire était expédiée; le secrétaire qqi n'agissait pas ainsi perdait ses bonnes grâces. Les choses se passaient avec quelques différences quant aux autres pétitions ayant rapport aux grâces ou $ux faveurs qu'on obtenait sur ses propres biens......

« De même que ce roi don Pedro était amjant de la plus stricte justice envers ceux qui la méritaient , de même il faisait toiis ses efforts pour qup les affaires civiles ne fussent -pas prolongées.

Comme il trpuva que les procureurs allongaient les procès beaucoup au delà de ce qui devait être, il ordonna que dans ses domaines et dans tout son royaume, il n'y eût plus de procureurs. Il recommanda aux juges et aux avocats de ne favoriser surtout aucune partie aux dépens d'nne autre, et qu'ils eussent à se garder, avant toute chose, d'accepter certains services quj pussent faire croire

que la justice était vendue ; il voulut qu'ils ^'appliquassent suptoât' à expédier promptement les affaires ,' disant que bH\ savait qu'ils y missent delà négligence, ils ie payeraient de leur covps et qe leurs biens , et qu'il leur ferait

f>ayer aux parties toute la perte qu'ils eur auraient causée

« On peut donc bien ém de ce roi don Pedro, que ce n'est pas de son temps qu'on vit s'accomplir pour certaines les paroles du phifosopne Solon et de quelques autres, qui ont dit que les lois et !a iustice étaient semblables à une toile di'araigpée , en laquelle les petits moucherons tombent et* meurent , tandis que les grosses moucties, qui sont plus fortes, la rompent et s^en vont; voulant faire enleïidre par là que les lois et la justice ne s'accomplissent qu'envers lés pauvres gens , tandis que les autres , ayant aide et secours, trouvent toujours moyen de rompre leurs liens et de leur échapper. Le roi don Pedro était pour le contraire, et ni prières , ni puissance , ne pouvaient faire éviter la peine quand elle était due.

«Non-seulement ce roi usait de justice contre ceux envers qui il avait droit de le faire, corpme les laïques et les personnes semblables, mais ie cœur lui brûlait d'atteindre ceux qui niaient sa juridiction, et cela enyeréles clercs, des ordres moindres jusqu'aux plus élevés ; et si on lui demandait qu'il les envoyât à leur vicaire , il répondait qu'on les mît à la potence: que c'était ainsi qu'il les envoj'ait à Jesus-Christ ^qui était leur vicaire véritable et qui ferait d'eux ce que de droit , mais en rautre monde.

« Vous avez entendu longuement ce que nous avons dit de la mort d'Inez, et les raisons pour lesquelles don Affonso la ût mourii^ ; vous savez aussi la grande querelle qu'il y eut à ce sujet entre le roi et don Pedro. Celui-ci étant, au mois de juin, en un lieu nommé Castanhède,' et comme il y avait quatre ans qu'il régnait, ordonna qu'il rat publié que dona Inez était sa femme. Se trouvaient avec lui don Joham Affonso, comte de Barcellos, grand majordome, Vasco Martins de Souza , son chancelier, maître Affonso das Leis, Martim Vaasquez , seigneur de Goes , Gonçallo Meeradez, de Vasconcellos, Joham

!P0RTU6AL.

Méeiades, aon frère, Alvoro Perdra, Gonçallo Perdra, Diego Goraez, Vaasco Gomez d'Aavreu , et beaucoup d'autres que nous n'avons besoin de rappeler. Le roi fit venir un tabellion, et tous étant présents , jura sur les Évangiles , touchés par lui corporellement , qu'étant encore infant^ se trouvant à Bragance , comme le roi son père vivait encore, il y avait de cela sept ans plus ou moins , mais sans qu'il put se rappeler ni le mois, ni le jour, il avait reçu pour femme légitime, de paroles et étant présente, comme l'exige la sainte Église, dona Inez de Castro, jadis fille de don Pedro Femandez de Castro, et que dona Inez Tavait reçu pour mari, avec paroles semblables, vi vantdcpuis en union et mariage comme ils le devaient faire.

« Après que trois jours se furent passés, arrivèrent à Coimbre don Jonam Affonso, comte de Barcellos, Vaasco Martins de Souza et maître Affonso das Leis ; et dans le palais où se lisaient les décrétales ( parce que l'étude était en cette ville ), ayant fait venir un tabellion f ils appelèrent deux témoins , à savoir : don Gii , évéque da Guarda, et Estevan Lobato, serviteur du roi, et ils leur dirent qu'après avoir juré sur les Évangiles , ils déclarassent la vérité de ce qu'ils savaient relativement au mariage de don Pedro et de dona Inez. Et ayant été interrogés , chacun séparément , l'évéque dit d'abord qu'allant avec ledit seigneur, et se trouvant alors prieur da Guarda , comme l'in* faut, maintenant roi , et dona Inez avee lui demeurait en la ville de Bragança , ce seigneur l'avait fait appeler un jour en sa chambre , dona Inez étant présente , et qu'it lui avait dit qu'illa voulait recevoir pour femme ; et que surle-ebamp, sans plus de retard , ledit seigneur avait mis sa main dans sa main , et que dona Inez , en faisant autant, Il les avait unis tous les deux avec paroles de oontractation comme l'ors donne la sainte Église.... Et chose semr biable ayant été demandée à Ëstevan Lobato , il dit que le roi, étant infant, l'avait fait appeler dans sa chambre»

où il lui avait déclaré qu'il voulait prendre dona Inez pour femme , et que sa vokmté était qu'il fût témoin... Il ajoHt» 9ue mI» mitMrri?éatt mois de

janvier, pouvant y avoir eaviron sept ans plus ou moins. Et quand toutes ceà demandes eurent été écrites selon ce I que vous venez d'entendre , Ils firent sur-le-champ assembler les gens qui étaient déjà préparés à cela, à savoir : don Lourenço , évéque de Lisbonne , don Affonso , évéque de Porto , don Joham, évéque de Viseu, et don Affonso, prieur de Santa-Cruz , et tous les geo* tilsbommes nommés auparavant, et bien d^autres que nous ne disons pas , avec vicaires et clergé et une foule de peuple , tant ecclésiastique que séculier, qui s'était assemblée pour cela. Et le silence s'étant fait pour bien entendre , le comte Joham commença à dire :

« Amis , vous devez savoir que le roi , qui est maintenant notre seigneur, a reçu pour femme légitime dona Inez de Castro... Et parce que la volonté du roi est que cela ne soit plus caché , il m'a ordonné que je vous le notifiasse , pour tirer soupçon de vos cœurs , et afin que cela fût su clairement; mais si malgré ce que je viens de vous dire, et en dépit de ce qui vous a été lu et déclaré, quelques-uns observaientque tout celaeA comme non avenu , parce qu'il n'y a pas eu de dispense qui pût effacer le degré de parenté qui existait entre eux , elle étant cousine du roi notre seigneur, il m'a ordonné que je vous certifiasse le tout et qu'on vous montrât cette bulle, qu'il obtint étant infant , et où le pape lui donne dispense de se marier avec toute femme qu'il désirera, quelque proche qv'elle lui fût , et quand bien même elle Je serait davantage que ne l'était dona Inez. »

« Alors on publia devant toua la lettre du pape Jean XXII

« Les meurtriers de dona Inez avaient été reçus par le roi de Castille avec accueil tavorable; ils recevaient de lui bienfaits et courtoisie , et ils vivaient en son royaume tranquilles et sans crainte ; mais depuis que l'infant don Pedro avait commencée régner, il avait rendu sentence de trahison contre eux..

Et de même , vers cette époque , s'étaient enfuis de Castille , par crainte du roi qui voulait les faire mourir, don Pedro Nunez de Guzman , grand adelantade du pays de Léon , Meem Rodriguea Tanoiro, Fetaam Goiiel d«

L'UNIVERS

Tolledo et Fernam Sanchez Galdeiroui , et ils vivaient en Portugal, sous la protection du roi don Pedro. Les Portugais, comme les Castillans, pensaient ne recevoir jamais de dommage, parce, que c'était la réflexion qui leur avait fait clioisir ce redoutable asile, à Tabri d'une assurance formelle qui ne fut guère observée par les rois. Ceux-ci firent secrètement une convention par laquelle celui de Portugal devait remettre prisonniers au roi de Castille les gentilshommes vivant en son royaume , tandis que Tautre livrerait Diogo Lopez Pacneco et ses deux compagnons, qui s'étaient réfugiés en Espagne. Ils ordonnèrent de plus qu'ils fussent tous pris en un jour, pour que la captivité des uns ne pût pas avertir les autres.

« La convention étant faite de cette manière, les gentilshommes dont nous avons parlé furent faits prisonniers en Portugal ; mais le jour où arrivèrent les ordres du roi de Castille , à l'endroit où l'on devait s'emparer de Diogo Lopez et des autres, il advint que, le matin de fort bonne heure, celui-ci était allé à la chasse aux perdrix. Après s'être emparés de Pero Coelho et d'Alvaro Gonçalvez, ils voulurent le faire prisonnier et ne trouvèrent personne; ils firent alors fermer les portes de la ville, afin que qui que ce lût ne pût lui envoyer de message et le prévenir; en conséquence, ils l'attendaient pour le prendre lors de sa venue. Un pauvre estropié, qui recevait toujours quelque aumône quand Diogo Lopez manseait chez lui , et avec qui il causait quelquefois , vit comment les choses se passaient et songea à l'aller prévenir avant qu'il rentrât en son logis. Il s'informa adroitement de Tendroit où était allé Dio^o Lopez ; il se présenta alors aux gardes des portes de la ville, et les pria de le laisser sortir; et eux , n'ayant aucun soupçon sur un tel homme, ouvrirent les portes et le laissèrent aller. Il se dirigea vers l'endroit où il pensait que Diogo Lopez devait venir, et enfin il le rencontra avec ses écuyers et ne pensant nullement aux nouvelles qu'il lui apportait. Notre pauvre lui dit alors qu'il voulait lui parler, et celui-ci, ne soupçonnant pas de quel message il était chargé, aurait bien voulu se dispenser de

l'écouter : mais le pauvre insistant, il lai conta comment un garde du roi de Castille était venu avec beaucoup de

' gens armés à son palais , pour le prendre , après s'être empare des autres.

Quand Dio^o Lopez eut entendu cela , la raison lui dit bientôt ce qui en était ; la crainte de la mort le troubla , et il devint tout pensif. Le pauvre , le voyant ainsi , lui dit : « Croyez-en mon conseil, il vous sera utile; separez-vous des vôtres; allons dans une vallée qui n'est pas loin d'ici , et je vous dirai cqmment vous devez vous y prendre pour vous sauver. » Alors aon Diogo Lopez dit aux siens qu'ils s'en allassent par-là à quelque distance en chassant, qu'il voulait entrer seul avec ce mendiant en une vallée , où il lui affirmait qu'il y avait grand nombre de perdrix. Ils firent ce qu'il disait , et ils s'en allèrent tous deux en cet endroit. £t le pauvre lui dit alors aue , s'il voulait s'échapper, il fallait qu il revêtit ses haillons déchirés et qu'il s'en allât ainsi à pied jusqu'à la route qui conduisait aans l'Aragon ; qu'à sa première rencontre avec des muletiers , il pourrait se mettre à leur solde, et que de cette manière, ou sous l'habit d'un moine , s'il lui était possible de s'en procurer un , il se mettrait en sûreté dans le royaume d'Aragon; car nécessairement on allait le chercher par tout le pays. Diogo Lopez prit son conseil , et s'en fut a pied de cette manière ; et le pauvre ne retourna pas sur-le-champ à la ville... Ceux qui avaient souci de prendre le fugitif s en furent le chercher en lieux bien différents ; et quant à ce qui lui arriva en

, chemin, comment il passa par l'Aragon

§our aller en France, près du comte on Henrique , la manière dont celui-ci lui fit gagner les campagnes d'Avignon, et les autres choses qui lui advinrent, nous n'en parlerons pas, pour ne point sortir de notre sujet.

