‹ PortugalChapitre 9 sur 42 · DUARTE DE ALMETDA, SUSNOMMÉ · texte numérisé non relu

DUARTE DE ALMETDA, SUSNOMMÉ

o BEGBPADO, LE MANCHOT. — La bataille de Touro, fatale en réalité aux Portugais, est illustrée à leurs yeux par un dc^ ces faits inouïs « que tous les peuples placent avec orgueil dans leurs annales (*)» La bannière royale était portée par Duarte de Almeida. Au fort de l'action^ VMferez se vit abandonné par les siens : resté seul , il fit une contenance béroi-

(*) Feito nuncafn0, dit

L'UNIVERS

que. Oh loi coupe la mak dont H tient rétendard , il le saisit de la main qui lui reste; un coup de cimeterre lui aoat le bras, ses dents robustes enlèvent la lance où flotte le drapeau portugais , et dans cet éXat il défend encore la bannière. Frappé dMnnombrables coups de lance, percé de plusieurs coups d'épée, on ne s'empara de Télendard que lorsque ces effroyables blessures l'eurent renversé de son cheval. Le brave Alferez n*était pas mort cependant : il revint en Portugal. Duarte Nunez de Liâo nous raconte ainsi la fin de sa touchante histoire : « Pour ce fait honorable Duarte de Almeida n'eut pas d'autre récompense, selon la mode du pays où les plus grands services sont les moins payés, que de vivre plus pauvrement qu'il ne vivait jadis, avant qu'il eût perdu les mains et qu'il eût gagné un si digne renom. £n Castille on faisait tel cas de sa personne, que le roi don Fernando avait fait susi)endre les armes dont on Tavait dépouillé , dans la chapelle des Rois de la cathédrale de Tolède, et cela en signe de trophée; elles y sont encore aujourd'hui. A Zamora, où il fut conduit prisonnier, les ennemis lui firent plus d'honneur qu'il n'en reçut depuis en son pays de ses concitoyens.» Cette grande action a été noblement racontée naguère par un jeune poète portugais, qui a trouvé dans les annales {*) de son pays plus d'une peinture émouvante.

DÉPART DU ROI D. AFFONSO V POUR LA FRANCE; ACCUEIL QU'iL REÇOIT DE LOUIS XI ; RÉCEPTION SOLENNELLE

QUI LUI EST FAITE A PARIS. — Profondément humilié de l'issue de la bataille de Touro, et sachant d'ailleurs en quelles mains il laissait le soin des affaires , Affonso partit immédiatement pour la France, avec l'intention d'obtenir de Louis XI des secours qui le missent à même de continuer la guerre avec l'Espagne. Il s'embarqua en conséquence, au mois d'août 1476, pour un des ports de la Provence. Parmi les hommes éminents qui raccompagnèrent, le plus remarquable sans doute, et le fait est resté presque inconnu, ce fut le noble don Francisco d'Almeida,

{*) Pizarro de Moraes Sarmento, O Romancnro Portugtnez,

qui devait être un jour le premier viceroi des Indes. Contraint par le mauvais temps d'éviter le port de Marseille et d'entrer dans un petit port que les chroniqueurs portugais désignent assez confusément (*) , ce fut seulement loirsgu'ilfut arrivé à Perpignan que don Af-* lonso dépécha le jeune Almeida vers Louis XI , afin de l'avertir officiellement de son arrivée, et de convenir des faits relatifs à leur entrevue (**).

Depuis l'époque où le comte de Boulogne avait été salué du titre de régent de Portugal à Paris même , nul Portugais d'un tel rang n'était venu en France. Aussi Louis XI , bien qu'il fût parfaitement fixé à l'avance sur la politique qu'il voulait suivre, avait-il néanmoins donné des ordres pour que rien ne manquât à l'éclat d'une réception dont il était intérieurement flatte. Nous ferons grâce au lecteur des détails d'un voyage qui eut si peu de résultats effectifs; mais nous signalerons comme un fait curieux l'entrée officielle de D. Affonso à Paris , et ce sera l'un de nos chroniqueurs du quinzième siècle qui nous aira naïvement les faits ; ils sont en général racontés d'une façon très-sommaire par les écrivains portugais. « £t après ces choses le roy de Portingal, qui prétendoit à luy appartenir les réanimes de Séville et Castille, ensemble toutes^ les Ëspai-

§nes , à cause de sa femme , se partit e son dit royaulme de Portingal et vint descendre es marches* de France, et puis vint à Lyon et de là à Tours par devers le roy, pour luy requérir aide et secours de gens pour lui ayder à recouvrer les dits royaulmes , et fut reçu du roy moult béniçnement et honorablement. Et, après qu'il eust été au dit lieu de Tours par certain espace de temps , où il fut fort festoyé et entretenu de plusieurs seigneurs et nobles hommes] estant avec le roy, et tout au coust et dépens du roy , le dict roy de Portingal print congé du roy et s'en alla à Orléans , où il lui fut faict hon-

{*) Le manque de vent Tobligea à débarquer à Co/i6rt', dit Faria. Serait-ce Collioure, Caucoliheris ?

('*) La réponse que don Affonso reçut lui fit continuer son voyage par Narbonne, Montpellier, le Languedoc : a Nîmes il laissa la voie romaine qui conduisait à Avi;;non ; â Lyon, le duc de Bourbon vint le recevoir.

oeste recueil, et après s'en partist du dict Orléans et vint en la bonne cité de Paris, dedans laquelle il fit son entrée et y arriva le samedi vingt-troisième jour de novembre 1476, environ Theure de deux et trois après midy , et y entra par la porte Saint- Jacques. Et pour aller audevant de luy et le recueillir aux champs jusques au moulin à vent, v furent tous les estais de Paris et par ordre et en honnestes et riches habits , tout ainsi que se eust esté pour faire l'entrée du roy. Et premièrement yssirent hors Paris pour aler à luy les prévosts des marchands et eschevins de la dicte ville, qui pour la dicte venue furent vestus de robes de drap de damas blanc et rouge fourrées de martre , les quels estoient accompai^és des bourgeois et officiers de la dicte ville. £t après y fust aussy Messire Robert d'Estouteville , prévost de Paris , qui estoit accompaigne de ses lieutenans civil et crimineF, et tous les ofGciers du roy et praticiens du chastellet, qui se y trouvèrent en grand nombre et bonnestes habits. En après v vint monseigneur le chancellier Doriolle, messeigneurs les présidens et conseillers de la cour de parlement, les conseillers et gens des comptes, les généraux sur le fait des aydes et monnoyes et du trésor, avec grande quantité de prélats , évéques et archevêques et aultres notables hommes, en moult grand et honneste nombre. Et, ainsi accompaigne que dict est, fut mené et conduict jusques à la porte Saint-Jacques , où illec en entrant par icelle , dedans la dicte ville trouvaderechcflesdicts prévôt des marchands et eschevins, qui luy présentèrent un moult beau poisle... (aux armes de Castille ). Et luy estant ainsi dessoubs , vint et fut conduit jusques à Saint-Etienne des Grecs, ou il trouva là les recteurs, suppost et bedeaulx de l'université deParis^ quij)roposèrent devant luy sa bien venue, et ce fait s'en vint jusques en l'église de Paris , QÙ il feut reçu par le prélat d'icelle, moult honorablement. Et après son oraison faicte s'en vint au long du pont Nostre-Dame, et trouva à l'entrée (lu marché Palu cinquante torches allumées qui le conduisirent autour du dict S>isle , et au bout du dict pont Nostreame, à Tendroit de la maison d'un couturier nommé Motin, y fut trouvé un

grand eschaffault où estaient divers per-

sonnaiges, qui estoientordonnéspoursa dicte venue. Etd'iliecs'en alla descendre en son logis qui lui fut ordonné en la rue des Prouvaires, en Tostelde maistreLaurens Herbelot, marchand et bourgeois de la dicte ville, où il fut bien recueilly. Et là' lui furent faicts plusieurs beaux présens tant de la dicte viUe que d'ailleurs , et fut venir tous les beaulx lieux et estais de Paris, et premièrement fut mené en la cour de parlement , qui fort triompha en ce jour de sa venue , car toutes les chambres y furent tendues et parées; et en la grand chambre y trouva monseigneur le chancelier Doriolle, messeigneurs les présidens, prélats, conseillers et autres officiers tous bonnestement vestus. Et devant luv y fut plaidoyée une matière en réealle, par maistre François Halle, archidiacre de Paris et avocat du roy en la dicte cour, et contre lui estoit pour advocat maistre Pierre de Breban, advocat en la dicte court et curé de Saint-Eustache, lesquels deux advocats il faisait moult bel oyr. Et après la dicte plaidoirie luy fiirent monstrées les chamores et lieux de la dicte cour et par aultres journées fût en la grant salle de Tostel de l'évé-

2ue de Paris , pour 'illec voir faire un octeur en la faculté de théologie, et après illec voir le Chastellet, les prisons et chambres, qui toutes estoient tendues , et tous les officiers chacun en son estât vestus de beaulx et bonnestes habits ^ et après le dimanche T^ jour de décembre au dict an 1476, alèrent passer par devant son logis toute l'université de Paris et toutes les facultés et subgets d'icelle et puis s'en vindrent chanter une grand messe à Saint-Germain-FAuxerrois, et partout où ilalloit par la dicte ville estoit mené et conduict par monseigneur de Gaucourt, lieutenant du roy au dict lieu de Paris, qui luy donna en sa maison uns moult beau et riche soupper où y iurent grand nombre de gens notables d'icelle ville tant hommes que femmes , dames et damoiselles et autres (1). »

(I) Voy. Histoire de L&uit XJ, roy de FrtMce, et des choses mémorables advenues de son rè-

L*DN1VERS

AETOUa D*AFPONSO V BN PORTU- GAL; DON JOAM LUI BEHBX DE NOU- VEAU l'administration des affaires. — SAMOET.^Makréiaspleodide réception qui avait été raite au monarque voyageur, en dépit des promesses ique le roi de France ne craignit pas de mettre en avant , rien de positif ou d*utile ne Ait fait à l'égard d'un prince trop chevaleresque pour qu'un souverain tel que Louis XI unît jamais sa politique à la sienne. Affonso comprit trop tard le néant de ses espérances : las du pouvoir, et comme frappé de son impuissance, il résolut de chercher le repos dans la solitude, en accomplissant un acte de haute politique dont sa sagacité lui avait dévoilé la valeur réelle. Placer immédiatement sur le tr6ue do Portugal un prince essentiellement fait

fiour Te métier de roi, chercher pour ui-méme les douceurs de la contemplation rêveuse dans les lieux sacrés qu'il avait voulu conquérir, et où tout religieux pèlerin aurait voulu fixer à jamais son séjour, telle fut la résolution Gu'il adopta un moment. Il écrivit à son Uls de prendre le titre de roi , et il se dirigea vers un des ports de France , avec l'intention de s'embarquer pour Jérusalem. Tout cela fut exécuté avec un tel secret, qu'à l'exception de deux ou trois affidés, qui le devaient suivre dans sa Thébaïde, ijul de ceux qui accompagnaient don Alifonso au milieu des pompes royales que nous avons racontées, nefut instruit de ses projets. Une lettre aifressée à Louis XI recommandait au roi de France ces serviteurs fidèles (*). La douleur n'en fut pas moins vive parmi les Portugais lorsqu'on apprit la disparition d'un prince qu'on

C )Loa]B XT, ainsi que Je l'ai déjà dit, confirma dati8 son titre de comte d'Avranches , Alinada, fils de doB^AIvairo, qui avait été^*abord f^vètu de cette dignité. Pendant longtempe lee roi^ de France payèrent quatre cents àms de rente aux chevatlers de ce titre et de cette dénomination « « d*où l*on peat conclure, ditFaria y Souza. que 0i ces rois n'étaient point tributaires du Portugal, ils l'étaient du moins de la valeur portuiai8e,ipuisqu*elle avait valu à un chevalier cette faveur honorifique et avantageuse. Quatre cents crusades de ce temps équivalaient a quarante mille 4'aujourd'tiui} les eiiigencesse sont accrues , (es capitaux 9e 9oot accrus aussi , les hommes ont duniniié, les vertus se sont faites petites. »

Toy. Faria 7 Souza ^ Muropa Portu§ueza,

aimait en dépit de ses imprudences.

