‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 39 sur 86 · COMMERCE DD PORTUGAL ET PRIN- CIPALEMENT DE LISBONNE VERS LB · texte numérisé non relu

COMMERCE DD PORTUGAL ET PRIN- CIPALEMENT DE LISBONNE VERS LB

f*)Ce curieux morceau, publié par M. A. Herculano dans la deuxième Série du Panorama, nous a paru trop intéressant pour ne pan le Joindre aux documente de statistique prcsqueconteuiporains que noua noua étions procures. Les voyages de 7 Vin et Uppomani, écrils en italien et conservant quelques traces du dialecte de Veuille , sont restés Inédits.

MILIEU DU SEIZIÈME SIÈCLE. — Damiâo de Goes, qui écrivait de 1541 à 1542, nous donne une liste que nous allons reproduire en l’abrégeant et en omettant à dessein ce que nous avons dit touchant le trafic des esclaves, qui s’élevait à 40,000 ducats (*).

Outre une grande quantité d’or en nature , l’Afrique expédiait aussi du coton , de l’ivoire et des objets travaillés habilement avec cette matière précieuse ; elle fournissait également de l’ébène de la Malaguette {Mata getulica ), des cuirs de boeufs et des maroquins, des nattes tissues de folioles de palmiers, des draps de coton , du poivre long, du riz. Le Brésil comptait pour bien peu sans doute dans le total des exportations; Goes ne mentionne guère que son bois de teinture et ses merveilleux manteaux en plume , que savaient si bien tisser les Tupis : mais il cite déjà son sucre excellent, et ses hamacs en coton, fruit de l’industrie des sauvages.

L’Inde et leCataie, comme on appelait encore la Chine, entraient dans une proportion bien autrement considérable lorsqu’il s'agissait de spécifier le total de l'importation. Goes fait monter le commerce annuel du poivre seulement à trois ou quatre mille tonnes pesant un millier; on le vendait à Lisbonne 34 ducats les cent livres; puis venaient le gingembre, la muscade, le macis, lecinamome,le clou de girolle, la rhubarbe, les myrobolans de toute espèce, la casse, le tamarin, le safran indien, le bois d’aloès , le sandal rouge et blanc, la laque, l’ébène, les pierres précieuses de l’Orient, et enfin les perles si renommées du golfe d’Ormuz. Il nous serait aisé de multiplier cette nomenclature , qu’un autre va compléter. Il y a, d’ailleurs, avant tout, un point qui doit nous arrêter: comment procédait ce commerce si riche , quel était son mode d’action sur les peuples, quel était son résultat, et comment fut-il jugé dès le tempsde JoSoIlI? Un économiste habile va répondre à toutes ces questions.

CONSIDÉRATIONS SUR L’ACTION DU COMMERCE DES INDES AU SEIZIÈME SIÈ- CLE. — COMPARAISON DBS PORTUGAIS

avec les vénitiens. — Jo3o de Barl*) Il s'agit de ducats (for.

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ros définit ainsi les trois modes de coin* merce que les Portugais exerçaient aux Indes :«Le premier, dit-il, a lieu quand, dans les terres et les souverainetés que je viens de nommer et qui nous ont été acquises par conquête, nous contractons avec les peuples de ces pays , de vassal à vassal. Le second mode consiste à former des contrats perpétuels avec les rois et les seigneurs de la contrée, afin que, d’après un prix convenu, ils nous livrent leurs marchandises et reçoivent les nôtres, comme cela a lieu avec les rois deCananor, de Challe, de Cochim, de Coulam, et de Ceylan , qui possèdent la fleur de toutes les épices récoltées aux Indes. Observons toutefois que ce mode de transactions n’est applicable qu’aux épices, qu’ils remettent aux officiers du roi résidant dans leurs factoreries pour présider au chargement des navires venus de Portugal; car en ce qui regarde les autres articles étrangers auxdenréesde l’Orient, il devient loisible à tout Portugais, ou à tout naturel du pays, d’en traiter; le prix de ces objets peut être fixé selon la volonté des contractants, un tarif précis ne les taxant point dans le commerce. Le troisième mode consiste à envoyer nos bâtiments et nos navires vers ces régions, et, en nous conformant aux usages du pays, nous contractons avec les indigènes en donnant une chose en échange d’une autre , en acceptant leur prix ou en fixant le nôtre. »>

