‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 14 sur 86 · DÉCOUVERTE DE PORTO-S ANTO ET DE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE PORTO-S ANTO ET DE

madère Nous avons essayé de faire

comprendre parquelles perquisitions habilement dirigées, par quelle suite de travaux sérieux, l’infant don Henrique avait préparé les découvertes maritimes qui devaient illustrer sou époque. Immédiatement après son retour de l’expédition d’Afrique, il songea à la réalisation de ses projets. Deux jeunes gens de noble race faisant partie de sa maison, et qu’un vieil historien qualifie decuyrrs, s’offrirent d’eux-mêmes à lui, pour accomplir quelque entreprise hasardeuse ou ils pussent faire preuve dun coeur honorable , et, comme le dit encorele vieil historien, faire action de leur corps i leur temps se trouvant mal employé s'ils le passaient dans le re-

Îtos. (1) L’infant, voyant leur bonne voonté , leur fit préparer une barque dans laquelle ils pussent aller en guerre contre les Maures, et, à ce qu’il parait, aussi essayer de dépasser les terres que l’on connaissait et se diriger vers ces régions de l’Afrique sur lesquelles on avait déjà de vagues notions. L’un de ces jeunes gens s'appelait Tristam Vaz, et nous le verrons figurer plus d’une fois dans le cours de cette histoire si dramatique; l’autre s’appelait Joam Gonçalvez Zar-

(I) Voyez Gômez Eanoez de Azur ara, Ckrv nies de humé, p. 385

L UNIVERS

co, et il s’était distingué, entre autres circonstances, dans le combat qui avait eu lieu sous les murs de Ceuta , le jour même de la défaite des Maures (1).

Ces deux hommes hardis s’embarquèrent munis des instructions de l’infaot ; mais, poussés par des vents contraires, ils arrivèrent a une petite ile qui est à environ sept lieues de Madère, et à laquelle ils donnèrent le nom de Portb- Santo (2). Cet événement eut lieu en 1418. Quand ou a vu de près cette plage blanche et sablonneuse, environnant une agrégation de roches qui peut avoir quinze milles de circonférence, et où s’entremêlent le grès fauve , le tuf calcaire d’un gris verdâtre et le basalte d’un brun rouge dont se forme la partie la plus élevée du pays; quand on se rappelle que cette petite île, nui n’a que six inillesdelong sur deuxmilieset demi de large, ne porte peut-être pas vingt arbres sur toute son étendue , et ne nourrit pas nu delà de t,400 habitants, on peut se faire un idée du peu d’importance qu'avait en réalité cette découverte comme accroissement de territoire. Toutefois, sur ce point rocailleux jete au milieu de l'Océan s’élevait un arbre précieux, selon les idées que se formait le moyen âge. Des dragonniers gigantesques ombrageaient l’ilede leur verdure, et promettaient une récolte abondante de ce sangue de drago (3) que l’on comptait parmi les remedes les plus utiles de l’époque ; le cestrum, le romarin, la fumeterre à petites feuilles,

(!) Nous ferons remarquer en passant que Gonçalvez. Z^irco , ancien serviteur de l'infant don Henrique, fut le premier qui fit usage de la poudre a canon et de l’artillerie en mer. Un poêle connu, Manuel Tbornaz, a conservé le souvenir île ce fait curieux dans sou lnsulana , livre assez, rare en Frauce ;

Hem hr, rerdude que este o Lusltano Primeijro foy no mar corn nome e ter no uc usou du dura frula de f-'ulcano do salitrado atjofar do in/ernn.

(2) Porto-Sa n to est situé par les 33* l'de lat. et les a» 40' de long, à 300 railles sud-ouest de la cote d’Afrique , et à 28 railles au nord-est de Madère. Voy. Casado Giraldes, Tratado compléta de Geographia , t. I , p. 181.

La portion N . E.de Pile s’élève à i Aon pieds. Voy. Bowdish, Madertet l’orto-Santu , p. 127.

(J) Il n’en reste plus aujourd’hui qu’un seul. Cordeyro rapporte qu’on creusa, a l’origine, dans ces dragonniers, des pirogues de pécheurs pouvant contenir six a sept hommes. Voy. Collecâo de Noticias para a historia e geographia das nacOes ultramarinas , U 2.

le thym, couvraient les roênes, diversement colorées, et montraient leurs humbles fleurs à côté de ces inagnifiques cactus qui attestent le début d’une autre végétation.