«Quandle roi de Castille sut que Diogo Lopez n'avait pasété pris, il en eut grand chagrin , mais il ne sut qu'y faire ; toutefois il envoya Alvoro Gonçalvez et Pero Coelho, bien garrottés et sous bonne garde, au roi de Portugal , son oncle, selon qu'il avait été convenu entre eux, et quand ils arrivèrent à la frontière, ils trouvèrent là Meem Rodriguez Tenoiro et les autres Castillans que le roi

PORÏUGAL.

don Pedro envoyait; et depuis Diego Lopez , parlant de cette histoire , disait que ça avait été échange de bourrique contre bourrique. Alvoro Gonçalvez et Pero Coelho furent donc conduits en Portugal et arrivèrent à Santarem , où était le roi don Pedro ; et le roi , en grande joie de leur venue , mais bien mal satisfait aussi de ce que Diogo Lopez s'était échappé, s'en tut les recevoir, et , fureur cruelle ! il les fit mettre de sa propre main à la géhenne , voulant leur faire confesser qu'ils étaient coupables de la mort de dona Inez, et aue c'était là ce que son père avait combiné contre lui quand ils s'étaient brouillés à sa mort; mais aucun d'eux ne répondit à telles demandes choses qui convinssent au roi ; et Ton rapporte qu'en sa colère il donna à Pero Coelho de son fouet par le visage, et que celui-ci, s'abandonnant contre ledit roi en paroles vilaines et déshonnétes , l'appela traître, sans foi , parjure, bourreau et boucher des hommes. Et don Pedro, disant qu'on lui apportât des oignons et du vinaigre pour assaisonner ce lapin (*) , commença à se moquer d'eux et ordonna qu^on les fit mourir. La manière dont se passa leur mort, étant dite tout au long, serait chose bien étrange et bien cruelle à raconter : à Pero Goelho il lui fît tirer le cœur par la poitrine, et à Alvoro Gonçalvez ce fut par les épaules. Les parofes qu'il y eut en cette occasion , le peu d'habitude qu'avait en un tel office rexécuteur, tout cela serait chose bien douloureuse à entendre.

Enfin don Pedro ordonna qu'ils fussent brûlés. Tout cela eut lieu devant le palais où il faisait sa demeure, de manière qu'en dtnant il avait l'œil à ce qu'il faisait faire. Ce roi perdit beaucoup de sa bonne renommée par un tel scandale. En Portugal et en Castillecela fut regardé comme une action très-mauvaise, et tous les honnêtes gens qui en entendaient le récit, disaient que les rois avaient commis très-grande erreur en allant ainsi contre leurs promesses, parce que ces chevaliers s'itaient ré* lugiés en leurs royaumes sous la foi

( * ) JHzemdo' que Ihe trouxessem cebolla e vinagre pera o coelho. Pour comprendre cet affreox Jeu de mots, U faut se rappelée que eoelho algiiifie lapin en portugais.

de leur parole !.. .

« Si quelqu'un dit que beaucoup ont existé qui ont aimé autant et plus que don Pedro , telles que Ariane et Didon, et d'autres que nous ne nommons pas , nous répondrons que nous ne parions pas d'amours imaginaires, lesquelles certains auteurs, bien fournis d'éloquence et fleuris en beau discours , ont rapportées selon leur fantaisie , disant au nom de telles personnes raisons auxquelles elles n'ont jamais songé ; mais que nous parlons de ces amours qui se content et lisent dans les histoires, et qui ont leur fondement sur la vérité. Ce sincère amour, le roi l'eut pour dona Inez dès qu'il s'énrit d'elle, étant alors marié et encore infant, de telle sorte qu'au commencement il semblait perdre près d'elle la vue et la parole; il- ne cessait de lui envoyer des messages , comme vous l'avez vu plus haut.

Les efforts qu'il fit pour la posséder, ce qu'il accomplit à cause de sa mort, et les justices qu'il rendit sur la personne de ceux qui étaient coupables envers elle , bien qu'il allât contre ses serments , tout cela est attesté par ce

Sue nous avons dit. Et s'étant rappelé 'honorer ses ossements , puisqu'il ne Souvait plus faire davantage (*), il or* onna de leur élever un monument de pierre blanche subtilement ' ouvragé , et

( 1 ) On voit que Fernam Lopes ne fait nullement mention ici du couronnement d'Inez. voici le passage le plus concluant qu*on puisse alléguer en faveur de ce fait célèbre : dans ses commentaires» au ch. III des Lusiades, Faria y Souza s^exprime ainsi : « La mataron yel « principe no oexo de amarla muerta. i assi « luego que murio su padre i empuno el cetro, R hizode senterrar a D. Inez, I, eolocarla en un « trono, adonde fue corouaua como reyna, « t alli hizo que sus vassallos besassen aquel' c los huessos^ que avian y a sido manos bel' « las : publicando primero con juramento , y « otros actos soleoes qyie avia sido su muger « légitima. Tenemos en nuestft) poder la copia « del instrumento publico , que mando hazer « de todo esto i se conserva en el archivo « real, etc. » Lorsque nous publiâmes Touvrage intitulé : Chroniques chevaleresques de l'Espagne et du Portugal , nous n*avions pas encore rencontré ce document. U est, comme on le voit, plus explicite en faveur du couronnement d'Inez qu*aucun de ceux venus en notre possession; et ces motSf nous avons entre nos mains copie du procès-verbal quUlflt faire et que l*on conserve dans les archives royales, prouveraient ou que Fernam I/>pes n'a pas tout dit , ou qu'une pièce concluante a été perdue ; elle existe peut-être dans les riches archives de Lisbonne.

LTJHIVKR&i

fit placer sur la pierre da tombeau sop image ^vec la couronne sur la tête, comme si elle eût été reine ; et ce monument « il le fit placer ({ans le monastère d'Alcobaça, non à l'entrée, où reposent Ips rois , mais dans Féglise à main droite, près de la grande chapelle ; et il fît transporter son corps du monastère de Santa-Clara où elle reposait, le plus honorablement qu'il se pouvait faire. Elle' venait dans une litière fort bien ornée pour le temps , laquelle était portée par d'illustres chevaliers, aQ« compagnes de grands seigneurs et de beaucoup d'autre monde, de dames, et dedemoiselles et de gens d'église. Par le chemin il y avait grand nombre d'hommes avec des cierges à la main , rangés de telle manière (]ue , le long de la route , le corps fût toujours entre de^ torches enflammées. C'est ainsi qu'ils arrivèrent au monastère , qui était à dixrsept lieues de là. Le cprps fut placé dans le monument , avec grand nombre de messes et solennités , et cette translation fut la plus honorable qui eût été vue jusqu'alors en Portugal. Semblablement il fit faire un autre monument bien ouvragé pour lui, et il le fit placer à côté de celui d'hiez, afin que, quand il viendrait à mourir, on l'y déposât ;i et étant à Ëstremoz il tomba malade , de ses dernières douleurs. £t gisant ainsi malade il vint à se souvenir qu'après la mort d'Alvoro Gonçalvez ej^ Pero Coelho, il avait été prouvé que Diogo Lopez Pacheco n'avait pas été coupable de la mort de dona Inez , et il lui pardonna tous les griefs qu'il avait contre lui , ordonnant qu'on lui rendît tous ses biens , ce que fit le roi don Fernando son fils. Et le roi ordonna , par son testament , qu'on attachât à tout jamais audit monastère six chapelains

Î[ui chantassent et eussent à dire pour ui chaque jour une messe officiée, à laquelle \h devaient se rendre avec la croix et l'eau bénite. Et le roi don Fernando son fils, pour que s'accomplissent et se chantassent avec plus d'efficacité lesh dites messes, donna au monastère, en pure donation, le lieu désigné sous le nom de Paredes, district de Leirea, av«c toutes les rentes et seigneuries qui y étaient attachées (*)... »

(*; Les derniers récits qui nous aient été faits

DBUNlàaBS ANNiBS PV BtoHV DE

D. PBbi^o. — Après le récit de cette

§rande catastrophe , ce qui nous reste à ire sur le règne de l'amant d'Inez n'occupe plus qu'un rang secondaire aux yeux des autres nations. Le Portugal, au contraire, voit dans cette période, assez ignorée, de son histoire une époque de repos qui prépare des temps plus glorieux. L'inflexible sévérité du prince, unie à un sentiment profond de la lustice, donna à son règne une valeur tellement significative aux yeux du peuple , qu'il consacra sa mémoire par un mot dont on admire encore la simplicité et la profondeur. C'est dans Fernaud Lopez et dans Ayala qu'il faut étudier le caractère original de ce roi , c'est là qu'on trouve dans leur vérité première cette multitude d'anecdotes que les chroniques successives ont peu à peu altérées et qui s^ trouvent dans tous les recueils historiques : celle où un évéque est meo nacé du fouet parce qu'il a été surpris en adultère; l'histoire du maçon condamné à ne se point servir de la truelle pendant un an, à la suite du meurtre d'un prêtre, cette parodie quelque peu audacieuse de rindulgence de certaines lois ecclésiastiques, tout prouve qu'en affectant des formes bizarres dans 1 exécution de ses volontés , D. Pedro n'en poursuivait pas moins le plan de son aïeul à l'égard du clergé. Il paraît certain qu'il favorisa le peuple toutes les fois qu'il le put faire, aux dépens même de ce pouvoir qu'on redoutait partout ailleurs dans la Péninsule. Les grands et le clergé, d'aecordpeut^tre avec eux,

sqr Inez sont bien récents et bien tristes ; ils datent du mois de décembre 1835, à l'époque où M. Taylof achevait sa tournée artistique en Portugal. Cette reine, qu'on avait Jadl« urée de son cercueil f)oOr la ceindre du diadème, avait été arrachée ignominieusement de la tombe, et ses ossements « à dejoni consumés, étaient épars sur les dalles du couvent d'Alcobaça; il en était de même des restes de don Pedro. C'est aux soins pieux du voyageur français qu'on doit la réparation d'un tel sacrilège; la tombe de marbre qui fut élevée au treizième siècle a reçu de nouveau celle qui ne fut reine qu'après sa mortf comme disent les vieux poètes dramatiques de l'Espagne. Quant aax fondateurs, aux vieux religieux français venus pour instituer le couvent d'AIcobaça, leur cendre n'avait pas été respectée davantage. Aujourd'hui ce qui reste de leurs ossements repose dans un reliquaire, entre la riche collection ducurieax antiquaire et les beaox livret qu'il a rasseqaibMB sur l'art.

^i^ofnmèrent D. Pedro, )e Cruel; le piêbph nëry méprit pas , et il l'appela le Justicier. De son temps, en efifef , une entière sécurité pour les personnes et les propriétés rej^a dans toute rétendue du Portugal; les rouages de la judicature et de radnninistration ftirént simplifiés jusqu^à l'extrême. Le trésor fut plus riéhe qu'il n'avait été sous aucun des rois précédents. En évitant de donner des secours intempestifs du roi d'Espagne , qui les réclamait à titre de proche paient, ce souverain détourna également du pays une guerre désastreuse avecRiGàstille. Frappé de si réels avantages , le peuple persévéra dans son opinion, et en parlant du Justicier après sa mort, il disait qu'un tel monarque ou n'eût pas dû naître ou n'eût pas dû finir (*). Le roi dont son peuple parlait ainsi mourut à E&tremoz , le 18 janvier 1367. Ses dernières volontés furent suivies ponctuellement . et on le trans* porta après sa mort à A.lcobaça, dans la tombe de * marbre qu'il avait fait faire pour reposer près de son Inez.