L’écrivain portugais qui va nous fournir l’important exposé contenu dans ce paragraphe dit avec raison, à propos de cette page de Barros : « 11 est évident que parmi ces trois modes, le premier et le troisième peuvent être considérés uniquement comme le résultat d’un commerce libre... le second ne pourrait s’appeler qu’un commerce de monopole , puisqu’au lieu de recevoir la loi au marché, on l’assujettissait à une taxe ou bien à une loi antérieure. Comme ce trafic consistait en épices , base essentielle de tout notre commerce dans les colonies , on peut affirmer sans grand scrupule que la nature de celui que nous faisions dans les Indes était essentiellement despotique. Quels étaient les articles d’échange? le girofle des Moluques, la noix muscade et le macis de Banda,

le poivre et le gingembre du Malabar, la cannelle de Ceylan , l’ambre des Maldives, le sandal de Timor, le benjoin d’Achein, le bois de Tek et les cuirs de Cochim ; l’indigo de Cambaya, le bois de Solor, les chevaux d’Arabie, les tapis de Perse, les soieries, les damas, la porcelaine et le musc de la Chine, les étoffes du Bengale, les perles de Kalekar, les diamants de Narsingue, les rubis du Pegu, l’or de Sumatra et de Lecq, et, enfin , l’argent du Japon. Quels étaient les chalands? les habitants de l’Europe, rois, princes, potentats et vassaux, banquiers, fabricants et gens de haut commerce... Toute l’aristocratie de ces temps , sans omettre les dignitaires ecclésiastiques,... tout le monde, en un mot, recherchait avec avidité les productions asiatiques; c'était une manie universelle, dont la misère et des habitudes grossières exemptaient à peine le pauvre diable en guenilles , le soldat et le gentilhomme campagnard. Venise la riche, la reine des mers, la dominatriceorgueilleusedel’Adriatique, la pourvoyeuse des nations, la cité magnifique qui élevait des palais de marbre quand le reste de l’Europe se peuplait de cabanes ou bien des châteaux de la féodalité, Venise devait en grande partie sa prééminence aux productions de l’Asie. Quel était son système économique et commercial? On peut dire qu’il différait essentiellement du nôtre sous le point de vue le plus important, même à l'époque où, embrassant un régime exclusif, la république entourait son commerce de privilèges et de monopoles. Venise, Etat libre, permettait au dernier de ses citoyens les transactions mercantiles sans réserves, sans restrictions; cellesci étaient réservées pour les étrangers ; et nous, au contraire, dans la transition où nous étions alors, c’est-à-dire quand nous passions d'un gouvernement mixteà une forme qui frisai t la monarchie absolue, nous avions incorporé à la couronne la propriété, la suzeraineté pour ainsi dire du commerce, au détrimeut du peuple, au détriment des droits et des intérêts nationaux. Pendant que le pavillon de Saint- Marc parcourait les mers en quête des richesses commerciales, Venise n’oubliait ni ses ressources manufacturières, ni son indus-

trie, et nous, plongés dans le trafic colonial , nous dédaignions pour lui la fabrication et, ce qui est plus fâcheux, l’agriculture; nous nous v abandonnions par l’unique instinct de la cupidité, sans règle üxe, sans calcul , sans prévoyance, sans établir des principes conservateurs qui en assurassent la durée.

« Quel jugement formait Barros de ce nouveau système commercial adopté par nous? appréciait-il comme il aurait dd le faire la leçon que Venise donnait au monde, et rexemple qu’on pouvait en tirer ? 11 n’est pas aisé de trouver réponse à cette question dans les Décades. Était-ce une réserve dictée par la délicatesse de sa situation comme employé public et comme écrivain du gouvernement ? était-ce la crainte de déprécier le fait le plus transcendant de notre histoire ? crainte de se mettre mal avec la noblesse, si intéressée, comme luimême il nous le fait voir, dans la marchandise de l'Inde? Était-ce encore savoir-faire de l'artiste , qui cherche a exposer son tableau sous le jour le plus brillant et de manière à masquer les défauts saillants de l'œuvre? Serait-ce plutôt l’exigence du plan que s’était imposé l'auteur , qu’on voit avant tout rempli du désir d’exposer un grand acte de religion et de gloire, indépendamment de toute autre considération ? Son Économique } qui ne fut jamais livrée à l’impression, répondait peut-être à toutes ces questions... Mais transportons-nous, hommes de ce siècle prosaïque et calculateur, dans le siècle d'aventures et d’enchantements où il se trouvait. Vivons un moment, comme il y vivait, dans une atmosphère épaisse de préjugés populaires et d'erreurs politiques; laissons arriver jusqu'à nous le bruit qu’il entendit lorsque des acclamations immenses saluèrent le débarquement de l'explorateur des Indes , les félicitations de la cour, l’influence si contagieuse des fêtes qui avaient lieu partout le royaume, l’enthousiasme qui s’échappait du Portugal pour se répandre dans le reste du monde, et pour refluer en torrents vers le pays; figurons-nous encore les clameurs de nos victoires résonnant du Gange au Tage, et sur le Tage... le spectacle magnifique des richesses de l'Orient; les navires des nations étrau-

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gères admirant notre haute fortune et devenant tributaires de notre commerce, les sensations intimes d’un peuple pauvre et faible naguère et qui se voit élevé tout à coup au faite de la domination et de l’opulence ; oui, songeons à ce que dut sentir et voir à cette époque d’héroïsme et de poésie, notre historien!