Sans doute les deux jeunes navigateurs purent s’exagérer l'importance de ce petit pays, et il ne faut pas oublier que c’était un premier pas fait dans ce vaste champ des découvertes que prétendait accomplir leur seigneur, celui dont les simples désirs avaient si grande autorité. Tristani Vaz et Zarco ne demeurèrent que fort peu de jours dans l’île qu’ils venaient de découvrir (1); ce court examen leur suffit pour voir qu’il y aurait pour eux grand profit à la coloniser : ils retournèrent'immédiateinent à Terca-Nabal , port du pays d’Algarve, où était l’infant.

Ils firent part à ce prince du projet de colonisation qu’ils avaient conçu , et ils n’eurent point de peine, on le pense bien , à obtenir son assentiment : non-seulement don Henrique approuva le dessein qui lui était soumis, mais il leur fit fournir immédiatement ce qui était nécessaire à leur premier établissement.

L’impulsion était donnée; le goût des navigations aventureuses se développait même au delà de cette petite cour dont le siège était à Sagres : l’un des gentilshommes de l’infant D. Joharn, Bartholomeu Perestrello , voulut s’adjoindre aux deux jeunes écuyers de D. Henrique . et il partit avec eux pour i’île de Porto-Santo.

Les plus anciennes chroniques se taisent sur l’époque précise à laquelle eut lieu cette seconde expédition; mais aucune d’elles n’oinet une circonstance en apparence bien futile, et qui devait avoir cependant une telle influence, qu’on doit la regarder comme un des principaux épisodes de ce voyage. Au moment du départ, Bartholomeu Perestrello avait reçu eu présent une lapine prête à faire’ ses petits; elle mrt

(I) On ne sait sur quel fondement le P. Jozé Prêtre a pu écrire ces lignes étranges : « On dit

u’ils trouvèrent dans l’i le une nation barbare,

la vérité, mais moins féroce que celle des Canaries déjà connues ; ils furent rnème frappés d’un certain air de douceur, qui u 'était peutélre chez, ces peuples qu’un effet de la peufr qu’ils avaient de ces étrangers, différents d’habits et de visage. » Voy. Vie de l’infant dou Henrique.

PORTUGAL. Gà

bas durant la navigation , au grand contentement des marins, qui regardèrent , dit Barros , cet événement comme une circonstance d’un favorable augure. La suite ne tarda pas à les désabuser.

On débarqua à Porto-Santo heureusement, et l’on commença à dresser des cabanes avant de songer à élever des constructions plus commodes. Ce fut alors que la liberté fut donnée à la lignée nouvelle ; mille cris joyeux accompagnèrent sans doute les agiles animaux qui prenaient possession de l’ile; mais . comme nous le racontent de graves historiens, ils multiplièrent en si peu de temps, et leur fécondité fut si prodigieuse , qu'on ne put semer nulle céréale sans qu’ils dévastassent les nouvelles cultures. A la longue, cette multiplication fut telle , et elle eut de si fâcheux résultats pour lescolons , que.dans l'année qui suivit immédiatement leur établissement dans l’ile, les Portugais se rirent contraintsàdétruire systématiquement une prodigieuse quantité de ces animaux. Neanmoins , cette chasse active avait beau se renouveler, le lléau ne diminuait point; et, selon Azurara, ce fut l’unique raison pour laquelle les premiers colons quittèrent Plie : Herestrello retourna avec eux en Portu-

gal a . ...

