‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 17 sur 86 · LA LETTRE DE L'I NEANT DON PEDBO · texte numérisé non relu

LA LETTRE DE L'I NEANT DON PEDBO

ad comte d’ahravolos(*). Dans cette admirable lettre que don Pedro adresse au (ils de son plus cruel ennemi, à ce digne comte d’Arrayolos , pour lequel il garde une estime particulière, on le voit récapituler avec une noblesse pleine de simplicité, mais aussi avec un sentiment d’amertume facile à comprendre, toutes les allégations mensongères qui bientôt amèneront sa mort. Cette lettre, en effet, est écrite à Coïmbre le 30 décembre t 148 ; et le 20 mai de l’année suivante la victime d’une intrigue odieuse a succombé. Je le répète, c’est dans cet exposé sincère d’une vie qui fut toujours irréprochable, qu’on peut lire les calomnies dont ce noble prince fut abreuvé iusqu’à ses derniers jours. Lui, dont le roi don Duarte ne parle jamais sans attendrissement, et qu’il appelle, entre tous, son frère bien-aimé; lui, que les princes de l’Europe se sont plu a désigner sous le nom du chevalier loyal , se voit bassement accusé d’un crime qni n’avait pas encore été commis en Portugal.... « Et les choses allant de mal en pis, s’écrie-t-il dans sa douleur, ils ont ameuté contre moi, demandant si l’on savait qui avait fait le poison dont périt le roi Duarte et l’infant don Joain , mes frères, et la reine Lianor. (**).

(•) D. Fernando, premier du nom, (l'abord comte d’Arrayolos, puis deuxieme duc de Bragauce, naquit en 140). Il remplit l’ofHce de connétable dans la flotte armée contre Tanger; en I4S7, il fut choisi pour être capitaine général de Ceuta. Apres avoir vainement tenté de réconcilier Aflonso V et D. Pedro, U retourna dans ce pays vers 1448, puis il fut gouverneur du royaume en 1471 ; il mourut a Villa- Viçosa , le 1" avril 1478. C'était un des hommes les plus éclairés de son temps, et il ne partagea point la hainede son père contre le noble l). Pedro , le premier duc de Bragance, mort en 1462, et enterré à Chaves.

(") «E cm udcmdo de mal en pcor, assy fcscran

Le prince infortuné a un ami, qui ne l’abandonnera pas à l’heure suprême.

Mais qui pourrait retarder eet instant, appelé avec tant d’ardeur par' ceux qui ne reculent pas devant de telles calomnies ? Alvaro suit sa fortune, et ne peut plus même lui prêter l’appui de son bras. « Or continuant, dit-il, leurs bonnes oeuvres pour accomplir mon déshonneur, ils ont retiré le château de Lisbonne au comted’Avranches, qui avait rendu tant de services à ce royaume et h ses souverains. Pourquoi cela devait-il être fait? vous le savez. Ils lui ont donc donné par faveur spéciale, et en raison de ce qu’il venait de faire à Ceuta, la récompense qu’ils m’ont accordée. . .

Sentant donc, mon neveu très-aimé , h quelle mauvaise On me conduisait tout cela, j’ai essayé à différentes reprises d’envoyer au roi mon seigneur des messagers munis de tout ce qui pouvait les accréditer, lui expédiant des lettres où je lui expliquais longuement toutes les choses que j’avais accomplies pour le service de Dieu , pour son bien propre, et pour le repos de ce royaume; me lavant de ce qu’on lui disait contre moi, me justifiant ainsi devant Dieu et devant le monde, autant que je le pouvais faire ; lui demandant par faveur qu’il lui plût d’apaiser sa volonté, et d’agir avec moi et avec les miens comme la raison l’exigeait; lui répétant combien j’étais son serviteur loyal , et comment il n’y avait personne qui l’aimât aussi véritablement que moi , ni qui l’eût servi si grandement et si loyalement • . .

