‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 12 sur 86 · PBISE DE LA. VILLE DE CEUTA · texte numérisé non relu

PBISE DE LA. VILLE DE CEUTA

Ceuta était alors la ville la plus importante de cette partie de l’Afrique ; il suffit de lire Léon l'Africain pour s’cn convaincre. Elle était défendue par un scheik renommé, connu sous le nom de Cala ben Cala. La réputation militaire de Joam I" frappa ce chef d’une terreur bien funeste aux Maures , puisqu'il abandonna la ville commise à ses soins.

Des le début, au contraire, le roi donna une preuve évidente de sa haute sagacité , ne fdt-ce que par le choix de l'emplacement où le débarquement devait s’opérer. Il fournit une preuve non moins réelle de sa haute energie, en ne variant pas dans sa volonté première , et en persistant dans son

(I) Un écrivain du quinziéme siècle, dont les récifs ligurernnt plus d’une fols désormais dans cet exp<isé dm premières conquêtes de la nalion portugaise, (.unir/ Kannczdé Azurara, raconte aussi bien que Malhros de Pisano ce qui eut lieu durant celte expédition. Si l’écrivain n’mt pas trop partial, ce fut D. Henrique qui fui le héros (le l’entreprise. Voyez la hHlecoIlectlon des Chroniques partutjmses publiée par le savant Correa de Serra , sous tes auspices de l’ Académie, et coiiiinuee par ce corps savant ; elle forme aujourd'hui ciuq volumes grand ln-4\

projet d’assiéger la ville , lorsque des hommes eminenls, et qui avaient voix au conseil, prétendaient l'en dissuader.

Il avait promis à l'infant D. Henrique, ayant déjàsous ses ordres une des divisions navales, de lui laisser le commandement lors de la première attaque ; il tint sa parole, et l’infant se couvrit de gloire au début de l’action. On n’insiste pas d’ordinaire sur cette période de la vie d'un prince qu’on aime à entourer d'une gloire toute scientifique ; mais il est certain que l’infant poussa le courage

Du’à la témérité, et qu’on le vit durant que temps soutenir seul l'effort des .Maures dans une des rues étroites de Ceuta. L’érudition moderne pourra trouver dans quelque bibliotlièque ignorée des renseignements nouveaux, qui feront partageràquelqueGénoisou à quelque Vénitien l’honneur des expéditions scientiliques protégées par ce priuce ; elle ne saura lui retirer la gloire qui lui revient pour avoir conquis d’abord , les armes à la main , cette terre dont il devait prendre possession pas les efforts plus tardifs de l’intelligence. Il fut du reste admirablement secondé par D. Duarte, par D. Pedro, par D. Affonso, ses frères ; et ce fut aussi de ce siège que data la gloire naissante de deux hommes que le Portugal nomme avec orgueil : Alvaro d'Almada et Menezes.

La ville de Ceuta fut enlevée aux Maures le 15 août 141 5 (1), sans que les Portugais eussent à déplorer une seule perte de quelque importance, puisque le nombre des morts ne s’éleva pas à plus de huitsoldats. Les inahométans avaient à gémir sur une ruine complète ; et l’on ne peut pas même bien spécifier leur perte en hommes, mais elle fut des plus considérables. Le butin qu’on fit sur les habitants fut immense; le butin spirituel plus grand encore , dit une chronique, car la grande mosquée de Ceuta se trouva immédiatement consacrée au culte chrétien. Là, en présence des prélats qui avaient suivi l’expédition, Joatn I" donna l’ordre de chevalerie à ses lits , qui le trausmirent ensuite à

( I ) L’auteur, si exact , de la t'ida d’tl Grnn Condestabte, Mendez Sylva, adopte celle dale; mais il fail remarquer que d’autre* auteur* assignent le ai août comme étant la jour où s’accomplit celte grande victoire.

58 L’UNIVERS

leurs jeunes frères d’armes : cérémonie à la fois noble et pieuse, durant laquelle un touchant souvenir ramena l’idée d’une épouse et d’une mère.

Joam 1er ne pouvait point faire un long séjour sur les côtes de Barbarie ; il avait hâte de reprendre l’administration de ses Etats. Au bout de quelque temps le gouvernement de Ceuta tut remis entre les mains du jeune D. Pedro de. Menezes , avec des instructions inspirées par la plus haute sagesse; et le 2 septembre 1415 l’armée se rembarqua.

Quelques jours après, elle abordait glorieusement les cotes de l’Algarve, et allait surgir dans le portdeTavira.

Page 1