Si nous abandonnons le témoignage du vieil historien, qui est fort bref sur cette première période , et si nous nous en rapportons de préférence a Cordeiro, Joam Gonçalvez et Tristam Yaz séjournèrent plus longtemps dans l’ile qu'ils avaient découverte, que ne le dit Azurara. Une pensée les préoccupait : toutes les fois que l’atmosphere le permettait , une ligne obscure se prolongeait pour eux à l’horizon; et toujours cette zone sombre se dessinait a la même ilace. Il faudrait bien peu connaître les dées géographiques dont se nourrissait le moyen âge pour ne point se figurer les diverses préoccupations qui agitaient Gonçalvez Zarco et son fidèle compagnon. Antilla et ses villes d’or, Saint- Drandam et la vaste tombe qu’il défi) Comcz E. de Azurara, en racontant ce fait, ne parle nullement de l’heureux pronostic auquel Barros fait allusion. Ceci parait avoir élé ajouté par l’bistorieo des Indes d’apres la tradiUon. Voy. Chronica de Cuine, > 3tsï.

vait occuper au milieu de l’Octau, ces vagues légendes, en un mot, qui se mêlèrent même auxgrandes conceptions de Colomb, et sur lesquelles nous prétendons bien revenir, durent plus dfune fois iuterposer leurs chimères entre les vestiges d’une terre lointaine et le monde réel que craignaient d’abandonner ceux qui avaient fait déjà un si grand effort.

Gonçalvez Zarco et Tristam Vaz Teixeira quittèrent cependant résolument un beau jour leur petite Ile. Montés sur un frêle navire et accompagnés de quelques barques, ils se dirigèrent vers ces brumes immobiles qu’ils apercevaient de Porto-Santo. Ils n’avaient pas fait les deux tiers de la route, que Madère leur apparut avec ses portiques de basalte, ses grandes forêts vierges, ses collines doucement caressées par les nuages.

Le premier promontoire qu’aperçurent les navigateurs fut place sous l’invocation de saint Laurent ; c’étai t le nom du navire qui les avait conduits vers cette terre fertile, où devait se réaliser une partie des rêves qu’avait fait naître chez eux la découverte de Porto- Santo.

Le jour suivant, 3 juillet 1419, le capitaine et le pilote castillan qui avait dirigé cette petite expédition se mirent dans un bateau pour gagnerla terre. Une autre embarcation reçut les Portugais dont ils étaient accompagnés, et ilscommencèrent à parcourir la côte, observant, comme dit l'historien de cette découverte, les pointes de terre, la nature de la plage, les ruisseaux , les fontaines d’eaux limpides qui s'échappaient en murmurant des rochers. Les nomsqu’ils imposèrent à ces promontoires , à ces rivières ou même a ces monuments de la solitude, sontrestés. Une source sortant de la roche, et s’épanchant sur la plage , leur fit nommer le porto do Seixo ; un arbre abattu par les vpnts, et dont le capitaine fit faire une croix, imposa à cette partie du rivage le nonide.' SaïUa-Cruz, et dans ce lieu s'éleva plus tard la ville de Machico. La pointe de Oarajo, la rivière où Gonçalvez s’arrêta , après avoir débarqué, pour s’assurer si cette lie délicieuse ne renfermait point des bêtes féroces, reçurent tour à tour les déno-

L’UNIVERS

minations qui les désignent encore aujourd'hui. Enfin ils arrivèrent dans une vallée hérissée de roches , où une petite baie pénétrait dans les terres. Cette rive était parsemée des tiges odorantes du fenouil ; trois ruisseaux l’arrosaient. Le port de Funchal reçut alors le nom qu’il a toujours porté : les naviateurs y passèrent la nuit dans leurs ateaux.'maisabritéspardeuxpetitesîles ui sont à l’entrée de la baie. Peut-être ès lors, et dans leurs projets pour l’avenir,désignèrent-ilsces charmants rivages qu’ils avaient sous les yeux comme l’emplacement de la cité qui devait bientôt s'élever dans, cette île heureuse. Ce qui devait nécessairement les confirmer dans leurs projets de colonisation immédiate, c’estquela plus simple observation suffit pour leur prouver que nulle contrée nu monde n’était plus propre que celle-là à recevoir un établissement agricole : aucun reptile n'en souillait les rives, nul animal féroce n’en troublait le repos ; et telle était la sécurité des hôtes paisibles de ces rivages que les oiseaux euxmême se laissaientapprocher sans crainte : ils devenaient la proie des matelots, u'ils n'avaient pas encore appris à reouter (1 ).