« Très-honorable et très-aimé neveu , pour éclaircir tout, pour me justifier davantage aux yeux du roi mon seigneur, sachez que , comme il m’avait écrit de sa propre main par mon confesseur...

que si je voulais me départir de certai-

devasmr contra mim , peri/untando s* nabian quem tlzera a peçonha com que ma tarant el rvy, D varie , o ijfanie D. JoAo meu irrnûore a rainha dona Lianor. »> Le malheureux

E rince continue , en disant qu’un jour l’infant ». Henrique ayant trouvé le jeune roi muni de ces dépositions, Alphonse V loi fit dire qu’il ne procéderait jamais contra lai, en dépit de dénonciations pareilles : mais depuis, ajoute t-II simplement, ils lui tirent faire le contraire.

Voy. la lettre écrite le 30 décembre U48.

L’UNIVERS

nés choses, tout se ferait selon mon désir, je lui envoyai demander par faveur qu’il me déclarât ce qu’il souhaitait, et que je l’exécuterais; que ce dont il voulait que je me gardasse, je in’en arderais; et que toiit ce qu’un homme e mon rang pouvait faire, je le saurais faire. Pas un mot ne m’a été répondu : ce que je vous demande spécialement, c’est que vous m’obteniez cette réponse du dit seigneur ( * ). »

Or cette réponse si justement demandée ne devait pas venir. Un an s’écoula ainsi : les insinuations calomnieuses firentdes progrès; on finit par persuader au jeune roi , que l’infant don Pedro voulait lui disputer le pouvoir et le déposséder de la couronne : une armée fut rassemblée. Grâce aux menées actives de ceux qui détestaient l’infant et qui avaient juré sa perte, don Pedro n’eut plus d’autre ressource que de répondre par la force à la force, et de rassembler des troupes pour les opposer à celles dont le parti royal le menaçait. Il parait aujourd’hui certain que l’intention du noble infant ne fut pas de prendre l’initiative, et que sa volonté positive était de gagner un port où il pût s’embarquer pour l’Angleterre. Cette volonté si sage ne put être exécutée; et don Pedro eut bientôt la certitude qu’il faudrait pour conserver non-seulement sa propre existence, mais celle des chevaliers qui l’accompagnaient, en venir à une action décisive.

Rien n’est plus touchant et plus noble à la fois , dans l’histoire de ce grand prince, que sa résignation, lorsqu’il eut acquis la certitude qu'un triste événement si longtemps prevu à l’avance allait s’accomplir. 11 voulut mourir comme un prince qui avait fait acte de roi; et lui d’ordinaire si religieux, si complètement ennemi du faste pour sa propre personne, il étala encore unesplendeur toute royale. La veille de son départ pour Santarem une fêtefutdonnée auxdames;et il y brillade cette grâce de langage, de cette noblesse toute chevaleresque, qui l’avaient rendu maintes fois l’admiration des cours de l’Allemagne et de l’ Aragon.

(*)I„e lecteur sera peut-être bien aise de consulter le tr\le de celte lettre: elle se trouve insérée dans le recueil de la Bibl. Roy. n° 10 , 215 F. F.

On était au 20 mai 1449, et il paraît bien certain que l'infant don Pedro fit ses efforts jusqu’au dernier moment pour éviter une rencontre. La marche des troupes royales lui était connue : il se dirigea surAleoentre, pour se rendre de là à Lisbonne; mais les hommes du roi résolurent de lui couper le chemin. Une marche plus longtemps prolongée eût eu sans doute quelque apparence de fuite; et c’est ce que ne voulait pas l’infant. Bien qu’il tût déjà au delà d’Alverca, à quatre lieues de Lisbonne , il s’arrêta près d’un ruisseau désigné sous le nom d’Alfarrobeira; et, après s’être mis en état de défense, il commença à parlementer. Mais tout fut inutile: le temps où devaient s’accomplir les sombres prévisions du régent était arrivé.

