‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 16 sur 86 · LE PBOMONTOÏBE DE SAGRES. — LE · texte numérisé non relu

LE PBOMONTOÏBE DE SAGRES. — LE

palais de l’infant.— Soitque les terreurs d’un monde fantastique l’obligeassent à retourner vers l’Algarve sans avoir . accompli rien de ce que souhaitait l’infant, soit qu’il eût découvert quelque île inconnue, ou franchi, comme Gil Eannez,le passage redouté, c’était vers le promontoire de Sagres, vers le cap de Saint- Vincent, que le navigateur portugais se tintait de se diriger (*).

Ce cap sacré, comme l’appelaient les anciens , ce point extrême de notre monde, si bien choisi pour aller à la découverte des mondes nouveaux, n’était point solitaire, abandonné, comme il i’est de nos jours. Le grand maître du Christ , qui l’avait choisi pour y faire sa résidence, donnait de la vie à ces plages désertes, et imprimait quelque chose de son ardeur héroïque à ces pauvres matelots qui ne s’occupent plus aujourd’hui que de leurs filets, et qui en ce temps, pour meservirde l’expression d’uu vieux poète, songeaient à les jeter sur le monde. Ce petit couvent solitaire qui s’y éle-

H Le cap Saint-Vincent proprement dit est □ne petite péninsule de soixante brasses de longueur, qui se prolonge au sud-ouest, et tient au continent au moyen d’un isthme de vingt i brasses de longueur, formant deux anses ouvertes au nord-ouest et.'au sud-ouest. Ses rive* sont formées de rochers à pic, qui en certains endroit* ont jusqu'à <Ipux cents piedsde haut. Il y a la, à cette extrémité occidentale de l’Europe, un petit couvent, habité naguère par quelques pauvres religieux de l’ordre des capucins; aujourd’hui le couvent est désert. Les fortifications qui défendent Sagres ont été fondées, selon toute probabilité, par D. Henrique; mais elles ont été réparées en ir>3l, puis ont subi de grandes modifications en 1703. En 1830, sous le ministère du vicomte de Sa da Bandeira, on a élevé à la mémoire de l’infant un monument; il consiste dans une table de marbre de dix palmes et demie de haut sur cinq et demie de large, avec une longue inscription rappelant les glorieux travaux du fils de Jean Ier. On peut voir la description détaillée «te cette pierre l monumentale dans le Panorama de 1K43, p. 14o.

Ne serait-il pas digne du Portugal d’ériger une statue à D. Henrique sur remplacement ou s devait sa studieuse retraite?

vait déjà n'avait point encore été fortifié contre les efforts des Maures ou les attaques des pirates européens; mais il montrait son humble tour à l'extrémité du cap, et servait de refuge aux pèlerins qui venaient honorer le martyr dont le nom est vénéré sur ces plages. Deux lieues plus loin, à Sagres, dont le nom rappelle le promontorium Sacrum des anciens, avait été construit le collège maritime de l’infant, comme quelques auteurs aiment à désigner l'habitation de 1). Uenrique.situéeà trois milles au nord de cette pointe de roche où finit l'Europe. Legrand maître avait choisi ce lieu pour y bâtir son palais (*), sans doute parce que la baie de Sagres, bien différente de la petite anse de Beliche, et des autres baies rocheuses de cette côte tourmentée, permettait une entrée facile aux embarcations qu'il employait. Dans les alentours, dit-on, la terre était fertile et productive; mais, du promontoire de Sagres jusques au cap, le sol était, comine il est encore aujourd'hui, aride, pierreux , battu des vents dans toutes les saisons : on n’y voyait que quelques arbustes nains, quelques plantes de rivage : partout la roche vive frappait les regards.

C'est dans ce lieu que le grand infant venait se livrer à ses méditations ; sans doute c'est dans ce petit ermitage, bâti sur trois pics avancés , et entre lesquels la mer roule ses flots, qu'il venait prier pour ceux qu'il envoyait souder le grand mystère I

Et puis un jour que, de cette humble chapelle peut-être, il promené sou regard sur l'immense étendue des eaux, une caravelle montre au loin sa voile blanche; c’est celle de Gil Eannez. Le cap mystérieux est doublé , la limite est franchie : le désir de l’infant peut aller plus loin encore ; il entrevoit la vérité. C’est pour cette fois qu’on peut dire avec un écrivain plein d'eloquence, que, ne pouvant agrandir le territoire de son pays , il lui a donné l'Océan.

Mais plus d'un historien nous a dit

(") Lepremier lieu habité par l'infant portait le nom «le Terça-nabnl. On a fait observer avec raison que c<* mot était formé par altération de Tercéna naval . Cette dénomination venait du mot vénitien dofCetM , arnenal des grilcrt», lieux où on les construit. Voy. Ira uolrad'Azu* rarn. Le nom de villa do Infante remplaça bientôt le premier.

aussi ce qu'il lui en a coûté de veilles pour arriver à ce but, ce qu’il lui a fallu renouveler d’efforts pour faire passer ainsi dans le domaine de la réalité une théorie confuse, et qui n'était basée que sur des récits mensongers, ou sur les écrits des géographes anciens. L'un nous le montre environné de ses mathématiciens affidés, ou bien de ses géographes pratiques, tels que lacome de Malnorea , qu’il a fait venir à Sagres dès l'année 1438 (*) ; l’autre nous le représente corrigeant les cartes du savant Valseca (**), sur lequel se hase lascience de sonépoque, et l'engageant à supposer les degres du parallèle égaux aux degrés de l'équateur, ce qui altérait sans doute la véritable grandeur et la position relative des terres, mais ce qui réduisait après toutles rumbsa des lignes droites, et par ce moyen les rendait plus aptes à la lin qu'il prétendait obtenir (***). Un troisième nous le fait vuir méditant sans relâche les œuvres de Jean Muller de Kœnisberg ou de Jorge Purhach , et cherchant pour tous ses efforts à réunir les notions éparses d'astronomie positive que pouvait offrir son siècle. Et après tous ces historiens , dont nous ne voulons point multiplier les témoignages, vient un écrivain de cette époque qui a vu D. Henriquc, qui a peut-être partagé ses études, et qui s'écrie : « Com-

(•) Joâo de Barros, décéda l", llv. I", cap. xvr.

(**) Gabriel de Valsera était de Plie deMnyorque. En use, il dressa a Mayorque même une carte maritime, sut laquelle il traça loua les couleurs de la cèle d’Afrique, décrivant minutieusement les caps, les anses, et cnlln tous les points découverts par les Portugais; Il le fit , dil-on, avec une telle exactitude, qu’on peut supposer ou qu’il assista personnellement a ces voyages , ou que du moins il eut sous les yeux la relation intelligente de quelque témoin oculaire. Cette fameuse carte, qui était sur parchemin , et qui avait été dressée sur d’assez grandes dimensions , fut achetée II Florence par II- Antonio Dezpulsgue, chanoine de la cathédrale de Mayorqne. On prétend qu’Amerigu Vespuci en avait fait tirer une copie , qui lui avait coûté 1IW ducats d’or. Ce curieux monument fut examiné au dixhuitième siècle par les ahltés Betineili et Lampillas. Voy. Memoriits de Litteratnra , tome rt, page 218. Voy. également , touchant ce géographe, les Itecnerchrs sur tes pays situés sur la cote occidentale rf ifrique, page 21M.

(-•*5 Voy. lelivre si substantiel et si bien fait inlllulc ISnMio historico sobre a trriyem e pro gresstts das matlirmalira s ns Portugal, por Francisco de Borja GnrctLo Slochter, page 17 .

