LISBONNE^ ET LIS
BONNE AU TF.M Caj/lj L A W^^SSXNCE.
— APOGÉE DE L A^fik N D EuWflf CETT F.
CITE. — CUBIEUSKSkjriSTIQUETIHÉE D’UN LIVBR OFFICIELnfc MOYEN AGE.
— Une vieille légende allemande raconte qu'un chevalier ayant voulu voir à Jérusalem la plus belle cité de l’Europe dans un miroir magique , aussitôt Lisbonne la Grande, comme on disait alors, vint se peindre à ses yeux éblouis. C’est qu’en effet Lisbonne jouissait alors d'une réputation de magnificence qui s’etait toujours accrue depuis le règne de D. Fernando. La capitale du Portugal , telle qu’elle s’élevait au treizième et au quatorzième siècle , durant l’époque vraiment féodale, exigerait, pour qu'on en pût offrir une description quelque peu détaillée, plus d'espace que nous n'en saurions prendre dans une notice où tant de points importants doivent être sommairement exposés. Si Lisbonne, cité romaine, est décrite avec ses antiquités précieuses dans le livre d’Azevedo, la période où elle appartint aux Maures a été signalée par quelques écrivains arabes, à la tête desquels il faut mettre Edrisi. Fernand Lopes nous dit en partie ses accroissements durant le moyen âge , vers le temps où le grand Janeanez, le fondateur de tant d’institutions, l’entoura de ses murailles : à cette époque d’innombrables constructions s’élevèrent, on réalisa des travaux longtemps projetés, surtout lorsque la paix conclue enfin avec l'Espagne eut rendu les remparts moins utiles. Plusieurs faubourgs furent ajoutés à la cité antique, déjà regardée comme une merveille chez la plupart des historiens. Cette nouvelle disposition de la ville , le caractère qu’elle prit alors, son ensemble féodal, si l’on peut se servir de cette expression, ont été trop bien exposés tout récemment par un écrivain national pour que nous ne puisions pas à cette source
(*) f'rnirt tempu.s cum k sociétal muItLs qui dem hominibut abundantem, led tpirilu et virtutc destUmtam , insèrent inluebitur.
avant de peindre Lisbonne telle qu elle était au temps de Joâo 111 (*)• ,
« Lisbonne, guerrière et ensuite marchande, a dit M. Herculano , eut aussi, non pas une seule, mais deux villas novas, attachées à sa ceinture de murailles : la première au sud, la seconde au couchant; celle-ci s’appelait villa nova de Gibraltar, cette autre villa nova de Ândrade. La seconde, nee au quinzième siècle, vécut deux jours à peine (**), parce que Lisbonne, parce que cette villa , limitée vers la fin du douzième siècle à quinze mille habitants, tandis que Sylves la Morisque en comptait vingt-cinq mille, finit par croître avec une telle rapidité, au temps des découvertes, que, rompant ses barrières, ou plutôt s’élançant par-dessus 1 enceinte occidentale de ses murs, elle l’engloutit au berceau. 11 n'en fut pas ainsi de villa nova de Gibraltar;... villa nova était la commune des juifs.
.. Le moyen âge , cette époque éminemment poétique parce quelle avait des croyances,... le moyen âge avait fait de Lisbonne un symbole de I histoire religieuse et politique. Le municipe chrétien, partant du château ou de f/ilcaçar, situé sur l’éminence, se dilatait jusqu’au pied de la montagne , au faite de laquelle se dressait, comme souveraine de tous les édifices des environs, la tourde l’Hommage, torre de Mendgem (***) , la guérite du grand aleaïde comme représentant le pouvoir royal et l’aristocratie. A l'ombre de l’aleacar et plus qu’à dcmi-côte , la cathédrale elevait ses deux tours imposantes dans leurs formes massives et quadrangulaires. Entre ces deux édifices, expressions matérielles de la monarchie , de la noblesse et de l’Église, se posait la salle
(•> Plusieurs auteurs nous ont conservé les noms divers impov1» S Lisbonne a differentes époques et par différentes nations; nou» les présentons ici, d’après un auteur accrédite ; la capitale actuelle du Portugal s est tour a tour appelée: F.hita, Ulissta, llhtipoiu, Vliêtpo,
Voy. Cardoso , Agiologio Lustta no» J. M* P* 6~X' Dans son forai , Evora prend le titre ae Cidadé . cité. Lisbonne dans le sien est appelée tout simplement F ilia (c'est le titre qu on donne aux villes du second ordre j. . . ,
(***) i| serait peut-être plus Juste de traduire ces mots par tour du fief ? elle symbolisait le devoir du vassal envers le seigneur.
du sénat. Le palais tout plébéien du concelho , limitrophe du clocher septentrional de la cathédrale , représentait par sa construction humble, terre à terre, le peuple qui, en silence , se préparait à étenare. ses bras endurcis par le travail et à subjuguer quelque jour, à droite l'alcaçar, à gauche l’église. Dans la configuration de la cité se résumaient l’histoire sociale du passé et la prophétie du futur; oui, comme tant d’objets du moyen âge, Lisbonne était un vrai symbole.