Uqe chose qui caractérise cette époque , et qu'il nous importe de signaler ici, c'est l'ignorance où la France se trouvait alors de toutes les choses relatives au Portugal. En dépit des notions positives qui avaient dû être transmises dans l'âge précédent, par les Burdin , les Aymeric d'Ebrard, lés Dopfiingos Jardo, toutes les eonnaisahces qu'on avait sur ce beau pays s'étaient si bien éteintes vers le temps où régnait D. Pedro que lorsqu'un poète français de cette période prétendis peindre le roi de Lisbonne ià Grant, il ne s'enquit pas même de son nom réel , et rappela D. Fagon. La chronique en vers de du Guesclin est bien plutôt une histoire qu*un poème ; et le trouvère qui a eu la âierveilleuse patience de la rimer, connaît jusqu'à ce Ferrant de Castre dont la scèur avait eu une si éclatante célébrité; c'est que Ferrant de Castre

(^) 0h t^oniBïX qu'U ne s'était pas encore TU en Portugal dix années comme celles où a^ait régné D. Pedro : le surnom de Justicier pare^iceUenoe lui resta. Un poëte céiètire, Sa e Miranda, Ta parfaitement caractérisé par ces deux vers.

Pedro que amores teve corn a JusUça

Beal, e nOa ctwel étuilinacao.

étaîtalorsàla courdePiètretTEspagne^ et gûe tout s'effaeadans ses uouvmm dèft aufil s'agit du Portugal. Adieu les grandes trompes d'argent, au son desquelles dansait le roi ; ce sont des vielles qui les remplacent à la grande joie du trouvère, qui se moque de l'instrument truand! Adieu la magnificence gperrière qui accompagnait à cette époque la prise d'armes d'un chevalier; le roi qui règne à Lisbonne ne trouve pas itiéme parmi les fiers barons qui combattront SI rudement à Aljubarotta un seul homme capable de résister à Mahiau de Ûoqrnay : c'est un étranger qui joute contre le noble Anglais, et le roi Fagon n'a d^autre ressource pour venger l'honneur national que de faire entrer dans la lioe un Breton (*)!

On voit par ce paragraphe qu'on a eommeqcé de bonne heure à répandre d'étranges erreurs sur le Portugal et ses habitants; nous touchons cependant à un règne où les communications seront plus directes, parce qu'en dépit des agir tationsduroyaumelamarine^'accrottra, et qu'à défaut d^un roi habile les richesses prodigieuses aooumulées par don Pedro donneront une vive impulsion auic transactions commerciales.

BÈONE DE D. FERNANDO. — LUTTlfl DÉPLOYABLES AVEC LA GASTILLB. -r

LiANOQ TBLLEz. — Le fils de Dona Constance était néà Coimbre, le 3] octobre 1345; il monta sur le trône le jour oik mourut son père; il avait filora vingt-deux ans. Tous les chroniqueurs se réunissent pour vapter la beauté de ce jeune souverain, les rares qualités de son intelligence , mais tous aussi . parlent de sa faiblesse et de sa légèreté mconstante.

L'auteur de la Monarchie éusitanienne^ le savant Brita, fait observer avec raison que nul souverain ne prit la conduite de l'État sous des auspices plus favorables. Diniz avait donné une immense impulsion à l'agriculture, Alphonse le Brave avait assuré l'indépendance au pays, don Pedro avait augmenté prodigieusement les ressour-

{*) La vie du vaillant Bertrand du Giiesclin, parCuvelier, trouvère du quatorzième siècle, t. I, p. 359. Ce poème, publié par M. Cfaarrière, fait partie de la collection des Documents inédtU rçlijiifi^ 4 l'histoire de France,

L'UNIVERS

ces du trésor : les fatals conseils d'une femme artificieuse , Tinfluence de quelques favoris, firent évanouir en peu de temps ces (trincipes de prospérité.

Les premières années du règne de don Fernando ne devaient pas faire présager ce qu'amèneraient un jour son insouciance et ses prétentions imprudentes. Il s'occupa immédiatement à relever les fortifications de certaines places , à les munir des approvisionnements indispensables et à construire même de nouveaux édifices. La période où vécut Fernando occupe sous ce rapport un rang de quelque importance dans l'histoire du Portugal ; li ne faut pas oublier que ce fut sous ce roi qu'on éleva les fortifications qui entourèrent si longtemps Lisbonne, et dont il reste encore aujourd'hui quelaues vestiges. La première faute que nt don Fernando , celle qui faillit causer sa ruine, ce fut de ne pas s'en tenir à ces améliorations intérieures et d'élever trop haut ses prétentions.

Le roi qui était venu implorer vainement l'assistance de don Pedro , Pierre le Cruel , avait succombé ; l'Espagne était entre les mains de Henri de Transtamare. Le jeune roi réclama hautement cette couronne , que le Portugal avait laissée tomber sciemment au pouvoir du fratricide. En effet, comme petit-fils de don Sanehe , le trône de la Castille lui appartenait. Henrique le Bâtard lui prouva bientôt ce que valent de telles prétentions , lorsqu'elles ne sont pas soutenues par l'habileté ou par une volonté énergique. Don Fernando s'unit à don Pedro d'Aragon , dont il demanda la fille en mariage, et il ne craignit pas de contracter une alliance avec le roi musulman qui régnait à Grenade. Une guerre cruelle s'engagea, une guerre acharnée, comme se la font les prétendants : elle cessa grâce à l'intervention de Grégoire XI , et la paix fut signée à Evora, à la un de mars 1391. Une pièce diplomatique datée de cette année prouve que la France allait entrer désormais dans des rapports plus directs et plus fréquents avec le Portugal qu'elle ne l'avait fait sous les règnes précédents (*).

C'est à cette époque qu'on voit ap-

{ * ) Voy. le Quadro elemenlar dus relacOes politicas e diptomatkas do Portugal, publié par M. de Sanlarem.

paraître une de ces femmes dont le fatal amour fait la destinée d'un royaume, et dont la forte intelligence imprime une sorte d'éclat à la voie criminelle qu'elles ont suivie. Lianor Tellez , dame d'une merveilleuse beauté et qui appartenait à l'illustre famille des Menezes, avait été mariée quelques années auparavant avec Joam Lourenço da Cunha, seigoBur de Pombeiro; don Fernando s'était épris d'une passion violente pourcetteïemme; au mépris de toutes les lois, il fit casser son mariage; et sans s'arrêter même aux obstacles qui naissaient de la parenté, il contracta une union publique avec elle , à Eixo, en Tannée même où il venait de signer la paix.

Le drame, avec toutes ses conditions d'intérêt^ de terreur, d'incidents inattendus ou tragiques, se montre à chaque instant sous les formes les plus originales, durant ce règne. Ce fut, dit-on , cet évêque don Affonso , que Pierre le Justicier avait menacé du fouet pour cause d'adultère , qui bénit le mariage ^e don Fernando avec Lianor Tellez. Cette reine perfide redoute toujours les enfants d'Inez : elle a une sœur, Maria Tellez, belle comme elle, mais douée d'un cœur noble et dévoué; elle fait si bien que don Joam , le frère du roi, l'épouse secrètement; puis, quand cette union est contractée, il lui faut le sang de sa sœur et la perte de l'infant. Pour parvenir à ce but , elle promet indirectement la main de l'iniante à son oncle, et avec elle peut-être un jour le trône du Portugal. Dona Maria Tellez est poignardée un matin par son propre mari; mais le crime n'est pas plutôt consommé , que Lianor se rit de l'assassin (*). L'infant don Joam fuit en Espagne, sous le poids de ses remords, si bien que les sanglantes amours d'un fils d'Inez continuent le drame de l'âge précédent. Il reste encore un prince né de l'union funeste que punit Affonso IV; c'est un esprit fier, un cœur généreux , il refuse de baiser la main de la reine adultère, que son frère lui a présentée. L'exil suit cette injure, et plus tard l'infant Diniz est contraint d'er-

(*) Voy. le récit dramatique que Feroam Lopes nous a laissé de cet évéoemeat, Chrani^ gués chevaleresques de l'Espagne ei du Portugal, par Ferdioaud Dédis, t. II.

rer sur. les mers du Nord. Un naufrage le jette au noilieu de pauvres Flamands, et le second fils de la belle Inez est retenu captif sur les rives de Flessingue, dans la cabane d'un pécheur (*).

Tous ces récits, qui colorent l'histoire, mais qui ne disent pas les faits importants, nous sont malheureusement interdits , ou ne peuvent être présentés que d'unefaçon sommaire; il était indispensable néanmoins de faire connaître la femme artificieuse et cruelle qui eut une si grande influence sur le paySf. Pour contracter Todieuse union qui l'unissait à Lianor Tellez, don Fernando s'était. vu contraint d'éloigner son mariage avec la fille du roi de CastiUe , il commit bientôt une action plus déloj^ale encore; au mépris des conventions contractées à £vora, il fit alliance avec le duc de l<ancastre, fils d'Edouard III, roi d'Angleterre : ce prince avait épousé la fille de Pierre le Cruel , il avait des prétentions au trône d'Espagne , et il les soutenait par les armes. La colère de Henri de Transtamare fut à la fois juste et terrible , car il apprit bientôt cette rupture inattendue. Il jura de se venger et de ne pas revenir en Castille avant d'avoir détruit Lisbonne. Fernand Lopes nous a même conservé les paroles de l'imprécation , et elles prouvent que si cette colère implacable s'arrêta, c'est que des fléaux mattendus détournèrent son accomplissement.

Il faut lire dans la vieifle chronique les détails de cette déplorable guerre, une des plus cruelles sans doute de toutes celles que le Portugal eut à subir durant le moyen âge. D. Fernando était reconnu roi de Castille par plusieurs villes ; toutefois, après avoir dévasté la province.de Beira, le roi d'Espagne arriva à la tête d'une armée puissante sous les murs de Lisbonne, et il se logea dans le couvent de San-Francisco. Les habitants de la cité, réduits alors à un

( * ) Ce fait, entièrement inconnu aax historiens portugais, est consigné avec tous ses détails dans un précieux opuscule de M. le GIa3r, intitulé : j^nalectes historiques. Après les incideots les plus curieux , que nous nous réservons de foire connaître autre part, D. Diniz repassa en Espagne , s'y maria et devint Torigine de la maison de YUlar..

affreux désespoir, commencèrent à mettre le feu à une partie de la cité ; tandis que les Espagnols faisaient eux-mêmes ce qu'ils pouvaient pour accroître le désastre. Fernando était paisiblement àSantarem, et Britonous le représente laissant passer les bandes des Castillans, regardant avec insouciance s'élever dans les airs la fumée de rhorrihie incendie qui dévastait sa capitale. Par bonheur pour le Portugal , Grégoire XI, qui résidait à Avignon, intervint de nouveau entre les deux rois, et la cessation des hostilités fut résolue; ce fut le cardinal Guido de Montfort qui fut chargé d'établir les préliminaires de la paix; elle fut signée définitivement le 19 mars 1373. L'entrevue des deux rois eut lieu sur le Tage, en vue de Lisbonne, et au milieu de cette pompe du moyen âge qui donnait un caractère de réefle solennité aux grands actes de la politique; si bien que Henri de Transtamare ne put s'empêclier de dire au retour : « Je viens de voir belle ville et beau roi. »

On prête à don Fernando un propos qu'on ne peut traduire aussi facilement,

mais qui atteste à quel degré il avait été suMugué par les manières nobles et insinuantes de son rival (*). Un grand

acte, un ^cte fécond en résultats déplo rables pour le Portugal, mais qui ne devait être ratifié que bien des années après, fut arrêté dès cette époque ; Brites, si souvent promise par son père, fut enfin fiancée à l'infant de Castille.