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7fi

L’UNI VER S

bien de fois lesoleil ne l’a-t-il pas retrouvé à la place qu’il occupait la veillp , détruisant sa santé par l’étude! (*) » Mais il ne faut pas croire que cette âme de feu se consume ainsi en lents efforts uniquement par amour pour les sciences humaines :

avant tout, l’infant est grand maitre de l’ordre du Christ; il a juré, dans l'antique couvent de Thomar, de répandre en tous lieux parmi les infidèles la vraie religion, et les efforts qu'il renouvelle ainsi ne sont que pour l’accroissement de la foi. Voyez les caravelles qui sillonnent l’Océan et qui partent de Lagos :

c’est la croix du Christ qu’elles portent sur leur pavillon , et le symbole de l’ordre réparait encore au centre de ces massifs piliers qu'on plante sur des plages inconnues, etquiattestent le passage de ces hardis chevaliers.

CONTINUATION DBS DÉCOUVERTES AU DELA DU CAP BOJADOU. — Cette première période des explorations portugaises a dans toutes les histoires un tel retentissement, elle joue un rôle d'une telle importance dès qu'il s’agit de constater l’époque où changèrent les relations de l’Europe avec les contrées lointaines, que nous voudrions suivre pas à pas dans son récit Gomcz Kannezd'Azurura. Ce noble historien des premières découvertes laissa , dit-on Jadis,un IJvre des miracles , qui ne nous est pas parvenu (**). On serait tenté de croire qu’après avoir décrit tant d'excursions prodigieuses, tant d’efforts de courage, il s’était accoutumé peu à peu à vivre dans ce monde idéal, ou, pour mieux dire, a reculer dans le monde réel les bornes du possible : hdtons-nous de le dire néanmoins , rien n’est plus simple que ses récits, rien n’est plus complètement

(*) Azurara. qui Pavait connu, insiste sur cette persévérance dans le travail : * Certes il n’y avait pas d'homme en son temps qui eut ow; continuer les Apreté* de sa vie. Oh ! combien de fois le soleil ne I'a-l-ll point trouvé assis au même lieu ou il Pavait laisse le jour d'avant, veillant toute In durée de la nuit sans recevoir aucun repos, environné de gens de diverses nations, non sans tirer profit de chacun d’eux; car ce n’était pas petite Joie pour lui de découvrir un moyen d’être Utile A tous. {Chroniru de Guinée)

f ♦•) Voy. Canloso, Agiologio Litsitatio. Il serait a désirer que ce livre, dont les nouveaux critiques n’ont pas parle, devint l'objet de quelques recherches sérieuses ; ce qu’en rapporte i'agiographe portugais prouve tout i'intérét dont il pourrait être pour l'histoire des nuliquilés nationales.

sincère. On sedemandeen lelisant comment dans l’expédition de ces petites caravelles aventureuses, comment dans le parti pris de quelques hommes déterminés , il y a toute une destinée nouvelle pour lé pays qui les envoie. Mais ces récits sont multiplies, et l’espace nous manque : nous constaterons seulement les faits principaux.

Affonso Gonçalvez Baldaya ouvre la liste de ces navigateurs ; en 1434, l’infant D. iienrique l’envoya, comme on l’a déjà vu, en qualité de capitaine. Baldaya était le copeiro mor de l'infant, ou, si on l’aime mieux, son échanson; et Gil Eannez, qui commandait une barque, devait marcher de concert avec lui, apres avoir doublé le cap Bojador. Ils entrèrent cinquante lieues plus loin, dans une baie qu’ils désignèrent sous le nom A'.Jngra dos Ruyvos , ou baie des Rougets. Les deux navigateurs aperçurent des traces d'hommes et de chameaux sur le sable: mais ce furent les seuls renseignements qu'ils rapportèrent en Portugal.

En 1430, une seconde expédition fut résolue; car l'infant avait fort sensément induit, du rapport de son échanson, qu'une ville ou qu'une bourgade n’était pas éloignée du lieu où l’on s'était arrêté, et qu’en tous cas on pouvait supposer que des caravanes allaient dans ces parages à la recherche de quelque port. Baldava partit de nouveau sur sou barinel.de conserve avec Gil Eannez. « Et, poursuivant leur navigation , ils allèrent soixante lieues au delà de l'endroit où" ils s’étaient arrêtés la première fois , c’est-à-dire à cent vingt lieues du cap. » C’était là que les Portugais devaient apercevoir pour la première fois les habitants de cette contrée, et malheureusement l’entrevue n’eut pas lieu sans effusion de sang. Baldaya avait emmené dans son harinel deux chevaux, alin de pousser quelque reconnaissance jusque dans l’interieur. Deux jeunes fidatyos dont les noms méritent d'ëtre conservés (*) , et qui n’avaient pas plus de dix-sept ans, s’élancèrent d’une façon toute résolue sur les chevaux, et s'eu allèrent a sept lieues de là environ ,

(*) L'un d'eux s'appelait Hevtnr Homem, et lui connu de Ëanner. d'Azurara; l'autre portait le nom de Diogo Lopez d'Almeida.

suivant toujours les rives du fleuve, jusqu’à un endroit où ils se virent tout a coup sur les bras dix-neuf Maures armés de zagayes, et formant un escadron serré; nos deux gentilshommes les attaquèrent, et ce fut par cette lutte, si inégale d’ailleurs, que commença sur une plage abandonnée cette série de combats aventureux, dans lesquels les Portugais devaient suppléer par l’audace au nombre. Ils ne se retirèrent qu’au moment où le soleil allait disparaître; l’un d’eux était légèrement blessé , mais sa blessure n’était pas restée sans vengeance: un guerrier maure avait été atteint^Azurara nous a laissé une peinture assez originale de la surprise que durent éprouver les barbares à la vue de ces jeunes gens armés , les attaquant à l’improviste dans leur désert. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’ils n’osèrent reparaître au lieu où on les avait trouvés , et où on les alla chercher de nouveau. Contraint de se passer d’une telle capture, Baldaya s’en alla tuer des veaux marins le long de la cote; puis , il parvint à un point de la cote où un rocher affectait la forme d’une galère. Ce lieu fut nommé o porto do dallée , et ligure sur les vieilles cartes : nos explorateurs trouvèrent là des filets , et les apportèrent à bord ; fort contrariés sans doute de ne pouvoir remplir le but de l’infant, qui leur avait surtout recommandé de s’emparer d’un naturel pour avoir langue dans le pays (*).

Le chapitre xi d’Azurara commence par ces mots : « Nous ne trouvons rien de notable à raconter touchant les années suivantes ; cependant deux navires se dirigèrent vers ces contrées, eu formant deux expéditions séparées : l’une revint à cause du temps contraire, l’autre alla seulement au ryodo Ouro (**),

(*) L’article consacré par un écrivain distingué à Cornez Eannez de Azurara, dans le Journal des Savants, septembre 1841, dit d’une manière inexacte: Là ils aperçurent des filets tendus par despâcheurs ; il y a dans l’original : Alti sa y romem terra onde acharon redes. Le but principal de Baldaya et de ses compagnons était de s’emparer de 'quelque habitant tic la côte ; et si les filets eussent été tendus. Ils eussent certainement cherché à capturer les pêcheurs.