« Elle ne l’était pas toutefois uniquement de la pensée politique, elle l’était aussi de l'idée religieuse. Au cœur du quartier populeux, dans le lieu émment se montrait le christianisme. Au nord, dans une vallée profonde et pressant ses maisons autour de la mosquée tolcree à peine, on voyait le faubourg des Maures, la Mouraria; puis, au sud-est, presqu'à l’orient, gisant aux pieds de la synagogue , la Judearia : une crovanco vraie, mais qui n’avait eu qu’un temps , du côté où le soleil s’élevait pour éclairer les hauteurs; la religion du Christ complément divin de cette foi ; 1 islamisme, transformation impie et ténébreuse des deux croyances, cache pour ainsi dire au nord, presque sous 1 ombre que projetait la croix triomphante, et au loin les vastes solitudes de 1 Orient, à travers lesquelles les fils de l’Évangile devaient porter quelque jour le livre vers les régions encore inconnues des mondes nouveaux- Oui , 1 antique Portugal avait fait de la cité du Tage un symbole et une prophétie sublimes (*). » Nous allons essayer de faire comprendre dans un rapide coup d oeil, la seconde période de ce tableau imposant, plus curieux pour nous sans doute , mais à coup sûr moins original.
Ici encore, ce sont les géographes de la renaissance, vieux chroniqueurs oubliés, qui apporteront les pierres da l’édifice.
f*l M. Hereulano continue ce heaa more eau, pn faisant observer que la monarchie . yiciorieuse enfin du moyen âge, eut faire oublier »» poésie parce que dans Ta préoccupation dor- ÏÏSJÏ; deréflir, de niveler, elle perdit entièrement'le sens esthétique. Il n’enlr» !t pM dans noire plan de suivre sur habile que noos venons de citer, nous rei voyons au recueil dont ce fragment est extrait.
L’UNIVERS
S'il est arrivé à quelqu'un de mes lecteurs de jeter un coup d'œil sur la cosmographie d’Ortelius , ou mieux encore sur celle de Munster, il aura pu voir dans les planches ou sur les cartes dont ces antiques volumes sont ornés, la ville insigne de Lisbonne, telle que l'Europe l'admirait encore au seizième siècle.
La cité fondée par Ulysse (comine le répétaient à l’envi les historiens aussi bien que les poètes), l'antique capitale de la Lusitanie n'avait pas alors moins de dix mille maisons , dont quelquesunes étaient élevées de cinq étages ; en ce temps on comptait dix-huit mille familles établies à demeure dans son enceinte, ce qui formait une population permanente de cent mille âmes, sur lesquelles il fallait compter neuf mille neuf cent cinquante esclaves. Mais ceux qui s’arrêteraient à ce calcul n'auraient certainement qu’une idée imparfaite de la population totale, car le vieil auteur
?|ui nous fournit ces détails, a soin de aire remarquer que la population ouvrière dépassait celle designée sous le nom de Ve* inhos, et qu'il ne fait entrer dans son calcul , ni la cour, ni les marchands étrangers , ni les gens qu'amenaient chaque jour les navires , et enfin la population flottante du dehors.
En ce temps , Lisbonne avait trois cent vingt-huit rues de premier ordre, cent quarante petites rues de traverse , quatre-vingt-neuf impasses et soixantedeux carrefours qu’on ne peut faire entrer dans l’énumération des rues proprement dites.