ADMINISTBATION, MARINE. — NOU- VELLE RUPTUBE AVEC LA CASTILLE.— ENTREE DES ANGLAIS EN PORTUGAL.

—C'est à cette période du règne de don Fernando qu'il faut |}lacer la plupart des actes administratifs qui rachètent les fautes nombreuses dont il se rendit coupable. Une de ses actions les plus méritoires fut de comprendre , dès cette époque, quel était le véritable rôle que le Portugal était appelé à jouer dans le monde par sa marine. Il s'occupa avec une persévérance digne de louanges de cette partie de l'administration , et c'est même de son règne qu'il

(* ) Quamtoeuhanrricaiovenho. Voy.Fernand Lopes, Chranica del Rey D. Fernando , dans la belle coUectton publiée par V Académie iies sciences de Lisbonne,

LiîwrVfiRS.

faut faire dater Jfés assurances maritinieé en Portugal. Les grandes forêts plantées par le roi Diniz commençaient à réaliser (>our les constructions nâfvales les prévisioins de ce roi prudent. Ferr nando permit à la marine marchande elle-même d'y puiser gratuitement des matériaux; âe grands navires furent construits avec art; en un mot, ce roi fît alors tout ce q^u*ii était possible de faire pour favoriser la navigation au lon^ cours ainsi que le commerce extérieur, et Schœffer, qui n'essaye pas de cacher les fautes de ce roi, donne en même temps une preuve de sa capacité peu commune, en présentant un tableau exact de tout ce qu'il fit dans ce sens. C'est la page de réhabilitation après les pages de flétrissure.

Malheureusement, le mal l'emporte toujours sur le bien durant ce règne déplorable; en dépit du mot qu'il a prononcé au retour de l'entrevue sur le Tage, la légèreté, disons même la perfidie du caractère de don Fernando, reprend bientôt le dessus. £n 1381, il vompit de nouveau la paix avec la Castille. Ce fut alors qu'il appela à titre d'alliés les Anglais dans te royaume , et qu'il employa pour faire réussir la négociation qai devait les amener,, un homme dont la vieille loyauté portugaise ne parle jamais qu'avec mépris. Un seigneur du pays de Galice^ le/somte Andeiro, fut envoyé par le roi à Londres , pour y rassembler les éléments d'une guerre perfide dont tous les résultats devaient tourner contre le pays. Cette trame odieuse eut pour première conséquence le déshonneur du roi. Au retour de sa mission secrète, le comte Andeiro avait été reçu par Fernando et caché dans son propre palais; la reine l'aima, et l'adultère fut ajouté aux autres crimes de Lianor. Quant à la guerre désastreuse qu'avait amenée la négociation de son complice, le Portugal ne compte peut-être pas d'époque plus fertile en rapines et en violences de toute espèce. Les Anglais, introduits en Portugal comme amis sous la bannière de Lancastre, y commirent des excès dont les guerres avec les Maures n'avaient pas à coup sûr donné l'idée. L'enfance elle-même ne fut pas à l'abri de cette brutalité soldatesque (*)

(*) Le holnart tePortiigftto» Femand Lo-

que ne pouvaient répHfilë^ lés c^fs ; dt le tableau si dramatique que nous a laissé Fernand Lopes de cette période sanglante , nous prouve qu'on ne peut la comparer pour les ëtcès qu'elle anaena qu'à notre guerre des Armagnacs (*).

Elle eut un terme cependant; et Jean I^'' de Castille conclut ta part en 1383, en épousant définitivement l'infante dona Brites. On dit qu'à la nouvelle de cette paix si désirée. Castillans et Portugais, latigués d'ude guerre désastreuse et surtout dé la présence de ce^ honn'nies du Nord qu'ils haïssaient presqtie également, se précipitèrent à genotix et rendirent grâce à Bi^ dans les camps opposés. La guerre furieuse, îfiipitoyarole, comme la faisaient les Angfais, avait jeté le trouble dans ces ânfies chevaleresques qui se repentaient à fa fois dé leur alliance et de leurs victoires ; le duc de Cambridge retira %es bandes. Les noces furent célébrées ; mars don Fernando ne put jouir longtemps de la tranquillité qui succéda à la guerre désasti^etise dont lî avait été le pronfïoteur principal ; la paix n'eut pour lui aucune douceur, il mourut d'une maladie dont il avait prévu longtemps à l'avance les fuàestes résultats, et il s'éteignit à Lisbonne dlanis le palais du Limoeïro, le 22 octobre f 383 (**).

INTERRÈGNE. LÉ MÈSTâË Ï)'AVIZ.

ifORT DU COMTE ANDEIRO. — Lcjour OÙ

D. Fernando eut cessé de ^vre, le Portugal se trouva placé dans la position la plus critique et la ptus compliquée ; la régence tomba naturellement entre les mains d'une femme qtie le peuple haïs-

pes V raconte que lear têtùeiié alla Jusqu'à couper uaeDfant en deux : rinfortunéemère , dont tous les efforts avaient échoué pour empêcher ! cet acte d^affreuâé barbarie, apporta les restes sanglants de son ftls- au roi, qui présenta 1 lui>méme ces restes mutilés au général an- ' glais. On promit beaucoup alors, mais les excès i conUnuèrent. x |

{*) E padeceo Portugal^ taHto damno dos amigos înglezes, como doainimigot Castelhanos. y oyez Rodriguez de Castro. I

( **)D. fernando, mort'àtrente-hntt ans non révoloâ, avait régne sf^fze ans ii<Hif mois: il est enterré dans le couvent de San Francisco a Santarem ; il repose à côté de sa mère infortunée , dona Constança, première femme de D. Pedro. Selon un antique usage, LianorTellez devait accompagner le corps du roi lors des funérail« les solennelles qux>n lui lit ; elle prétexta une indisposition , et ne parut pas. Il faut lire les t vieux chroniqueurs pour se convaincre du degré de haine soulevé par cetie inlrai^oti' aux

PORTÔGAL.

sait et méprisait à la fois , et léaU l^'^ roi de Castille, revendiqua une couronne à laquelle, selon lui, le mariage qu'il avait contracté avec l'infiante dona firites lui donnait des droits incontestables. D.

Joâm, le fils aîné d'Inez, l'assassin de la noble Maria Tellez, élevait aussi ses prétentions; mais' il les élevait du fond auoe prison où le roi de Castîlle l'avait plongé; et malgré les sympathies du peuple oe Lisbonne,, ses chances étaient nulles en réalité. Il n'y avait pasjus- ^'à rin£ant don Dîniz qui ne cnerchât à se faire quelques adhérents et à se créer un parti. Au milieu de tous ces esprits inquiets et ambitieux , Tbomme que la Providence réservaît au Portugal gardait le calme d'une âme forte. Il voiSait avant tout Tindépendance du pays ; le trône lui vint pïus tard.

C'est à la suite d'une étrange préoccupation sans doute que plusieurs écrivains ont faitna^redoQjoam, mestre d'Aviz, duroidooPedroet dînez; pae cette sin- ^uiiève erreur, ils enlèvent une dynastie a l'histoire du Portugal. Le grané maltr&étai£fils bâtavddtt roi donPedr», qui Tarait eu, selon: l'opinion la plus eenaiimiBey en (3^7 (1). Je trouve daas un livre presque igaofé des historiens, que sa mère était Génoise et noble ; mats l'o*pinion. la plus eommtHie 1» donne pour mère- une dame du paj^sde Galice,^ uom^ mée dona Teresa^ Loureneo. Il avait été élevé par son père à la' dignilié de grand maître de l'ordre d'Aviz, et la haine active que Lianor Tellez se sei»tit pour lui dès l'origine avait porté ses fruits : non-seulement la reine avait réussie le priver momenlanément de sa liberté, mais il avait failli perdre la vie par le» menées de cette femme perfide.

Le mestre d'Aviz était aimé des Portugais précisément à cause des haines qu il avait soulevées et de la droiture qu'on lui avait reconnue en mainte occasion. Tout nous prouve qu'il agit extérieurement d'abord au nom de l'infant don Joam,qui expiait dans la prison dont ri ne devait plus sortir le meurtre de Mapria Tellez. Au fond du cœur, il était l'élu d'un noble vieillard, investi lui-

(l)Le II avril, C*esf du moins roplnion de Sylva, Hfemorias d'elreyD. Joam I,t.I, p. Ild. Fernand Lopes, qai doit inspirer tant de conflaBoe, le faU naître le I6 avnl IM8.

même, pai' ses vertus, d'mie éditfé cte royauté populaire : Alvar Paes contribua à faire obtenir la couronne au meâ- Ire d'Aviz, lorsqu'il eut compris ^de grâce à son énergie et à sa valeur c'était le roi qui convetiaît au peuple.

D. Joam se fit à'd^iotàgrand justicier^ et il n^y a guère de page plus dramatique dans son histoire que celte où , sous le prétexte de venfr prendre les ordres de la reine Lianor Tellez, au moment où il faut garantir les frontières de Tiùvasion espagnole, il pénètre jusque dans son palais afin de venger le peuple et la royauté. Ua court récit nous fera mieux comprendre cet épisode.

Le comte Andeiro , qui s'^était d'abord tenu à l'écart lors des funérailles du roi , avait quitté Ourem : malgré les pressentiments des siens, il était revenu auprès de Lianor Tellez , et dans l'âttituoe humblement orgueilleuse du favori , il recevait no jour aux pieds de la reine eertaios ordres dont ua sourire laissait comprendre ou la douceur ou l'insolence. Le mestre d'Aviz entre anrec les siensdans l'appartement; Lianor est sur son estrade, ses dames sont assises autour d'elle, le comte Andeiro deh vine à demi la seène qui va se passer ; il- ordonne aux sieos de prendre les armes. Il est trep tard ; avec la froide courtoisie d'un chevalier qoi prend congé de sa souveraine ^ don Joam a déjà quitté la reine ; sous un prétexte auquel il ne peut résister , Feraandez Andeiro est contraint de le sui'vre. Les voilà dans la vaste salle qui pi^écède le lieu magmfique où se tient la eour ; ils sont dans l'embrasure d'une croisée ; que se disent-ils ? On Fignore. Tout à coup le grand maître frappe du glaive celui que le peuple a jugé ; Andeiro n'est pas blessé mortellement, un autre chevalier l'achève. Une immense elameiM* se répand alors dans le palais ; et quand Lianor Tellez croit reconnattre dans ces cris prolongés, des ohoeuf* kiginbres , (iuand elle eroit entendre les^pajFsans àdemi sauvages des provinees éloignées , qui viennent, selon l'usagfe, pleurer sous ses fenêtres la mort du rof», c'est un cri vengeur dont ses oreilleff sont frappées.

Pooï^blen eom^HMadre oettescène'dli moyen âge , il faut en suivre les divers

L'UNIVERS

épisodes dans Fernand Lopes; c'est la qu'on saisit tous les détails du tumulte populaire qui succède à cette catastrophe : tumulte prévu à Tavaiice, et qu'on a excité en disant à la multitude que le mestre d'Aviz est en danger de mort. En effet, les habitants de Lisbonne n'ont pas plutôt appris par un jeune page envoyé à dessein , que le grand maître enfermé dans le palais y court un péril réel , qu'ils se précipitent en foule vers l'habitation de la reine, et qu'ils menacent de se porter aux plus terribles excès si don Joam ne paraît point. Il paraît à la fin , et aux cris de joie que pousse la multitude il peut comprendre pour la première fois que le grand maître de Tordre d'Aviz vient de changer son épée vengeresse contre le sceptre du Portugal.