C”) Faisons remarquer en passant, avec Antonio Galvam , que le Rio do Ouro ne reçut ce nom qu’en 1443.

au fleuve de l’Or, pour recueillir des

fteaux et de l’huile provenant de ces oups marins. Lorsqu’il eut sa charge, il retourna au pays, et en cette même année le noble infant D. Henrique passa à Tanger, raison pour laquelle il n’envoya pas d’autre navire dans ces parages. »

Quatre ans se passèrent en effet sans que ces expéditions fussent renouvelées; mais en 1441 , se voyant libre de ces guerres déplorables où il avait montré un courage si énergique, l’infant D. Henrique songea de nouveau à reculer les bornes de ses découvertes. Il expédia d’abord un jeune marin faisant partie de sa maison, et que l’on nommait Antào Gonçalvez. Il n’était pas encore arrivé à sa destination , que le prince confia un second bâtiment a ÎNuno Tristain, jeune chevalier élevé dans son palais. Antào Gonçalvez était déjà parvenu à se procurer deux captifs, lorsqu’il fut rejoint par Tristam, auquel il était enjoint de se porter au delà de la pointe de la galère. Les deux explorateurs réunirent leurs efforts , et dix autres prisonniers tombèrent, dans un combat sanglant, entre les mains des Portugais ; il y avait même parmi eux un chef qu’on désigna sous le nom d’Andahu,6o/n cavalleiro, dit la chronique. On a remarqué plus d’une fois, dans le cours de cette narration, qu’un grand événement n’avait pas lieu à cette époque sans que • cette noble institution delà chevalerie, si prompte à récompenser les dévouements de toute espèce , ne donnât des preuves éclatantes de sa haute mission. Ce lieu fut nommé o porto de Cavalleiro , parce que le jeune Antào Gonçalvez y fut armé chevalier, des mains* de Nuno Tristam. Cet honneur lui avait été décerné d’une voix unanime par ses compagnons (*). Il retourna en Portugal, mais Tristam poursuivit son voyage, et il ne rentra dans Lisbonne qu’après avoir nommé sur la côte d’Afrique le cap Blanc (**). Là encore il trouva des traces d’hommes, des instruments pro-

(*) « E assifoi este o primeiro Cavalleiro que foi feilo em aqucllaa portes. Azurara Chronica de Guine. v

(*•) O cabo Branco. Ce point git par les 20* 4«' de long, et les 55° de lat. N.

L’UNIVERS

près h la pêche , mais sans pouvoir faire d'antres prisonniers.

L’arrivée de ces deux officiers fut un grand événement à la cour de D. Henrique. Le saint prince , comme l'appelle Azurara, voulut posséder les trésors de l’Église, pour les répandre parmi les hardis capitaines qu’il comptait envoyer désormais dans ces contrées désertes ; en conséquence , il envoya une ambassade vers le pape Martin V, pour lui faire part des merveilleuses découvertes qu'il venait d’accomplir; et ce fut un homme éminent de cette époque, Fernam Lopes d’Azevedo, qui fut chargé de cette mémorable mission. Elle passa sans doute, à cette époque de troubles , à peu près comme inaperçue; néanmoins, dans la bulle que le pape Eugène IV , successeur de Martin, expédia a l’infant, D. Uenrique, il concéda ace prince , grand maître de l’ordre du Christ, non-seulement les terres qu’il avait explorées, mais celles qu’il pourrait découvrir encore depuis le cap Bojador jusqu’aux régions dont les limites n’étaient point connues, et cela au nom de la couronne de Portugal. Nous ne saurionsadinettre ici, avec Barros, que les Indes aient été formellement désignées ; il n’en est rien dit, en tout cas, dans le texte de la bulle citée par Azurara (*).

C’est donc à tort, selon nous, que les historiens répètent ainsi cette formule de 'concession. Plus tard , lorsque Nicolas V expédia une seconde bulle en date du mois de janvier 1150, il accorda des terres depuis le cap Bojador et le cap Non .jusqu’à la Guinée dans toute son étendue (**).

Andàhu, le chef noir dont nous avons fait mention, désirait ardemment revoirson pays; et, selon toute apparence, il avait fait quelque merveilleux récit touchant laquantitéd'orqu’on pourrait obtenir en échange de sa personne. Affonso Conçoive/, fut le premier qui

(*) I/indulRPHrc plénière est, au contraire, spécifiée par In balle pour ceux qui prendront part aux expéditions en Afrique.

<« Toda* as conquistas d* Africa com as U ha s nos mares adjacentes desdè o caho Do jndor e de a te toda a Gutnra. « Cette J>uU»* esl adressée a Alphonse V, a l'infant D. H e urique, et a tous le* roi* leurs successeur*.

partit pour l’Afrique dans l’intention de réaliser ces promesses; et il emmena en sa compagnie un brave chevalier allemand, nommé Balthasar, le premier étranger qui eût pris part a ces voyages, et que le goût pour les aventures eût entraîné dans ces régions.

Il mourait d'envie de voir de belles tempêtes, le digne chevalier, et elles ne fui manquèrent pas, nous dit Azurara ; il pensa même ne retrouver jamais ses riches contrées de la Souabe ou ses belles rives du Rhin. Il débarqua heureusement en Afrique , à l'endroit où les prisonniers étaient tombés entre les mains des Portugais. Andabu, ce prétendu chevalier noir, sur la parole duquel on comptait déjà comme sur la parole d’un chevalier chrétien, fut mis à terre, et l’on eut de terribles appréhensions qu’il n’eût oublié sa promesse. Pendant huit jours on l’attendit sur les bords du fleuve , et l’on passa ce temps à maudire les gens de sa race ; il ne revint pas en personne , il est vrai , mais au bout d'une semaine un Maure parut sur un chameau blanc, et la traite fut réellement organisée. Pour Andahu et son compagnon , Gonçalvez reçut dix individus, tant noirs que négresses. Le premier personnage chargé de cet odieux co mmerce fut un Aifaquis de l’infaut , qu’ Azurara désigne sous le nom de Martin Fernandez. Sur les bords de ce fleuve, où l’on donnait des hommes en échange d’autres hommes, on livra aussi aux Européens un peu de poudre d’or- Le rio do Ouro, qui figure avec tant d’éclat sur les cartes , fut nommé à la suite de cet échange; ou donna aussi à Gonçalvez quelques œufs d’autruche, qui furent servis sur la table de l’infant. Le voyage qui ramena en Portugal nos explorateurs ne fut pas sans doute de longue duree , car le naïf chroniqueur nous raconte que ces beaux œufs d'autruche furent trouvés aussi frais que s’ils venaient d’être pondus dans la basse-cour. Quant au chevalier Balthasar, après avoir mangé sa part d’un mets si précieux, et après avoir reçu mainte autre courtoisie de l’infant, il s'en alla, eu ses contrées du Nord, émerveiller maint château du récit de ses aventures.

Nous courrions risque de tomber

dans une monotonie fatigante , si nous suivions pas à pas le prédécesseur de liarros dans ses minutieuses narrations : il faudrait dire comment NuuoTristam s'en alla en l'île de Géte , et comment il litde nouveaux captifs; comment encore I.ançarote , un autre serviteur de l’infant , se dirigea avec ses navires vers les terres de Guinée, d’oùil ramena environ deux cents noirs; comment Goncalo de Cintra laissa son nom aune baie ou les noirs le tirent prisonnier ( tout cela nous a conduit jusqu'en l’année 1445); et il faudrait en outre mentionner les pérégrinations sans nombre du brave Gil F.annezJEn 144t>, un écuyerd’ Affonso V, (jue Bairos appelle Diniz Fernandez , et qui était né à Lisbonne, s'embarqua pour ces expéditions, mil bien plutôt par le désir de l'honneur que par l'amour du gain, dit la chronique. Il arriva jusqu'au fleuve Sénégal, s’empara de quelques noirs yolofs, et, si l'on s’en rapporte à Galvam, poussa même jusqu'au cap Vert; il arriva bien certainement à ce cap en 1447 , lorS de sa seconde expédition, et il planta sur le rivage cette croix de l'ordre du Christ, qui signalait déjà tant de découvertes.