11 y eut de ces grandes lamentations dont les naïves chroniques du quinzième siècle sont remplies lorsau'il s'agit de peindre l'attachement du féal pour son suzerain. Quand on fut las de gémir, on se mit à la poursuite du royal lugitif, et l'on parvint à l'atteindre dans un petit port voisin de Honfleur, où il était depuis quelque temps gardant l'incognito te plus strict, et attendant dans une sombre tristesse quelque occasion favorable de passer en terre sainte. S'il nous était permis d'accorder plus d'espace au récit d'un événement qu'on peut regarder comme un curieux épisode, bien qu'il soit à peu près dénué d'importance historique , nous trouverions bien encore dans la chronique française quelque passage qui nous peindrait naïvement la joie des serviteurs lorsqu'ils retrouvèrent leur roi et la résistance toute religieuse que fit celui-ci, lorsqu'on le supplia d'aoandonner son projet et de reprendre le pouvoir royal. Ce pèlerin couronné se décida à la fin, et au mois d'octobre 1477 il s'embarqua avec sa suite pour cette belle cité de Lisbonne qu'il ne voulait plus voir et qu'il n'eût jamais dd quitter.

Maintenant, si nous franchissons quelques semaines et si nous nous transportons aux bords du Tage, nous serons témoins d'une autre scène. Le prince qui porte depuis quatre jours seulement le titre de Joam II, grâce à l'expresse volonté de son père, rinfant roi se promène le long de la plage, en compagnie du second ducde Bragance et d'un prélat célèbre, qui sera plus tard cardinal. 11 a appris l'arrivée prochaine de ce prince irrésolu, qui ignore apparemment les tentations que donne un trône, et qui compte si bien sur la modération d'un fils. Que faire ?a-t-il dit au noble duc, dont il pouvait prévoir la réponse : « Rendre Je!sçeptre a votre père et redevenir royal Infant; » l'évéque approuva ces paroles. Or, la chronique dit que D. Joam chemina encore;, toujours suivi de ses deux conseillers, et que sa main distraite lançait les cailloux de la plage et les faisait voler sur les flots. Cette scène dura quelque temps en silence , et ce silence inquiéta sans doute l'un des deux promeneurs; ce fut le prélat, car

ft

lui,n n^étaitpascousinda roi (*). «Adieu, seiffneur duc, dit-il à voix basse : je sais ouelqu'on qui va faire en sorte qa'une ae ces pierres ne l'attei^e pa^..., »

Joamll sortit de saréyerie cependant, et ce fcit pour aller à Oeyras remettre digpânent le sceptre à celui qui Payait fait roi. Don Alfonso prétendait lui ofiEHr solennellement Tadministration des affaires et se réserver pour retraite le petit royaume desAlgarves. Don Joam voulut que son père reprît le titre de monarque , et quil exerçât la plénitude du pouvoir^ D. Affonso ne survécut pas lozigtemps à son vopge aventureux.

Vovantque ses prétentions sur la Gastil le n'aboutissaient à aucun résultat, contraint, pour ainsi dire, en 1479, à conclure un traité de paix , qui relouait dans un* couvent cette infortunée dona Joannu à laquelle il avait donné naguère le nom d'épouse, il se retira bientôt à Cintra. Là , saisi d'une mélancolie profonde, il' ne tarda pas à tomber malade, et il expira le 28 août 1481 , jprécisément dans la chambre où il était né. Ce prince avait quarante-neuf ans et sept mois quand il mourut, et, quoiqu*il fût peu avancé en âge , il comptait près de quarante-trois ans de re^ne. Malgré de nobles qualités et une vive intelligence, don Affonso, placé entre don Pedro d^Alfarrobeira et l'énergique Joam II , s'efface nécessairement, ou devient même un obstacle entre les deux plus grands hommes politiques que le Portugal ait produits (**),

(*) L'homme dont il eit id cpiMtiOB at le famem 4o» Jorge da Costa, cardUial d« IMbooiM, jplas oonou soos le nom de Cardinal de Jlpedlnhna, parce qu*U était né dans la boareaae de ce nom ( provlnoede Beica ). Il avait été préoepteor de dona Gatharina. Hlle du roi D. DuMtf , l*une des prlooesses les plus instruites de oe temps, et il était renomme pour sa vaste érudition. Gonfeaseor d'iLIpboBse V, il occapait om plaoe dans son eodseii. Gomme évéquAf II était passé du siège d'Ëvora à celai de LisiK)nne. Après la scène que nous venons de rtopeler, il se retira à Rome , oi)i U ne tarda vas a aeqqiirip une réeUe influence, et à servit le Portugal d*une manière efficace , dans les affaires difpciles qutpar la suite se présentèreni tl mourut dans cette ville, âgé de eentdeux an, le 10 septembre |606; il avait v^ par cooséqotnt s*aooompiir la plus grande partie des découvertes qui illustrèrent son pays.

<**) Ciirela de Resende tnioe ainsi en quelques vers l*histoire de oe roi aventurauiL ( voy. |a NisoeUanea):

GONSIB^RÀTIOIIS SUCCHICTES. — FAITS GÉNÉRAUX QUI DOIVENT CLORE

ts MOYEN AGE. — Maintenant que nous avons essayé de faire saisir dans leur (ensemble les principaux événements politiques ou muftaires qui constituent l'histoire du Portugal durant le moyen âge , nous allons passer à un autre ordre de fafts , à une série de considérations, qu'on retranche trop souvent de certains livres officiels, mais qui néanmoins repvésentent une des phases de l'histoire et colorent tout soil ensemble. Bientôt il faudra «ssayer de placer sous son Jour véritable ce roi à la volonté inflexible, dont nous avons laissé entrevoir le caractère. C'est lui qui a la mission de démanteler les institutions du moyen âge , et de pousser le Portugal dans la voie glorieuse où les autres peuples Tadmireront si bien, qu'ils oublieront tout son passé. Or, c'est ce passé plein de faits originaux , plein de souvenit^ curieux, que nous voudrions évoquer un moment. Joam II , initié de bonifte heure aux études classiques, appelle de l'Italie un pur écrivain de la renaissance, capable de dire en latin ce que disait si bien en portugais le vieux Fernand Lopes. Le livre ne sera pas écrit, sans doute; mais on voit qu'il y a tentative pour substituer une riiétorique élégante a un naturel quelque peu barbare, et cependant rempli oe charme. On le comprend donc , avant que l'esprit de chevalerie s'éteigne ^ ou que Fesprit mythologique lui Imprime un autre genre dé magnificence, il importe de jeter uncoupd'œil en arrière. Il faut voir non-seulement queHes étaient les ressoureesdela nation, ses tendances intellectuelles, mais aussi ce qu'on pourrait appeler l'esprit intime du peuple. Combats mémorables, grandi r^y i>. 4/aiuû anéût^

SgMt vexettpfa da tmrci^

Càitélla , Feez conguistou

BmbauahaspetieSim

Sau togro mçito en guerra.

De poli veo et morteo

Jfu cosn mm tue na$çéo

Em Sintra onde acabou

Seuê trahalkoê e deixou

ÇffunMf^ quetobcedeÇé

« Le roi don Affonso s'en alU six fois bon de flonpfiys; Fez etCastiUe furent sa conquête; il combattit en batailles rangées , et par lut son beau-père périt en guerrei il s*ett levlnt après, et raoamt en la ohambre çil il. <Hflit né, à qntra : c'est là qu'il flnii se» misères et ' qu il laissa on grand pnnce pour Ifu saooeder. »

L'UNIVERS

des découvertes, épisodes touchants, tout a été dit à peu près sur cette période , et nous-inême nous avons essa^^é de ne rien omettre d'important ; mais puisque ce livre , qui touche à tant de points, n'a pas la prétention d'être de l'histoire officielle, nous exposerons un moment ce qu'on met de coté presque toujours et ce qu'il faudra rétaolir désormais.

DE l'état BB L'àGBIGULTUHE au XIV* ET AD XV SIECLE. — Si TOU SC

rappelle ce qui a été dit à propos du rè^ne florissant du roi Diniz , que ses sujets avaient surnommé avec tant de raison le laboureur, on a pu voir par Quelles combinaisons heureuses, par

?uelle suite d'efforts bien entendus, agriculture avait pris en Portugal un accroissement vraiment [prodigieux. Cet état se maintint, en subissant diverses vicissitudes, jusqu'à l'époque où la maison d'Avis monta sur le trône. Si Ton s'en rapporte à un écrivain portugais, qui a écrit spécialement sur cette matière importante, il y avait au temps du roi don Fernando une telle abondance de froment, que les royaumes étrangers pouvaient s'approvisionner de grain dans:un pays où l'exportation des céréales est devenue impossible. A la même époque, la Castille, le royaume de Léon, la Galice, la Flandre et l'Allemagne venaient également se fournir d'huile à Santarem, à Lisbonne, à Abrantès. Extrêmes, Moura, Elvas, Béia, fournissaient, mais en quantité moincire, cette denrée à l'exportation; Coïmbre était renommé dans le reste de la Péninsule comme le lieu où se récoltait la meilleure huile du royaume.

Les ordonnances rendues par don Fernando, ^pour le maintien de la prospérité agricole, sont remarquables par leur sagesse et par les dispositions coereitives qu'elles renferment. Non-seulement elles indiquent les époques auxquelles on doit commencer certaines cultures , elles spécifient la nature des ensemencements, mais elles s'adressent à cette portion de la population qui devint inutile sons les rè^es suivants , et elle la contraint au travail des champs. Tantôt ce sont ces escudeiros , ces prétendus serviteurs du roi qui passent leur vie dans l'oisiveté et qu'elles condamnent

au labourage; tantôt elles s'en prennent aux ermites , qui s'étaient si prodigieusement multipliés durant le quatorzième et le quinzième siècle, et elles les obligent à des travaux effectifs sous peinedu fouet ou de l'exil. Duarte Nunez de Liâo nous affirme que ces ordonnances, dont on eût pu modifier peut-être la sévérité, maintinrent l'abondance dans le rojraume.

Cette prospérité néanmoins devait être bien éphémère, et l'époque où Joam V fonda la dynastie d'Avis fut une époque vraiment désastreuse pour l'agriculture. En effet , les terribles commotions politiques qui eurent lieu dans le royaumeau commencement de ce règne, frappèrent les différentes cultures d'un état d'inertie dont quelques-unes eurent de la peine à se relever. On peut même trouver dans les révolutions que subit l'agriculture durant cette période , l'explication de bien des faits politîgues. La population agricole diminua d'une manière désastreuse , et une partie des familles portugaises , qui avaient pris parti pour la Castille durant ces dissensions intérieures , sortirent du royaume après la bataille d'AIjubarotta , et se fixèrent en Espagne. Leurs propriétés mêmes demeurèrent incultes jusqu'à ce gue le nouveau roi les eût données aux feudataires puissants qui l'avaient aidé à se consolider sur le trône. Il paraît que ces concessions eurent alors un déplorable résultat, et que l'agglomération des propriétés devint telle que ces terres abandonnées purent être difficilement soumises à une culture réglée. Plus tard , sous don Duarte et sous l'administration de don Pedro d'Alfarrobeira, on essaya de guérir la plaie ; on revint aux idéîes saines de ces rois du moyen âge qui s'honoraient du titre de laliou- ' reurs et qui entraient en relation directe ' avec la population agricole. Afifonso V I néanmoins, toujours épris d'idées chevaleresques et livré sans cesse a de nouvelles entreprises qui l'entraînaient hors du royaume, ne fut pas précisément un roi agriculteur; mais il eut, sur ce point comme sur une foule d'autres en matière d'administration, des intentions droites , que son fils sut réaliser; il en est une que nous signalerons ici , bien qu'elle dût suivre un autre ordre chronologique.