Il ne fut pas salué tout d'abord du titre de roi ; mais après la retraite de Lianor, il fut nommé, le 16 décembre 1 383 , gouverneur et défenseur du royaume. Il remplit avec valeur toutes les obligations imposées à ce titre honorable, et cela grâce à l'énergie du peuple, car il avait contre lui la plus grande partie de la noblesse , presque tout entière attachée au parti de la reine fugitive, si ce n'est au parti castillan. Ce fut cependant parmi les nobles du royaume qu'il trouva l'ami sincère et dévoué dont ta noble figure occupe à côté de la sienne le premier rang dans cette histoire.

NUNO ALVABEZ PEBEipA. — A l'épo-

que où nous sommes parvenus , le hardi chevalier dont nous parlons était à peu près de l'âge du jeune défenseur du royaume. Don Nuno Alvarez Pereira était né au mois de juin de l'année 1360, dans un lieu désigné sous le nom de Bom jardim près de nila do Certào ; son père se nommait don Al varo Pereira, prieur de Grato; il était fils lui-même de l'archevêque don Gonçalo ,

3ui l'avait eu en légitime mariage avant 'entrer dans les ordres sacrés. La mère de Nuno Alvarez , qui appartenait aussi à la première noblesse, se nommait Eria Gonçalvez deCarvalhal, et elle était fille du seigneur d'Evora-Monte, ou, selon quelques autreis , de l'alcaïde mor d'Almada. L'homme qu'elle avait aimé était lié par des vœux ; elle sut racheter par

quarante années de pénitence les erreurs d'une passion que les contemporains eux-mêmes ont excusée : la vieille tombe où on lit peut-être encore l'épitaphe qui lui fut consacrée, parle de ses vertus, et la qualifie de dame très-hdnorable (1). El le avait su en effet inspirer à son fils toutes les vertus guerrières de ce temps , et dès l'âge de treize ans don Nuno Alvarez fut armé chevalier ; il le fut même des propres mains de la reine Lianor Tellez. On remarqua depuis que le jeune fidalgo n'ayant pas d'armure à sa taille, ce fut la propre armure du mestre d'Aviz qui lui servit pour la cérémonie ; présage touchant d'une confraternité sainte, que la mort seule devait faire cesser.

Le jeune chevalier se maria, dès l'âge de dix-sept ans, avec une noble dame , appelée dona Léonor de Alvim. Elle lui appartenait déjà par les liens du sang, et il lui fallut une dispense du pape (Grégoire XI pour contracter l'union projetée. Ce fut do ce mariage que procéda une lignée de rois dont s'enorgueillit le pays (2).

Ce n'est pas sans raison que nous sommes entré dans ces détails biographiques. Car Nuno Alvarez , le Scipion portugais, le saint connétctble, comme l'appellent les vieux écrivains , marche en tête des héros que nous aurons plus tard à nommer. Son premier titre à la reconnaissance des peuples, ce fut de ne point désespérer de la cause du grand maître , et de comprendre que celui qui voulait l'indépendance du pays au risque de sa propre existence pouvait prendre le titre de roi.

GUERRE DE l'iNDBPENDÀNCE. — LE GRAND MAITRE ÉLU ROI. — BATAILLE

d'aljubabotta. — Comme D. Joam l'avait prévu, le roi d'Espagne soutint ses prétentions avec activité, sinon

(I ) Voyez Cardoso,^9>o/o^toZu5»tono, t. IIî, p. s 16. {

( 2 ) NuDO Alvarez Pereira eut de ce mariage deuje liiles, qui moururent de tionne heure, et une fille qut s'appelait dona Britès. Dona Léonor de Alvim était morte en lui donnant naissance, et elle se maria avec D. Affonso, liis du roi Jean ler,

Sui , après avoir porté le titre de comte de arcellos, devint premier duc de Bragance; on sait combien de princes sont issus de cette maison. Les vieux historiens appliquent au connétable les paroles^u psalmiste : Poiens in terra erit semen ejus, generatio rectorum benedicitur.

avec énerve ; Il fit passer en Portugal plusieurs corps dln vasion ; il établit des rapports suivis avec la reine Lianor, et il fonda ses espérances sur la haine que le mestre d'Aviz avait inspirée à l'amanté du comte Andeiro. En cela, il ne fit pas preuve d'une sagacité réelle ; tour à tour soutenu et abandonné par une fenime que la nation haïssait, il se vit bientôt privé de cet auxiliaire inconstant, car, en dépit des partisans/iu'elle avait parmi la noblesse, dona Liânor, dont le peuple ne voulait plus, fut conduite à Tordesillas , et de là à Séville, où devait finir son existence politique , bien avant qu'une mort obscure l'effaçât complètement même du souvenir des hommes qui s'étaient dits ses plus chauds partisans.

Maïs ici les événements se pressent , il faudrait dire les actions successives .ui s'engagèrent entre les Portugais et es Castillans, les victoires partielles que remportèrent sur des points divers le grand maître et Pïuno Alvarez. Il faudrait raconter l'invasion que le roi d'Espagne croyait définitive, le siège qu'il vint mettre devant Lisbonne, l'inutilité de ses efforts devant cette grande cité. Il faudrait peindre cette peste ef-. froyable qui se fit un moment l'auxiliaire des Portugais contre leurs nombreux agresseurs; la retraite du roi de Castille; les efforts prolongés, inspirés parunerage impuissante. Ces récits, admirablement présentés d'ailleurs par des chroniqueurs contemporains, seraientfertiles sansdouteen épisodes dramatiques; mais ils regardent surtout le Portugal, et nous avons hâte d'arriver à ces faits d'un ordre supérieur qui intéressent non -seulement l'Europe, mais le monde entier. Pressé par I espace, nous n'omettrons toutefois aucun des grands événements qui se rattachent directement à la gloire de Joam V\ Il |r en a un qui les domine tous, c'est le choix populaire qui lui donna la couronne. Dix-huit mois s'étaient passés dans ces luttes que nous avons signalées rapidement; le grand maître avait pris goût au pouvoir ; le peuple s'était attaché ardemment au grand maître; le pacte tacite était consenti , il ne s'agissait plus que de légitimer les désirs du défenseur et le dboix de la nation. Don

4' Livraison. (Portugal.)

Joam eut. le bonheur de rencontrer une parole habile et un esprit ferme dans un des plus subtils docteurs qu'eût formés l'école deBarthole : Joam das Regras ou d'Arregas lui prêta le secours de son éloquence , comme Nuno Alvarez Pereira lui avait prêté le secours de son bras. Les cortès furent assemblées à Coimbre ; les prétentions de l'infante Beatrrz furent écartées facilement , mais il s'agissait de prouver que les deux fils d'Inez n'avaient point de droit à la couronne ( 1 ). Le mariage qui lédtimaitdonJoametdonDinizfut nié solennellement ; le serment prêté jadis par Févêque de Guardafutmisànéant. Don Joam, mestre d'A viz, fut proclamé roi de Portugal et des Algarvesen l'année 1 385.

( I ) Je dois à la singulière obligeance du savant archiviste de Cambrai , une des pièces inédites les plus curieuses qui aient été conservées bur cette période de IMûstoire de Portugal. C'est la transcription de l'interrogatoire du confesseur de D. Diniz , second fils d'Inez de Castro, qui, fuyant l'Angleterre, où il ne se croyait pas en sûreté, lit naufrage devant Midiebourg , et fut pillé par des pêcheurs flamands , qui le dépouillèrent même de son argenterie. On volt par ce curieux morceau comment l'infant Diniz s'attribuait une légitimité qu'on devait refuser à l'infant D. Joâo, et qui le rendait à la fois cher au peuple et redoutable au mestre d'Aviz, devenu Joam 1er. « Dicit ulterius , super bis interrogatus, quod ille Petrus defuoctus rex duas habuit uxores, primam videlicet Constantiam , ex qua procreavit tilium suum Ferrandum solum , qui per novem annos regnavit rex Portugaiie. Quo si quidem constante matriinunio diclus rex Petrus adulterium cominisit cum quadam Â^nele nuncupata , ex qua genuit tilium aduitermum Johannem, in Ui;»'

Cia regentem ; deinde Constantia predicta ab oanis astracta que erat soror matris régis moderni Cas telle , dictus Petrus rex duxil in uxorem memoratam Agoetem suam amisiam (sic) . et ex illa procreavit Dyonisium sepedictum in legitimo matrimonio. »

Selon la teneur de cette pièce importante. Pinfant Diniz, retiré en Espagne, aurait prêté foi et hommage au roi de Castille, et sous Joam 1er, se serait refusé , en Portugal , à agir contre ce monarque. Devenu suspect au fondateur de la maison d'A viz, Diniz linit par inspirer des craintes réelles à un frère tout-puissant. D. Joam fut heureux de s'en débarrasser, en lui donnant une mission pour le roi d Angleterre. Arrivé à Plymouth , il fut averti par certains seigneurs portugais de ne se présenter devant ce souverain que s'il en obtenait un saufconduit ; comme ce sauf conduit n'arrivait pas , il s'embarqua pour la Flandre, lit naufrage, demeura quelque temps parmi les pêcheurs de Midiebourg, dans une captivité Ires-réelie, et fut trop heureux plus tant de trouver un asile en Espagne. Il est le fondateur de la maison de Villar, qui desoeod par lui ea ligne directe d'Inez de Castro.

L'UNIVERS

if^eotir le^ paroles sacrameptetjçs de Vacciamatiou dao^ Tç^lise 4q p^aint- Fraoçois à Çoiint)rç, oq les cortçs $^^ iatent assemblées (1).

LéinesUe a'Aviz, devenu roi^ ne f^ powt ingrat envei^s «eux qui Tavaie^t s^iu^^au, ou plutQt la ^lanifestàtion d^ $a recQuna^saAce fut un (besoin de ça Qobie coiui; ; il ipvçstit de la dignité de çopnéta^açli^roj^aume don Nuno Alva^ rez Pereira , ç't ii le fit e^ OMtre soq viordonfo i^r; Jos^m aaç Kegràs devint chanceler.

l\ fa^i^it garder ies arines à la Oiaiq une couronna donnée ainsi par le peu- Pilç : don J[oam le savait s^ bien que tandis qu^on rappelait roi à Coimbre, le Ci^iouarque de ^ Castille lui contestait ee rang suprême. La bataille de trai^i^oso, où les Espagnols furent défaits, doit être reportçe à cette époque mémorable.

Joam l^' comptait des partisan^ pleins 4'ardeur; mais il n*avait point d'argent, car le rich^. trésor accumulé par son, père s'était épuisé sous le règne précédent. Il avait de hardis soldats; mais il ne possédait point de forteresses, car toutes les places importantes réédifiées par don Fernando tenaient pour la reine ou pour le roi d'Espagne. Grâce à sa fermeté d'âme, grâce au bras qu'il avait armé de Tépée de connétable, il sut sa passer de tout cela ; en peu de mois il soumit à 8^ domination nombre 4e lieiji^ importants; ii subjugua aussi bien des esprits rebelles , et quand le jour d'une bataille décisive arriva , ce jour le trouva assez fort de l'amour de ses sujets pour qu'il n'eût riei;! à redouter des ennemi^ de rindépt^OMlafiGe.