En cette même année, Nuno Tristam retourna à la côte sur une caravelle; mais ce dernier voyage lui fut fatal, car, après avoir dépassé le cap Vert et s’être avancé au delà du rio Grande jusqu'au 20e deg.,il fut inassaeré parles noirs avec dix-huit Portugais. Quatre ou cinq hommes d’équipage, qui étaient restés à bord, ramenèrent le bâtiment en Portugal. Si l’on s’en rapporte à Antonio Galvam, ce serait vers cette époque que se serait répandu le mythe des sept villes , qui jouent un si grand rôle dans la géographie du moyen âge. Selon cet historien , précieux à plus d’un titre, mais surtout curieux , parce qu’il tient compte de la plupart des traditions négligées parles autres écrivains, un bâtiment portugais , naviguant par le détroit de Gibraltar, aurait été emporté parla tempête vers les régions de l’ouest , et cela contre la volonté de ceux qui le dirigeaient. Une Ile dans laquelle s’élevaient sept cités leur serait enfin apparue; et la première demande qui leur aurait été faite en portugaise caries habitants parlaient cette langue) aurait eu

pour but de s’informer si les Maures occupaient l’Espagne, d’où ces gens s’étaient enfuis au temps du roi D. Rodrigue. Le contre-maître du navire avant rapporté un peu de sable de ces Iles , l’aurait vendu à un orfèvre de Lisbonne, qui serait parvenu à en tirer une bonne quantité d'or. Tel serait, en somme, le récit bien vague , mais assez simple, qu'on aurait fait circuler dans le quinzième siècle, sur la contrée des sept villes (*), en renouvelant peut-être la tradition qui donnait pour tombe une île merveilleuse de l’Océan à saint Brandain (**). C’est parce qu’on chercha longtemps dans ce vague récit une origine à la découverte du nouveau monde, et qu’on prétendittrouver, dans ces îles au sable d’or, les régions où aborda Colomb, que nous n’avons pas cru devoir passer le mythe <T AntUia sous silence. Antonio Galvam est, d’ailleurs, le premier écrivain vraiment sérieux qui en fasse mention; et encore agit-il , dans cette occasion , avec toutes les marques du doute, avec toutes les réticences d’une sage réserve. Vers le milieu du quinzième siècle , ces récits mensongers se mêlaient toujours aux récits réels , et venaient imprimer une activité salutaire aux travaux des navigateurs.

Pour bien comprendre cette grandeépoque, pour en sentir le vrai caractère, il faut rappeler les fables, de même qu’on expose les faits positifs. De toutes ces traditions primitives, tenant toujours quelque peu de la légende, celle à laquelle on a donné le plus d’importance, et qui a persisté même jusqu’à avoir de nos jours une certaine valeur scientifique , c’est sans contredit l'histoire des Maures Maghrourins, sur laquelle le savant M. Macedo prépare, dit-on, un grand travail; mais les re-

(•) Antonio Galvam , Tratado dos Descabri mm tus untirfos e modem os , pa^. 24.

(•*) La légende du saint voyageur remonte au commencement du douzième siècle , H e*t probablement d'origine bretonne, comme l’indique forl bien M. Achille Jubinal , dan» un tra- % ail ex pntft'sso. Il est certain au.<si qu’elle fut répandue de bonne heure chez tous les peuples de l’Kurope méridionale , et que Ut* Portugais ne l'ignoraient pas , pubqu'a Vepoque ou ils cédèrent à la Castille leurs droits sur la conquête des Canaries , ils comprirent dans le nombre Saint-Brendan , la non-trouvé*. Azurara, d’ailleurs, ludique cette région merveilleuse au début de sou livre.

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L’UNIVERS

cherches de ce géographe éminent ont pour but de faire passer dans le domaine des relations imaginaires l'histoire de ces musulmans de Lisbonne, qui, poussant, au onzième siecle, leur navigation au delà des Canaries, prétendirent au retour avoir visité des contrées inconnues, où des cites opulentes leur avaientoffert l'hospitalité. Comme on l'a très-bien fait observer du reste, le nom qu'ils laissèrent a une des rues de Lisbonne, et qui signilie proprement le quartier de ceux qui ont été trompés, prouve le ppu de crédit qui se rattacha dès l'origine à ce vague récit.

LA LÉGENDE DF. LA MER TÉNÉBREU- SE. — Parmi les récits curieux circulant au quinzième siècle; et roulant sur les mystères que cachait l'étendue de l’Ocean , il en est un qui a été fréquemment altéré, et qu'une politique ombrageuse se plaisait a répéter aux étrangers des le temps même où les navires du Portugal sillonnaient les mers de l’Afrique.

Or, cette légende si curieuse fut racontée, au quinzième siècle méme,aun voyageur allemand, qui nous l’a conservée dans sa naïveté primitive ; c’est- la que nous l’irons chercher.

A une époque inconnue , un certain roi de Portugal ordonna de construire trois navires, et de les munir de tout ce qui serait nécessaire pour un voyage plus long qu'aucun de ceux qu'on eût encore entrepris ; la précaution du digne roi ne sc borna point là, et il mit douze scribes à bord de chaque navire, pour lui rendre compte des événements qui auraient eu lieu. Ces chroniqueurs ne pouvaient pas rester sans travail, car les navires du roi de Portugal devaient naviguer durant quatorze ans.

Ils partirent, et au bout de deux ans, comme on le rapporta au frère de la reine de Bohême (*), ils arrivèrent au milieu d'une certaine région ténébreuse ( in fenebras quasdam ) , et après deux semaines de navigation ils abordèrent à une île inconnue. Après avoir Jeté l'ancre, ils débarquèrent; et bientôt ils découvrirent déshabitations souterraines, remplies d'or et d'argent. Nul être humain ne paraissait ; et néanmoins ils

(•) Le baron de Rozmitati* et Blalna, frire de la reine Jeanne de Bohème, épousé du roi Georges II. U commença ses liercgrinations en 140s.

n'osèrent rien emporter de ces trésors.

Sur les terrasses de ces maisons il y avait des jardins et des plantations de vigne; et ici le digne voyageur fait remarquer judicieusement que la même circonstance a lieu en France. Les Portugais restèrent trois heures dans Plie , se consultant entre eux sur ce qu’il était convenable de faire à l'égard de ces richesses immenses , qui n'avaient pas demailresapparents. Ils hésitèrent longtemps à se retirer comme ils étaient venus ; enfin une crainte salutaire l’emporta.- Bien leur en prit sans doute; car ils ne se furent pas plutôt remis en nier, que l’Océan commença à rouler devant eux ses Ilots comme des montagnes immenses, et a les lancer jusqu’aux cieux.

Une grande terreur s’empara de nos voyageurs , quelque discrets qu’ils se fussent montrés. Or les trois navires ayant mis en panne, on tint conseil : Nous avons, dirent-ils, devant nous une preuve manifeste de la puissance divine: que faut-il faire? Nous jetterons-nous au milieu dece bouillonnement des Ilots , ou nous éloigneronsnous? Quel sera notre retour direntquelques-uns d'entre eux. Quel miracle rapporterons-nous à notre souverain , qui nous a envoyés en exploration? Jetonsnous plutôt au milieu de ce frémissement des ondes. Il fut décidé, en conséquence, que deux navires tenteraient l'aventure, et que le troisième bâtiment les attendrait. Si les voyageurs n’étaient pas revenus au bout de quatre ou cinq jours, leur trépas était certain ; et le navire qui se tenait dans l’attente devait abandonner ces parages et retourner en Portugal. Non-seulement on les attendit cinq jours, mais ou en laissa écouler plus de onze avec, sans prendre une décision definitive. Vaincus par la terreur, il fallut quitter ces parages et retourner à Lisbonne. Lorsqu'ils furent entrés dans le port, les gens de la ville s'en vinrent à leur rencontre, les interrogeant sur le pays d’où ils étaient originaires : ils avaient beau repondre qu’ils étaient les gens que le roi avait envoyés pour explorer les miracles de la mer, on ne les reconnaissait point. Enfin, certains grands personnages leur répondirent :

Nous étions présents lorsque le roi expédia ces navires; mais il n’a pas

envoyé des gens de votre sorte, et avant votre aspect. Vous avez des cheveux blancs; eux, au contraire, étaient dans la fleur de la jeunesse.