HAllAS CBBBS AU QUINZIÈME SIB-

CLB. — Les écrivains qui se sont occupés de rhistoire de Fagriculture en Portugal , n'ont pas suffisamment insisté, à notre avis, sur la prodigieuse amélioration que le génie prévoyant deJoam II fit subir dans ses États à la race chevaline. I9on-seuiement il promulgua un édit par lequel il était défendu à tous ses sujets , de quelque condition ou qualité qu'ils fussent, d'aller à dos de mulet; mais, voulant créer pour les besoins de Tarmée une race essentiellement propre à la guerre , il s'opposa à ce que les individus incapables de porter les armes fissent un usage habituel des mules. En vain le clergé vit-il dans ces ordonnances une disposition attentatoire à ses droits, en vain fit-il observer que les princes séculiers ne pouvaient violer même indirectement ses privilèges, le^oi eut Fair d'abord de plier devant ces réclamations , mais ce fut pour rendre bientôt une autre ordonnance oui défendit , sous peine de la vie , à tous les maréchaux du royaume de ferrer les mulets ; le clergé s'offensa , mais l'édit fut exécuté, et comme nous l'apprend Yasconcellos , la race des chevaux s'augmenta par ce moyen en Portugal à vue d'oeil, « encore qu'il semblait, ait le vieil écrivain, qu'en ce temps elle fût diminuée en bonté, plutôt qu'en nombre. »

Ces sages ordonnances, du reste, ne tardèrent pas à être promulguées dans le reste de la péninsule, et on les trouve déjà en vigueur dans le royaume de Castille dès les premières années du seizième siècle, puisque Christophe Colomb, cassé par rage et déjà abattu par la vieillesse, obtenait en 1606 comme singulier privilège de monter une mule ensilada y enfrenada, sellée et bridée (*). Le fils d'Anonso Y ne se contenta pas de rendre des ordonnances relatives au point qui nous occupe, il forma de véritables haras sous la direction d'un haut dignitaire. Le coudel mor, en effet, dont la création remontait à une époque antérieure, prit à cette époque une 5 lus grande importance et reçut même e nouvelles fonctions ; non-seulement il eut comme par le passé inspection sur les coudeles inférieurs des provinces, mais il dut faire venir des établissements

( *) Voy. Mavarrete, Documents relatifs à la découverte da nouveau monde.

7* Livraison. (Portugal.)

qu'on possédait déjà en Afrique des étalons arabes capables de renouveler les races abâtardies du Portugal. Yasconcellos nous apprend qu'on introduisit dans cette intention des chevaux du royaume de Fez , et qu'il y eut ordre de lés distribuer dans toute l'étendue du royaume ; ce fut ainsi que les pertes immenses subies durant le règne imprévoyant d'Affonso Y furent complètement réparées.

Le fils de ce monarque fit aussi répartir la cavalerie du royaume en compagnies régulières ; il leur imposa des officiers, des chefs spéciaux , qui les soumirent à des exercices réguliers ; mais tout ceci ne pouvait s'exécuter sans une rigoureuse discipline : les murmures suivirent de près ces sages ordonnances , et l'histoire nous apprend ce qu'il fallut à Joam II de persévérance et de fermeté , pour obtenir dans cette branche importante de l'agriculture des résultats qui ne sont pas encore perdus pour le pays.

monnaies portugaises du moyen AGE. —Rien de plus rare en général que les traités spéciaux sur cette matière, si im|)ortante cependant. Les Portugais ont bien un ouvrage de numismatique distingué ; mais , quoiqu'il ait été écrit dans la langue nationale , il est dtl à un Italien, et il ne traite que des médailles romaines (*). M. Kinsey, dans son Portugal ilhistrated, a de son côté reproduit avec exactitude certaines monnaies, mais il a complétementnégligé celles du moyen âge , de telle sorte que nous nous verrions contraint à garder un silence absolu sur ce point obscur, si nous n'avions à notre disposition deux articles habilement faits, dus à une plume anonyme, ainsi que les considérations pleines de savoir et (l'originalité que nous a léjguées Faria Severim. En effet , cet ecclésiastique , doué d'un si louable espi^it de recherche, vivait en un temps où il était sous quelques rapports facile de se procurer certaines antiquités à jamais perdues. Ce fut lui qui posséda la plus curieuse collection de médailles

Ç) Voici le Utre complet de ce livre : riummismalogia , ou brève recopilaçûo de aigumas meaalhoè dos emperadores romanes de

\tPnv

patriarchade Lisboa, a que se ajunta huma 6ibtiotkecca de todos os aneUms que escreverùo de medalhas et inscripcùes antigas; parte I*; Lisb., 1737 , in-4*.

p«t]09l9lfU[ggfirQ^cot)Qftt fsn Portugal, après Q^|i$ du duc d Abrantes. Or, comme nous nous en sommes assuré , en consultât la correspondance de Ba-f luze, dès le temps de Colbert il était devenu presque impossible de se procurer à Lisbonne d's^itiqiies monnaies, et Ton considérait comme étant de la plus excessive rareté celles qui remontaient aux premier^ siècles de la monarchie.

Si Pon s*en rapporte à Tbistorien que nous venons de citer, et àDuarte Nunez de Liâo» les premières monnaies portugaises auraient été frappées à Portp, et elles l'auraient été par des étrangers, auxquels furent accordés de grands privilèges : on battit également monnaie de fort bonne heure à Valença et à Lisbonne. La chronique de don Joam nomme le maître des monnaies quiétaitàËvora.

« Les seitiis et une bonne partie des pionnaies anciennes ayant été frappées a Porto , elles portent sur le revers les arpes de cette ville, qui sont des tours baignées par un fleuve. 11 y a beaucoup d'apparence ^u'on bâtit aussi un hôtel des monnaies a Coïmbre, lorsque les rois de Portugal y eurent transporté leur cour. Le comte don Pedro , en traitapt des vieilles coutumes, parle plusieurs fois des monnayeurs de cette ville (*). »

« Ainsi qu'on 1'^ très-bien fait remarquer à l'époaue oii don Henrique vint en Portugal , la monnaie principale de France, d'Allemagne et d'Angleterre était la livre. £lle servait d'unité cour tous les comptes, comme cela arrive pour le franc en France, bien qu'il y eût d'autres monnaies de valeurs plus pu moins considérables, contenant intrinsèquement plusieurs lois la livre. Ainsi ^ue tout le monde le sait, la livre n'avait pas reçu cette dénomination de son poids effectïr, elle l'empruntait aux anciennes livres romaines, qui étant daniT le principe d'une valeur effective de douze oncei| , avaient fini par o'en plus peser qu'une seule , vers les derniers temps de l'empire : on en a la certitude. Le comteHenri- Î[ue introduisit la livre dans les États qui ui avaient été nouvellement concèdes, mais on ignore si ce fut parce qu'il la trouva déjà répandue dans les autres

( * ) Yoy. la traduct. da iournai étranger de 1796. II nous a été impossible 4e nous ]>rocurer le Irané ofiginal de Patia $évetlm.

tm^ pbréSens de Iq pémajinle . ou sî ce fut simplement en $a pailtè de Français. »

Aucune monnaie datant de cette époque n^est conservée dans les cabinets des curieux; on ignore même si les pièces étaient en oir ou simplement en argent; on pousse le doute jusqu^à siipposei' qu'il n'y eut de monnaies ^^pbées en Portugal, qu'au teiqps d'A^onso Henriquez(*).

Comme l'a très-bien fait observer un savant dont nou$ adoptons rboinion volontiers, si la livre servait de oase fondamentale au système monétaire de PËurope, ce système se confondit dans la péninsule avec celui des Arabes ; et ce fut de là que procédèrent les antiques maravédis.

Il y avait en Portugal des maravédis 4'or et des maravédis f argent. Un maravédis d'argent valait 15 sous. Il a été im- Sossible jusqu'à ce jour de déterminer . 'une manière précisela valeur dij maravédis d*or; ce qu'on peut dire de plus raisonnable à ce sujet , c'est qu'il valait deux Ubras et demie, équivalant à sixcents deniers.

De toutes ces monnaies, la seule

qui existe aujourd'hui , est un maravédis de Sanche P , qui, quant au ooids et peut-être quant au titre, offrait lort peu de différence, si toutefois il y en avait, avec les maravédis morisques et les altonsins frappés par Afïbnso Henriquez.

La légende porte d'une part : Sancius Rex Porlugalis, et de r autre In nomine Patris et FUii et Spiritus saficti Amen » (**).

« Le caractère le plus curieux de cette monnaie est d'offrir un argument décisif contre l'origine supposée des armes portugaises , où , dit-on , Atfonso j Henriquez avait placé les cinq écus en ' mémoire des cinq plaies de Jésus-Christ, avec les cinq rouelles ou besants au mi- | lieu de chacun d'eux , comme symbole i des trente deniers contre lesquels Judas ' vendit ïe Sauveur du monde. Il est en effet bien digne de remarque, que du- i jrant un siècle où l'on avait tant de res- 1 pect pour tout symbole religieux , don

n O Panorama : mœdas fmiuguexas ; t. If, ( ** ) L'abréviation donne les lettres suivan-

BORmOÀL.

Sanc^ at^ dédaigné si promptdmetit la

Sieûseldéé de son prédécesseur à propos e la principale et peut-^tre de Tonique monnaie qu'il ait frappée (*), »

La pîbiiothèqqe royale de Paris possède un ^e ces maravédis de Sanche I"^, dan^ lequel Farîa Séverine voulait voir rancifnifie dobra.