Le rof de Gastille avait rassemblé cepeu4^nt <!^& forces imposantes; il ne les dATtgeait pas seuleçient vers les frontières &a Portugal. Une flotte, qu'on p^çMit regarder comme Tune des plus considérables qui eussent été encore

(I) Pedro de BfarijB, quia maiotes foi» recixeHIi des tzadilÎEins curieuses s^r rbUtoire de Bon pays, udos renréseate 0. Joam se reudanlt aux cortès de Cdimbre, et suivi par les jeunes

Sens de la ville «t m^me par les enfaqts, vél^s 'liabiU de fêtes, artoiés de iferid,. Us allient Cflaat, PortugaU PfmugaU parelrey D.Joam, no88o fvy / La. vieUle noblesse liû (Misait dé- AMit; DMdiftfrltaiiè gifàuAv^éWi pouclui, et il avait dû le comprendre. Vov. miK.c^mfi IHalogigdê varia Éhttoria, édft de 1648, p..l^.

3Xm^ dans la Pénraçiile , s'en vînt piouiller devant le port dé'Lîsbohne. Le pîonarquç espagnol, enfin, négligea si peu tout cç qui pouvait coopérer au succès de sa cause, qu'on le vit chercher des auxiliaires parmi lés étrangers, et qu'il appela mém^ à son aidé les machines nouvelles que le génie u^îlitàire de l'époque avait récemment découvertes : on affirma que don Juan traînait à sa suitç quelques (>ièces de canon.

Le mestre d'Avjz ( ses ennemis l'appelaie^^t encore aip,si) ne pouvait opposer en apparence que de bien faibles ressources à cette armée formidable; mais il était environné de pttr amour, comme dit un vieux chroniqueur, et cela suffit pour lui faire remporter une victoire durable , car elle fonda sa dynastie.

Le 1 5 août, la petite armée de Joam P"",

gui se composait d'environ onze mille ommes, assez, mal approvisionnés, se trouva , non loin; d*ua village nommé Aljubarotta, en présence de l'armée espagnole, qui comptait trente-trois mille hommes effectifs pouvant combattre. Mais le total de la multitude accourue de tous les points deTËspagne s'élevait à plus du Rouble, puisque Faria y Souzai SI minutieusement iniormé, la tait monter à qùatre-vingt-^^x mille individus. Malgré davantage immense du nombre, les conseillers du rpi de Castille ne voulaient pas accepter la bataille; ils se rappelaient qu'il y avait parmi ces hommes des soldats accoutumés déjà à vaincre; ils devinaient dans l'attitude déterminée de cette petite armée une de ces résolutions guerrières qui dispersent les multitudes ; ils furent contraints d'accepter la bataille décisive que leur offraient les Portugais.

La journ,ée d'Àllubarotta est restée, dans le souvenir qès peuples de la Péninsule, comme l'expression la plus haute de l'esprit chevaleresque qui dominait alors. Avant que d'ehgagei? faction , Joam I** arma de ses ]^ropres mains plusieurs chevaliers ; et parmi les n.oms que les chronique^ nous ont conservés, il y en a plusieurs qui réson- Qent comme des noms illustres dans les autres pays ; il y en a un cher su^ tout au Portugal ;'p^cç quHl rappela une noUe nçtio^ , tout empreinte de fesprit dé ces tekniis. Yascd ae I^èbèira

vaav&ÂL.

oDmliÉMt ebmme nndievaliBr atant d^éorM cmume un poëte (1>.

Toal, dans eette bataille, àa rart», rappelle ce^ exaltation obevaleresqneç toat jttsau'au nont que portait le oorpt des mettièurs combattants. Camoeoft' à eiïébfi lai-même eette brillante pha* \9n^do,senamor(Hh9, auiseeoavntëe gloirsdarant raetîon,etqi]eke& mibun treêesdn qvthïàème siècleenyironiiàreiit d*uq (K>étîque sou^nir.

Joam I<>"diyisa son armée en ttoi»

corps : Faik gauche, qui formait l'avant* garde, était commandéiB parNuno Alva« rez Pereira, et elle se eomposait de sept cents laoees; Taile dos enamoradt»

tenait la drofte, et avait pourcbefs Mem Rodrigîiez et Huj Mendes de Yaseon^ celos; derrière les chevaliers venaient les arbalétriers, ^^eizros^ et leshonnae^ de pied, ji^eoÀ«. li y avait néananoins nn grand espace entre eux. Le trwsième eorps, dont Textrémité Jitteignait près* que Vavant garde, se composait égale^ ment de sept cents lances et était ren* forcé par Tinfanterie. La marche de l'ennemi obligea bientôt à changer ces disposHions, et ie mouvement qiii*«a opéra fut tel qoe la petite armée part» gaise se trouva wouie par Tardent soleil d^aoât, en «lôme temps qu'elle était aecftblée par la poassière épaisse que la troupe castilhÂe soulevait.

Le jour déclinait havsque les deux armées commencèrent à en venir aux makis. Les Espagnols awaieot, dit^ron, seize pièces de eano», les premières qu'on eât encore vnes en Portugal :

elles tirèrent au commeneement de Faction, et un boulet alla tuer deux frères qui marchaient à Tavant-garde.

Cet événement au début de l'attaque fut regardé par quelques soldats portugais comme étant du plus fâcheux augure; et un événement, fort simple en soi, eû| pu imprinoier à Farmée entière le défBouiagenaent le ptu3 déplorable, si nn siinple peon n*eât annoncé^ avec une adoûràble présence d'çsprit, qu'il fallait voir dans cette eireojnstanoe un ^^ge-

{ I) yaeleiir de VJmadMdB Gtmla^ qai s*Mt qui A Uca fait w,ml\é iwe

Joarnée célèbre»

ocu A oQiraiiM Bueu, i

nsem ihiMMed» Dient (tL>^ tes to(x ftèrtts'élaat^ di^aiwit, f eodM^i:|PÎble& qusiqttes JMHrs auparavant dq wfurtre CFaaelercpendian(qH'iii<bsaU la aie;>se^ Du eôté des Portuijais» tp^s les bqr^wes de valeiflp étatenl à cetle ^t^iiy^ et don Loitrençoit Irtrahevéiiie 4fV %ag^ luintee, eoiivisrt 4^ hwi?isofili(wef ^en allaitde vang en w^ dt^tirikuâi^t les indûl^snoes aecorcléë^ pue Uc^(n Y( a oanx qui ooesbaittai^ ^s l$spag^jbs, les Outillant suivant à eefte époque , <tomme on sait, le pa^tj de Tantmapie^ Clément. U n'v 9m^ p^^ jusqu'à) lliâhUe jurîaeooenlte Joaq^ dai^ lUgr^ (|ui ne prétendît montrer qu'en' l'occasion U pouvait se servir de la n^i^pe d^^rmes pe«r faire. tri<Mi>ph€f se^ cH^u^^i;^ pQ;i ktiques.

La meil&eufe^ lai^e et la i(1us loyale dans toute cette armée, c était celle du( jeune eomaéteWe; ee fat lui qui à Favantr garde fit ployer d'abord les Espagnols, qui avaient obtenu au cfébut ua faible avantage; Wband&des amoureux^ le$ soldai du verdétendax(i^ le ^ecor^dèrenj^ admirablen^ent. Quant au rqi , La piqu^ an poing il pénétraU partent ou s^ présentait son paissant eWal, et on V^i^' tehdait répéter : San Jorçel San JoTÇffi ! iukUmiel aMante^ Senhoresi Saint George! saint Geor^l en av^nt, n^eisr sieurs! Bientôt il quitta la l£^e pour s^ servir de la hache, ^t ce fut en cq moment que, roulant frapper un intrépide Casr tiUan,.Mtfïe 4aa^»^c(e grande valeur^ dit la ehronique,aelui-ot, qui se pommait GonçaleiK de Sandoval, li^i arracha son arme fusante avec une tel^e vigueuVi qu'il le fit tomber de cheval le^ genoux en terre. C'en était fait çl^ (uj , indi;^i^itabiemept , si un chevalier 9.o.ç()n(i{é Gonzalez de Macedo ne fi^t venu à son aide, et ne lui eût rendu sa hacne 4'arwes. A rinstant ou il allait ^ fif^ppcri Sandoval tombait soi^ le^ Ç!Ç>M9^ ^'^^ autre Portugais.

La bannière de Gastijle venait d'êti^e abattqe, et elle ne devai^ ps^s se relever d£^ns eette Joiurnée fatajç. G*est ce que comprit le majordome c(q foi(rËsbâgnç, Pedro Goi^çale:; de I^eo^p^ça ; \{ silla vefs son souverain , et. il le co;\l(i:aignit à eb%fiisr ia.quil^ quif|Bpoj;^i;i ^9^tre un

ai

LUNIVEKS.

cheval de bataille : celle précaution le. sauva. L>ffortdles Castillans redoubla; îi y eut des traits admirables de bravoure et de résignation accomplis par quelques £s()agnols. Gela n'empécfaâ pas que la petite armée si dédaignée de ces hidal^ gos ne remportât une victoire complète. Tons les Portugais qui avaient pris parti dans l'armée du Castillan se firent bravement tuer; on les tuait d'ailleurs lorsc^u'on les faisait prisonniers, et ce fut ainsi que-périt, malgré les précautions du roi, le frère du plus loyal chevalier qu'il y eût dans toute Tarrnée portugaise , du bon connétable Nuno Alvarez.

I/historien portugais qui nous sem* ble avoir réuni leplus de renseignements circonstanciés sur cette bataille, Paria y Souza, dit qu'on n*apprit jamais bien exactement quelle avait été la perte des Espagnols. On sait néanmoins que près de trois mille lances manquèrent à l'appel. Un beau-frère du roi, le marquis de Viilena, premier connétable de Castille , y périt; don Juan de Castille , Ois du seigneur de Bfsca}re ; don Fernando , appartenant à la famille royale , y péri» rent également, avec nombVe de chéva* Jiers: parmi ceux-ci se trouvaient plusieurs Français de distinction et quelques Tïâvarrais. Quant au roi don Juan , il profita de la sage prévoyance du brave Mendoça, qui, lui, avait succombé durant l'action, et il s'enfuit à toute bride vers Santarem; cette ville tenait encore pour les Espagnols. Une lettre de l'archevêque deBraga, qui fait plus d'honneur à rhumeurjoyeuse de ce prélat qu'à son habileté comme écrivain , nous représente le monarque fugitif s'arracnant la barbe de désespoir, et maudissant le jour où il était entré en Portugal. Il n'avait gagné Santarem que pour s'en éloigner bientôt et tenter de s'embar- €[uer à bord de la flotte mouillée devant Lisbonne : ce fut ce qu'il effectua. De retour en Espagne, il put se convaincre douloureusement du deuil qui y régnait : à la nouvelle du désastre d'Aljnbarotta, il y avait eu du tumulte parmi le peuple, la vie de la reine Beatriz avait été ellemême en danger.

Quant à Joam I*% son trône était désormais assuré; il resta trois jours sur le champ de bataille, selon l'usage de

ces temps; il recueillit un butin immense, et un vieil historien prétend même qu'il chargea de trophées les arhresde la forêt voisine (1). Ces trophées annonçaient que désormais la dynastie d'Aviz régnait libreo^nt en Portugal.

Plus tard Fenthousiasme ^errier de ces deux hommes, qui avaient si bien combattu à Aljubarotta,se manifesta par une double pensée religieuse. Le connétable Nuno Alvarez Pereira fit construire l'église magnifique do Carmo, qu'une épouvantable catastrophe a détruite.

Joam V fit élever sur Templpcement même où avait eu lieu cette action mémorable le couvent de Bataiha. L'une a été renversée par un tremblement de terre, l'autre est encore debout, comme une preuve éclatante de ce que pouvaient taire pour les arts ces temps de foi et de chevalerie ; on peut encore dire à l'aspect de ce magnifique monumentcequedisaitau quinzième siècle le cardinal VicenteJustmiano: FidimusalterumSalomonis templum. Il est à craindre que les révolutions politiques, aussi bien à redouter pour les monuments que les commotions de la terre, ne détruisent lentement cet admirable monastère, qui n'a Jamais d'ailleurs été achevé. Espérons que les esprits généreux qui dans ces 'derniers temps ont élevé une voix énergique en faveur des monuments historiques du Portugal, sauront préserver celui-ci (2).