Or, c'était certainement un grand miracle de Dieu; car, bien qu’ils eussent nombre de parents dans la ville et dans les alentours, nul ne voulait les reconnaître; et, de fait, ils étaient blancs comme les arbres, chargés des frimas de l’hiver. Le roi régnant de Portugal n’était pas moins embarrassé que scs sujets; les rapports de ces hommes avaient tous les caractères de la vérité , mais il craignait que ce ne fussent des pirates souillés du sang de scs sujets, et il demandait avant tout les journaux de ses trente-six scribes, et il répétait, avec une certitude de jugement bien précieuse sans doute en de telles circonstances : « Puisque nous avons envoyé trente-six écrivains divisés entre les trois navires, il ne nous en revient pas moins de douze. » Le digne roi fit venir en sa présence les pauvres diables , que personne ne voulait reconnaître; et, à défaut du rapport des historiographes, il fallut bien se contenter de leur récit. Nous abrégerons, et pour cause. Au bout de cinq mois d’une navigation facile, ilsavaient fait six mille lieues; il leur avait fallu dix-huit mois pour parvenir à la mer Ténébreuse. L’île qu'ils avaient abordée pouvait avoir trois milles de long sur une largeur proportionnée. Le reste de la relation , qui fut adressée au roi de Portugal , est connue du lecteur. Le rédacteur des voyages de Uosmithal affirme seulement que cette narration des aventureux navigateurs fut recueillie par ordre du prince (*).

Voilà d’une manière succincte quelle était à peu près la nature des récits qu’on faisait circuler alors en Europe, les contes étranges dout se berçaient les meilleurs esprits. Il nous eût été facile de les multiplier sans doute; mais, bien que nous abordions volontiers ces sortes

(*) Les voyages du baron bohème How de Ro/. mi taie et Baloa ont élé réimprimés a Brunu en I h A4. Voyez ce que dit a ce sujet M. Temnux. Mais le livre origiua! doit être mis au nombre des plus «ramies raretés bibliographiques du quinzième siècle. i..t traduction latine de cette relation, qui a été publiée au quinzième siècle, est elle même fort rare. Il en existe un exemplaire à la bibliothèque Sainte-( Geneviève.

6* Livraison. (Portugal.)

de curiosités historiques , surtout lorsqu’elles sont peu connues, nous ne saurions oublier que nous sommes parvenus à une période où de grands faits politiques , trop souvent passés sous silence, réclament notre attention, et nous ramènent nécessairement en Europe. Nous rappellerons seulement u’après la mort de I). Duarte, les écouvertcs le long de la côte d’Afrique , loin de subir une interruption , furent continuées avec un zèle qui atteste toute la persévérance de D. Henrique.

Non-seulement il savait admirablement choisir les étrangers qu’il employait, dans l’intention de multiplier ses observations ; mais , pour donner une idée du courage que déployaient quelquesuns de ses serviteurs dans les missions diverses dont on les chargeait, il suffira de rappeler qu’il y avait tel d’entre eux qui n’hésitait pas à s’enfoncer dans les solitudes affreuses de l’intétérieur, pour y étudier les mœurs des peuples qu’on voulait soumettre : tel fut ce Joam Fernandez que Gomez Eannez de Azurara avait connu, et qui durant sept mois resta seul dans les terres désolées que baigne ie rio do Ouro , pour entrer en communication avec les tribus errantes, dont il espérait obtenir des renseignements. Car il ressort, de la lecture d’Azurara, que dès 1 445 l’infant désirait avoir connaissance des Indes et des terres du prêtre Jean. Joam Fernandez savait l’arabe, qu’il était allé apprendre dans les États barbaresques, et il courait moins de danger que tout autre ; mais si l’on veut bien se rappeler les étranges récits uni circulaient alors, son courage frappera nécessairement ( * ). Il s’en faut bien que les excursions des serviteurs de l'infant eussent un caractère si pacifique : bientôt chaque voyage entrepris, surtout par les marins 'du pays d’AIgarve, cul pour but de se procurer

(•) Dans la Chronique de Guinée, lorsque Lanearote , s’adressant aux marins qui l’environnent , demande si quelqu’un d’entre eux veut le suivre, Alvaro de Freitas s’écrie. « Je ne suis pas homme à m’éloigner de telle compagnie: allons donc ou vous voudrez, et, si vous le désirez, Jusqu’au paradis terrestre! » Environ cinquante ans plus tard Christophe Colomb crovail encore que les eaux de l’Oréooque pouvaient le conduire au séjour immortel.

L'UNIVERS

des esclaves, qu’on venait vendre ensuite à Lagos (*). Ce trafic était quelquefois considérable; la cinquième uartie en revenait au grand maître de l’ordre du Christ. La plume éloquente de Gomez Eannez de Azurara nous a conservé le récit d’une de ces ventes d’esclaves qui eurentlieu dès lequinziéme siècle à Lagos: et si le vieil écrivain , saisi d'une indignation sainte, flétrit déjà cet odieux commerce, il trouve pour l’excuser des raisons puisées dans le sentiment religieux ae l’époque.

Qu’ilsappartinssent ala race des Maures ou à celle des noirs , ces esclaves étaient immédiatement convertis au christianisme, et passaient comme tels dans la population agricole. Les voyages destines a faire des captifs se multiplièrent sans doute durant la première moitié du quinzième siècle; cependant on lesasin-

(*) La ville où séparèrent les premières transactions commerciales de l’infant D. Uenrique avec les pays nouvellement découverts , L.u- > - , la capitale des AJgarves, est une cilé située par les 37“ 71' 7" de latitude. Elle est bAtie sur la côte occidentale de la baie célébré qui porte ce nom , et a été construite sur trois collines s’élevant sur la rive droite fin petit fleuve, ou, si on l'aime mieux, du bras de mer qui baigne ses antiques murailles. On ignore l'époque positive de la fondation de Lagos; mais ii ressort positivement, d’une lettre d'Alphonse IV, qu'en 1332 les murs de celte ville n’étaient pas entièrement achevés. Bien qu’A la marée haute sa baie ne puisse admettre que de petite» embarcations du port de 750 quintaux eimron, il parait certain nue dès le quinzième siècle les Vénitiens se. rendaient dans ce port avec leurs galères, et, en échange de leurs marchandises précieuse», s’emparaient «les produits de la pèche, prodigieusement abondante vers ces parages. On a la preuve aussi qu’ils emportaient une partie de* moissons abondant**» nue fournissait ce territoire fertile. Quoique, d'après le recensement de 1837 , la population ne s’élève pas a plus de 8,277 habitants, A cette époque de prospérité elle était certainement beaucoup plus considérable. Ce serait s’imposer une tache longue et difficile A la fols nue de raconter tous les désastre» que cette ville eut h subir durant le tremblement de terre de 175». Pour en donner en quelques mots une légère idée , nous dirons que la mer s'éleva A la hauteur des murailles , c'est-à-dire A cinq brasses ; et qu'après avoir emporté une partie des fortifications, elle «'étendit a une demi-lieue dans les terres , en faisant des ravages épouvantables. La cité de Lagos, qui Recomposait alors de neuf cents feux, fut longtemps a se remettre d’un tel désastre. Klle est aujourd’hui dans un état assez florissant , et 4uo marins y entretiennent la prospérité de ses pêcheries; mais U serait à souhaiter que le bel aqueduc qui l'approvisionne d’eau fut réparé d’une manière convenable. ( O Panorama , UJ, ou l" partie de la 42* série , p. )