^airmi les monnaies en usa^e ches les Maîtres dM'^spagne, il y avait trois espèce^ if or que les anciens écrivains désignent sou$ le nom de dohras mou' n'ACûw, doublons maures, dobras vaHdias, doublons de poids , frappés à Tunis, et maravédis. Le maravédis avait été introduit en\ Espagne pas les Almoravides. « Ambroîse de Morales observe, dit Faria, qu'avant leur irruption, pas un seul mémoire de Castîlle ne fait mention ni de cette monnaie, ni de compte par maravédis , mais ({u'au contraire depuis eux , il fut si ordinaire de compter par maravédis , que toutes les supputations du prix des denrées et de la valeur des raonoaies se firent toujours par ces espèces . pratique qui subsiste encore aujourd'hui. Pour signifier l« valeur du réal d'argent, on dit qu'il vaut trentesix maravédi^ et le doublon d'or, neuf cent soixante maravédis , en comptant le maravédis par la vafeur du réal de cuivre. Cependant quoiqu'il ait eu conrà en Portugal , il parait que ce n'a été que l'espèce en'pr , dont il en fallait soixante

Sour faire un marc ; leur valeur serait onc à présent de cinq cents reis (**). » En somme , il y avait au commencement de la monarchie deux monnaies principales : la livre d'av^ent, à laquelle on peut attribuer une origine française, et le maravédis d'or , dont Tusage'était pas§é des Arabes parmi les chrétiens. La livre se divisait en soldas ou en sous ; ces piècesde blilon étaient mêlées d'un certain alliage , ïeJ que de l'étaîn, par exemple : il en fallait vingt pour faire une livre. Les soiis eux-mêmes se divisaient en deux variétés : ceux dans lesquels entraiî le métal dont nous venons de parljpr prenaient le nom de soldas hrart" cas, ^ous J)làncs, et chacun d'eux conte-

(*) Yqr. O Pimomma : woediuPoriuguezas,

{*^) Lemaravidi ou maravidlm prend tour

h loar, selcm té8.\êerivaiiis qui le désignent, ta dé-

RonùtetiOB <|i MarabitiitiOf Mrabitino, Jfaf?a-

palabras anaguas.

naît dovaee denleys ) ItiâUtvM» fui ntiocuir tenaient que du euivr«, étêmt d^^igné^ sous la dénomiifôtion de foMÔ^ furSo^, sousnoirs. Les monnaies que noii^ veponfi de mentionner eurent isours jusqu'aii règne d'Affonso IV; à cette épQque, il y eut une notable altératinn i^m celles qui furent frappées. Lea pi^oeci désignées sous le nom de dMeir^ al^m^im, e| dont le titre avait été singulièrement aU téré, fournirent d'immenses bénéfices an vainqueur de la bataille do StUoda^ <^ui cependant se n^ontra d'une généroe^ite sans exemple à l'égard de l'étranger- On ^fr firme que les deniers alfonsina lui firent gagner sur chaque marc quatre livr^ quatre sous. Faria Severim possédait up grand nombre décès pièces : nous doutpns qu'il en existe dans nos cabinets; elles ayaicni été frappées à Porto et à Lisbonne ; Teffi-* gie du prince n'y est pas » et elles diffèrenf essentiellement sous tout rapport de cei les de don Sanche. Vaiffxmsim s^ait , selon Severim , la plus ancienne monnaie d'argent frappée par les rois de Portqgôl qui nous eût été transmise. Il parait , d|i reste, que le système d'Affonso consistait simplement à faire fabriquer de no(4T velles monnaies d'argent ea diminuauti leur poids métallique et en leur attri-buant cependant la vajeuc des ancienne^ monnaies. Le même souverain accrut égar iement la valeur du cuivre % ordonnant^ que les sous, qui n'avaient psis subi d'al? tération , il est vrai , ne représ^tassenl que neuf deniers au lieu d'en valoir douze , et continuassent à êtfe I9 vingtième partie de la livre, \\ puraît qqe les monnaies d'or conservèrent leur valeur première sous don Him. ^t sousf soi^ fils : elles prirent alors un nom différent, et ixirent appelées d(Ara^ ertizadas (*). Don Pedro l«r, qui avait élefé les finances à un si haut degré de prospérité, fit frapper de nouvelles pièces d'Qir ; elles prirent le nom de dobras <ie ^. Fedro : cinquante d'entre elles repré^i^Ht^nt le marc. Ce monafique fil ^us^ éinettre, à l'imitation des monnaie d^ France, I9 tournois et le demi-touj;t)Qis , f(^rn^^ 4 meio torneze. Soixante-cinq pii^ces eon*

[*\Les moaiiBios du t«m|M dM^llOpaa IV an arseiit et ep myfe $oo4 r^pj^^ûi^ dan^ lu t. Il du Panoramaf p. ^61 ; lel Cinq écussoiis avec les cinq deniers sont parfaitement déterminés. ^

UUNIVERS.

nues 80Ù8 cette dénomination représentaient le marc d'argent. Il existait d'autres tomezes plus petits , dont il fallait cent trente pour former le marc. L'effigie de don P^ro est gravée sur ces pièces. Don Pedro est accusé, comme son père, d'avoir non-seulement altéré la monnaie , mais de s'être uniquement attaché dans cette falsification aux métaux précieux. Le désordre vint à son comble dans le système monétaire du Portugal sous don Fernando et sous don Joam T*^ (*).

Le roi don Fernando , qui régna de 1367 à 1383 , frappa des monnaies dont la dénomination varia singulièrement.

On vit circuler d'abord le gentil, qui représentait. 4 libras V>, et deux autres pièces portant le même nom , dont la valeur était de 3 libras 'U,et de 3 libras 5 sous. Bientôt ses guerres avec TEspagne lui suggérèrent une autre idée et imposèrent d'autres dénominations aux monnaies. Voici ce que Faria Severim dit à ce sujet : « Don Henri avait dans son armée quantité de soldats français qui y- étaient venus avec des casques qu'on appelait harbudas; ces auxiliaires étaient aussi armés de lances-en forme d'étendard, qu'ils nommaient graves, et menaient avec eux pour le service des casques, des pages qui s'appelaient pilartes. Don Fernando , voulant laisser à la postérité un monument de son entreprise sur la Castille, donna ces dénominations aux nouvelles monnaies qu'il fit frapper, et les chargea de ces enseignes.»

La barbuda était une monnaie de la grosseur de quatre vingtains, quoique plus mince; elle représentait d'un côté un casque couronné et une cotte de mailles avec cette légende , Si Dominas mihi adjutor, non Umebo, et de l'autre côté une croixde l'ordredu Christ, quatre châtea ux dans les coins de la croix et au milieu un petit écu avec les quinas et ces trois mots pour légende : Fernandus rex PortugalU»... C'était une monnaie d'argent avec beaucoup d'alliage, du titre de trois deniers, et le roi l'avait fixée à vingt sous, qui (étaient une livre de trente-six reis.

Les graves et les pilartes étaient également d'argent, mais à bas titre. Plus tard, les peuples réclamèrent contre la

(* ) Yoftt le rédt de Femand Lopes.

valeur excessive à laquelle on avait porté ces monnaies, et le prince, ayant égard à la faiblesse de leur poids, réduisit l'évaluation à un prix plus modéré.

Lorsque le Mestre d'Aviz monta sur le trône, il se vit contraint de se créer rapidement des ressources nouvelles en numéraire : il fit émettre des réaux d'argent, valant neuf deniers, dont soixantedouze faisaient un marc : selon Faria Severim, il en fit frapper d'autres, du titre de six deniers et d autres encore de Qinq. « Cependant, ajoute l'historien, ces réaux conservaient toujours la même valeur, et le surplus tournait au profit du prince. »

Il fallait être don Joam 1*"^ , c'est-àdire l'élu du peuple , pour qu'une tolérance pareille eût lieu en matière de monnaies. Faria Severim, qui nous donne ces détails , ajoute un fait touchant qui exprime bien la vénération que le prince inspirait : « La plupart, dit-il, portaient ces réaux d'argent pendus à leur cou comme une chose sainte.

« Ce prince n'ayant encore d'autre titre que le glorieux nom de Défenseur, fît battre ensuite.de nouveaux réaux au titre d'un denier, dont chacun valait dix sous. Après ceux-ci, il en fit d'autres de trois livres et demie et de dix deniers et demi.

« Don Jean l", monté sur le trône et pensant à faire la conquête de Ceuta , fit frapper les premiers réaux blancs, qui valaient chacun dix réaux de trois livres et demie ; ils étaient au titre de dix deniers , et il en fallait soixante-deux pour un marc.

« Au retour de cette expédition , il fit faire, disent quelques-uns, les seitiis, auxquels il donna ce nom pour perpétuer le sou venir de la conquête de Ceuta. D'autres prétendent que parce qu'ils valaient la sixième partie dun réal, on les appelait sexHis, et que dans la suite ce nom tut aisément altéré en celui de seitiis. »

On comprend aisément, par ce que nous avons dit plus haut , la révolution monétaire qui dut se faire sous le. règne du successeur de don Joam. Ce prince ne s'occupa pas en réalité d'améliorer la valeur métallique; les livres diminuèrent tellement que don Duarte fitfirapper une monnaie plus grosse et qu'on appela reaes brancos, réaux blancs. Ils étaient

de cuivre avec un alliage d'autre métal. Faria Severim dit qu'une ordonnance royale donna à ces réaux blancs la valeur d'un sou ancien : « par conséquent, chacun d'eux valait trente-cinq livres petites, et vingt réaux faisaient une livre ancienne de sept cents livres peiites ; ainsi chacun de ces réaux valait de notre monnaie dix seitiis et quatre cinquièmes de seitii, puisque vingt valaient trente-six réis, qui font une des grandes livres. » Il y eut aussi, dit-on, des reaes prêtas DU réaux noirs, et il en fallait dix pour un recU branco. Don Duarte fit frapper également des écus d'or, mais ils étaient de bas aloi , et notre auteur se tait sur leur valeur effective. Cependant il ajoute un peu plus loin qu'on éprouvait une difficulté singulière à les faire passer dans les pays étrangers. Il est probable

3ue l'administration de l'illustre don Pero ne dura pas assez longtemps pour porter remède à un tel désordre; mais le mal fut réparé immédiatement après lui, et l'on peut supposer que son esprit juste et probe ne fut pas sans influence sur celte branche de l'administration.

C'est du règne de don Affonso Y que datent lescrusades. Tout le monde sait avec quel enthousiasme chevaleresque ce prince combattit les enner^is de la foi. Lorsqu'il eut résolu de passer à Jérusalem avec une armée puissante, et que Sixte l'eut fortifié dans ce dessein, il se décida à faire frapper une monnaie d'or qui fût d'un titre si élevé qu'on la préférât à tous les autres ducats de la chrétienté. Faria Severim disait vers le milieu du dix-septième siècle : « Il se trouve encore aujourd'hui beaucoup de ces crusados, dont l'or est si fin , qu'il est recherché pour dorer. On y voit sur un des champs une croix de Saint-George entourée de lettres qui signifient y^^u/ortum Tuystrum in nomhie DomirU; et sur l'autre, l'écu royal couronné et placé sur la croix d'Aviz avec cette légende : Crusatus Alfonsi quin- UR.»

Nous passerons rapidement sur ces réaux d'Affonso V , qui représentaient une roue de moulin, rodizio, et sur ces espadims de cuivre et d'argent destinés à perpétuer le sou venir de l'ordre de la Tour et de l'Épée.Ce qu'il^eutde remarquable dans cette dernière monnaie,

c'est qu'elle rappela une légende tout orientale. L'ordre, institué à l'époque où le roi méditait l'expédition de Fez, adopta l'emblème qui le distinguait, en souvenir d'une tradition célèbre à la fin du ç[uînzième siècle. Un astrologue arabe , mitié à tous les mvstères de l'art cabalistique, avait planté un espadim, une sorte d'épée,8ur la plus haute tour de Fez , et celui qui aurait pu se rendre maître de ce puissant talisman , grâce à la force des armes, serait devenu le maftre du monde entier : au dix-septième siècle cette légende subsistait encore.

Il serait trop long de décrire ici les diverses monnaies d^angent et de cuivre que don Affonso fit happer ; nous rappellerons seulement qu'il y en a une en argent valant quatre vingtains, où se voient avec la croix d'Aviz les armes de Castille et de Léon , écartelées. On y remarque cette légende : Alphonsus IM gratiarex Portugalix ; elle eut cours au temps où don Afmnso prétendit au trône d'Espagne, par son mariage avec la fille infortunée du faible don Henrique.

Voici à peu près tout ce que nous avons pu rassembler sur un point dont les historiens ne s'occupent guère ordinairement, ou pour mieux dire, qu'ils négligent d'une manière absolue. Avec les nouvelles découvertes faites en Afrique et dans l'Orient , les valeurs monétaires changent de toute nécessité; nous dirons quelques mots à ce sujet en traitant du grand siècle.