Le jour sui vant fut consacré à la méditation, aux résolutions saintes, aux grands actes que savaient accomplir les chevaliers de cet âge. Don Pedro alla dans le monastère de Batalha se préparer à la mort, par la vue de tous ceux

3u’il avait aimés. Qui nous dira aujour- ’hui les saintes émotions de ce grand cœur, lorsqu'il s’inclina devant la tombe de son père, du mestre d’ A viz, devenu le premier roi d'une dynastie qui se déchirait en naissant et a laquelle cependant souriait une mère adorée, fière de tant de fils? Qui nous peindra ses nobles tristesses à la vue du sépulcre d’un frère, dont le successeur le payait de ses soins par l’infamie? Quelques larmes vinrent humecter sa paupière, sans doute, devant le monument consacré au saint infant; mais il passa en les essuyant, car il voyait sa propre tombe ouverte. Son frère, martyr des musulmans, était déjà un saint'; on l’invoquait par tout le royaume, et la calomnie avait fait de lui un vil empoisonneur. L'histoire dit qu'il resta longtemps immobile devant sa propre tombe; le calice sanglant revenait sans doute à sa mémoire, et peut-être en ce moment murmura-t-il le nom d’un frère qu’il attendait!

Au jour suprême, il retrouva la constance d’un cœur vraiment fraternel cher, celui qu’il avait jadis choisi pour son compagnon. Sentant que l’heure du combat était devenue imminente, ii fit appeler Alvaro d’Almada, ce noble comte drAvranches qui s'enorgueillissait d’être son

ami, et il lui demanda, avec la simplicité u on mettait alors dans tous les sacrices, s’il était prêt comme lui à mourir. Alvaro d’Almada ne lui répondit que par un seul mot , « Ne suis-je votre frère d’armes? Et il communia avec lui. »

Lorsqu’ils se relevèrent , nul n’eût pu soupçonner en les voyant, que ces deux hommes allaient mourir.

Laissons parler ici un de nos vieux écrivains du quinzième siècle, quç a sur les historiens portugais de cet âge l’avantage de l’impartialité, et même celui d’une minutieuse exactitude, puisqu’il s’exprime d’après le récit des témoins :

« Et le duc , quand il sentit venir le roy, se cloyt et fit un camp clos de fossez et d’artillerie , et mit ses gens en bonne ordonnance: et à ce que m’ont plusieurs nobles hommes portugalois (qui fuient présents) certifié, leduc ne le taisoit en autre intention, sinon cuidant faire artirdeson camp aucuns des plus notales , pour aller au roy en grande humilité , pour soy recommander en sa bonne grâce, et sçavoir les causes pourquoy il estoit meslé avec sa royale majesté, soy excuserpar humbles voyes , et lui ramentevoyr les services qu’il entendoit avoir faicts au roy en ses jeunes jours et à l’utilité du royaume, en concluant qu’il luy offroit son service. Mais il advint que les arbalestriers du roy de Portugal approchèrent du camp en grand nombre, et se commença une escarmouche par meschans gens ,* d’un costé et d’autre , tellement que d’un trait d’arbaleste, le duc de Coïmbres au millieu de ses gens fut atteint en la poictrine, dont il mourut en celle mesme heure, et n’ay point scéu qu’un seul homme de nom fust blessé, ou atteint de celle escarmouche, fors le duc seulement.

