CONSIDÉRATIONS SUCCINCTES. — FAITS GÉNÉRAUX QUI DOIVENT CLORE
LB moyen aoe. — Maintenant que nous avons essayé de faire saisir dans leur ensemble les principaux événements politiques ou militaires qui constituent l’histoire du Portugal durant le moyen âge , nous allons passer à un autre ordre de faits , à une sérié de considérations, qu’on retranche trop souvent de certains livres officiels, mais qui néanmoins repiésentent une des phases de l’histoire et colorent tout son ensemble. Bientôt il faudra essayer de placer sous son jour véritable ce roi à la volonté inflexible , dont nous avons laissé entrevoir le caractère. C’est lui qui a la mission de démanteler les institutions du moyen âge, et de pousser le Portugal dans la voie glorieuse où les autres peuples l’admireront si bien, qu’ils oublieront tout son passé. Or, c’est ce passé plein de faits originaux, plein de souvenirs curieux, que nous voudrions évoquer un moment. Joam II, initié de bonne heure aux études classiques, appelle de l’Italie uo pur écrivain de la renaissance, capable de dire en latin ce que disait si bien en portugais le vieux Fernand Lopes. Le livre ne sera pas écrit, sans doute; mais on voitqu’ily a tentative pour substituer une rhétorique élégante a un naturel quelque peu barbare, et cependant rempli de charme. On le comprend donc , avant que l’esprit de chevalerie s’éteigne , ou que l’esprit mythologique lui imprime un autre genre de magnificence. il importe de jeter un coup d’oeil en arrière. Il faut voir non-seulement quelles étaient les ressourcesdela nation, ses tendances intellectuelles, mais aussi ce qu’on pourrait appeler l’esprit intime du peuple. Combats mémorables, gran-
El rt ry D. Àjonio andou Seqs veset fora da terra.
Caste lia , Fret conquistou Em batalfias pellrjou Sêu toqro mato rn guerra.
De pois veo rt mnrreo Na casa un que nasceo Em Sintra onde acabou Se us trub.il h os r deUou
Gram filEo qmsobeedeo.
« Le roi don Affonso s’en alla six fois lion de son pavs: Fer el Castille furent sa conquête; il combattît en batailles rangées, et par lui son beau-pere périt en guerre; U s’eu revint apres, et mourut en la chambre où il était né . à Cintra : c’est là qu’il finit ses misères et qu'il laissa un grand prince pour lui succéder. »
L’UNIVERS
des découvertes, épisodes touchants, tout a été dit à peu près sur cette période , et nous-inéme nous avons essayé de ne rien omettre d’important; mais puisque ce livre, qui touche à tant de iuts , n’a pas la prétention d’être de istoire officielle, nous exposerons un moment ce qu'on met de câté presque toujours et ce qu’il faudra rétablir désormais.
de l'état de l’agbicultube au xiv.’ et au xv* siècle. — Si l'on se rappelle ce qui a été dit à propos du régne florissant du roi Diniz , que ses sujets avaient surnommé avec tant de raison le laboureur, on a pu voir par quelles combinaisons heureuses, par quelle suite d’efforts bien entendus, l'agriculture avait pris en Portugal un accroissement vraiment prodigieux. Cet état se maintint, en subissant diverses vicissitudes, jusqu'à l’époque où la maison d’Avis monta sur le trône. Si l’on s'en rapporte à un. écrivain portugais, qui a écrit spécialement sur cette matière importante, il y avait au temps du roi don Fernando iine telle abondance de froment, que les royaumes étrangers pouvaient s'approvisionner de grain dans un pays où l’exportation des céréales est devenue impossible. A la même époque, la Castille, le royaume de Léon, la Galice, la Flandre et l’Allemagne venaient également se fournir d’huile à Santarem, à Lisbonne, à Altrantès. Extremos, Motira, Elvas, Béia , fournissaient, maisenquantitémoindre, cette denrée à l’exportation ; Coïinbre était renommé dans le reste de la Péninsule comme le lieu où se récoltait la meilleure huile du royaume.
Les ordonnances rendues par don Fernando , pour le maintien de la prospérité agricole, sont remarquables par leur sagesse et par les dispositions coercitives qu’elles renferment. Non-seulement elles indiquent les époques auxquelles on doit commencer certaines cultures , elles spécifient la nature des ensemencements, mais elles s’adressent à cette portion de la population qui devint inutile sous les règnes suivants , et elle la contraint au travail des champs. Tantôt ce sont ces eseudelros , ces prétendus serviteurs du roi qui passent leur vie dans l’oisiveté et qu’elles condamnent
au labourage; tantôt elles s’en prennent aux ermites , qui s’étaient si prodigieusement multipliés durant le quatorzième et le quinzièmesiècle, et elles les obligent à des travaux effectifs sous peine du fouet ou de l’exil. Duarte Nunez de LiSo nous affirme que ces ordonnances, dont on eût pu modifier peut-être la sévérité , maintinrent l’abondance dans le royaume.
