‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 25 sur 86 · PREMIÈRE EXPEDITION MARITIME DBS PORTUGAIS DANS LES INDES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE EXPEDITION MARITIME DBS PORTUGAIS DANS LES INDES

vasco dagama., — Un an s’ét ait écoulé depuis que D. Manoel était monté sur le trône, lorsque ce monarque prit la résolution, de réaliser les immenses projets que son prédécesseur avait conçus. Dès ce .début dans le métier de roi, il mérita réellement le surnom que lui décernait déjà le peuple. Il eut le bon esprit de ne s’éloigner en aucune manière des dispositions faites avant lui. Un gentilhomme du pays d’Alem , Tejo avait été choisi pour commander l’expédition, Manoel ne le révoqua point. Vasco da Gama était l’homme de Joam 11, cet éloge devait lui suffire, et le jeune prince le comprit.

Le marin que Joam II avait désigné pour être capkam-mor de la Hotte des

triotes, si tant est qu’il ail existé. Les musulmans Turent certainement plus heureux, et nul ne peut aujourd’hui contester les voyages dans l’Inde d’Ebn Batula.

Indes, s’était déjà fait remarquer par un mérite peu commun (*), et l’on ajoute mêinequ’il descendait d’unede cesanciennes familles chez lesquelles l’énergiesemhlait héréditaire. Sous le règne de D. Affonso III, on voit apparaître déjà un Alvaro Flânez da Gaina qui sert durant la conquête des Algarve» et plusieurs généalogistes portugais f**) affirment que c’était le premier ascendant connu d’Kstevam da Gama, né à Olivença et grand alcaïde de Sines, qu’on vit figurer a son tour dans les affaires sous Alphonse V. Estevam dn Gama, son petit-fils, alcaïde en chef de Sines et de Sylves, commandeur de Seixal, s’était marié avec dona Isabel Sodré, fille de Jean de Resende, et eu avait eu, entre autres enfants, Vasco da Gama (***),

Un précieux manuscrit de la Bibliothèque royale de Paris nous dit que dès 14UG il y avait eu de nombreux pourparlers dans le conseil du roi touchant l'expédition des Indes, et que ce fut même d’après ces discussions que le roi se décida 5 confier l’entreprise au jeune officier dont le nom devait grandir si rapidement.

Ce qu’il y a de certain, c’est que les préparatifs de l’armement furent commencés dès cette époque (****) et que, comine nous l’avons dit d’après l'illustre Pacheco, présent à ces premières dispositions, ou n'omit rien de ce qui pouvait la faire réussir, parce qu'on la regardait comme insurmontable. Il est bon de remarquer d’ailleurs qu’à cette époque vivaient à la cour de D. Manoel deux célèbres astronomes (*•***) mestre Jozé et mestre Rodrigo, qui faisaient partie d’une junte de mathématiques instituée dès le temps

(*) Il était né vers 1 ifiD à Sines, ville située sur les côtes de l’Océan , dans l’Alefn-Tejq L'éducation du jeune Vasco fut aussi complété qu'elle pouvait l’être a cette époque, li étudia principalement les mathématique* et lut les cosmographes. I)e bonne heure il fut choisi pour remplir des missions importantes, et sa réputation était déjà brillante h l’epoque ou Joam II lu chargea d’un poste important.

(**) Voy. Memorius historicas genealoyiea» do* grande» de Portugal , p. 178.

(•*•) Joain de Barros écrit toujours Vasco da (riinmv, nous nous en sommes référé a l’orthographe moderne, qui a d’ailleurs pour première autorité l’auteur des Losiades.

(****) Voy. Barreto de Resende., Tratado tlo* P tzo rvys da India .

• (*•***) Er. B. de Garçtto Stockier. Bntaio hitlo -

L’UNIVERS

de Joam II, et qu’en outre de ces deux hommes remarquables on signalait encore Diogo Ortiz, évoque de Ceuta, et le licencié de Calçadilha, évéque de Vizeu, dont les connaissances géographiques étaient appréciées bien qu’ils se fussent montrés peu favorables à Colomb sous le règne précédent.

Les préparatifs furent poussés avec une activité prodigieuse et dès le milieu de l’année suivante ils étaient terminés complètement. Fidèle à notre habitude de peindre les événements par le témoignage des contemporains, nous reproduirons ici le récit naïf d'un homme qui a connu les moindres details de ce grand drame auquel plus tard il assista; nous laisserons parler Pacheco.

« Il ne convenait pas, dit-il, que pour ce voyage de découvertes il y eût excès ni dans le nombre, ni dans la grandeur des navires, et en raison de cela , il fut ordonné par le roi notre seigneur, que quatre petits bâtiments seraient mis en construction, et que le plus considérable ne dépasserait pas cent tonneaux , parce que dans une contrée ignorée et si peu connue qu’était alors celle-là, il n’était point nécessaire que les navires fussent de plus haut bord , et cela eut lieu ainsi, afin qu’ils pussent entrer et sortir facilement dans tous les lieux qu’ils aborderaient, ce qu'ils n’eussent pu faire étant plus grands : et ces navires furent construits par d'habiles maîtres et ouvriers, sans qu’on négligeât rien pour la solidité, du coté des bois et des ferrements. On affecta au service de chaque navire trois équipages complets de voilure. Les ancres, les cordages, tous les autres appareils furent trois ou quatre fois doublés, et en surérogation de ce que l’on a coutume de faire. Les douves des tonneaux, les pipes, les barils renfermant l’eau, le vin , le vinaigre et l’huile, furent garnis de nombreux cercles de fer, si bien que chaque pièce pût conserver ce quelle contenait. Les approvisionnements de pain , de vin , de farine , de viandes , de légumes et de choses appartenant à la pharmacie, tout cela fut donné en aussi grande abondance qu'il convenait a la circonstance, et meme bien au delà. Il

rii'o sobre a nrigem e progressas (las mathematicgs em Portugal , p. *i».

en fut ainsi pour les bombardes et les autres munitions. Et nous dirons encore que ceux qui furent employés à ce vovage, étaient les principaux marins, les pilotes les plus savants en l’art de marine que l’on pût trouver dans le pays; on leur alloua même une paye si considérable et de tels privilèges, ils furent en un mot si bien rémunérés qu’ils l'emportèrent du côté du salaire sur ce qu’on a coutume de donner à tous les marins qui sont employés dans les autres provinces. Et il se fit au sujet de ce voyage de si nombreuses et de si grosses dépensés , le tout à propos d’un si petit nombre de navires, que la crainte d’exciter l’incrédulité m’empêche d’entrer dans les menus détails. Or de tout cela , notre prince ne recueillit alors d’autre bénéfice que d’avoir découvert et rappelé à la connaissance des hommes quelques portions de cette Éthiopie qui gît au delà de l’Égypte, et le commencement de l’Inde Inférieure, et ainsi partit Vasco da Guama (sic) pour cette sainte entreprise, comme capitarn mor de ces quatre navires , par la volonté de la majesté sacrée de ce prince sérénissime , qui le fit quitter l’excellente cité de Lisbonne , un samedi , le 8 du mois de juin, en l’année de Notre-Seigneur Jésus- Christ, mil quatre cent quatre-vingtdix-sept (*).*

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