PBEMIÈRE BIBLIOTHÈQUE BOYALE FONDÉE EN POBTUGÀL. GALLIGBAPHE

EN TjTBE.— On s'accorde généralement à regarder Alphonse V comme étant le premier fondateur d'une bibliothèque de quelque importance en Portugal. Cependant il estcertainqueleroi don Duarte, son père , possédait quelques ouvrages d'un grand prix , et l'on peut aisément en parcourir le catalogue dans le LecUConselheiro. Affonso Y augmenta prodi-

fieusement cette collection, et la décora u titre officiel de libreria. Un homme qui disait en 's'adressant à son archiviste : « Que serait-il advenu des actions de Rome si Tite-livene nous les eût conservées ? Que fût-il arrivé si Quinte-Curce n'eût pas fait de même pour Alexandre, Homère pour Troie, Lucain pour César ? » cet homme, aidé du pouvoir royal,

L^IRHYIiia.

4«vwt àéaoaifiiremem flfoir le geût des Hyrefli^t*)» ^ Dunmt son vidage ea Fraaee OQU^ ït yQfUm utiliser son passage dans ijss abtîavea où il est reçu, en s'intormant des riebesses bibliographiques qu'elles renlerm^t. IjOS historiens fradçaii cootemporiias font foi de ces goûts studieui^ et nous, parlent d'un Laucelpt magnifique qui lui fut montré dans Tabbaye de Bourges. Nous avons également la certitude que yers Tannée 1453 , q9 même prince avait un ealligrapihe habile spécialement attaché à sa bibliothèque ^ et le nom de Joham Gonçalvez, écuyer éûHviiin (k$ Uvres du roi , nous est une preuve positive du SQin qui présidait à cette importante collection {**). Nous ^jouterons à ces faits, trop peu nombreux sans doute, que rinfortuné don Pedro d*Alfarrobeira, dont nous avons signalé la r^ence, dut être un deç premiers bienâiteurs de cette bibliothèque royale du quinsième siècle , dont on commence à parler de nouveau aujourd'hui. Il né pouvait en être autrement de la part d'Hin prince qui regardait un exemplaire des voyages de Marco Polo comme nn des blus riches présents que la seigneurie de Veuise pût lui faire, il n'y avait pas, du reste, jusqu'aux princesses du sang royal qui ne s'occupassent danç cette famille ae ia propagation des tivrea magnifiques; l'épouse de dqn Pedro, si digne en tout de spn mari , faisait écrire et répandre par la voie de la calligraphie, la vie du Christ Enfin la noble Felippa de Lancastre, filJe de cette princesse ^ traduisait en portugais plusieurs ouvrages dont eUe enrichissait sa retraite monastique, et, en outre, du livre de saint Laurent Justinien sur le mépris du monde , qu'on devait à ses soins ) on montrait jadis dans le trésor d'Odivellas un volume d'Évangiles dont les miniatures étaient entièrement de sa maint DonaJoanna, fille d'AffonsoY,et retirée au monastère d'Aveyro, imita cette princesse. Sa merveilleuse beauté prétait un charme de plus à ce goût qu'elle ne cessa de montrer pour tout ce qui te-, ndit à la culture de l'intelligence.

Don Henrique le navigateur, donFer-

( ♦ ) Lettre écrite par Alphonse V à Gomez Sannez de Azurara, Balbi « t. II , p. 9.

{**) Chronica de Guiné^ par Gomez Eannes dé Atd^âta,

nando soniomméle saint 1 ^ des amateurs passionnés dé L et ils durent aussi contribuer à 1 augipeotfl^tio^ 00 la biblio^èquë royale.

Toutefois i si t*exéëution du Lèqt Conseiàeirô et celte de la Chronique de Guinée de Qome^ Eannez 3é À2;urai'a ne nous laissent pas le moindi*e douté àur la magnificence des volumes dont se composait la bibliothèque d'Âffohso V, on ne peut pas en dire autant de leur nombre , et jusqu'à présent aucun eata- IjQigue de cette époque n'est venu établir d'une manière précise à quel chiffre ^xact on peut le faire monter. Sous Joam Il i et à Pépoque où s'étaient multipliés ces illuminateurs dont parle Garcia de Revende dans sa Miscellanea^ le nombre des beaux livres dut nécessairement s'accroître; les travaux bibliographiques dont on s'occupe en Portugal nous fixeront sans doute sur ce point.

IMFLU3NCB ilTT^RAIRB D' AFFONSO Y.

— FO&MATION d'un COBPS DE LOIS.

— L'auteur consciencieux de la Bibliothèque Lusitanienne, Barbosa Machado, a inscrit dans son vaste répertoire de la littérature portugaise le nom du nioriarque dont nous nous occupons, comme il avait inscrit du reste ce\ix de don Diniz, d'Affonso IV et de don Pedro. Le savant bibliographe vante la mémoire prodigieuse d'Af fonso y , et surtout l'élégance parfaite avec laquelle il parlait sa langue maternelle (*). On a vudanslerécitdu vieil historien français la disposition toute particulière que montra ce roi à s'initier au mouvement intellectuel de l'université de Paris : il est certain qu'il ordonna qu'on écrivit en latin un corps général des histoires du royaume , et qu'il fit venir d'Italie à cette .iiitetition frère Juste Baldino, religieux dominicain. Ce louable désir ne parait pas avoir été suivi d'effet, et, sousce rapport, D. Affonsô V ne fut pas plus heureux que ne le fut son successeur a l'égard de Politien. Comme son onclé l'infant don Henrique^ il était habile en mathématiques, et il tenait probablement de son beau-père, don Pedro d'Alfarrobeira, le goût extrême qu'il montrait pour la musique; on affirme qu'il écrivit, a l'imitation de rJrte de Cavalgar, laissépar son père, un Traité de la Milice, faisant

( * ) « Que pareciâo. m stMi palattn» uté^ dadOêantcBde proferidae, »

vGtiWêktî

afkcWtà Pè^tUgàîà ; ee ^irt^i enfcmt pt»babîeiàétit éttm quelque arittque bibliothèque: n'a îaiilâîs été publié ; mais hbi» avonâ tra éétiantifloii ou style de don Affoaé6 flhmèr deox lettrés imprimées à df- ▼erseâ reprise^: L'ttbè éSt adressée à Gomez Eannez de Azdl^rd, à l'époqdè où ce grand chroniqueur était à Alcaçar àùpra èe don Duarte de Menées, et elle atteste d'une manière touchante la sympathie de cet esprit cbevalerescjuè pojir les hohrimes Qui se limiènt aux travaux dé Pintelligence (*); l'autre a été éfcritë, éH 1461, à I)iogo Lopez Lobo , Seigneur d'Alviio, et elle roule sur certaines explications que réclamait ce personnage. On a encore de ce monarque ùii opuscule astronomique vanté par le fameux Zacuto, et il ne faut pas oublier que c'est à lui qu'dn doit le premier corps de droit qu'ait possède \€ royaume.

DBâii BOMAîN. —L'introduction dii droit romàitien Portugal n'est pas antérieure au (Quinzième siècle. Il siimt, dit un jurisconsulte portugais, d'ouvrir le code d'Affonso V, qui commehce à recevoit la disposition dans laquelle il a paru sous Joam i^^ pour reconnaître partout Finfluence oe dette législation ; il suffit aussi d'examiner l'ofdre chronologique qui y est suivi pour acquérir également là certitude que la fusion des législations n'était paé faite encore, et qu'elle ne pré^ sentait point un corps de doctrine suivi, mais bien une simple coordination de lois différentes. Il resuite des recherches d'Antonio Villaiidva à ce sujet que, s'ij faut faire rerhdhter à la maison d'Aviz rintro'ductiôh du droit romain en Portugal, il est juste de reculer jusqu'au règne d'Emmanuel le travail qu'il dut subir pour se combiner avec lanti^ue léfjislatibti du royaume : dès cette dernière époque, au reste, les jurisconsultes s'effbrfeëni dfe faire concorder tant d'opinions divergentes. A partir du règne de don Sébastien on s'occupa de combiner les éléliîents de la procédure. Il est certain que la haute sagacité de don Pedro fut i)our beaucoup dans les travaux relatifs à la législation , et que le Gode AI-

(*) Entre aàireç Quvrâges. çllfe a été reptcfdaiie dans la dê$çrjpUop ail Portugal, pà^

phbhsfh htodifié èéul êéû m§mMm partie Éoh ouvra^ (*)^

CBOYÂNG«S POPûiA,tttBÀ ttO fOWt^^

oàL. -i Oe qu'on sait le moind biëb d'uiT peiiple, d'ordinaire ce sont ses croyance^ populaires; presque toujours lès écrivains nationaux dédaignent d'en faire part au monde érudit, et les voyageurs passent trop rapidement à travet^ les contrées qu'ils prétendent décrire pou# aTôli* le loisir cle faire cette espèce d'rftttdé intime y qui aurait tant d'intérêt pour les autres peuples, et cependant, répétons -le bien, on ne peut S'initier complètement à la poésie d'une nation , on né peut ménle apprécier eonvehable* ment certains faits historiques que lorsqu'on a ouvert la porte de ce monde féerique que, dans tous les siècles et dans tous les pays, chaque peuple a su se créer : c'est souvent un Vieillard , un berger dès montagnes, une jeune bohémienne aux vêtements en lambeaux, qui tien^ nent en leur main la clef de la porte mystérieuse : n'ayez garde qu'ils vous la donnent, votre regard les effraye, vos prétentions de savant les épouvantent.

Quelquefois aussi fort heureusement la clef merveilleuse tombera entreles mains du poète, et alors vous pourrez vous réjouir, le poète aura hâte de vous faire contempler les prodiges que le peuple vous cachait. Ouvrez le vieux Gil Vicehte, qui faisait si bien sourire l'incrédule Éras-

C^) On lit dat» Daarte Nanes de Li&o de

Êassagecarieuz, qae noos tradaisons, JLe roi ). Jeaa I'' avec la paix oe resta pas daos l'oisiveté . et tout sou temps se passait ati gouvernement de soQ royaume, ou dans la reforme de la Jastice et des coutumes. CTest pour cela

3u'il fit beaucoup de lois qu'on a insérées ans les livres d'ordonnances du! aujourd'hui sont en usage. Outre cela» en Tannée I42B, et par le conseil dùD' Joao Fernandez das Regras, qui était grand lettré , il ordonna qu'on fit un livre en langue portugaise où l'on réunirait les lois du code JusUnien, les plus praticables en ce royaume, avec quelques commentai ras d'Accurse et de Barthole^ qui y étaient relaUfs; de manière que les opinions d'Accurse et de Bftrthole, approuvées par lui, fussent regardées comme authentiques et eussent force de loi, et que l'on pût enlin déterminer les choses par elles. Tout ceci eut lieu grâce à la grande affection qu'avait le I)' Joâo das Regras pour le légiste dont U avait été le disciple à Bologne. C'est de là qu'émane la loi de ce royaume , qui ordonne qu'en la décision des choses on suive l'opinion de Barthote, quand il n'y aura ni texte ni glose ou opinion commune qui lui soit contraire. Voy. 1. 1, p. 484 de l'édil. de nso (Lisbonne).

LTOWyEBS..

me: quel nwide magique il tous révèle dans les Serras du Portugal ! Trois siècles avant que Goethe eût évoqué les sombres mystères de la Walpurgisnacht et les danses du sabbat germanique, Gil Vicente nous avait conduits au milieu des rondes de sorcières qui sillonnent la Serra d'Ëstrella.