De tels événements , presque ignorés aujourd’hui, ne peuvent passer sans ue le chroniqueur moralise, comme on isait alors, et notre vieil écrivain le fait en des termes qui font comprendre ce que valait aux yeux de l’Europe le digne fils de Joam Ier :

« O princes, hauts et nobles personnages, mirez-vous au cas du sage duc de Coïmbres, fils, frère et oncle de roy. Ne tentez Dieu ne son exeeuteresse fortune. Ne vous fiez en force de chevalerie, de peuple ne d’annoirie, quand celle for-

tune a monstré la puissance de sa permission pour avoir conduit l’impétuosité d’une sagette si juste et si alignée, que d’avoir accidentellement occis un si no* ble prince au milieu de sa chevalerie et sur luy seul, entre telle compagnie, monstré sa fureur et sa cruelle vengeance. Ainsi fust le duc de Coïmbres occis (*).;»

Olivier de la Marche, si exact dans sa narration de la bataille, se trompe cependant lorsqu’il affirme que nul homme de marque ne fut occis. Alvaro d’Almada accomplit jusqu’au bout son serment :

lorsqu il sut, au fort du combat, que son frère d’armes était mort , il fit le dernier sacrifice avec la simplicité qu’il avait mise à le promettre. 11 avait soutenu l’effort de l’armée , il était accablé; et, craignant que l’énergie corporelle ne lui manquât, il rentra un moment dans sa tente, y prit un peu de vin et quelque nourriture, puis revint au combat avec une furie nouvelle; mais lorsqu’il sentit que son bras ne servait plus son courage, on lui entendit prononcer à haute voix ces paroles : O mon coi'ps,jesensgue tu n’as plus de force : toi , mon dmc, tu tardes bien....\\ faut maintenant vous rassasier, mes garçons ; puis il se coucha à terre les bras étendus, et mille coups de mort le frappèrent. Ainsi périt ce comte d'Avranches, dont l’infant don Pedro avait coutume de dire qu’il honorait nonseulement le Portugal mais l’Espagne entière.

La tête de cet homme héroïque fut coupée par un des partisans de l’armée royale, qui prétendit en faire un trophée; le corps demeura pour subir les injures de cette troupe , que le noble chevalier avait stigmatisée d’un nom si dédaigneux en se livrant à ses coups :

c’était, du reste, le jour des grandes profanations ; le cadavre de l’infortuné don Pedro resta exposé comme le corps d’un martyr, percé de la flèche d’angoisse, sans que nul osât lui donner un dernier asile (**). A la fin, quelques soldats

( *) Les Mémoires de messire Olivier de la Marche, a"»'' édition, p. 201.

(•*) On ne jugea pas à propos, dans le premier moment, d’accorder les honneurs de la sépulture a ce grand prince; il fui abandonné de tous ; et ses beaux vers sur l'instabilité de l’amour des peuples se réalisèrent cruellement.

Ruy (te Plna s'exprime ainsi : « Le corps d« l’infant privé de son âme git tout ce jour a découvert dans le champ, en vue de tous, et,

L’UNIVERS

au cœur vraiment portugais le portèrent dans la petite église d’Alverca ; mais ce tombeau, qu il était allé contempler si mélancoliquement, lui fut longtemps refusé. La jeune reine, qui se voyait contrainte oe cacher sa douleur, et qui était venue recevoir sou mari vêtue magnifiquement, comme s’il se fût agi d'un autre triomphe, la jeune reine parla, et fut écoutée, quand tout était fini pour le grand homme : on alla chercher alors en pompe solennelle le corps gisant dans la petite chapelle, et don Henrique, le frère bien aimé , si longtemps attendu, conduisit le cortège funéraire. Le corps de don Pedro d'Alfarrobeira fut religieusement placé alors parmi les rois. Mais , au quinzième siècle, il n’y avait pas un seul nomme de bon entendement et de cœur vraiment portugais qui ne répétât, comme la vieille chronique : « Cet homme était animé d’une âme presque divine ! »

Rien n’est plus triste, du reste, que le sort des princes issus de cette noble tige : les uns meurent dans un couvent, les autres voyagent sans fruit, d’autres vont porter au loin la célébrité malheureuse de leur père. Si vous visitez encore aujourd’hui cette île de Chypre, toute remplie de gloires, bieu étrangères sans doute aux gloires dont nous cherchons le souvenir, vous serez peutêtre surpris de voir sur uue tombe de marbre les armes de Portugal : ce sont celles du fils infortuné de don Pedrod’Alfarrobeira, qui s’en alla, quelque temps après la mort de son père, «ans cette île, y épousa la reine, et mourut, dit-on, empoisonnée*).