Que la perspicacité des économistes et des hommes d’État auxquels nous faisons allusion nous abandonne un moment, nous nous trouverons acteurs ou spectateurs de ce drame, si nouveau, si varié, comme il s’y trouva. Nous aurons alors l’explication de son silence, si l’on peut appeler ainsi sa réserve, ou de ses erreurs , s’il en commit.

« Il a été dit, nous le savons, qu’avant la seconde expédition de Vasco en l'année 1502 , on mit en discussion l’affaire des Indes et que la majorité du conseil, assemblé par le roi D. Manoel, témoigna sa répugnance pour la continuation de la conquête. On se rappelait que des treize navires qui étaient partis deux ans auparavant, quatre avaient été abîmés dans les profondeurs de la mer avec tous les hommes qu’ils portaient... On avait présents à la mémoire les trahisonsdu Zamorin, les périls, les travaux de toute espèce qui avaient assailli le navigateur portugais..... l’épuisement du royaume et de ses ressources, l’étendue des difficultés que présentait la conquête , le pouvoir des Maures et la haine qu’ils nous portaient : le vote contraire prévalut cependant, parce qu'il avait pour lui D. Manoel. Que ce soit une inspiration de Dieu , comme le veut Joâo de Barros , ou un motif moins sublime qui ait déterminé le roi à persévérer dans son entreprise, l’entreprise fut poursuivie aux applaudissements de ce peuple qui auparavant avait été prodigue de murmures contre les premiers travaux et les premières tentatives de l'infant D. Henrique (*). »

Il est sans doute difficile d’expliquer avec plus d'habileté qu’on ne l'a fait ici les causes de ce fatal aveuglement qui fit monter si haut les Portugais et qui fut sans aucun doute aussi la cause de

(*) Voy. A . d’OIiveyra Marrera : Joio de llarros, Luiz .Vendez de t’aseoncellag e o Cummercio du India. Article puhliudnns le Panorama , première aimée de la deuxieme série, p. 37u.

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leur chute rapide. L’écrivain distingué auquel nous avons emprunté ces considérations, le sait aussi bien que nous; outre les hommes dont il invoque le témoignage, il y eut dès le seizième siècle des écrivains moins passionnés

3ue Barros, et que l’expérience rendait éjà plus prévoyants que lui, dont la voix enseignait le peuple et le souverain, quand il était temps encore de s’arrêter ; à la tête d’eux tous peut-être, il faut mettre le vertueux évêque de Sylves, ce noble Osorio, qui se demande avec une éloquence si chrétienne depuis quand la religion est devenue une religion de cimeterre; puis viennent lesHeitor Pinto, les Couto : mais , comme le fait rernaruer aussi M. Marreca, le plus puissant ’eux tous , et le plus sagace dans ses arguments, c’est un écrivain ignoré de la France, et bien peu connu même de ses compatriotes, c’est ce Luiz Mendez de Vasconcellos, qui osa établir d’une manière si énergique dans sa concision , le résultat des immenses conquêtes dont la plus grande partie s’était passée sous ses yeux. Dans cette grande cause toute portugaise il importe de laisser parler les Portugais eux-mêmes : ici, un cri d’enthousiasme , plus loin un enseignement sévère; n’est-ce pas l’histoire de tous les peuples célèbres!

Dans l'œuvre de Vasconcellos, c’est un des artisans de la conquête, c’est Martim Affonso de Souza, que nous allons voir ligurer tout à l’heure, qui juge les découvertes comme Barros les a précédemment jugées. « Après tout, dit-il , la conquête des Indes ne nous pas donné des champs à ensemencer et des prairies où faire paître nos troupeaux; elle ne nous a pas fourni de laboureurs qui cultivassent nos terres, et, bien loin de là, elle nous retire ceux qui nous servaient à cet usage , car les uns, emportés par la cupidité, les autres enlevés par les nécessités de la guerre , nous laissent au dépourvu plus qu’il ne conviendrait.