Le lendemain, les navigateurs, toujours émerveillés, continuèrent leur exploration le long de ces côtes ; ils virent Praia formosa, dont le nom atteste encore la beauté ; Ribeira (los Àcoridos, où deux jeunes marins faillirent être victimes de leur imprudence ; enfin ils arrivèrent devant une grande caverne taillée par la naturedans la roche vive : d’innombrables loups marins venaient y chercher le repos. Par malheur, des hommes étaient débarqués dans l’ile ; la guerre commençait pour eux et pour toutes les autres créatures. I a grotte fut nommée Camerade Lobos,tl le chef de l’expédition, voulant perpétuer le souvenir de sa découverte, prit, comme cela se faisait alors, un nom qui devait la rappeler : à partir de ce jour, on l'affirme du moins, il substitua le nom de Caméra à celui de Zarco.

Les Portugais firent dès cette époque même le tour de l'Ile : cela est attesté par

( O Vojr. Padre Anlooin Cordeyro , Historia insuluna dus ilhas à Portmjat sugeitas no oceano occidental ; Lia boa , 1717, In-fol.

cette partie de la côte qui porte le nom de Ponta do Cirào, Pointe de la Tournée. Virent-ils, dans cette première excursion, un rustique monument dont l'existence ne repose aujourd'hui que sur la légende la plus incertaine? lurent-ils sous ces ombrages une douloureuse inscription, qui leur raconta les malheurs de deux amants, dont l’histoire touchante est devenuepopulaire, et a même inspiré quelques grands écrivains portugais? C’est ce qu’il est impossible de nier ou d'affirmer aujourd'hui. Mais ce u’on peut dire , c’est que le plus ancien crivain qui fasse mention de la découverte de Joam Gonçalvez Zarco se tait absolument sur les infortunes de Machim et d’Anna d’Arfet (1).

HISTOIRE D’ANNA d’.ARFF.T ET DE MACHIM. — OPINION DE BOVVD1SH. —

RÉCIT d’antonio GALVAM. — Un homme grave et plein de bonne foi, mais que son patriotisme a peut-être entraîné trop loin, n’hésite pas à regardercette légende comme un lait acquis à l’histoire.

En rappelant l’opinion de Bowdish, nous ne saurions donc passer sous silence un récit qui a déjà trouvé bien des historiens : mais ce ne sera pas la narration quelque peu embellie du voyageur anglais que nous reproduirons dans cette notice. Préoccupé de l’idée qu’il faut toujours recourir aux sources, persuadé d’adleurs qu’un fait poétique comme celui-ci s’altère nécessairement avec le cours des siècles, ce sera à l’historien portugais le plus sincère de cet âge que nous nous adresserons. Si nous ue sommes dans l’erreur nous-même, en reproduisant cette page, quelque peu concise, d’un écrivain qui réunissait de tels documents vers 1511, nous donnons la version primitive d'un fait mille fois reproduit, et toujours altéré. Voici ce que dit Antonio Galvam : « On veut aussi qu’au moyen âge l’Ile de Madère, qui se trouve par le 32°, ait été découverte grâce a un Anglais qu’on appelait Machim,qui, voulant se rendre d’Angleterre eu Espagne avec une femme enlevée, fut poussé par la tourmente dans l’ile (2). Le port ou ils surgirent s’appela

(1) Comme on l’a déjà fait remarquer ailleurs, Gomez Eaimez de Azurara ne dit pas un mol qui ait trait a cette aventure.

(2) De 1337 a 1387, dit Bowdish.

Machico en raison de cet événement; et comme son amie venait incommodée de la mer, il débarqua à terre avec quelques-uns de la compagnie. Le temps s’écoulant, le navire reprit la voile; mais quant à elle, elle mourut d’angoisse.