gulièrement exagérés dans ces derniers temps, puisqu’il parait certain qu'à partir des premières explorations Jusqu’en l’année 1446, le chiffre total des caravelles employées à ces sortes de voyages ne s’éleva pas au-dessus de cinquante-une. C’est donc par erreur qu’un article du Journal des Savants nous représente le Portugal faisant armer des flottes de cinquante et une caravelles, pour continuer les découvertes de l’infant l). Henrique vers ces parages : ces expéditions gigantesques ne se réalisèrent qu’un siècle plus tard (*).

RÉCENCE DE L'iNFANT D. PEDRO,

surnommé d’alfarrobeiba. — Lorsqu’il arrive à l’époque où le Portugal se vit tout à coup privé d’un roi dont il avait conçu de si justes espérances, un vieil historien, qui entreprend de faire connaître les événements du quinzième siècle (** ), commence par nommer le régent don Pedro, second fils de Joam I,r; et telles sont les expressions dont il fait usage , tel est son enthousiasme réfléchi pour le grand caractère qu’il va peindre, que l’on croirait à quelque exagération, si l’amour de la vérité ne l’emportait évidemment ici sur la prudence, puisque le grand homme trouva des persécuteurs jusqu’apres sa mort, et que ceux qui croyaient avoir effacé les traces d’une administration comme il n’y en eut certainement jamais dans la péninsule,

(’)Voy. l'article consacré à la chronique <le Colliez Vannez de Azurara, année OU l . L’auteur s’exprime ainsi i - Des sociétés commerciales se formèrent, sous la protection des caravelles de l’ordre du Christ, pour l'exploitation de res parages, d’oti l'on était sdrde rapporter de la pondre d’or, des peaux de toups marins, des dent» d'éléphant, des leufs d’autruche, et malheureusement aussi des nègres, la plus déplorable et la plus lucrative des denrées fournies par ta cote d’Afrique. Aussi bientôt, au lieu de la petite barque de Cil t aimez, vit-on voguer vers ces contrées des flottes de six , de quatorze et même de cinquante et une caravettes. % F. 7P>.

(") Voyez le manuscrit portugais de la Bibliothèque royale coté 10.ÏS3, in-f”. L'auteur, probablement ecclésiastique, qui a donné en portugais celle xersinn de la chronique générale faussement attribuée à Alphonse le Sage , n'a pu résister au désir de raronter certains événements arrivés au quinziéme siècle, et dont il avait pu être contemporain , pour peu que son Age fût avancé. Nous puisons donc Ici A uuc source ignorée de tous les historiens.

mirent autant d’efforts à poursuivre la mémoire du juste, qu'ils en avaient employé à lui arracher le pouvoir. Écoutons donc sans défiance ce vieil historien, qui sut démêler la vérité parmi tant de voix confuses :

« Cet infant fut pourvu de vertus nombreuses, et cela à tel degré, que, pour ainsi dire, il paraissait un homme divin(*).Tempérance, grandeur, constance, magnanimité, égalité de coeur, ileut tout cela plus que les autres hommes : aussi les bons l’aimaient-ils , comme les méchants le redoutaient. » Nous allons voir bientôt à qui devait rester la victoire.

Aussitôt aprèsla mortde don Duarte, Affonso V, encore enfant, fut reconnu pour roi de Portugal ; puis la régence fut proclamée. Le pouvoir se trouva divisé ainsi : la reine Lianor resta chargée de l’administration et de la tutelle; l’infant don Pedro reçut le titre de défenseur du royaume ;e t le comte d’Arrayolos, fils de ce comte de Barcellos qu’on vit jouer un rôle si funeste dans ! histoire de la régence, demeura chargé de tout cequi regardait l’administration de la justice. Les choses ainsi disposées, tout semblait au premier abord devoir prendre une heureuse direction, et tout le monde croyait que ces dispositions conciliantes devaient ramener les beaux temps de Joam 1". Il n'en fut rien ; les passions ambitieuses vinrent encore déjouer cette fois ce que les hommes paraissaient avoir si sagement calculé.

Il s’en fallait bien que la reine Lianor partageât, à l’égard de don Pedro, les sentiments de tendresse passionnée qupdon Duarte témoignait sans cesse à ce frère chéri; elle le détestait au contraire, et dès le début de la régence elle manifesta hautement son aversion. Le jeune roi ne comptait alors que six ans : on lui avait donné pour gouverneur ce digne Gonçalvez de Attarne, premier comte de Atouguia, qui était toutentiersansdoute à la dévotion de l’infant, dont il avait

(•) Asty que parecitn homern divynal! Cest pour la première fois que Je rencontre retle expression dans un chroniqueur ; et, disons-le, elle se rapporte complètement aux paroles attendrissantes que laisse échapper le roi I). Duarle, lorsqu’il parle de son frère absent. Voyez te Lcal Cunselheiro. publié en 1813 par M. Roquete.

été le compagnon. Que pouvait être, aux yeux de lu reine Lianor, une tutelle ' ui ne lui laissait espérer ni pouvoir ans l’administration ni influence sur son fils? IJne déplorable lutte s'engagea. D’ailleurs, il faut le dire ici, bien que ce fait soit généralement omis par les historiens, une haine plus active encore, plus persévérante , grondait au-dessus delà tête du régent, et c’était celle d’un frère. Le duc de Bragance, don Affonso, détestait don Pedro avec plus d’animosité peut-être que la reine Lianor.

Si quelque jour on publie cette belle chronique d’Alvoro Lopes, qui est encore manuscrite dans les cartons de l’Académie, on apprendra du secrétaire d’Affonso mille choses curieuses sur cette première période d’un règne orageux ; et l’on saura surtout que la haine qui divisait les deux frères n’eut pas originairement d’autre cause qu'une vieille rivalité. En 1 43Î, après la mort de N’uno Alvares Pereira, la counétablie de Portugal vint à vaquer. Le fils illégitime de Joam P',don Affonso, vitsans doute dans cette dignité un moyen d’elfacer la tache qui lui était imprimée par sa naissance : il la réclama, et mit tout en usage pour réussir; mais il trouva sur son chemin l’infant don Pedro, qui prétendait à ce poste éminent, et dès lors commença entre les deux princes une inimitié que la mort seule devait finir.

Il serait trop long d’exposer ici tout ce que le frère bien-aiiné de don Duarte eut à souffrir de ces haines cachées d’abord, et des prétentions qu’elles inspiraient. Les conseillers ue la reine Lianor finirent par persuader à cette princessequ’il fallait s'adresser à sesfrères les célébrés infants d’Aragon, pour obtenir à la fois une vengeance ardemment souhaitée, et un pouvoir qui s'éloignait chaque jour davantage. Cette démarche eut les plus déplorables résultats pour la reine et pour le royaume. Non-seulement les infants tirèrent d’é-t normes profits pécuniaires de cette intrigue politique, puisqu'un vieil écrivain pretend que leur fortune en fut doublée; mais la reine, chargée de la haine publique , fut contrainte de se retirer en Castille , où elle sc vit bientôt assaillie par la plus cruelle nécessité. Elle avait fait cette démarche inconsi-

L’UNTVKRS.

dérée contre l'avis de tous ses beauxfrères, et elle en paya chèrement l'imprudence : non-seulement elle vécut en Espagne dans un état voisin de la misère, puisque le comte don Fernando de Menezes se vit dans la nécessité de lui envoyer une somme considérable pour subvenir à ses besoins , mais elle ne poussa pas bien loin sa carrière. Elle mourut à Tolède le 19 février 1445, complètement abandonnée de son parti ; et le connétable Alvaro de Luua. ennemi personnel de sa maison , fut véhémentement soupçonné de l’avoir fait empoisonner (*). Il y eut encore, on le verra bientôt, des soupçons plus odieux au sujet de cette mort déplorable.