A part l’antique See , la cathédrale où reposaient Alphonse IV et la reine dona Bcatriz, son épouse, on comptait vingt freguezias ou paroisses (*) ; outre ces églises et un grand nombre de chapelles annexées pour la plupart aux palais des grands , la capitale du Portugal comptait dans ses murs de somptueux couvents , dont la seule nomenclature,
Siniela-Justa , Seint-lSieolao , Sant-Ciûo , Madanela , S'ossa - Senhora dos Martyres , ISossa-Scnhora de d-oreto, Sam-Joâo dti Praça , Sam-Pedro, Sam- P icente de Fora, Santa-.Vaaa ha, a Salvador, Santo-Andrë , sam-Thomè, Sam-Martinho , Sam Jorae, Sam-llerlludamca , Sonia-Cru: , Sam-.Vamedc , Sam-Christortlo et Sam-Lourcneo. Vov. Rodriguez deOliveyra. Nous fournissons d'après lui celle nomenclature aux archéologues.
ou la description sommaire, nous prendrait plus d'espace que nous ne pouvons en consacrer à un tel objet. Nous nous en tiendrons donc à quelques renseignements purement statistiques que leur rareté rend précieux : le monastère de Sam-Ficente de Para passait dès cette époque pour le plus ancien établissement religieux de la cité, et il datait de l'époque à laquelle le roi Affonso Henriquez avait conquis Lisbonne sur les Maures. Il ne donnait asile qu'à trente moines de l'ordre de Saint-Augustin , et ses revenus étaient considérables. Celui de A ’ossa - Senhora -da Graça appartenait au même ordre et renfermait soixante-dix moines ; le monastère de Sam-Domingos, où demeuraient cent religieux , n'avait pas moins de vingt serviteurs et 5,800 cruzades de revenu. La Trinité ne pouvait se comparer à ces grands couvents , mais le monastère do Carmo , édifié durant le quinzième siècle par le dévot connétable Nuno Alvarez Pereira, devait être compté comme un des plus beaux édifices en ce genre qu'on admirât dans la chrétienté (*); le noble guerrier y était mort dans une cellule qu’on montrait encore au seizième siècle, et il avait laissé aux soixante-dix moines qui desservaient ce pieux asile des revenus importants qu'on évaluerait difficilement aujourd'hui. Saint-Éloi, doté par l’évêque D. Domingos, avec ses quarante pères, Sam- Francisco , qui ne comptait pas moins de cent vingt frères mendiants, achèvent la nomenclature de ces établissements, qui n'étaient pas aussi considérables que plus tard ils le devinrent. Pour être exact cependant, il faut dire qu'une foule d'établissements religieux s'élevaient autour de Lisbonne dans un rayon d'une ou deux lieues. Tel était, entre autres, le magni-
(*) Jorge Cardoso donne les détails 1rs plus circonstanciés sur la sépulture du connétable, qui avait voulu être enterré dans ce couvent. l.c pieux monument fut complètement bouleversé à l'époque du fameux tremblement de terre , mais durant le seizième cl le dix-septième siècle, grücc a une tissure du tombeau, une foule de dévots allaient se procurer en secret quelques parcelles de la terre qui recouvrait la vieux guerrier et regardaient cette poussière comme une sorte de relique, Nuno Alvarez Perdra était mort en odeur de sainteté; c'est eu qu'atteste un chant populaire cité par Cardoso.
tique monastère de Belem, liâti tout nouvellement alors sur l'emplacement occupé par l’humble chapelle fondée jadis par D. Henrique , et qu'on désignait, comme on l'a vu , sous le nom de Rastello. Parmi ces couvents hors les murs, il faut encore citer Sam-Domingos de Hemfica avec ses trente-trois frères profès , Sam-Bento. qui n’était jadis qu une annexe d’Alcobaça et qui comptait trente-sept religieux , puis enfin Sam- Francisco d' Enxobregas , qui était un peu plus considérable, car ses frères quêteurs allaient jusqu’à cinquante.
Comparés aux couvents de moines, ceux des religieuses n’étaient pas si nombreux. Le monastère do Salvador, soumis à la règle de Saint-Dominique, comptait quatre-vingts nonnes, Nossa- Senhora da Posa trente-trois. Les pénitentes de la passion du Christ , avec leurs vingt religieuses, le monastère des orphelines, d'où l’on tirait déjà tant d'élèves pour les marier au Brésil , formaient le total des établissements de ce genre fondés dans la ville. I.'Annunciaçào de Nossa-Senhora da esperança, consacré aux rel igieuses claristes ; Soucia Crara, lui-même; Madré de Deot Sanctos, principalement consacré aux dames nobles ; Chelat , de l’ordre de Saint-Augustin, et enfin Odivel/as, qui offrait à la vénération du peuple la tombe de la reine Felippa , étaient autant de couvents ouverts à la dévotion des daines portugaises, mais il fallait les aller chercher liors des murs.