Machim, qui l'aimait singulièrement, construisit au-dessus de sa sépulture un ermitage qu'il mit sous l’invocation debom Je.su; et il écrivit sur une pierre sou nom et le nom de sa compagne , ainsi que la cause qui les avait conduits là , puis il plaça cette pierre comme frontispice, et il commanda plus tard une barque faite d’un tronc d'arbre, et il s'v embarua avec ceux qui étaient demeurés ans l’île, et ils allèrent gagner la cote d’Afrique sans voile ni rames. Les Maures regardèrent cela comme chose miraculeuse ; et en conséquence les présentèrent au seigneur du pays, et celuici pour la même raison les envoya au roi de Castille. » Antonio Galvam ajoute qu’en 1303, et précisément par suite des renseignements qu’avait donnés Macliim, beaucoup d’individus des royaumes de France et de Castille se mirent en mesure de découvrir cette île ainsi que la grande Canarie (1). Tel est en

(l) Voy. Descobrimentos cm diversos aimai. Plus loin, Antonio Galvam affirme que Zarco retrouva l’ermitage et l’inscription; tout ceci est néanmoins assez différent de ce que raconte BowdUh-

Après avoir reproduit longuement cette légende, que nous dépouillons avec quelque regret de sa forme poétique , la savant voyageur ajoute : « Mon premier soin fut de visiter l’église élevée a la mémoire de l’infortuné Machina. Cependant quelques publicistes portugais, espérant sans doute faire preuve d'un plus grand patriotisme en poussant aussi loin que possible leur tiaiue contre les Anglais, ont cru qu’il suffirait d’une simple négation sans preuve et sans raisonnements pour dépouiller ce fait historique de son authenticité : il ne sera donc pas inutile de faire remarquer que le nom de la ville rappelle encore celui de Slachim ; que le mallre-autel de l'église ou se conservent et se montrent les restes de la croix de cedre, est expressément élevé in memoria Machim ; que la dernière partie de l’aventure fait le sujet d’une vieille peinture h l’huile as- ,sez curieuse, placée dans l’hôtel du gouvernement, a Funchal ; enfin, que celte histoire ne se trouve pas seulement dans les anciens auteurs espagnols et portugais, mais quelle a servi de base , chez des écrivains modernes, a des arguments politiques Le seul poète qu’ait produit Madère l’a introduite dans son poème do Zsirgueidn. » Voy. Bowdish , Excursions dans les ( tes de Madere et de Porto-Sanlo, p. 1 16. Au point de vue littéraire, Vasconcellosa très-bien fait de donner quelque intérêt à son poème par

5e Livraison. (Portugal.)

peu de mots cet épisode, qu’a paré du charme de son style Francisco Manuel, dans ses Epanaphoras ; nous allons néanmoins retourneraux récits sincères des vieux écrivains.

SUITE DE L’EXPEDITION DE ZARCO ET DF. TR1STAM VAZ. — CONCESSION DE l'ile FAITE AUX PREMIEHS EXPLO- RATEURS. — Les historiens que nous coin parons en treeux ne sont pas d’accord sur la conduite que tinrent les nouveaux explorateurs après cette première excursion. Selon Azurara, ilsseeontenterent d’annoncer la nouvelle de l’heureuse découverte à l’infant don Ueurique , qui envoya immédiatement dans rîle plusieurs colons et tout ce qui était nécessaire pour le service du culte catholique; mais si l’on en croit l’auteur de l’Insulana, Joam Gonçalvez Zarco partit immédiatement pour le Portugal, et se présenta à l'infant, auquel il donna lui-métne les détails de sa merveilleuse expédition. Celui-ci lui voulut bien reconnaître ou conürma le nom qu’il avait adopté, lui donna les armes que porte encore aujourd’hui la famille da Camara et probablement le servit auprès du roi. D. Duarte lui concéda juridiction entière sur la moitié de l’ile où était située la baie de Funchal; il lui lit même cette donation à perpétuité de Jura , comme on disait alors. D’après la même autorité, Tristatn Vas Teixeira ne fut pas oublié dans les faveurs royales, et la capitainerie de Machico , renfermant le district le plus boisé de l'ile," lui fut concédée aux mêmes titres qu’à son compagnon.