Tout ceci n’avait pas lieu sans de grands troubles intérieurs; et telle était l'aversion que cette reine infortunée avait inspirée, qu’on vit le peuple chasser l’arcbevéquede Lisbonne don Pedro de Noronha, parce que ce prélat passait pour être sa créature. Après bien des prises d'armes, aprèsdes luttes partielles trop multipliées pour les consigner ici, il fut décide enlin , dans une junte qui setait rassemblée à ce sujet, que le pouvoir appartiendrait tout entier à don Pedro jusqu'à la majorité du roi.

Cette mémorable régence dura environ dix ans ; et l’on peut dire, sans crainte d’être taxé d’exagération, que cette période de l'histoire du Portugal est à la fois une des plus fécondes en résultats et unedes plus difficiles àétudier. L’homme qui s’était nourri de la lecture de l’antiuité , l’esprit curieux qui était allé étuier sur les lieux mêmes les institutions des peuples modernes.ee prince, en un mot, qui comprenait si bien les besoins de son siècle et les grjndes choses des siècles passés, pourvut à tout et sut tout maintenir. Le code ébauché sous don Duarte fut révisé par ses soins , et prit dès lors une influence qu’il n’a point perdue. Grâce à l’énergie des mesures de l’infant, certains ordres militaires sortirent de la dépendance où les retenaient les grandes maîtrises d'Espagne, dont ils relevaient. Ce fut encore par suite de ses instances que le pape Eugène affranchit Valença dans la province de

Il craignait, dit Pedro de Mari/ , qu’elle ne livrAt a von frère . l'infant D. Henrique, la cité ou elle vVtail retirée

Minho, et Olivença dans l’Alem-Tejodex droits qu’elles devaient aux évêchés de Tuy et de Badujoz. Enfin , s'il laissait à son frère la gloire d’accomplir les grandes découvertes qui l’ont rendu immortel , don Pedro savait deviner leur influence et même préparer leurs résultats.

Examinés du point de vue où nous nous trouvons, ces faits peuvent paraître à bien des gens comme étant d’une médiocre importance; les peuples ne s’y méprirent pas alors, elle témoignage naïf d'un vieil écrivain portugais nous le prouvera mieux que des dissertations étudiées. Ce récit, quelque peu rude dans sa forme , nous fera comprendre aussi quelles pensées douloureuses, quelles incertitudes pleines d’angoisse vinrent assaillir la grande âme du Gis de Joam 1", lorsqu’il eut bien compris tout ce qu’allait lui coûter ('accomplissement de sa devise chevaleresque.

« Or, la perfection et la prudence avec lesquelles l’infant don Pedro gouverna le royaume furent chose si notable, que les citoyens, ne trouvant pas de plus grand hommage à rendre à ses mérites , si ce n’est de lui élever par décret public des statues dans les lieux les plus évidents, voulurent enfin mettreen œuvre leurdcsir. En faisant cela, ils croyaient certainement aller plus loin que n'étaient mon- ’ tés les désirs de l’infant ; mais son honnêteté de cœur fut si remarquable,

Îue lorsque les habitants de la cité de .isbonue lui demandèrent licence d’accomplir ce qu’Hs voulaient faire, il leur répondit, d'un air plein de mélancolie et de tristesse, ces propres paroles: « Amis, si mon image était sculptée où vous ledites , il viendrait des jours où, en récompense des biens que je vous ai faits, etd’autres encore qu’avec l’aide de Dieu je prétends vous faire, il viendrait des jours où vos fils la renverseraient, et avec des pierres lui briseraient les yeux. Que Dieu donc me soit eu bonne aide!

car après tout je n’attends de vous que ce que je viens de dire, voire quelque chose de pis (*). » Or les citoyens furent

(*) Il y * dans les œuvres poétiques du noble lofant quelques vers sur ['inconstance de lt faveur populaire, qui sont à merveille au prince qui lii une telle réponse. Voye* le CoacûiHein de (tarda de Resende., p. 73.

alors aussi émerveillés de ces paroles, qu’ils reconnurent plus tard leur vérité, ht l'on peut induire de tout cela qu’il avait quelque révélation de sa mort violente : car un jour, étant à Coïmbre, au temps où il régissait le royaume, et comme il passait par la porte du pont où se trouvaient sculptées les armes de la ville, ainsi que vous l’avez déjà ouï de moi-même (*), l’infant don Henrique, regardant lesdites armoiries, lui dit, d’un visage souriant : « Monsieur mon frère, cette figure peut fort bien nous être comparée; car, d’un côté, vous portez soutien au lion, qui signifie l’Espagne, et, de l’autre, au Portugal, qui est représenté par le serpent sur notre écusson.

— C’est la vérité, répliqua l’infant don Pedro; mais voyez la femme; elle est audessus d’un calice, qui est l’emblème du sang! De mes travaux, de mes services, de mes bienfaits, voilà ce qui sera la récompense. »

Les vraies douleurs du régent commencèrent avec la majorité du roi ; et cependant lorsque Affonso eut. atteint l’âge de quatorze ans, un lien de plus sembla devoirresserrer encore les liens qui existaient naturellement entre celui qui allait gouverner et celui qui avait si sagement administré l’État. La fille de don Pedro, conformément aux désirs de don Duarte, épousa le jeune monarque le 6 mai 1448 (**). Doua Isabcl, quoique un peu plus âgée que son mari , avait assez de grâce et de beauté pour exercer quelque influence sur son époux, qui ! aimait sincèrement; elle n’eut pas assez d’énergie, ou, si on l’aime mieux, de pouvoir réel, pour apaiser de vieilles inimitiés qui ne s étaient jamais complètement éteintes, et qui rêvaient la vengeance depuis tant d’années.

Dès 1446, le sceptre avait été remis solennellement, durant les cortès, à Affonso V; et il existe, dans les Preuves de l’histoire généalogique , une lettre où le jeune souverain témoigne hautement à

(’) Vov. Dinlogo de varia historin, p. (06. Pedro oc Mari/, dorme fort longuement la légende traditionnelle qui se rattachait aux armoiries de la ville de Coïmbre, don! il était lui-même originaire. Le blason de la cité représentait une femme tenant un calice; et c’est ce qui explique les paroles du régent.

(**) Ou, selon un écrivain accrédité, dès Tannée précédente, en U47.

son beau-père la reconnaissance qu’il éprouve pour les actes de son administration, en l’engageant à conserver les rênes de l’État, qu’il tenait d’une main si ferme. Ces sages dispositions ne furent pas malheureusement de longue durée : l’année suivante , le roi , poussé à cet acte par des conseils perfides, retira le pouvoir des mains du régent, et lui écrivit officiellement pour lui déclarer qu’il pouvait se considérer désormais comme dégagé de tout soin et de toute part active dans les affaires du gouvernement. L’infant don Pedro se réfugia alors dans ses terres, et il attendit, avec trop de résignation peut-élre, l’heure où il faudrait vider le sanglant calice.