DISSENTIMENTS ENTEE LE ROI ET LE CONNÉTABLE.— HiLBIAGE]>E JTOAICr'.

— Nous avons dû insister sur un fait aussi important que celui qui donna la couronne de Portugal à une dynas-

( I ) On conserva pendant longtemps à Batalba .la chaudière aux dimeosioos gigantesques dont on faisait usage dans )*armée espagnole. Le monarque castiUan , dont le luxe était prodigieux, lit des pertes immenses en byoux de toute espèce.

( 2 ) Voy. dans le Journal portugais : G Panorama , les articles intitulés : Mais un brada em/avor ^stnonumenios. Nous rappelleroos, en passant, qu'un savant prélat, connu par la rare élégance de son style, a donné une histoire complète du couvent de Batalba , daos lea Mémoires de l' Académie dei Sciences de Lisbonne. Outre cette descripUon , on a le beau trayaU de Afnrphy, connu de tous ceux qui s*oo> eupent quelque pea de la bUxIiograpble des arts. Dans son Aaiologio Lusiiano, Gardoso a conservé des détails , bien préciflax aujourd'hui, sur -le temple magnikqae. où nposait le connétable. Voyez le t. III.

vokvàùAtl.

tienotftelle; mm serotis pTustàpidë dans . i^iipprécîatîoQ des circonstances qui sâcicedèrént à ce grand' événement.

La guerre dura enicore quelque temps, et eue se fit avec succès. Le connétable continua à donner des preuves éclatantes de sa, Valeur. Il entra dâns( l'Estramadure, et battît complètement les grands maîtres de Calatrava et de Sant-Iago.

Ce hardi capitaine, aue les Portugais se plaisent à revêtir de tous les genres d^héroîsme^ voulut a^ avec une libéralité toute royale à Tegard de ceux qui Pavaient servi; il donna généreusement la plupart des terres qui lui avaient été concédées par le roi , mais peut-être le fit-il en souverain plutôt qu'en sujet. Des dissentiments s'élevèrent entre deux hommes dont l'union avait fait la puissance; le connétable, mécontent, fut un moment sur le point d'abandonner le pays. Joani I«*^ comprit alors ce qu'une telle perte serait pour lui et pour le Portugal : il fit des concessions, et sut garder un ami fidèle. Il semble gue le digne connétable ait voulu se punir luimême d'un tel mouvement d'orgueil : quelques années après, recueilli dans son couvent des Carmes , et vêtu de Tbabit religieux, il exigeait qu'en s'adressa nt à lui on le privât de tous ses titres et qu'on l'appelât Nuno simplement; si l'on ne s'y fût opposé avec fermeté , il eût vécu d'aumônes, et il serait allé en mendiant mourir à Jérusalem (1). Et cependant un jour sa vieille bravoure, qui ne l'avait pas quitté un instant , se réveilla à la nouvelle d'une menace d*hostilités ; il eut encore un cri sublime contre les Espagnols. Lorsqu'il mourut , la nation le pleura comme son libérateur et l'honora comme un saint (2).

(1) Le peuple célébrait sa fête bien des années après sa mort, et durant le dix-septième siècle on chantait encore en son honneur an chant populaire où U était traité de saint {fion^ dealabre aanto ),

(2) On Usait Jadis dans réglise des Carmes de Lisbonne Tépltaphe du grand homme, ainsi conçue :

Nun^ Alvares Pereiraf Condestabre de Portugal, Jaz aqui desta manevria Que foi na hatalha real, A mais singular bandeira.

Capitâo mui valeroso.

E por tal muy conhecido O quai nuncafoi vencido Mas sempre victorioso Doi inimigos mui temido .

' La vierite Joam V* iierpownnttas a'é* teindre ainsi dam le Yepoaïmmaaiioûe ; elle était touée encore à de grands événements.' Adsuïé désèmaiediitrdae»

\ë jemé rei se fit relevev<ihi va» de obae* teté qu'il" avait prononcé eenMnegiand mnttre, et il épousa à PoHo.^ ïë2 &vtm 1887, â&m Fiiil^a, fiHedududdbLaa* <;astre. Grâce à cette flliiaBde^,l8i fertile d'ailleurs , si ' beUNine. m tonte ebosa pour le pays^; il put réeupérèi^ Mutes iea ▼iltes et toutes les places que I'Bomhghe avait enlevées au Portugal- 1« m»

de Lancàstre intervint; il y eut^ protK>* Sf tions de paix ; une snipeosion d'air* mes fut d'abord signée(l>; interrompue néanmoins par diverses cirooiKitances, là paix n'eut lieu entre les deux royau* mes qu'en l'année 1399.

LES EI!rFANTSnSJK)A.MI*'.--D. Joam

fat grand par lui-même, mais il fut grand aussi par les hommes de sa race : c'est vraiment de cette lignée qu'il faut répéter ce que disait un auteur itaJien des braves de son siècle : Ecco uno esercUo d' heroi. Pour comprendre l'histoire de cette période , quelques détails biographiques sont dâormais indispensables; on va les donner rapidement. Joam V eut huit enfants de son mariage avec dona Filippa. Nous ne parlerons ici ni deTinfantedona Branca, née en 1389, ni de l'infant don Affonso, né à Santarem en 1390 , et reconnu comme héritier du royaume : l'une mourut en bas âge , l'autre ne vécut quedix ans. Don ûuarte ne nous occupera pas davantage ici, parce que son règne sera l'objet d'un examen spécial. Le premier pnnoe qui se pré* sente ensuite est un de ces hommes minca assaz louvado, qu'on ne peut jamais asse2 louer, dit le poète; et eepen-

« Nuno Alvarez Poreira, connétable de Portu-

fal , git ici, homme de telle sorte que durant la ataille royale il fut la meilleure bannière. Capitaine très-valeureux et bien reconnu comme tel , lequel ne fut Jamais vaincu , mais toqjours victorieux et fort craint des ennemis. » voyez Cardoso , Agiologio Lusitano, Le même auteur raconte qu'on venait tirer par un trou pratiqué à Tangle de la sépulture un peu de la terre qui couvrait le connétable et qu'on vénérait cette poussière parmi le peuple comme les reliques les plus précieuses.

(i) Je signalerai aux curieux le texte de ce traité, dont il est impossible de reproduire ici les clauses; il existe à la Bib. roy. avec plusieurs pièces importantes relaUves à l'histoire de Portugal sous le n« io,245. Voyez également le Quadro eUmentar*

][^Vï)fyK«^

daii^ff«ârn«Beu&«aH|é:«MÇ|4i«A(>ley sa

M|ftphiB «B fraii«e»«t les histo|rei umnt' wm «bqi. IKé à LisbQoiM, la Mémabm iftdSv U fm^wmimsps treize»

▼viùMit. éolàifét, fiû aimit içm^ f'ilMade LmtbstTOi f«aiinp4'uD rai^ Mérile' tollBi-iiiliii»« «t «pi ne oégUgçaU tféatfiW liAter le 4éiirelopp«ij(i0ot it^làtr \êm»\ ée ses ienfaot». D, Pedro, noltitné pins tftrd duc de Goimbre, était un bumeniste edaiivé d^ say^ntsi tm musicien ftuibile, iib i)oë(e dpot b irisdomniéea'est^astoul à ïaît éteinte {1}: les ehrlmîques centemporaines mous, par* ient «tiearé de sas traductions de Cicé^ ron , de sou habiteté à jouer de certaine ItistmmëBts, de sa bornée grâce su-

rlMe edmme prÎDce ; ua beau livre dç Bibliothèque du roi^ plus rare que bien des manuscrits , nous prouve de ^âelle ^rtée philosophique était doué «et esprit émiaent.Llntant don Duarte^ qui hérita de ta couronne, ne tarit point sur la heblesse de ce grand coeur; et qtteU|ues lignes du Loyal ComeiUer (2) suffiraient pour faire aimer celui qii'iia ttè^e tmite avec éette indicible ten^ dresse; Ce qu'on ignore généralepient en France, c'est la part que don Pedro peut réclamer dans les succès éelat^nUi de don fienrique : non-seulenafnt i) voyageas car, à partir de l'année 1424) îl employa quatre ans à visiter les royaumes les plus importants de TËurope et les terres peu explorées de l'Orient; mais à Venise oq Itii offrit un pr^cieuj^ «xeiiiplairedesvoyagesdeMarcoPolo(3},

(t) Ses œuTre» poétiques seraient même |io des premiers mondmeats de rimprimerie introduite en PortOflai vers les derniers années du quiii2lème siècle. Quelques personnes font remonter liatroducUon de cet art à l'année MeL et tveoQteDt comme preuve à la table, exeeutoire de D. Joam Manoel, évéque de GuaN da, t)ièeequlte treavedatée duidoclooMiéai, et qui est lelaUve à ia tonsure. Il y est dit que lès clercs porteront Coroa aberta iâo grande è iâo redonda. oomo a redondtxa em Jim dorguetta cafta impreita.

Il est question ici du cercle formé par le scél de plomb que portait le bref pontitlcal.

Le plus ancien monument daté est Tédit. des prophètes. JLiiria. 1494.

(2) O LeiU CouielheirOf ouvrage de ce prince, publié simultanément en France et en Portugal sorte manuscrit de la Bibliofhèque du roi.

(3) Les pérégrinations de Hnlant D. Pedipo

point 4e départ de cèmîhs mém lorsqu'iU vt)u)aientexpiiquèir le^ dé&dbvertes ou quinzième siècte. L intlûenc^ du voyagçuir vénitien est beâMC^tip nlus (Mitaine, ^t ce fut le prfeçîeui fexéinj^Uiiré dé Marco polo, rapporte par don redfo.

gui servît aux: niéditatibh^ de riiiuètre infant confiné j^r amour de là science sur soû^rocher o^ert de Sagrës.

Don Henrique, du, eommerèéHvjedt \ei mânusprits contemporains « le Seigneur lion ^mrriqûe, ^vait sujvî de pires Id

Quatrième fils de Joam I*"; il était rié i ortoselbn les uns, à Pailla yiçosdséloti d'autre${le4mars 1894. iU*etait applû que spécialement aux mathérUatîques, dé même que son frère s*étai^ livré aux études littéraires. Azurara, BarrosètGoes, nous le représentent dès Toriginë niédltant Ptolémée, ne négligeant aucun 'de$ historiens et des cosmographes qui pouvaient servir son goût passionne pour la géographie : sa noble ûgiirè domine toute une période de Qètte ni&toire. Nous nous contenterons de rappeler ici que ce fut dix ans après le retouif de son frèré, vers 1438, qu'il appela Jacome de Malhorca, et qu*il fonda cette école nautique de Sâgres dont 16 honi retentit encore, mais dont l'existence est regardée comme problématique par certains écrivains étrangers.

L'infant don Joam dtait né à Santaretn en 1400; placé à côté de ses frèi"es, il y a peii de cnose à en dire« si ce n'est que par la suite il fut troisième connétable du royaume ^ et que , comme touà ceux de sa race , il se montra intelligent et brave.

La touchante figure de don Fernando Vient immédiatement ; celui c|ui devait porter le titre de saint, à si juste raison, et qu'un noble poète espagnol a célébré sous le nom du Prince Constante le frère aimé de don Duarte , était né à Santarem

sont passées à Pétat 4e mythe populaire. Voyex ce que )*ai dit touchant le livre aproèrypbe où elles sont racobtées, dans le Monde enchanté, Cosfno,graphie et Histoire* naturelle fantasUque du moyen âge, p. 314.