Aussi ceux qui portent sur ce point les spéculations de leur esprit, disent-ils qu'il y a maintenant beaucoup plus de terres incultes qu’il n’y en avait jadis, et qu’on délaisse celles qui furent cultivées ; et d’ailleurs si cela pouvait être nié, nous verrions moins de forêts et beaucoup plus de terres arables, car, si

l’on ne mettait son espérance dans les choses de l'Inde, la population s’occuperait à coup sûr de ce qu’elle a sous la main, à ses portes ; il en est de même des autres industries. » Mais en voilà suffisamment sur ce point, pour que l’esprit du lecteur soit éclairé. Nous allons de nouveau tourner nos regards vers cet Orient, d’où venaient à la fois tant de causes de destruction et de prospérité : cette fois il y aura dans cette histoire un grand enseignement, et il nous viendra du plus desintéressé des héros : Joào de Castro va paraître; quelques mots sur son prédécesseur sont néanmoins indispensables ici.

MARTIM AFFONSO DE SOUZA. — On

dit qu’ Affonso de Souza, étant encore voisin de l’enfance, fut chargé par son père , le grand alcaïde de Braganee, de reconduire Gonçalve de Cordoue, qui l’était venu visiter, et qu’au moment de la séparation, l’illustre capitaine ayant voulu offrir une riche chaîne d’or au fils de son hôte, celui-ci lui demanda hardiment son épée. 11 l'obtint, elle ne le quitta plus, et nous verrons bientôt de quelle façon il en sut faire usage. Comme tous les héros de cet âge, Martim Affonso de Souza eut une valeur précoce , une science de la vie qu'on ne rencontre point au début d’une carrière. Après avoir fait ses etudes à Salamanque et s être marié, on le voit commander une Hotte dès l’année 1530, et il accomplit sur la côte du Brésil les exploits qui lui valent l’éloge de Camoens. Devenu l’un des donataires de ce pays , le fondateur de sa première colonie régulière, il ne l’abandonne qu’après avoir laissé des traces d’une sage administration et s’être assuré que l’introduction de la canne à sucre dans cette portion de l’Amérique méridionale sera une source presque inépuisable de richesses. Il devine pour l’avenir cette rapide prospérité agricole, que nul n’encourage avant lui. De retour à Lisbonne, il est nommé capitaine général de la mer des Indes, et c’est le 12 mars 1534 qu’il sort du Tage avec cinq navires pour se rendre dans le pays qui doit être le théâtre de sa gloire. La fin de l’année le trouve dans Goa,.et le gouverneur, D. Nuno da Cunha, lui remettant entre les mains le commandement des forces navales, lui donne

une flotte de quarante navires qu'il doit conduire contre Daman. Bientôt , dit un historien portugais , cette forteresse est atteinte et détruite (*).

Alfouso de Souza se trouvait à Chaul, quand le célèbre et infortuné sultan Bahdour, ayant quelque terreur des Mogols. dont il prévoyait l'envahissement inévitable, lui lit dire qu'il céderait un emplacement près de Diu pour y élever une forteresse , concession vive*ment désirée par les Portugais. Dans l'intention de prévenir une certaine inconstance de résolution, qu'il avait remarquée chez Bahdour, le grand capitaine se rend à l'instant à Diu, et il ne donne avis de ce voyage qu’au gouverneur des Indes : grâce au secret et à cette célérité admirable, tout réussit comme on l'avait prévu.... Quelques jours plus tard, un capitaine d'une incroyable témérité osait se jeter à peu près seul dans uu esquif, pour porter celte nouvelle au roi : nous dirons un peu plus tard l'histoire de Botelho Pereira.

Bahdour se prit d’un tel attachement pour Martim Affonso, qu’il n’hésita point à reclamer son secours et celui des Portugais contre des ennemis devenant chaque jour plus redoutables. Le gouverneur ayant présenté cette pro-

fiosition en conseil , le capitào mor fut epremier a l’appuyer, et Bahdour dut à la valeur aussi bien qu’à l'habileté de ce graud capitaine, le bonheur de n'ôtre pas anéanti par lesMogols, ou de ne pas devenir leur prisonnier.

Après s’étre élevé dans l’opinion des princes de l’Inde par cette intervention, Affonso de Souza alla anéantir la puissance des princes malahares dans l'île dcRepelim , qu’on mit au pillage; puis, ayant détruit et ravagé tous les lieux maritimes qui reconnaissaient le pouvoir du ràdjà de Calicut, il reçut àCociùm la nouvelle que le roi de Cota, vassal du Portugal, se trouvait dans une position difficile; il partit à l'instant pour Ceylan : sa présence, comme dit un historien, était déjà une aide suffisante, mais

<*) Voy. IVxoï'llent travail de M. Francisco AdoUodé Varnhagen, membre de l'Academie des sciences de Lisbonne; il précède un précieux volume intilulé : Dioria da iïarrrjacûo da Armada que foi à terra do lirasil etn IS30, $ob a rapitania mor de Martini Affonso de Souza. Lisboa , iH39, 1 vol. ln-8.

bientôt il tourna ses dispositions contre la flotte auxiliaire du Samori , qui fut mise en déroute après un rude combat.