Azurara nous confirme dans ces dispositions; et, tout en nous donnant quelques détails précieux sur les deux

celte touchante légende; mais l’histoire écrite sévèrement ne repose pas uniquement sur une tradition orale, quelque belle qu’elle soit d'ailleurs : or, nous ne connaissons pas un seul écrivain du quinziéme siècle qui raconte les aventures de Machim et d’Anna d’Arfel. Ajoutons que le plus poétique d’eux tous, et en même temps le plus digne de croyance, qu’Azurara en un mot , se tait complètement a ce sujet. (ialvào et Alcoforado appartiennent au seizième et au dix-septième siecle : autant vaut citer rEimnophora ainorosa de Francesco Manoel. Freire. en racontant l'anecdote, et en parlant de la fameuse inscription tracée sur la tombe d’Anna, ajoute judicieusement : « Nous ne pouvons l>as assurer que des gens d’une autorité respectable aient lu l'épitaphe. *

L’UNIVERS

concessionnaires, il fait observer, selon l’esprit du temps, que Tristarn Vaz, bien qu’il fût homme passablement brave, ne pouvait pas secomparersous ce rapport à Zarco , le gentilhomme de vieille noblesse : il s’était cependant distingué dans une raxia sanglante qui avait eu lieu sous Ceuta. Grâce aux deux capitaines, la colonisation de l’ile commença en 1420.

Pendant que ceci avait lieu, D. Henrique s’était décidé à expédier Bartholomeu Perestrello à Porto-Santo, pour en poursuivre la colonisation ; mais le même inconvénient qui l'enavait chassé d’abord subsistait toujours. L'étrange multiplication des lapins s'opposait h ce qu’on établit aucune culture dans Pile. Les troupeaux qu’on y répandit, la gomme précieuse du dragonnier qu’on y recueillait, continuèrent à donner quelque importance à ce rocher, dont on s’était exagéré la valeur.

1NCEXDIK DE E’iLF. DE MADÈllK. — Le plus ancien des historiens qui nous servent ici de guides se tait sur un événement qu'on ne saurait révoquer en doute néanmoins, et dont la tradition a per|iétué le souvenir. Tandis que l’infant I). Heurique, dont la haute prévoyance savait tout deviner, fondait d'immenses projets sur ces forêts vierges , que pouvaient utiliser la marine naissante et les vastes constructions que l’on méditait dans Lisbonne, des mains imprudentes mettaient le feu aux bois magnifiques qui avaient imposé leurs noms à l'île entière. L’incendie s'éleva jusqu'au plus haut des collines; il descendit en tourbillons de llamines jusqu’à ces rivages délicieux où les arbres, commedit l’auteurde la Zargueidu, se miraient dans les eaux. Telle fut l'intensité de l’incendie, que le petit nombre de colons qui habitait alors Madère se vit contraint d'aller chercher un refuge momentané jusque dans les Ilots (t).

La nouvelle de ce désastre, car c’en était un, vint aux oreilles de D. Ilenrique, et il desapprouva hautement

(t) O fait curieux est atteste par un de nos anciens voyageurs, dont U» manuscrit* existent a la Bibliothèque du roi. André Titévet connut un vieux matelot auquel un témoin oculaire avait raconte l'embrasement U« Madère.

l’imprudente détermination qui venait de priver l’tle de sa parure et des ressources que lui eussent fournies ses bois magnifiques; toutefois, il ne tarda pas à deviner les avantages immenses qui pouvaient résulter pour le pays, et de ccttefertilité qu’avait provoquée l’incendie des forêts , et de ce merveilleux climat , dont tous les marins lui vantaient la douceur. Grâce aux relations actives que l’infaut avait établies avec les contrées agricoles et commerçantes de l'Europe . il se procura en Sicile des plants de cannes à sucre, que l’on y cultivait avec succès; il demanda à file' de Chypre et aux terres de Bourgogne

?[uclqties-uns de ces ceps de vigne qui aisaient la richesse principale des deux pays, et il lit transporter sans retard ces végétaux précieux dans file dont il était devenu pour ainsi dire propriétaire pour l’ordre du Christ, en vertu d’une concession royale dont les clauses nous ont été conservées.

