ORIGINE HISTORIQUE DE GOA, LA
ville indienne.— Il est fait mention our la première fois de cette ville célèredans l’ancienne histoire du Dekk’han par Ferichta en parlant du règne de Mujahid Schah , troisième empereur de la dynastie de Bhamani, qui commença à régner vers 1347. Goa y est considéré comme un port de mer, appartenant depuis près d’un siècle aux râdjàs de Bisnagar. Selon la tradition transmise aux Portugais par les indigènes, le brahmanisme était alors la seule religion professée dans Tissuary , nom primitif de cette île (*).
(*) Ces précieux détails sur l’origine de la métropole des Indes sont extraits d’un opuscule publié à Madras en l»3I , par un Français qui l’a écrit en anglais. Ce curieux volume est intitulé An hislorical Sketch oj Goa, by tbe laie rev. Denis L. Coltineau de Kloguen. Ce digne ecclésiastique, né à Nantes, mort à Karricalen 1810, a, dit-on, laissé une histoire des Indes écrite en français; elle a été recueillie sans doute par sea
En 1469, Malek al Tojar Khodja Jehan, premier ministre de Mahomet II , treizième empereur du Dekk’han de la dynastie de Bhamani, s’empara de file de Goa sur Humragi , régent de Bisnagar , qui gouvernait ce rovaume durant la minorité des fils de Severov.
Kishwer-khan avait été l’un des officiers qui s’étaient distingués le plus durant cette conquête; le souverain du Dekk’han lui en laissa le gouvernement; ce fut en vain que , trois ans après , Perkna, ràdjâ de Belgam, voulut s’emparer de nouveau de Me, il fut repoussé.
C’est à l’année 1479 qu’il faut faire remonter la construction de la cité de Goa sur l’emplacement qu’elle occupe aujourd’hui. Selon Antonio de Souza , Miguel Oum, persécuté par le râdjà d’Onor, mais protégé par le souverain du Dekk'han , vint a la tête de ses musulmans dans Me et y fonda Goa proprement dite. Le révérend Denys Cottineau de Kloguen affirme que l’ancienne cité était plus au centre de Me, dans le voisinage du rivage sud. Il ne reste plus de cette ville primitive que quelques misérables masures à proximité de l’église paroissiale de Saint- André, mais la colline est encore désignée sous la dénomination d’ancienne Goa, que les voyageurs ont improprement appliquée dans ces derniers temps à Goa elle-même ; la nouvelle cité, bâtie par les mahométans sur le rivage nord de Me opposé à celui de Divar, devint immédiatement une place florissante, grâce à l’excellence de son port; mais elle n’était pas d’une grande étendue. Nous ne suivrons pas dans ses diverses révolutions politiques Fhistoire de cette capitale déchue, nous nous contenterons de dire qu’à l’époque où Vasco da Gama arriva aux Indes, un juif polonais, qui se donnait pour un Italien, vint auprès de l’amiral, lui faire des offres de service en se disant le premier ministre du Sabaio, roi de Goa.
L’auteur oui nous sert ici de guide dit « qu’en admettant l’existence de ce juif, le personnage qu’il lui plut de désigner sous le titre de souverain de Goa n’était propablement autre que Maleck-Eia-al Moulk, vassal de l’empereur du Dekk’han
héritiers. Faisons des voeux pour que ce travail précieux , qui intéresse la gloire de la Bretagne , soit quelque jour publié.
ou bien Adel-schah , que les Portugais appellent Hidal-khan , et qui, s’étant déclaré, en 1 489, sultan de Visapour, reconnaissait la souveraineté de l’empereur désigné plus haut. » Ce qu’il y a de certain, c’est que ce chef mahométan avait une prédilection particulière pour Goa, et
2u’il y faisait fréquemment sa résidence.
>n a vu déjà comment Albuquerque parvint en 1510 à s’emparer de cette ville florissante. Adel-schah ou , si on l’aime mieux , Hidal-khan accourut et força la garnison chrétienne à s’embarquer ; mais Albuquerque se présenta de nouveau avec la flotte, et Goa devint à tout jamais la métropole de l’Inde portugaise.
La ville se couvrit immédiatement de magnifiques constructions, de vastes églises , de riches arsenaux ; on y battit monnaie; puis, en 1567, Antonio de Noronha l’entoura d’une vaste muraille, si bien qu’en l’année 1571, précisément deux ans après que le Camoens l’eut uittée, Goa était parvenue au plus haut egré de splendeur qu’elle pdt atteindre. Goa se trouvait naturellement défendue par sa position ; cependant ses fortifications naturelles laissaient malheureusement un passage libre, et l’espèce de gué que l’on nommait \e pas so de Gon * (iali pouvait être aisément traversé à la marée basse. Toutefois, un usage étrange, rapporté par le plus sincère des historiens portugais, avait fait de ce canal un lieu redoutable, que fuyaient également les musulmans et les chrétiens. Bien qu’elles fussent mêlées aux eaux de la mer, les eaux de ces marécages servaient , dit-on , de refuge à une foule de crocodiles, qui devenaient les terribles défenseurs de la cité. Une loi ordonnait que tous ceux qui étaient condamnés à mort par la justice fussent jetés dans ces lagunes , pour servir de pâture aux hôtes qu’elles renfermaient.
Ces crocodiles s’étaient si bien multipliés , leur férocité était devenue telle , que, soit terreur fondée, ou crainte imaginaire, les Maures n’osaient franchir le gué. La ville dès cette époque présentait un mouvement extraordinaire, et si l’on adopte le témoignaged’Albuquerque lui-même, si l’on s’en rapporte aux documents fournis par le vainqueur, Goa, tellequ’elle était au seizième siècle, remplaça une cité déjà importante par
L’UNIVERS
ses édifices. Le père Gottineau de Kloguen signale quelques restes sans importance qui ont pu appartenir à cette première période. Ce qu’il y a de certain, c’est qu'au temps de Joào III , les belles pagodes indiennes, les élégants minarets musulmans, avaient complètement disparu. Toute la splendeur de la capitale des Indes était empruntée aux souvenirs de l'Italie (*). Nous allons essayer de faire comprendre quel était l'aspect de cette magnifique cité de la renaissance, transplantée sous le ciel indien.