Cette prospérité néanmoins devait être bien éphémère, et l'époque où Joam Irr fonda la dynastie d’Avis fut une époque vraiment désastreuse pour l’agriculture. F'.n effet, les terribles commotions politiques qui eurent lieu dans le royaume au commencement de ce règne, frappèrent les différentes cultures d’un état d’inertie dont quelques-unes eurent de la peine à se relever. On peut même trouver dans les révolutions que subit l’agriculture durant cette période, l’explication de bien des faits politiques.
La population agricole diminua d'une manière désastreuse, et une partie des familles portugaises , qui avaient pris parti pour la Castille durant ces dissensions intérieures, sortirent du royaume après la bataille d’Aljubarotta , et se fixèrenten Espagne. Leurs propriétés memes demeurèrent incultes jusqu'à ce que le nouveau roi les eût données aux feudataires puissants qui l’avaient aidé à se consolider sur le trône. Il parait que ces concessions eurent alors un déplorable résultat, et que l’agglomération des propriétés devint telle que ces terres abandonnées purent être difficilement soumises à une culture réglée. Plus tard, sous don Duarte et sous l’administration de don Pedro d’Alfarrobeira, on essaya de guérir la plaie; on revint aux idées saines de ces rois du moyen âge qui s’honoraient du titre de laboureurs et qui entraient en relation directe avec la population agricole. Affonso V néanmoins , toujours épris d'idées chevaleresques et livré sans cesse à de nouvelles entreprises qui l’entraînaient horsdu royaume, ne fut pas précisément un roi agriculteur; mais il eut, sur ce point comme sur une foule d’autres en matière d’administration, des intentions droites, que son fils sut réaliser; il en est une que nous signalerons ici , bien qu’elle dût suivre un autre ordre chronologique.
HARAS CRÉÉS AU QUINZIÈME SIÈ- CLE. — Les écrivains qui se sont occupés de l’histoire de l’agriculture en Portugal, n’ont pas suffisamment insisté, à notre avis, sur la prodigieuse amélioration que le génie prévoyant de Joam II fit subir dans ses États à la race chevaline.
Non-seulement il promulgua un édit par lequel il était défendu à tous ses sujets, de quelque condition ou qualité qu’ils fussent, d’aller à dos de mulet ; mais, voulant créer pour lesbesoinsde l’armée une race essentiellement propre à la guerre , il s’opposa à ce que les individus incapables de porter les armes fissent un usage habituel des mules. En vain le clergé vit-il dansces ordonnances une disposition attentatoire à ses droits, en vain fit-il observer queles princes séculiersne pouvaient violer même indirectement ses privilèges, Je roi eut l’air d’abord de plier devant ces réclamations, mais ce fut pour rendre bientôt une autre ordonnance qui défendit , sous peine de la vie , à tous les maréchaux du royaume de ferrer les mulets ; le clergé s’offensa , mais l’édit fut exécuté, et comme nous l'apprend Vasconcellos, la race des chevaux s’augmenta par ce moyen en Portugal à vue d’œil, « encoreqû’il semblait, dit le vieil écrivain, qu'en ce temps elle fdt diminuée en bonté, plutôt qu’en nombre. »
Ces sages ordonnances, du reste, ne tardèrent pas à être promulguées dans le reste de la péninsule, et on les trouve déjà en vigueur dans le royaume de Castille dès les premières années du seizième siècle, puisque Christophe Colomb, cassé par l’âge et déjà abattu par la vieillesse, obtenait en 1506 comme singulier privilège de monter une mule ensilada y enfrcnada , sellée et bridée (*). Le fils d’Atfonso V ne se contenta pas de rendre des ordonnances relatives au point qui nous occupe , il forma de véritables haras sous la direction d’un haut dignitaire. Le coudel mor, en effet, dont la création remontait à une époque antérieure, prit à cette époque une lus grande importance et reçut même e nouvelles fonctions ; non-seulement il eut comme par le passé inspection sur les coudeles inférieurs des provinces, mais il dut faire venir des établissements
( •) Voy. Navarrete, Documents relatifs à la decouverte du nouveau monde.
7e Livraison. (Portugal.)
qu’on possédait déjà en Afrique des étalons arabes capables de renouveler les races abâtardies du Portugal. Vasconcellos nousapprendqu’on introduisit dans cette intention des chevaux du royaume de Fez, et qu’il y eut ordre de les distribuer dans toute l’étendue du royaume ; ce fut ainsi que les pertes immenses subies durant le règne imprévoyant d’Af* fonso V furent complètement réparées.
Le fils de ce monarque fit aussi répartir la cavalerie du royaume eu compagnies régulières ; il leurimposa des officiers, des chefs spéciaux , qui les soumirent à des exercices réguliers ; mais tout ceci ne pouvait s’exécuter sans une rigoureuse discipline : les murmures suivirent de près ces sages ordonnances, et l'histoire nous apprend ce qu’il fallut à Joam 11 de persévérance et de fermeté, pour obtenir dans cette branche importante de l’agriculture des résultats qui ne sont pas encore perdus pour le pays.