( I ) Voyez Mémorial de litteratura; voyez également ce que dit sur le même sujet Antonio Galv&o, Descobritnentos em divetsos aunos, p. 22. Le cap de Bonhc-Espérance était marqué, disait-^n, sur des cartes.

PORTUOAH.

ta i^, «t imatfaNicapttiagttla gnuMle niattirfee de rordre 4*Aviz.

. 4 l%ûqué où Joaiâ I"" a'oocupait fm lutHmlfUeup autre; rang que eeiui dé gr^t^.QKftlirf , e'astràMnre bieh kog^ temps avant «^ «oadage^ U «irait eit d'UB^s Bol^ ^iaflMi qu'OB appelait dana ]§pe0 Mf0Ei un 6U ncnnaiédoD A.ffon«>i né ea i|7akiG6 pifiiioe avait é|>oteé, ta 1494 ) k mie unique du eoniiétable Nime Alvarez Pereira, et oè fut lai i|ui le premier porta te titre de due ée Bra» ganee(t).

lïoe fl3Ri«ie6 elles -^merneâ psoticP paient^ dan& cette famille, atlt penséei éleyées-i bax vertus pleines ë'énergife dont la reine donnait l'exemple; et sana parler de la comtesse d*Arundel 4 fille illégilifile, dont la destinée fut obscure, nous rappellerDos que l'infante Isabelle, ^ui épousa en 1430 Philippe le Bon, était un, de ces esprits virils qui ne reculent devant aucune difficulté. Mère du Téméraire y son fils aimait à rappelée qu'il tenait par elle au priiice qui avait su couquérilr un trône, etil punissait par le sae oe Dinan , comme Ta si éloquiemment prouvé M. Michelet, l'outragé qu'on osait faire à sa mémoire/

GAk:âGTkEB HÉJOLU l"; £SPBIT QUI

regnSlIT â. u idouR. -^ Si Ton voulait avoir aiiyoutrd'hui une légère idée de la manière austère et sage dont ces princes furent élevés, ce serait dans le LoyaiC&f^ seUier, dans l6 livre composé pm* t'héri'< tier dii trôiie, qii'il faudrait chercher ces détails : c'est là seulement qu'on les popr* rait trouver. On f verrait que Joam I*"| prince lettré ^ puisqu'il avait composé un livre sur la chasse^ était asëez éclairé pour mépriser les superstitions mises eh circulation par l'astrologie, et que^ si^ condé par l'admirable, princesse qu'il avait associée au trône, il avaitréuni déjà en Portugal touslesélémentsdudévëlop* Cernent intellectuel qui allait se mani* tester aTèbtaot d'éclat. Je le répète, c'est dans te beau livre de philosophie pratiqué écrit par un roi, qu'on peut saisir leii secrets de cette vie morale qu'on a Éi longtemps méconnue. C'était une hoblé

(l) toé espèce de légëDâè, adoditàbleident raixmtée ûim les vieax historiei^a, donne pont mèr/e ^11 di]c^,.de. Bragance la ûUe d*un riche cordodàhrèi dé îfW, ^al se ^ifa t>Ias tatd daiiitoj«dtitëfit;

^oqpie sans doute 4ue«eHe<iè le iiMl« veram répétait à «t6 Us : « Aifspiffest venu qne fie tontes dkoses v dfo»^ iipeuê arriva* décroM^ment «^'Aottmnfr^ em C0re qu'elles vous pmraineiU ëepetHe oonèéiu^iùe^ il fat^me^mrder vo9kmê si elles étcdewt pérUkmes^ e^ qu'au coélràire, si «ne ehosê.èst grande tel»kmewt 4^ appswene^ et qnwiuepuisss em ^Kper^ûvoir le domikiàffé, U/kwl là démigitèri » jG'était «d temps dé fofoe vrainittlt vihle^ et à la fois de p«rèté chrétienne , <|ue celle où le file de oe grand roi pouvait répéter à son tour 1 « Il n*y a pas une seple femme en cette cour qu'une langue calonlnieuse pdisté atteindre (l). »

Disons-le cependant, la balrbarie se mêlait encore à cette pure exprossioade l'honneur chevaleres^e, à oette pensée idéale dé la vie chrétienne, que Filippa de Laneastre rêvait pour tout ce qui l'approcbaiti Un ^ait bien peu connu noua en offrira la preuve : en 1389 , une defc femmes de la reihe, célèbre par ta beauté^ doua Beatriz de Castro, se laissa séduire par les expressions pa^ sionnées de Fernahdo Affonso, oaimérier du roi, jeune homme renom* mé lui -même par la noblesse de ses fa* eons, nous dit ta chironique; Beatriz de Castro admit dans sa chambre, durant une nuit, l'homme qu'elle avait rema^ que. Le roien fut instruit; le cavalier fut admonesté. L'amour fut le ^lus fort ; Fernando Affonso ne tint compte des paroles dU monarque ; il eût dû se ra^ peler sans doute que le mestre d'Avit n'avait pas hésité lorsqu'il avait fallu frapper l'adaltère presque sur le^ Inarches du trône. Il continua ses visites nocturnes dans l'appartement des femmes de la reine. Joam l*^ le fit drréter; mais en chemin il parvint à 6'enf uir, et il entra dans Téglise de Saiht-Éloy. Lé roi fut prévenu de cette circbns tance au moment où il se réveillait d'uHe sieste profonde. « il s'en alla à pied â peu près comme il était, et il fit arracher lé criminel d'une statue à laquelle il se cramponnait, et qui s'élevait sur le mettre autel. Plongé en prison, Affonso envoya demander a iom Beatriz si pour se sauver il liii étstit permis de dire qu'ils

Cl) Voyez d teàl Consèthétrô, édition dbanâ par M. RdqueUe.

LXTNIVERSl

étaient mis tous deaie &k mariage ; ta répoBse Ibt qu'il fallait dire tout ce qu'il pourrait inventer pour sauver sa vie; néanmoins ni cette adhésion ni Pinter* cession delà eour«ntière, sans en e^ccepter la reine, ne purent Tempécher d'être brûlé le jour suivant sur 4a place du Rocio, où il fut conduit précédé des eriéufs publies. Craignant quejeroi ne lui ififligeât le néme supplice, dona Be»* triz lui envoya demander ce qu'il déterminait à son sujet. Il lui répondit quMl ne voulait pas pour elle d'autre châtiment que celui qu'elle subissait, à savoir, qu'étant ce qu'elle était ( et elle était parente du roi), elle eût à vivre avec le souvenir d'avoir appartenu à un lioinine de bas étage.»

Expédition DiRfOÉfi gontbe ceu-

T A. — PRISE DE LA VILLE PAR LES POR- TUGAIS. — BRAVOURE DE L'iNFANT

D. HENRiQUE. ^ On a pu voir, et les renseignements donnés plus haut en sont la (Hreuve, que nous nous sommes beaucoup plus attaché, dans cette notice , à mettre en relief certains points ignorés 4e l'histoire, à faire connaître la vie intime du peuple, à dévoiler le caractère des princes , à faire ressortir même les usages particuliers aux siècles, que nous n'avons prétendu écrire l'histoire proprement dite des batailles ou bien celle âes grands faits politiques, connus universellement..Si nous rétrogradons ce» pendant de quelques années à l'époque de l'extrême jeunesse de ces infants , dont nous avons donné rapidement la biographie , nous rencontrerons un de ces événements essentiels de l'histoire, dont les conséquences ont une telle gravité, qu'il suffit pour arrêter l'esprit du lecteur de signaler le fait lui-même.

En 1415, le Portugal, assuré de la paix avec la Gastille, était arrivé à un haut degré de prospérité ; Joam I" , comblé de gloire , . rêvait peut-être déjà la gloire pour ses fils, lorsque les infants , las de leur oisiveté studieuse, songèrent à tenter les périls d'une sorte de croisade, d'une guerre contre les mahométans, toujours juste aux yeux des chrétiens de cet âge. Ils voulaient être enfin armés chevaliers, et ils prétendaient le devenir à la suite de quelque fait d'armes éclatant. Ils eurent une certaine peine à faire passer leur enthousiasme dans le

ocear' de teur pèce ; mais celui-ci, ^and il eut consulté la haute sagesse de son vieux compagnon d'armes , n'ent plus d'objections à leur opposer; et lorsque Nuno Alvarez Pereira eut parlé, l'expédition de Ceuta fut résolue.

' Aucune des précautions qtr'une vieille expérience militaire pouvait suggérer ne Ait négligée; le secret de IN&xpédition surtout fut gardé d'une manière admirable.

A la nouvelle des immenses préparatifs qui seibisaient en Portugal et d^ forces navales qu'on y rassemblait , plusieurs , Étatï de la Péninsule prirmt ralaroie ; le roi de Grenade, qui Voyait son trône chancelant i sentait plus que les autres sa terreur augmenter; il envoya des ambassadeurs à Lisbonne pour tenter de pénétrer le grand secret dont il redoutait les conséquences. Il s'adressa à la reine, aux infantes, aux grands seigneurs même, en offrant des présents magnifiques ; ses efforts furent inutiles. L'habile monarque laissa s'accréditer l'idée que rexpédition était destinée à porter la guerre en Hollande.

Cependant un événement déplorable fut sur le point de retenir longtemps dans le port cette flotte équipée à si grands frais, cette brillante armée navale, sur laquelle l'Espagne entière avait alors les yeux fixés. La peste régnait à Lisbonne, et la reine en fut atteinte. Dès le premier moment de l'invasion de la maladie, cette âme ferme envisagea avec un sang-froid admirable le péril qui la menaçait. Rien n'est plus touchant, dans le récit diffus des chroniques, que le passage où l'on rend compte de cette mort sainte ; rien ne donne une plus haute idée du caractère de cette noble femme, que les dernières expressions de son amour pour le roi.

Elle présagea alors la gloire dont les Portugais allaient se couvrir, et elle ne voulut pas que sa mort arrêtât un seul moment l'expédition. Dona Filippa de Lancastre expira à Sacavem , le 18 juillet 1415; et un des plus grands écrivains du Portugal a peint en termes admirables les dernières heures qu'elle passa sur la terre.

Le deuil c^ue ressentit Joam I*"" fut profond ; mais ce fut le deuil d'une âme énergique , qui comprend les devoirs de foi. Après avoir honoré dignement la mé-*

PORtlETGAL.

moiré éeééHk qô^W^hêHê^h avec uriè tdfe tendresse, qu-ùn seul doute sur sa fidélité n'est jamais venu ternir le souvenir de son amour, il ordonna tout à coup que la flotte se pavoisât, et qu'on revêtit dans toute Tarmée des habits de fête: tes prrnees eux-mêmes quit^rent leurs rolies de deuil, et se parèrent d'armes splfindides; enfin jes deux cents voiles ddnt se composait la flotte auittèrent les cdtes du Portugal , et se dirigèrent vers l'Afrique.

Nous passerons rapidement sur ce mémOralHe voyage, fertile en incidents curieâx^ nous ne dirons point ces effroyables tempêtes, qui, en trompant les Maures sur le succès probable de l'expédition , contribuèrent sans aucun doute à la réussite de l'attaque qu'on méditait. Nous mettrons de côté les luttes violentes qui s'élevèrent au sein même de la réunion des chefs conduisant l'expédition ; il n'est vraiment nécessaire ici que de rappeler l'inflexible volonté de Joam I*' et la fermeté que l'infant D. Henrique Sut opposer, malgré son jeune âge , aux orages des flots et aux volontés des hommes (1).

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