▼ers la nuit, de» hommes de bas étage le placèrent sur un bouclier et le lirent entrer là même, dans une pauvre maison, ou il demeura trois Jours . sans cierge, parmi d’autres eorps morts et infects; et pendant ce temps il n’eut ni suaire , ni oraison , personne n’osant dire ou faire dire publiquement des prières pour son unie dans l'église même d’Alverca , ou il reçut enfin la sépulture. * Il fut enterré, dit un historien national , comme le dernier des hommes. Telle devait être la destinée de ce prince éminent, qu’on a pu écrire en ces derniers temps un livre, remarquable d’ailleurs, sur l'histoire de Portugal, sans que son nom y soit même prononcé.

(*) Ce fils de D. Pedro d’Affarrobeira se nommait D. Joào. Ayant accompagné sa sœur doua Beat ri/, à la cour de leur faute commune, la duchesse de Bourgogne, Il s’unit h charlotte, hériliêro présomptive du royaume de

SUITE DU RÈGNB D’AFFONSO V ; EXPÉDITIONS n’ABZlLA ET DE TAN- GER. Après la déplorable journée d’Alfarrobetra, les luttes de parti s’apaisèrent, et le jeune roi put accomplir l’une de ces expéditions célèbres qui lui ont valu le surnom d’Africain. Calixte III avait convié de nouveau les princes chrétiens à la guerre contre les Turcs, et la bulle de la croisade, comme on disait alors, avait été répandue en Portugal dès 1435, lorsque don Affonso résolut sérieusement déporter la guerre chez les musulmans. Les autres princes de l’Europe avaient été sourds aux admonitions du pape. Don Affonso l’écouta ; il y avait là, pour ainsi dire, uneaffaire defamille à regler : le sang du prince Constant criait vengeance; et d’ailleurs cette guerre hasardeuse allait au génie chevaleresque du roi : le 30 septembre 1458 , deux cents embarcations plei nés de troupes jetaient sur les plages d’Alcaçar une armée déterminée. Aussi , comme le disent les écrivains portugais , débarquer et vaincre fut une seule et même chose. Dès qu’il eut installé comme gouverneur île la place nouvellement conquise Duarte de Menezes , dont la valeur chevaleresque devait bientôt répandre un si vif éclat, Affonso revint en Portugal; mais il y revint rempli des idées glorieuses qu’il avait puisées dans cette première expédition. Aussi, treize ans après , l’Afrique le vit-elle de nouveau à la tête d'une armée victorieuse , s’emparant de la place d’Arzila, qui tomba au pouvoirdes Portugais le 24 août 1471. Cette fois la lutte fut vive et le conflit fut terrible dans l’intérieur de la place. Plus de deux mille Maures furent tués , et cinq mille d'entre eux perdirent la liberté. Don Affonso avait amené à cette rude école l’héritier du royaume , cet infantdon Joam, qui, avant de se montrer un grand monarque , fut un prince accompli et reçut tous les genres d'enseignements. Il fit des prodiges de valeur devant Arzila; son épée était même tordue à la fin du combat , grâce

Chypre. On suppose qu’il mourutpar le poison, et un célèbre voyageur portugais, H. Pnntaleon, vit encore à Nicosie, au seizième siècle, le magnifique tombeau qui lui avait été élevé. Nulle épitaphe ne. rappelait ce prince malheureux ; mais les armes royales du Portugal disaient encore sou origine.

aux coups qu’il avait portés. Son père lui contera l'ordre do chevalerie dans la mosquée de la cité musulmane, qui venait d’être convertie en église. Le cadavre du noble comte de ÎWarialva, don Joam Coutinho, qui avait été tué durant l’action, était étendu aux pieds du jeune prince. La chronique raconte que , pour tout discours, Atfonso se contenta de dire à l’infant; « Mon fils , Dieu et fasse aussi bon chevalier que celui qui est la gisant. » Ces nobles paroles ne devaient pas être mises en oubli , et l’infant le prouva bientôt lors des guerres avec la Castille.