Le capitaine général surveillait de nouveau la côte de Malabar, quand , sortant de Paname, son ennemi Pachi Marea le poursuivit jusqu'à Beadala. Là, connue le dit encore M. Adolfo Varnhagen, il obtint une victoire si décisive et lit un si grand butin , qu’il jugea à propos d'armer grand nombre de chevaliers. Nous ferons observer en passant que cette coutume de donner l’ordre de chevalerie sur un champ de bataille où l’on demeurait vainqueur ne fut abandonnée que très-tard par les Portugais. On voit dans Joâo de Barros que cette action d’éclat n'empécha point Martim Affonso de Souza de ae diriger fort à propos sur l’ile deCeylan et d’y secourir à temps le roi de Colombo, qui sut témoigner sa reconnaissance aux Portugais d’une façon vraiment magnifique. Affonso de Souza continuait ses exploits, et châtiait les pirates qui infestaient res mers, lorsqu’un avis de Nuno da Cunha le contraignit à revenirdans le port de Goa; l’armée des Turcs menaçait cette ville; mais, lorsque le capitào mor arriva dans la capitale des Indes portugaises, D. Nuno était remplacé par un vieillard, par D.GarciadeNoronha. L’attitude passive de ce dernier, qui ne voulait ni attaquer lui-même, ni prescrire l’ordre de combattre , donna du dégoût à Affonso de Souza : il retourna en conséquence à Lisbonne, où Joâo III lui lit un accueil bien capable sans doute de le dédommager des ennuis qu’il avait soufferts.

D. Garcia de Noronha était mort, et l’on ignorait encore cet événement en Portugal lorsque Jo5o III conféra secrètement au vainqueur de Pachi Marea la dignité future de vice-roi des Indes. Le pouvoir ne devait néanmoins lui appartenir que par voie de succession. Il ignorait meme qu’il pouvait entrer à son tour en possession de ce poste éminent, lorsqu’il partit le 7 avril 1541, à la tête d’une flottille composée de cinq navires. Comme on peut s’en assurer dans Luccna et dans Jorge Cardoso, ui entrent à ce sujet dans de curieux étails, ce fut durant cette expédition que les jésuites prirent possession du college

de Goa. Uii saint missionnaire , auquel il faut assigner un rang à part dans cette célèbre compagnie, François Xavier, partit pour les Indes en compagnie d’Affonso de Souza.

La flottille aborda à Mozambique, reçut la visite du roi de Melinde, fit aiguade à Socotora, et arriva dans le port de Goa le 6 mai 1542. Le fils du premier explorateur des Indes, Estevam da Gama, avait pris possession du gouvernement, parce qu’il était désigné comme le second successeur de Garcia de Noronha : il remit le pouvoir entre les mains du vrai titulaire; mais, bien u’il donnât quelques jours aux soins e l’administration, Affonso de Souza ne resta pas longtemps dans la capitale. Dès le mois d’octobre , la forteresse de Batecala était rasée par lui après une vive résistance. Malheureusement, et durant une autre expédition, il ne devait pas être aussi favorisé par la fortune , et la bataille de Tebilicare coûta bien cher aux Portugais.

Quoique sa flotte fût encore dans un état prospère et qu’il eût payé pour 45 contos (environ 281,250 ir.) de dettes anciennes, dès que les trois années de son gouvernement furent accomplis, Affonso de Souza sentit le besoin du repos. Malgré une certaine amélioration dans sa situation, l’Inde n’était déjà plus ce qu’elle était au temps des Almeiaa et des Albuquerque : en moins d’un demisiècle, la corruption des colons avait remplacé la rudesse impitoyable des premiers conquérants. C’est* ce mélange d’orgueil et de vénalité, cette habitude de pillage inutile et d’une destruction sans profit, qui frappent l’esprit au milieu de quelques beaux traits. L’Inde ap-

fielait un régénérateur lorsque Joào III e devina , en dépit de ses préventions personnelles. Avant d’aboraer le récit qui doit fermer pour ainsi dire cette grande période des conquêtes, exhumons quelques paroles séveres qui feront mieux comprendre la tâche qui échut au treizième gouverneur des Indes.

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