Ni le (pseudonyme du Châtelet avec son esprit méthodique, ni Dumourier avec son instinct railleur , ne nous ont .dit un mot de ces mystères populaires. Landmann, Kinsey , Murpbj^, se sont tus également. Un recueil qui s^adresse au peuple, un recueil dont nous avons tiré mille curieux fragments gui ne sont pasde rhistoire, mais dontThistoire s'enrichit (*), va combler enfin cette lacune et nous faire connaître cette mythologie du moyen âge qui dut briller de tout son éclat dans la période du quinzième siècle. L'auteur du travail que nous citons semble avoir fait deux parts de tous les documents qu'il pouvait avoir recueillis.

Mais il marche toujours environné de preuves historiques, et s'il met d'abord de côté les traditions orales, d'ordinaire plus poétiques, c'est pour fixer l'esprit par des dates positives et par des preuves pour ainsi dire inédites. Imitons-le, le poète parlera à ^on tour.

Un des plus anciens documents, dit-il, qui nous restent touchant les superstitions populaires est la célèbre ordonnance de la municipalité de Lisbonne en date de 1385. Cette ordonnance caractérise essentiellement l'esprit religieux de l'époque de Joam P'. Non-seulement on y prohibe les superstitions ayant cours parmi le peuple, mais on le.s y énumère , comme si le sénat voulait ainsi remercier Dieu de la victoire que l'on venait d'obtenir à Aljubarotta... Voici ces passages : nous ferons observer avec l'auteur portugais qui nous sert ici de guide, que l'ordonnance émane des membres de la municipalité de Lisbonne et qu'elle est rendue en leur nom.

a Les susdits établissent et ordonnent que dorénavant en cette cité ou dans ses alentours, nul ne puisse user ni n'use, en effet, de sorcellerie, de ligatures, d'appel au diable, ni d'enchantements,

C**) O Panorama*

ni d'oeuvre de f?eadeira (*) i ni ^ carantulas (**), ni de gestes, ni de songes, ni de'sortiléges; qu'on s'abstienne delancer la roue ou des sorts , et enfin de toute œuvre de divination... U n'est pas permis également démettre une ceinture constellée , ni de lancer le mauvais œil sur quelqu'un , non plus que de jeter de l'eau sur un van (***).

« Il est établi aussi que dorénavant en cette cité et en ses alentours, on ne chantera plus de Jamra^ ni de Maias (****) ni aucun autre chant se rapportant à quelque autre mois de l'année ; on ûe pourra non plus jeter du plâtre aux portes , sous l'invocation de Janvier; on respectera les eaux , on ne ia«cera pas de sort sur elles.

« Et comme s'arracher les cheveux et se tirer la barbe sur les morts, est une coutume oui vient des gentils , une espèce d'idolâtrie , un usage enfin qui va contre les commandements de Dieu, les susnommés ordonnent et établissent que dorénavant nul individu soit homme, soit femme, ne pourra s'arracher les cheveux , ni se maltraiter d'autre sorte, ni crier sur quelque mort que ce soit , fût-ce père , mère, fils ou fille, sœur ou frère , mari ou femme , n'en exceptant nulle autre peineou chagrin , mais n'empêchant qui que ce soit de montrer sa douleur et de pleurer s'il le veut. »

Beaucoup de ces dispositions sont relatives à des croyances qui n'existent plus ou qui sont connues sous d'autres dénommations; les chants désignés sous les noms de Janeiras et de Maias ont persisté jusqu'à nos jours, et ou appelle encore Maias, dans le Minho, les fleurs jaunes du genêt dont on pare les fenêtres au premier de mai. On le voit clairement encore par les textes cités, c'était un usage de s'arracher les cheveux sur les morts; il y avait même certaines femmes, dési-

( '^ ) Probablement une sorte d'enchantement obtenu par le moyen de Vo% qu'on prétendait exister dans le cœur du cerf.

(** ) Caractères magiques.

( **♦ ) Le yan ou le crible Joue en tout paya un grand rôle dans certaines opérations magiques. Mous en avons dit un mot dans notre Traité analyUque et critique des sciences occulteSm

( "**** )Ces chants populaires, chantés en Janvier el en mai, dpnt on trouve çà et là quelques fragments dans les vieux autçurs portutugais , n« se sont que trop éteints.

POKTU6AL.

gnées 8008 ks noms de carpideiras ou prantadeiras , qui exercaieot publiquement cet office. Fr. Francisco Brandâo prétend que cette coutume s^acbeva au temps de Jean r% mais il se trompe évidemment, puisqu*on trouve dans nos chroniqueurs commémoration de ces deuils à des époques bien postérieures et que Gil Vicente a dit :

« Ils mènent le deuil dans Lisbonne —jour de la Sainte-Lucie — çaice que le roi don Manuel est décédé ce iour-là. »

Les jugements de Dieu, admis dans toute 1 Europe, paraissent avoir été singuiièrementen vogue au moj^en âge dans le Portugal ; mais les rois éclairés qui commencèrent à régner sur ce pays , ne tardèrent pas à porter remède aux maux enfantés par ce déplorable usage. Dès le treizième siècle, Diniz rendit certaines ordonnances qui s'opposaient formellement à ces sortes d'ordalies. L'épreuve par le fer chaud a laissé jusque dans le dixseptième siècle un curieux monument.

« Près du sépulcre du commandeur de Leça on conservait, selon le témoignage de Jorge Gardoso, un fer de charrue,

?|u'avait transporté là tout embrasé la emmed'un serrurier accusée d'adultère.

F.BernardodeBrito et F. Antonio Brandào citent une donation faite au monastère d'Arouca par dona Tareja Soares, femme de don Gonçales de Souza, qui, étant accusée par son mari d'adultère, recourut pour sa défense à l'épreuve du fer chaud, etsortant.de cette épreuve saine et sauve se réfugia dans le couvent d'Arouea. »

A la tin du quatorzième siècle , lorsque le grand maître de l'ordre d'Aviz a donné la mort au comte Andeiro, on voit , par le témoignage positif de Fernand Lopes , que la reine Éléonor prétend réclamer l'épreuve du fer.

Comme le fait observer fort bien M.

Herculano, du reste, cette coutume superstitieuse , qui dura tant de siècles , n'était pas seulement une invention du vulgaire ; dans ce recueil des lois antiques de l'Espagne , connues sous le nom de Fuero Juzgo, Tépreuve de Teau bouillante et celle du fer chaud sont positivement ordonnées.

La première loi que nous voyons promulguée en Portugal contre la ma^ie, dit le. savant Herculano, est une loi de

Joam I*"; dleest datée de raiiiié« 1403 1 et elle s'exprime ainsi : « Que nul ne « soit si osé que de chercher de Tor ou « de l'argent ou quelque autre bien en « jetant la baguette, en traçant des eer- « clés , en regardant dans des miroirs, « ou en usant de quelque autre « moyen » (*). Cette loi fut confirmée par le code d'Affonso V, et elle passa en substance dans ceux qui lui succédèrent. On y voit que la magie portufaise de ce temps se réduisait à une sorte 'alchimie , à un art de découvrir de for y ce qui , en vérité, était bien peu de chose , si nous comparons de telles croyances au prodigieux accroissement que la sorcellerie prit dans le siècle suivant f *).

Nulle part , comme le fait observer l'habile auteur de la notice où nous puisons , on ne trouve expliquées avec plus de détailles formules diverses employées par la sorcellerie du seizième siècle, que dans le livre rarissime cfe« Constitutions de l'archevêché d'Évora, imprimé à Lisbonne en 1S34 : voici ce qui est dit à propos des feiticeiros, A<^o€nzedeiros et des agoureiros,

« Nous défendons que nul individu, de q^uelque état ou condition qu'il soit , enlevé d'un lieu consacré ou non consacré pierre d'autels ou corporaux , et seulement portion de ces objets et de quelque objet saint que ce puisse être; nous nous opposons a ce qu'il invoque des esprits diaboliques , dans des cercles oti hors des cercles , et aux lieux qui se croisent; à ce qu'il donne à manger ou à boire quelque chose capable d'inciter à vouloir bien ou mal à autrui ; nous lui défendons de lancer les sorts pour deviner , ou de jeter la baguette pour découvrir des trésors , sans permettre non plus la contemplation de l'eau, du cristal, du miroir, de l'épée ou de quelque autre objet luisant , y compris le coutelas de boucher. Nous ne voulons pas non plus qu'un individu quelconque fasse pour deviner figures ou images de métal ou d'autre objet , ni qu'il s'efforce de lire l'avenir sur une tête de mort ou sur une

(*) Od trouvera tout au long dans Tintéressant recueil qui nous fournit ces (détails , les textes dont il est ici question. Voy . O Panorama, t. IV, p. 139.

(*♦) Voy. à ce siyet'hotre Traité analytique et critique des itciences occultes, Paris 1830, I vol. lu- 32.

lOt

LtmtVERS.

téift d*aoimt qtiétobÉvM, ifl qifll jm^hà sur soi dent oo corde de pendu , m qu'il fasse afeelesditftfi choses ou partied'elles seulement, quand bien ménie nous ne les auHonfc poim désignées, sortilèges, di« vination , dommage ou profit à qui que ee soit , sans en exeepter oe qui eonttaint on individu à eti aimer où a en haïr un autre et èe qui lie Thomme ou la femme. « Nousdérendons égaiementà tout in»

diridu malade de passer par un bois, par un bosquet de jeune chêne liège ^ par une pirairie vierge ou sous un garou*{ de bénir avec une épée qui aurait tué on homme, de traverser le Douro et le Minho par trois fois , de couper à Técart un figuier sauvage et une branche de chêne vert en rinclinant sur le seuil d'une porte. Nous défendons de garder têtes de sauflatiores {* ) encastrées dans de Tor ou dans de l'argent , d'adjurer les démoniaques , de porter les images de certains saints au bord des eaux, en fei- §nant de vouloir les y lancer , de prenre gens à caution pour que si , dans un temps convenu , on ne leur donne point d'eau ou un autre objet, ils jettent les dites images dans les fiots ; nous défendons égarement de rouler des roches et de les lancer dans l'eau pour obtenir de la pluie, ni de jeter le crible, ni de donner à manger certaines galettes pour connaître certaines circonstances d'un vol commis ; nous défendons de garder des mandragores en son logis , avec l'intention d'obtenir certaines grâces ou de faire certains profits. On ne plongera pas la tête d'un chien dans l'eau < afin d'acquérir certains avantages; on ne dira rien de ce qui doit advenir , comme chose révélée par Dien , par ses saints, ou à la suite d'une vision ou d'un songe.. ; on ne bénira pds avec des paroles inconnues ou incompréhensibles et que l'Église n'a point approuvées, on ne fera pas la même opération avec des eodteaux portant aes taches soit noires, soit d'aiitre couleur , on ne le fera pas non plus au moyen de ceintures, de boucles d^oreilles, ou en employant quel-

(*) Ily Attrait toat un chapitre à faire sur cette dénomination : le saludador, oa iaudador., est particalier à la péninsule; c^est une variété de sorciers qui prétendaient guérir tjar le souffle, comme les Indiens de l'Amérique méridioiutle guérissaient, disail-oo, pat la Stttcion.

point de ehèmises filées ettissiié eà wr. tains jours spéciaux de l'àiinée ^ oti ne les Ifêtira poidt^ on ne les usera pas ndn plus par quelqueart dé sorëellerie «•::.... Voilà certes un document fourni par PHistoire eôclésiestique, qui pourrait donner lieu à dés commentaires sanà fid, et qui doit être considéré comme la nbmenclatttl^ la plus complète qu'on ait fournie jusqu'à oe jour sur leà croyances populaires de la Péninsule. Ube fant pas croire du resté que le pouvoir ecclésiastique s^en ttttt à des injopctidnB tfarc^ mentodnfminatoires; les châtiments les plus sévèi'es étaient appliqués, dès l'origine, aux inditidus qui se liTraient à la grande ou à la p$Htê magie. Là peine de mort atteignait ceu^ qtii s'étaient servis d'un fragment d*autel ou de corpoi'aux ; on infligeait le même supplice à ceux qtii avaient conjuré le démon ; les actes de moindre iiiiportance entraînaient la marque par le fer chaud , ou l'exil perpétuel dans i'flë de Saint-Thomé , fegardée dès cette époque comme un des séjours les plus redoutables. Au quinzième et au seizième siècle, l'abandon à de simples superstitions populaires entraînait encore la flagellation ou la déportation durant deiix années sur les côtes d'Afrique. N'oublions pas que le crime de sorcellerie était pimi par le feu à cette époque en France, et que la législation dès autres royaumes ne se montrait pas plus indulgente.