Nous renvoyons à l’excellente appréciation qui a été donnée par M. Joseph Lavallée du règne de Henrique, pour saisir dans son ensemble la période qui nous occupe. Tout le monde connaît la déplorable destinée de cette princesse qu’onappelait la Beltranejaen Castille, qu’on traitait û' excellente Senhora eu Portugal; tout le monde sait également

3 ue don Affonso étant devenu veuf, on Henrique le rendit l’arbitre des destinées u une princesse qu’il avait reconnue de nouveau pour sa fdle.

Le roi qu’on avait voué à l’infamie voua son peuple aux désastres d’une lutte terrible : en donnant la main de Jeanne, il transporta à don Affonso tous ses droits sur la Castille. Ce prince, qui avait toutes les idées chevaleresques ne son temps , mais qui comprenait si mal les sourdes menées de la politique, ce prince se montra assez naïvement ambitieux pour accepter le legs fatal que lui disputaient la noble Isabelle et le plus rusé des princes chrétiens. Il réunit en Portugal une armée de vingt-cinq mille hommes, et, après avoir sommé I esrois, comme on disait alors, de lui rendre la couronne réclamée par Jeanne, il entra en Castille sans opposition. Ce fut à Plasencia qu’il vit celle qu’on traita un moment de reine, et qu’en attendant les dispenses du pape il reconnut (1475), par simple promesse , comme l’épouse dont il allait défendre les droits.

Bien qu’il frtt admis par une portion des grands, et même par la population de plusieurs cités notables, un pacte semblable ne pouvait pas recevoir un commencement d’exécution -sa ns amener une guerre funeste. A la première

nouvelle des prétentions que don Affonso appuyait par des hostilités tout au moins imprudentes , Isabelle et Ferdinand , qui étaient restés maîtres de la plus grande partie des provinces, accoururent de Madrid et engagèrent une lutte qui dura jusqu’en 1479, et qui finit, comme on sait, par l’expulsion du roi de Portugal, malgréle talent prodigieux que son fils sut déployer. L'action la plus mémorable de cette longue guerre, si ruineuse pour les deux pays, a acquis une célébrité qu’elle doit à son étrange issue, et dont il n’y avait peutêtre pas eu d’exemple depuis le temps des Romains. La bataille deTouro, livrée au mois de mai 1476, eut en effet cela d’extraordinaire qu’elle put être comparée a celle des champs Philippiques, où Octave, se battant contre Brutus et Cassius, fut mis en déroute par eux, tandis que Marc-Antoine, son compagnon, triompha des deux vainqueurs. A la bataille de Touro, en effet, les deux rois rivaux don Affonso et* don Fernando dressèrent leur plan de façon à ce que chacun des deux monarques se trouvât opposé au lieutenant de son rival ; en dépit d’un courage dont il avait donné plus d’une fois des preuves brillantes, Affonso fut battu et s’enfuit jusqu’à Castro-Queimado , sans savoir quelle était l’issue de la journée. L’infant Hou Joam, qui supporta avec une intrépidité merveilleuse l'effort des troupes de Ferdinand , non-seulement sut leur résister, mais détermina la fuite du roi d’Aragon, et demeura maître du champ de bataille. C’est ce qui fit dire à la reine Isabelle : Aï le poussin ne fût pas venu , le coq ce jour-la était pris : paroles plaisantes et concises , d’où vint le proverbe espagnol que l’on emploie encore aujourd'hui.

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