Quelques-uns de ces marins se firent promptement cultivateurs , et ils furent bientôt secondés sans doute par diverses émigrations , car vers le milieu du quinzième siècle, file de Madère comptait déjà 150 mnradores , habitants établis à poste fixe, sans compter une population flottante composée de marchands ou de jeunes gens des deux sexes nés dans l’île , qui entreprenaient de fréquents voyages , et sans mentionner non plus les clercs et les moines , dont le nombre n’était pas déterminé , mais qui parait avoir été assez considérable (1). Faisons remarquer aussi,

(I)Unlivre que les historiens consultent trop rarement, I ' Ayiologio Lusilano , de Jorge Cardoso , contient des details précieux sur (a première population monacale de nie de Madère. Il parait qu'aussitôl apres la decouverte de Pile

far let Portugais , un religieux de Tordre des ranseiscains , nomme Fr. Gil, qui venait de Rome, lit naufrage sur les rives voisines de la capitale: il établit sa première résidence a une lieue au couchant de Funchal , et a une portée de fusil de cette caverne des ion/ts marins, qui avait frappé les premiers explorateurs. Il établit son ermitage dans une profonde vallee, au bord d*un ruisseau abondant; mais, après avoir OUttlé pahihlstnent dans ce lieu plusieurs années , le ruisseau devint torrent , et emporta la pauvre cabane. Fr. Gil se traii'porta alors a Funchal , ou il devait y avoir déjà d'autres moines; et , d'accord avec un certain Irere Gaonr . qui était veuu pour rwdilier la hutte de Fermile , it alla offrir a Lisboaue cet auguste asile

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en passant, que l'infant D. Henrique, étant grand maître de l'ordre du Christ, crut devoir sou mettre l'tle entière à cette institution. Tout le spirituel de Madère et de Porto-Santo, uous dit Cornez Kannez de Azurara, fut attaché à l’ordre désigné ici; et il en fut de même plus tard de l’tle de San-Miguel , dont Gonçalo Vellio devint commandeur : c’était l'ordre qui percevait la dtme des sucreries.

DECOUVERTE DES AÇORES. — Ce fut en 1431, onze ansenvirôn après la découverte de l’ilede Madère, que les Açores furent explorées pour la première fois.

Un de ces hommes hardis qui faisaient partie du collège maritime fondé par l’infant D. Henrique, fut encore celui qui acquit au Portugal cet archipel. Gonçalo Vellio - Cabrai (I), commandeur d'Almourol, partit de Sagresjet, naviguant en ligne droite vers le couchant, rencontra deux rochersqu’il désigna sous leuomrfas rormùjas , ou des Fourmis , à cause du bouillonnement continuel des eaux de la merdans l’endroit où ces roches resserraient les flots. Gonçalo s’éloigna de ces écueils périlleux, dont l’un semble figurer de loin un navire à la voile; et pour cette fois il n’eut point connaissance des autres lies. Toutefois , l'année suivante il renouvela la même entreprise, et fut plus heureux. Il aborda a une Ile qu’il désigna sous le nom de Santa- Maria. Ainsi que le fait très-bien observer un écrivain portugais, San-Migucl n’étant pas a plus de douze legoas au nord de cette Ile ; il en coûte à eroire qu'un laps de douze ans ait été nécessaire pour accomplir cette seconde découverte. Il est impossible également d'admettre les traditions fabuleuses qui courent à ce sujet; mais ce qu’il y a

a quelijues-am de wx frère*. On Mtit *lnr< le couvent San-Bernardino, un des plus anciens monuments île i’ilc. — T. 3, p. *37.

*1 ) Je trouve dans un manuscrit portugais qui est en ma possession , et où cet événement est relaté: Gnnç alho Felhn dns Pins. La date de lu découverte est reportée aussi a 1*32. Oonçallio Vellio est qualifie dans ce précieux volume aejldalgo muiln hnnmdov noi-ret gentilhomme tres-honoralde et tres-noble). Comme il ne pouvait se marier, para* qu'il était commandeur, Il renonça aux droits qu’il avait sur les deux capitaineries des Açores en taveur de son propre nev.ru , qui s’appelait Joào Soares de Altwrgnrlas, et cela à l’exclusion de deux autre* neveux. loAo Soares devint le deuxième gouverneur de* Açores.

de certain , c’est que Gonçalo Velho , à son quatrième voyage, donna connaissance officielle de ses nouvelles explorations. Il était alors seigneur donataire de Santa-Maria, qui commençait à sc peupler, et il obtint de l’infant la seigneuriedel’ile qu’il venait de découvrir. Elle fut immédiatement colonisée, et l’on y transporta même des bestiaux; dès lors aussi la destinée des Açores fut liée à celle du Portugal, et dès l’origine les émigrations furent assez nombreuses. Bien que nous nous voyions contraint à interrompre quelque peu l’ordre chronologique que nous nous sommes imposé, nous allons jeter encore un coup d’œil sur la découverte des aulres Iles de l’archipel et même sur les traditious qui s’y rapportent.