Unedouloureuse préoccupation s’empare de l’esprit, lorsqu’on lit attentivement les chroniques qui reproduisent l’histoire de ces temps funestes, et l’on est frappé à la fois et de l’activité incessante des ennemis de don Pedro, et de l’apathie des hommes éminents qui pouvaient prendre sa défense d’une manière si efficace. Ainsi, tandis que le duc de Bragance va le braver jusque dans ses possessions, et, lui demandant le passage sur ses terres, le force à faire acte de suzeraineté, puis le contraint pour son propre honneur, à un refus dont toutefois il excepte le frère, de l’autre on voit l’infant don Henrique, celui qui a reçu devant Coimbre la confidence prophétique, n’abandonnant pas ses études, ne mettant pas de côté les affaires de la maîtrise, n’oubliant pas un seiil de ses navires explorateurs, pour venir au secours de la victime. Mais je me trompe : au milieu de ces hommes que l’amour passionné de la science rend égoïstes , ou que la soif des honneurs rend ingrats, don Pedro a un ami, et celuilà saura mourir pour accomplir un sermeni; c’est le noble Almada, qui tient de la munificence des rois de France une riche comté de la Normandie , et ui est inscrit sur la liste des chevaliers e la Jarretière, tout à côté du régent.

DON ALVARO VAZ D’ ALMADA , COMTE

d’avranciies (*). U y a en effet, du-

{*) L’histoire d’Alvaro Vaz d’Almada est généralement peu connue hors du Portugal ; èt en Portugal même la biographie de ce graïul homme est environnée de details contradic-

L’UNIVERS

rant cette période si dramatique, un des plus nobles chevaliers de la cour de Portugal, qui porte un nom français, et que les Français ignorent. C’est ce don Alvaro Vaz d'Almada, qui eut une amitié si sainte pour don Pedro, que la mort seule put la briser. Alvaro était né, selon toutes les probabilités, à peu près vers l'époque où Joam I" avait eu

foires Nous croyons donc rendre service aux historiens qui Voccu|>eront du quinzième siècle , en leur signalant le manuscrit de la bibliothèque du Hui, sous le n* 10,247, S. G. Dans ce livre de » lignage s de Portugal, qui nappartenu a Dami&o deGoes, on trouvera les documrnls les plus curieux touchant ce fameux comte a Svrancheft et son origine : il sera bon toutefois de soumettre certains faits a nne crtUque sérieuse, car plusieurs d'entre eux ont évidemment besoin de quelque reeUlicallon. Tavarcz fait remonter les chevaliers de cette race au grand Janeanrz d'Almada , qui occupa les offices les plus Importants sous I). Pedro, puis sous son lils, et auquel on dut les fortifications dont ce dernier monarque entoura Lisbonne. Ce personnage vécut cent neuf ans, et fut envoya deux fois en ambassade. « C'était un homme fort honorable, dit la chronique, et accoutumé à porter de si riches vêlements, que lorsqu'on voulait louer quelqu'un d’être bien vêtu , on lui disait: Vous ressemblez au grand Janeanez. » Alvaro Vas d'AIinada, dont il est Ici question, et qui avait été créé tour à tour chevalier de l’ordre de la Jarretière et comto d'Avranches par les rois d’Angleterre et de France, avait Joué également un rôle auprès de l’empereur Sigismnnd durant les guerres contre les Turcs ; il est même probable que ce fut a cette époque qu'il se lia d'une élrolte amitié avec f). Pedro d'Alfarrobeisa. La chronique rappelle, entre autres choses, la haute fav eur dont il Jouissait auprès de D. Duarte : « Il se montra principalement courageux chevalier durant le siège de Tanger , où demeura prisonnier l’infant D. Fernando, qui mourut a Fez : si bien

Bue lorsqu’il revint au royaume , le bon roi i. Eduarte sortit, pour le recevoir en personne a pied, hors de Lamide.ou il était. Il lui lit faveurs et merdes telles, que Jusqu’à cette époque on n’en avait point fait de semblables n personne. O fut de lui que le roi Alphonse de Naples et son frère l’Infant D. Henri d’Aragon dlsalrntqu’llsavaienl trouvé en Portugal Ixm pain et non capitaine. » Par une incroyable fatalité, ce grand homme qui est révéla d’une dignité française, et qui prit nécessairement part aux guerres du quinzième siècle, est complètement inconnu a nos historiens Ce qu'il y a de bien certain , c'est que le comté d’Avranches passa à son lils JoAo d'Almada , dont le Livre des lignages de Portugal raconte des faits prodigieux , et qui se signala n la prise de Grenade. Il est bon de remarquer que Louis XI reconnut officiellement la donation du comté, qui avait été faite avant lui. et qu'une redevance pécuniaire fut même accordée au titulaire. Tavarez aflirme qui |a donation venait des rois de France ; mais il faut se rappeler ici les prétentions du rai d'Angleterre.

ses premiers fils. On l’a mis au nombre dès douze oui combattirent en Angleterre pour l'honneur d'une dame outragée : mais, pour admettre aujourd’hui ce fait célébré jadis par Camoens, il faudrait sans doute d’autres données historiques que celles qui suffisaient au poète. Un fait plus positif, c'est qu’à l’imitation de l'infant don Pedro, qu’il avait aimé dès ses plus jeunes années , ou l'avait vu s’illustrer dans plusieurs cours de l'Europe: il avait visité tour à tour l’Angleterre, la France, l’Allemagne. En France, on l’avait nommé comte d’Avranches; en Angleterre, il était devenu chevalier de l'ordre de la Jarretière; et c’était une fraternité de plus, si l’on peut se servir de cette expression, qu'il avait avec l 'infant. Plus lard, lorsque le peuple s’était déclaré pour la régence du duc deCoimbre, il avait reçu de don Pedro le titre de porteétendard, et, après avoir gouverné la citadelle de Lisbonne , était passé eu Afrique, où l’appelait le service du roi.

Non-seulement Alvaro aimait avec une sorte de passion l’infant, mais il était l'ennemi déclaré du comte de Ourem, qui partageait l’inimitié de son père pour le régent. Lorsqu’il sut quel était le caractère que prenait la querelle de don Pedro avec son frère , il accourut de Ceuta pour le défendre: ce fut alors que ceux de ses ennemis qui approchaient le roi firent leurs efforts pour le faire chasser du royaume; ils ne purent y réussir. Et un jour, dit une vieille chronique, comme on lui peignait sous un triste aspect la situation du régent, en mémetemps qu'on luiexprimait le mécontentement du monarque, sans doute pour l’engager à fuir, il prononça ces paroles mémorables : « Mes ainis pourront bien me venir visiter dans une sépulture, mais jamais dans une prison. « Il était résolu dès lors au grand sacrifice qu’il accomplit.

L’homme qui disait de telles choses devait avoir une puissante éloquence :

on craignit son influence, et on l'éloigna de nouveau du lieu où résidait la cour. Ce fut, dit-on, de Cintra que le jeune roi commença à persécuter ouvertement l’infant don l’edro, et qu’il lui écrivit, à l’instigation de ses ennemis, des lettres dont ce noble cœur fut navré. Une

correspondance remarquable s’établit alors entre les divers membres de cette famille illustreet don Pedro, qui se défendit pour ainsi direjusqu’au dernier jour. L’une des piècesde cette correspondance ignorée même de l’auteur des Preuves généalogiques , montre à quel degré en était venue l’animosité contre l'infant.

C’est à la fois un monument politique et littéraire, que nous sommes heureux de pouvoir offrir au lecteur pour la première fois.

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