‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 44 sur 86 · PREMIER ÉTABLISSEMENT DES POR- TUGAIS A LA CHINE. — FONDXTION DE · texte numérisé non relu

PREMIER ÉTABLISSEMENT DES POR- TUGAIS A LA CHINE. — FONDXTION DE

macao. — On n’a en général que des documents fort vagues et très-incomplets sur les premiers établissements formés à la Chine par les Portugais. L’aventureux Fernand Mendez Pinto est à peu près le seul qui donne des détails précis sur leur arrivé dans ces régions : la colonie de Macao eut cela de particulier, qu’elle fut fondée à l’insu de la métropole, pour ainsi dire, et qu’elle vint demander d’elle-méme à la mère patrie les institutions qui la devaient régir.

Nous allons établir ces faits curieux, d’après un document dont on ne saurait contester la valeur, puisque nous l’extrairons des dernières représentations faites par les citoyens de Macao aux Cortès.

Les premiers établissements fondés par les commerçants portugais sur les côtes de la Chine, furent loin d’avoir un heureux résultat; et il faut surtout appliquer cette réflexion à la ville si florissante et si riche de Liampô , qui fut réduite en cendres, en moins de trois heures, et où périrent plusieurs centaines de Portugais (1542). Ce sinistre fut dd à la rapacité d'un magistrat, dont le nom est encore aujourd’hui maudit par ses corn* atriotes. Quelque temps après cette orrible catastrophe, les Portugais allèrent de nouveau tenter la fortune vers les lies qui bordent la côte, et ils obtinrent enfin du gouvernement chinois la permission de s’établir sur le rocher où a été fondé Macao. On commença dès 1557 à bâtir quelques pauvres habitations, ou, pour mieux dire, quelques cabanes, auxquelles succédèrent bientôt des maisons décentes, des églises et quelques édifices. Le rocher concédé

L’UNIVERS

par les Chinois avait vu s’élever peu à peu une ville importante, lorsqu'en 1565, les habitants résolurent de réclamer pour la colonie les privilèges appartenant aux autres cités du royaume, ainsi qu'aux États de l’Inde. En conséquence, ils élurent parmi eux un procureur et des vereadorts , et ils offrirent au souverain la ville nouvellement bâtie, en demandant pour elle à D. Duarte de Menezes, qui était alors vice-roi des Indes, le titre et les droits de cité. Selon les expressions formelles de Menezes, ces privilèges furent accordés au nouvel établissement, en considération de ce qu’il s’était fondé avec ses propres ressources : on le traita sur le pied de Cochim, qui jouissait alors de privilèges analogues à ceux d’Évora (*).

Parmi les incidents historiques se rattachant à Macao, on ne connaît guère en France que cette poétique tradition qui en fait le séjour de Camoens. (**) Il est juste de rappeler, néanmoins, que les habitants de cette ville se conduisirent plus d’une fois avec une rare énergie ; et , s’il nous était donné de suivre les établissements coloniaux portugais dans leurs phases diverses, nous dirions qu’assiégée en 1625 par dix-neuf navires de guerre hollandais , auxquels il faut joindredes forces considérables agissant du côté de terre, cette ville sut conserver son indépendance.

Plus de cinq cents Portugais périrent; et les fortifications, qu’on voit encore aujourd’hui, furent élevées par les prisonniers de guerre qu’on fit aux Hollandais, dans la journée du 23 juin 1622.

Il est bon de remarquer aussi qu’à cette époque les riches établissements de Malaca, de Ceylan et des Moluques, ne pouvaient point se glorifier d\me pareille résistance. Vingt ans plus tard, en 1642 , la ville de Macao apprit le réta-

C) Macao fut érigé en siège épiscopal dès le seizième siècle. Le premier prélal qui y résida fut un Jésuite nommé Bclcliior Carneiro. Le second evéque de la Chine s’appelait I). Léonardo de Sa, et fut sacré en 1577. Il avait également la charge spirituelle du Japon. Cardoso vante sa science et ses vertus.

(**) Voy. Y Auront Maeaensc , imprimée à Macao en 1844. Nous signalerons aussi aux curieux uu ouvrage intitulé : Memorias acervu de MncaUy par M. Jozé Joaquim d'Aquino Culmaraens e Freitas. Yoy. également M. Loumro.

blissement de la maison de Bragance sur le trône, et, sans attendre que l’impulsion lui vînt de Lisbonne ou de Goa, elle s’empara de la garnison espagnole et la transporta sans délai aux Philippines. Il nous serait facile de multiplier ces détails; mais nous sommes déjà bien loin de la période historique qu’il nous reste à traiter ; et nous nous contenteronsde direque la colonie portugaise a été fondée, dèsrorigine, sur un territoire tellement limité, qu’on le peut parcourir dans l’espace de deux heures.

Ce fut l’empereur Khang-hi à la munificence duquel on dut cette concession ; et il fut assez prudent pour qu’elle ne pût nuire, en aucune façon, à la population chinoise. Bâtie sur la pointe orientale de la presque île de Negao Meiiy la ville de Macao fut séparée, originairement, du territoire chinois par une ligne de démarcation, tracée sur une espèce d’isthme fort étroit, qui fait communiquer Negao-Men à la terre ferme; il fut convenu, dès le principe, que si les Chinois pouvaient entrer sur le territoire des Européens, toutes les fois que bon leur semblerait, les Euro-

Kéens n’auraient le droit de franchir la arrière que sous le bon plaisir de l’autorité. Ce qui était arrivé à Ceylan, à Malaca et à tant d’autres contrées, avait éclairé les habitants du céleste empire.

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