suite dksdecouvehtf-sdans l’ar- CHIPEL DES AÇOR.ES. — TKRCI’I KF. ,

pico, flores, corvo. — On était déjà parvenu pour ainsi dire à la moitié du siècle , lorsque la plus importante des Açores fut acquise au Portugal. 1-a daie précise de la decouverte de Terceire est incertaine ; mais ou suppose qu’elle dut avoir lieu entre 1445 et 1450, partie qu’à la première de ces dates San-Miguel était déjà peuplée, et qu’en 1531 un acte officiel de l’infant D. Henrique instituait comme donataire de cette île un gentilhomme flamand nommé Jacome de Bruges, qui était à son service et qui avait épousé une Portugaise, dame de l’infante dona Brites, L’ile était alors inhabitée, et on lui douna le nom de Ter ce ira , parce qu’elle était la troisième dans l’ordre des explorations. Il nous est venu souvent à la pensée que ces nombreuses Iles désertes, visitées suecessi veinent, à une faible distance de l’Europe, durent avoir une influence réellesur les fictions poétiques de cet âge, où tant de romans de chevalerie parlent d'Iles inconnues. Mais tandis que les imaginations poétiques s’égaraient dans mille rêves , des découvertes très- positives n’en continuaient pas moins;el bien qu’il soit impossibled’assigner aujourd' liai une date précise à l’exploration de chacune de ces îles, on vit tour à tour apparaître Pico, Flores et Corvo, dont la colonisation occupa immédiatement la mélropole. Bien que ces terres volcaniques fussent inhabitées, en 4,

L’UNIVERS

affirma alorsqu’il a’en avait pas toujours été ainsi , et qu’à une époque dont on ne pouvait plus établir la date certaine, l’archipel avait été peuplé, ou avait au moins servi d’asile à des navigateurs, qui y avaient laissé des traces monumentales de leur passage.

la statur DES AçonRs. — Lorsque Gonçalo Velho , commandeur d’Almorol , eut découvert l’ile de Corvo , il y trouva, dit*on, une statue équestre placée au sommet d’une roche escarpée , et qui semblait indiquer du geste les grandes découvertes que les Portugais devaient encore accomplir. Selon les plus antiques relations, cette figure symbolique était sculptée dans la roche vive ; elle représentait un homme vêtu d’un manteau , la tête découverte et montant un cheval à cru. Sa main gauche reposait sur la crinière, le bras droit était étendu , la main fermée, à l’exception du doigt indicateur, qui désignait le Nord-Ouest. On prétend en outre que cette statue portait à la partie inférieure de sa base des lettres gravées dans la pierre et formant une inscription dont nul ne put connaître la signification. Mais le geste pariait assez, et il annonçait , à ce que supposèrent du moins les premiers navigateurs, qu’une terre peuplée ou du moins habitable était offerte à leurs efforts persévérants. On prétend même que ce fut en raison de cette ligure au geste mystérieux , que la contrée fut désignée primitivement sous le nom d’Ilha do Marco. Plusieurs auteurs du seizième siècle ont parlé de ce curieux monument; mais par malheur ils ont tous été probablement l’écho d’une tradition qu’il faut ranger parmi ces récits de l’Orient grâce auxquels file de Salomon (1) se trouve peuplée de statues symboliques indiquant toutes par leur attitude quelque région enchantée.

l'infant d. henrique demande

(1) Voy. Damiâode Goes ; GasparFructuoso, liv. VI, cap 4B; Faria y Sou /.a, A sia Porlib gueza; Antonio Cordeiro, Hisioria In su fana ; Ment, (ta Academia dos Scicncias. Damiâo de Goes est le plus explicite de tous ces auteurs. Selon lui, Jean 1 1 1 aurait ordonné qu’on détachât celte statue du roc , et qu’on la transportât en Portugal ; mais l’opération aurait été faite d’une façon si maladroite, qu’on aurait du renoncer à exposer au yeux du public la figure jnuUlée.

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