Passons aux croyances populaires qui bntsurvécu jusqu'ici, et qui avaient toute leur^ puissance au temps de don Duarte et de soh fils. Le peuple fait une distinction eiitre leêfêiticelms, magiciennes, bnixas, sorcières, et lubis-homems , lOups-garoUs. « Les feiticeirds et 1^ bruxas n'ont rien qui les distingue de celles qui font leur résidence dans lios provinces, dit M. Herculand ; ce sdnt de vieilles femmes pauvres et laides , au caractère sombre et colérique, qui se livrent à toute espèce de maléfices, mais qui sont sous la uépcndance immédiate du mauvais esprit. » Les bruxas, connues du reste dans nos provinces voisines des Pyrénées sous le nom de bronches, cumulent avec leurs fonctions infernales, celles du vampire $laoé^ ear elles sont

pôâfWÂL.

pelnetj^fômaliiiéspMSsaèêf % &àbg des fSm in&hxà , et 8 lê& %î^ itioulir aiîisi jpeu à peu dèjfbh iû^Màù et même subitemeiit. éi ëllieâ àsjjirent 18 sang ae rinndcente créature ateë véhëmeaéè. Les M>is-homèms kont entraf- Dés par on destin, /a(/o^ ou portent ud sortyitffà.pertaines circonstances palrticulières les font différer de noà loupsgaroos, et i)s sont plus intioceiits qu'eut, tandis gae lés sorcières portugaises sont

f»lus féroces ; ils s'en tjont ta nuit dati^ 8 milieu des grands cheiiiins, ordinairement aux carrefours. Après avôii* fait cinq Yoltes, ils se roulent sur la terre, au lieu où se sera roulé quelque béte sauvage ; il sufût de cette action pour que la métamorohose soit accomfolie, et qu ils prennent rapparènce de 1 animal qui les aura précédés dans ce lieu. Èh obâssant au sort ces pauvres gens ne font de mai à personne; ils ne passent du reste par aucun chemin ni méhie par aucune rue oii il y aurait de la lumière; ils font entendre de grandes aspirations et de longs sifflements pour qu*oh l'éteigne. 0 était âii Quinzième àiêblë là chose du mondé la plus fkcUe que d^ surprendre des lubis-homems dans leiirâ courses vagabondes ; il suffisait pour cela d'allumer tout à coup une chandelle, et cela suffirait encore aujourd'hui, mais on se garderait bien de le faire {*),

Nous ne décrirons cas ici l'estièce d^ sabbat auquel se rendaient les Bruxas et les FeiticeiraSy parce qu'il ne nous semble pas présenter une différence bien marquée avec ce qui se passe dans les autres contrées de l'Europe. Mais un trait caractérisque sans doute , c'est qu'après avoir rendu l'hommage obligé ati boucinfernal, 'celui-ci remet adxsorcièreà comme attribut un peloton de fil, nôMlo, et un petit tambour de basque, pandeirinho, Cq soht encore dé nos Jourâ les gymboies.de leur nouvelle dignité : lé

{peloton est plus ou moins gros , selon 'importance de la récipiendaire, et selon l'estime que le démon fait d'elle.

« Ces pelotons diaboliques dans les-

{*) Voy. k iwoïKM des. loops-caroiis de la France nqtrc ouvrage intitule : le Monde ençhanie,^ Cosmographie et histoire naturelle fantasit^ve du moyen âge. Nous avons reproduit ddns ce volume les idées da savant natalaliste P. Lessoo.

aKfeii )eêimm m tme et Vb wmm dm

/ètibèe^àk ibtit cdMtMsés &ûhë Cëoècè dé fil fitë ^Èf la ntêre ^ màbUi «t dont la matière premièreest du poil de bôttb. . . » Les hmdcài tM étissî edimiië apanage une fùkée noih; niàiÀ Itl démohôlogie poptilâifê ne aëeiàré ^M de Quelle nature elle est faite; hob pttis que celle de^ labiS'horiiéiTib , diii possMetlt aussi tet adthinicule^ et dont ndùs rt^ èëvôns dutf'e ëhosé 11 ë« n'eit qtt'il est de « jàdtié.

il prii-àtt qu'à l'article de la mort^ «t oétte droyànce est rerïcoivelëe dû mojeij âge, brùxas et feitlcelras ont la facfiltê de faire appeler la personne qu'eUes bfU en plus praride estime j et qu'elles doivent lui remettre le fatal peloton. Si céUe-ci ne l'acfeepte point, la sorcière est dans l'impossibilité de mourir, et là misérable créature ne peut rendre soti âme à Satan qu'au moment où quelque assistant charitable veut bien recevoir le novello. Il est presque inutile de d\fé qu'un tel présent donne des droits assurés à un tour de faveur dans lé e^§ où i'oh aurait quelque velléité de passer bruxd.

Les formulée d'Incantation vaHêtlt nécessairement selon la localité. 611 yicentë nous en donné Quelques-unes, qui i$ont empruntées à la langue hébraïque t là formule moderne consiste à répéter par trois fois , Tenato andota f errata passe por BaWf), Une Feitieeira veutelle faire périr qtielqu'tin , elle pratique line sorte d'ènvoiissure, sôftilége qui paraît particulier à la pénirisule, et dont on doit chercher l'origine bièri par delà lel moyen âgé. Après avoir saisi éoti tambour de basque, elle apptslle deux compagnes â son alde^ et les trôissOfi;ières réunies modèlent une figure qui représenté là personne condamnée au trépaë : alorJl cette poupée reçoit certaines onctions; Ce sont des onguents liquides que les bruxas emploient ; et à mesure que lê travail avance, l'ensdrcelé sesedt plus malade. t.drs(]ue le moment fatal est arrivé, la soi*cièrè la plus vieille se saisit de sdn pelôtoh ; elle se met à le dérbUler, et lorsque le malade doit mourir, une des trois mégères coupe le fil avec un ciseau : l'homme voué au trépas expire alors. La cérémonie sis termine par une invocation au diable ^ et l'on ne àë r«-

L'UNIVERS

tire pas sans avoir renoué au peloton le . fil coupé; il ^ a là un souvenir de la mythologie antique, qui n'est certes pas sans grandeur.

Tels sont en peu de mots les croyances populaires , les pratiques superstitieuses, les actes de prétendue sorcellerie même , contre lesquels l'inquisition portugaise eut plus d'une fois à sévir : si nous n'avions craint de donner trop d'extension à ce paragraphe , il nous eût été facile , en examinant les traditions du quinzième et du seizième siècle, d'ajouter encore aux curieuses indications que nous avons trouvées rassemblées. Les Mourcts encantadas ou Maures enchantés , les espèces de vouivres dont i'escarboucle étinceiant peut révéler l'existence d'un trésor, mille autres traditions féeriques en un mot, prouveraient que là encore l'imagination ardente des Portugais a laisse des traces originales de ce que rêva le moyen âge.

J£D3f ET DIVERTISSEMENTS DES POBTU&AiS AU MOYEN AGE. — Il y a

dans l'histoire officielle des nations une chose c[ue les écrivains omettent presque- toujours, ou bien qu'ils dédaignent de nous transmettre, c'est le détail de ces jeux qui succèdent aux jours de labeur , c'est le récit de ces luttes guerrières qui rappellent l'image des combats, quand elles ne sont pas des combats elles-mêmes. Ordinairement les chroniques, un peu diffuses, du moyen âge sont les uniques dépositaires de ces sortes de renseignements , si bien que Ton ne connaît qu'une face de la vie des peuples et que l'on est instruit minutieusement des misères qui les ont désolés durant plusieurs âges, sans savoir un seul mot des clioses qui ont excité leur curiosité , leur joie , leur enthousiasme. Nous n'imiterons point les historiens du siècle dernier en ce point, et, grâce à l'esprit d'investigations variées qui préside a l'ensemble de cette vaste collection, nous offrirons ici quelques renseignements sur un point curieux qui se lie intimement à toute une période de l'histoire de la péninsule.

Le premier divertissement public dont on trouve la trace au Portugal , est un exercice guerrier , et il en est fait mention dans tous les chroniqueurs du

douzième et du treizième siècle;c'est le jeu du tavolado , connu dans le reste de la péninsule sous le nom del tahlado ou de las tablas. Il était simple à l'origine , comme les peuples un peu rudes qui l'avaient adopté. Le tavoiado consistait en un certain nombre de planches unies entre elles et fixées au sommet d'une perche ou d'un échafaud, de telle façon qu'un simple choc ne dût pas les faire venir à terre, mais disposées au contraire avec assez d'art pour qu'elles ne 'pussent résister au jet vigoureux d'une javeline destinée à cette' sorte d'exercice. Plus tard , le tavolado représenta une tour, ou, si on l'aime mieux, une forteresse en miniature. Mais, durant la crémière période , il est d'une simplicité qui semble n'admettre aucune espèce d'enjolivements. A l'époque du moyen âge, il n'y a point de solennités, point de noces magnifiques sans tavolado. Dans la chronique des sept infants de Lara , dont l'action nous reporte au dixième siècle, c'est devant un jeu de tablado que commence le drame sanglant qui doit envoyer à la mort les sept fils de Gonzalo Gustios. Les vieilles romances espagnoles, si fréquemment citées par Gil Vicente, sont remplies de l'éloge de certains chevaliers qui d'un seul coup de javeline font venir à terre le tablado avec un fracas qui remplit de surprise les assistants. Dans le vieux chant popu- » laire que le Romancero consacre à Montesinos, le héros qui a langui durant sept jours dans un affreux cachot où il a de l'eau jusqu'à la ceinture, et où il a été privé d'aliments, le brave si connu de Cervantes sort pour servir de risée à la cour ; il est conduit à la joute, mais il lui reste assez de vigueur pour renverser d'un seul coup ce tablado dont la hauteur a fatigué tous les chevaliers.

A l'époque où ce divertissement était encore en usage en Espagne, au treizième et au quatorzième siècle , on vit parmi les chrétiens un jeu mauresque prendre faveur ; il exigeait moins de force, mais plus d'agilité peut-être que celui dont nous venons d'entretenir le lecteur : c'était cejogo dàs canas, ce jeu du djérid que les Turcs et les Persans n'ont pas abandonné, et qui consistait à lancer prestement, au galop rapide d'un cheval dressé à cette sorte d'exercice, une tige

l^re deroseao, qu'il fallait savoir éviter en envoyant la sienneàson adversaire. On le voit dans les vieux chants populaires, ce jeu a un tel attrait pour la population chevaleresqujs de la péninsule , qu'il réunit momentanément les races ennemies ; Maures et chrétiens se mêlent lorsqu'il s'agit de courir les cannes , et les chevaliers de Grenade accueillent avec enthousiasme Portugais ou Castillans , lorsque ceux-ci viennent leur disputer sur la place de la Rambla un prix qu'ils estiment davantage et qui donne plus de renommée peut-être que celui qu'on peut obtenir au milieu des combats.

Comme cela avait lieu en France, comme cela se pratiquait dans le reste de l'Europe , ce prix qu'on réservait à l'agilité, quelquefois à la force , consistait dans une echarpe, dans une manche brodée, manga hordada, La manga bordada est tellement en honneur en Espagne et en Portugal , que les dames mettent tous leurs soins à varier la magniGcence de ce gage d'estime offert solennellement à la valeur chevaleresque. Lorsque dans les romances de la péninsule on voit une , dame châtelaine occupée à quelque merveilleux ouvrage dont elle doit faire don à l'occasion d'un tournoi, c'est une manga bordada , oii Vahofar , la semence de perles,court en dfessins variés sur un tissu de brocart ; ce que l'infortunée Blanche de Bourbon brode pour tenter d'adoucir l'humeur farouche du terrible don Pedro, c'est encore une manga. Enfin, la manga d'honneur reparaît chez les Portugais dans les vêtements de gala jusqu'au commencement du seizième siècle ; elle est suspendue alors à la première manche dont elle se détache ; elle orne le bras , mais elle ne le couvre pas.

Les Portugais ont eu,comme les autres peuples, leurs tournois, et la réputation de ces hardi» jouteurs s'était assez répandue dans je reste de l'Europe pour que des dames outragées en Angleterre réclamassent, de préférence aux autres chevaliers, l'assistance de ces preux hardis connus dans l'histoire sous la dénomination des douze d'Angleterre, et dont Gamoens a célébré l'adresse et la valeur en vers magnifiques. Tous ceux qui ont lu les Lusiades se rappellent ce chevalier qui, après avoir vaincu, et tout

couvert encore de sa pesante armure, fit . un bond au milieu de la lice, et s'élança à une telle hauteur , qu'il frappa d'étonncment la foule guerrière qui l'environnait. Ces détails, et au besoin les préceptes que donne le roi don Duarte dans son Jrte de Cavalgar, prouveraient que les Portugais n'étaient pas en arrière des autres nations dans le grand art des tournois. Nous ne nous arrêterons

Ïms néanmoins d'une manière particuière sur ce point, et nous renvoyons ceux qui voudraient des détails à la description du pas d'armes de Suero de (juinones, où rien de ce qui constituait jadis la science compliquée du combat en champ clos ne semble avoir été omis. A cette époque, la création d'un nouveau chevalier donnait lieu quelquefois en Portugal à des fêtes magnifiques : telles furent celles, entre autres, qui furent célébrées par don Pedro 1®' durant la solennité où don Telles se vit admis au nombre des chevaliers portugais. Nonseulement des bœufs entiers rôtte furent distribués au peuple à cette occasioA , mais le roi lui-même, suivi des grands du royaume exécuta des danses au son d'immenses trompettes d'argent et au milieu d'une longue file de serviteurs qui portaient d'énormes torches allumées.

Si un vieil historien ne nous affirmait point ce fait curieux, si le Froissart des Portugais, Fernand Lopes, ne nous avait point conservé dans ses récits naïfs des preuves fréquentes de cet étrange amour pour les danses solennelles, qui distingua l'amant d'Inez, on pourrait douter de ces bals fantastiques qui n'ont rien d'analogue dans les autres pays. Nonseulement Pierre le Justicier dansait en publicquand il armait chevalier un de ses vassaux, mais si quelque circonstance le ramenait à Lisbonne après plusieurs jours d'absence, il exigeait que le corps de la ville vînt le recevoir : au retentissement saccadé de ses immenses trompes d'argent, il dansait depuis le rivage jusqu'au lieu assez éloigné où s'élevait son palais.

La population mauresque et juive qui, durant si longues années, fut mêlée aux chrétiens , devait donner aux danses publiques un caractère particulier ; lesmowrarias, les judarias, restèrent célèbres dans la péninsule longtemps après l'ex-

HO

l'IWffSP-

z!eme$ie«le,sou$leregq«)|i9gn9fîque de la maison d'Aviz, lorsque certaioes sqlennités le permettaient, ces populatioaf , que le fanatisme n'avait pas encpji^ç ii^guiétées, mêlaient de bonne grâce leufs iQÎesauxjqjes des popMlations phrétiea- ()es: leç historiens religieux omettent quelquefois ces détail^, ipai§ aube^in plusieurs manu$prjt$ cQnten^porains poif rraient appqrter ipi leqr témoignage ^ prouver ce que nous avançons.

En 1429, lorsque les ambassadeurs ^u duc de Bourgogne vinrent cbercher sur leurs navires vénitiens la princesse ïsabelle, fille de Joam I", il y eut à Lisbonne des fêtes somptueuses auxquelles tes populations ^lauresques contribuèrent oe fort bon gré. Il y en avait eu aussi d'analogues Tannée précédente, lorsque T infante Uanor, épouse de don Duarte, avaitfait son entrée solennelle à Lisbonne. Comme elle venait sur une mule couverte de drap d'or et abritée par un grand dais de brocart en manière de ciel soutenu par de longues perches dorées , les seigneurs les plus notables se présentèrent poqr lui baiser la main çelon la coutume, et, ajoute le vieil historien (*), « grand nopiore de chevaliers chevauchants et d'écuyers bien montés vinrent la recevoir de mêii^p que les citadins pt les marchands notable^ de Lisbonne, et ensemble au milieu de tout cela les juifs et les ]\laures de ladite cité vêtus selon leur mode, chantant et dansant à leur manière {**) , et ladite dame fut conduite par la cité au palais de l'infant, avec grande allégresse et sofennité, pt il y avait gr^qde quantité de ménétriers

(♦) Le» détails les plus circonstanciés de cette solennité nous ont été transmis par lecélèbcp infant D. Henriqoe, dans une lettre à son père , malheureusemept tfpp longue pour être reproduite ici.

{*♦) Au quinzième siècle les mourarias, ou, ai on i*aime mfeujt, les danses mocesques avaient fini par préraloir dans le midi de k France, et on les exécutait même dans les cérémonies publiques. En I502, lors de la venue de l'archiduc de Flandiv à Montpellier, on en dansa pitisieurs à la grande admiration des c^ tadins. YQici ce que contient à ce scyet le petit Thatàmus : « Ce soir fut fàicte une très-belle moriaqmê par la ville qui estient tant les hora*mm ^^ ^ ^^ P^ trompettes, et esUons tou« m danseurs bien habilhés, ce que se pouvoit lair^ e)i abbiU nouvellement devisez. » Voyez liipImciiiqaièBiede M«acliiaxMaeil,|»ttB

At 40 trO^MlU^ fl ^8|H 4^ JQI|#lttf

d'orgue et qe harp§, santf mwtw les ^utre^ inst(um§^ts, et la cité ^^it tar bissée e;i plqsjeurs en^soifis de 4raps de tenture, et en d'autres lieux ^ lovaient ^es rameaux de n^aii ^ \^ ^qÏ éuit jonché d'herbes yert^. % »

Ce qui pouvait donner i ces fét^ un parac^e original partipqlief, dont on devine aisément Fasp^et ^nioié, qjb devaient être surtout ces danses nrioresques dont il a été question, ces mourarias dont nous entretiennent encore un siècle i^près Garcia de Rezende et Gil Vicente, q^|,&elpJl toute apparence, les intro4uisit ^ur le théâtre. Au qqinzième siècle « les moqrarias étaient peut-être plus $pleadides enco|*e que les fêtes cnrétienoes , et Gcenade, dont on nous vante les san^bras et les saraons, Grenade, qui sur je pencbant de sa ruine expirait au milieu des fêtes, devait fournir à l'Andalousie et au Portugal des musiciens habiles, des danseurs merveiilec|x « qu'on voyait figurer, fn dépit des eeclésiastiques, au milieu 4^ la foiîle joyeuse des chrétiens. ,

Durant la minorité d'Affonso V la cour de Portugal acquit un degré remarguable d'élégance et de politesse. Don Pedro d'Alfarrobeira , qui avait visité la plupart des villes florissantes de l'Europe et qui avait principalement séjourné à Venise et dans les autres cités splendides de l'Italie, don Pedro apporta dans son pays le goût des arts, comme ilcberchait a v développer le goût des sciences. On se plaît à i^appeier qu'il était musicien ha- I)ile, et qu il avait perfectionné le jeu de certains instruments. La surveille du jour où il perdit la vie, dans cette funeste bataille que tous les partis déplorèrent /il donna, dit-on, un bai à la petite cour qui le sui vait.A la fin du quinziàmesiècle, l'heure de la renaissance avait sonné pour )e Portugal comme pour les autres États de l'Europe; une partie de cette originalité puisée dans le contact avec les Maures commença à s'effacer, et les f^tes gigantesques de l'amant d'Ine^ eussent paru presque aussi étrange^ à la cpur d'Alphonse rAfricàiu, que les tournées royales de cette époaue nous i^mbient extraordinaires. Le s^our du roi à Paris acheva §aqs dojate de donner i^n autre

ÇQRTUfiAIi.

Mi

(Brest im& SQQ mu , cous ce prince qui ne négligeait aucun genre de gloire, aucuq ipoyea d'accroître fa prospérité de son rovaume , que a^opé^a consplétement là inétauorphosa, et m fêtes pel4t)rées sous ce monarque firent présager le faste vrainieat oriental qui caractérisa la cour de ses successeurs.

fiteif B HK JOAM n. -— La tradîtîoa raconte que lorsque D. Joamll fut pro* clamé définitivement roi de Portugal , le ai août 1481 , il trouva les possessions territoriales tellement disséminées par suite des prodigalités de D. A^onso ea faveur de qn<Blques grands , qu'il s'écria : « yoy€% , mm père m*a laissé roi des grameê rautps e$ des chemins du PûtiugoL » Mais Joam II sut mettre promptemeot bon ordr« k ce^ concessions ejtcessives , qui f*uinaient le trésor et qui apportaient dea entraves, à la librç action de la royauté. Ce que son père eût pu apprendre à la source d^ la politique r^ressive , c'est-à-dire à Téoole du cautei^ Louis XI, il le sut de prime aboffd « et dès les premières années de sou règoe tl fut aisé de comprendre que les temps qui allaient suivre seraient fatals aux grands vassaux. Joam II était iûea le monarque dont un ambassadeur avait pu dire : « J'ai vu un bomme qui commande à tous et auquel personne n'a jamais commandé. »

Le secrétaire intin^p de ce roi, Garcia de {(.çsende , noiis a mis au fait avec une grâce qui lui est particulière , et quelquefois avec une sagacité bien précieuse» de tous les détails d'intérieur, de toutes les particMlari tés dédaignées par les bistorieos proprement dits^, qui peuvent nous aider aujourd'bni a reconstruire la vie du grand bomme et à deviner sa politique. Si, par exemple, il ne négligeait anciitie occasion d'abaisser les grands et de £aire rentrer à |a (couronne les biens qui les rendaient re4outabies au poi|vw',d'u]aLa(|treieôté, il ne recevait pas u^ service réel, il ne reconnaissait pas fine f paod^ qualité sans les récompenser d9gnei|}ent. Garcia de Revende parle beaucoup d'un pertain livr§, où chaque action quelque peu mémorable était soigiiei^iiient rappelée , où cloaque serfice l^i? ai^ pays se prouvait apprécié à «i juate v#l^r. $^%ias^t-|l

«t'accord^r uo^ gr^ , £allait-{l icérniftnérer ui^e action souvent oubliée de ^pus; If3 livre de Joam II s'ouvrait, et <]uelquer fois une faveur inattendue allait tout à coup chercher Thomme modeste donf; |e roi seul se rappelai^ la co^r^ge ouli^ mérite méconnu.

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