‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 47 sur 86 · LES CHRÉTIENS DE S A1NT-TIIOMÉ · texte numérisé non relu

LES CHRÉTIENS DE S A1NT-TIIOMÉ

(*) Le P. Jacorne Gonçalves, brahmane, ne dans nie de Divar , près Goa , se convertit h la religion chrétienne , et entra dans la congrégation de Saint-Philippe de Néri, de l’oratoire de Sanla-Cruz de Goa. Il devint missionnaire, et remplit cet apostolat a Ceuta pendant l’cspane de trente-trois ans. Il mourut eu >74-2, et U composa, entre autres ouvrage, le livre suivant :

HtfuUicOo das quatro Seitas , Paganismo , Mourisco , Judaivno e Calvinisme , ln-4® ms.

On peut comparer cet auteur hiudou avec le brahmane Ram-Mohun-Roy , qui a écrit également sur les matières philosophiques et theologiques. Leonardo Paez, né près de Goa en lûflu, et se prétendant descendant dps rois de Sargarpor. est dans le même cas. Il a laissé un livre prodigieusement curieux intitulé : Prompt u ariodas dc/lnicûe indiens, etc. Lisboa, 1713, ^

— SAINT FRANÇOIS XAVIER, SES VOYA- GES, SON INFLUENCE DURANT LA GUERRE CONTRE LE ROI d’aCHKM. — ENTRÉE AU JAPON. — PROJETS SUR LA CHINE. — MOBT DE L’APÔTRE DES

indes. — Jusqu’ici nous n’avons parlé que des conquêtes du sabre , ce sont en général les seules qui aient frappé les esprits et qu’on trouve citées dans les historiens. Il y en a d'autres cependant qui commencèrent avec le seizième siècle et qui exercèrent bientôt une immense influence (*). Dès 1530 on voit le P. Miguel Vaz, nommé vicaire général de Goa , étonner les conquérants par l’ardeur de son zèle; il vient à la tête de

filusieurs missionnaires , dont Cardoso ui-même ne nous a pas conservé les noms. S’il renverse les temples brahmaniques, il fonde le collège Je Goa , et va mourir à Chaul en 1548. Parmi les ecclésiastiques qui le secondent on nomme Diogo da Barba, qui arrive aux Indes en 1538 . Simào Vaz, qui subit le martyre dès 1535, et enfin ce Francisco Alvares, qui , après avoir échappé à de nombreuses blessures , parvient à Ternate et s’en va jusqu’en Abyssinie porter au prestreJean les paroles de paix du roi Emmanuel. Gaspar Coelho, qu’il faut mettre au nombre de ces premiers apôtres , alla se Axer à Méliapour; et ce fut laque le trouva, eu 1548, saint François Xavier. Ce fut sans doute à la source des traditions que Frey Gaspar s'initia complètement au schisme de ces sectateurs ignorés qui appartenaient au nestorianisme (**). S’il nous était donné de

<♦) Les premiers qui commencèrent celte mission appartenaient à l’ordre des capucins. En l’année 1 500, sept moines suivant la règle de Saint- François s’embarquèrent pour les régions nouvellement découvertes , mais l’histoire n’a conservé que !e nom du premier d’eutreeux, le vénérable Fr. Henrique de Coimbre. Trois de ces religieux moururent à Caifcut le 10 octobre, trente-trois Jours apres leur arrivée: les quatre autres eurent le même sort le 3 avril 1502. Poy. Cardoso, Agioloyio lusitano.

(’*) Les chrétiens de Saint-Thomas, que les Portugais trouvèrent établis à la eôte de Malabar, étaient désignés sous le nom de Thomistes. Ils appartenaient à la secte des chatdéensnestoriens. On suppose qu’ils pouvaient former en tout une population de vingt mille aines. Ils condamnaient les images et avaient en horreur la confession auriculaire. Ils prétendaient tenir leurs principes religieux de l'apôtre dont ils portaient le nom. La légende rapportée par Camoens avait été transmise par la tradition.

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nous étendre sur ces points curieux, nous aimerions à rappeler les croyances poétiques de ces peuples, les légendes u’ils conservaient précieusement, les rames dévots même qu’ils représentèrent devant les Portugais et qui constataient leurs souvenirs naïfs; tous ces détails nous entraîneraient hors du cadre que nous nous sommes imposé. Le véritable apôtre des Indes, celui que Rome revêtit de ce titre, ce fut François Xavier, l’austère religieux de la Navarre (*). Celui-là s’était fait une part immense dans le choix des empires, et néanmoins sa vie fut toute d’abnégation. On montre encore à Paris une tourelle qui va tomber, dit-on, et c'est là, au collège Sainte-Barbe, dans le quartier de la vieille université, que lui et Ignace de Loyola tinrent ces conciliabules mémorables à la suite desquels ils partirent. Ceci n’est qu’une tradition ; mais n’est-il pas curieux de voir cejésuite, élève de la

F. Aldxodc Menâtes, lits dueélébre vice-roi, a donné l'histoire de ces sectaires; elle a été traduite en français par Jean Baptiste de Glen, en 1609, sous* le titre de : .y esse des anciens chresticns dicts de Saint-Thomas en l'éviché d’ Angamal, es Indes orientales. La légende relative à saint Thomas est du reste fort répandue, et se lie essentiellement au mythe du Prêtre Jean , comme on peut le voir dans notre ouvrage intitulé : Le Monde enchanté. Nous nous contenterons de dire ici quelques mots sur le séjour de l'apôtre aux Indes. A l'époque où François Xavier parcourait ces contrées , il y avait quinze cents ans et plus que l’apôtre saint Thomas était venu prêcher la foi nouvelle dans l'antique cité de Catamma : c’élait le nom que portait alors Mèliapour, dont l'appellation moderne signifie, dit Joûo de Lucena, la ville semblable au paon. « Parce que, dit le vieil écrivain, comme ce volatile esl le plus beau entre les oiseaux, cette ville surpassait toutes les cites de l’Orient en prospérité et en beauté. * L’apôtre convertit fiagamo, souverain de ces contrées, ajoute-t-il, et son premier miracle consista à traîner de la mer sur le rivage une poutre de grosseur si démesurée, qu aucun éléphant ou aucune machine n’aurait pu en venir a bout; le second fut la résurrection d’un jeune enfant qu’un brahine parricide avait tué.

(•) François- Xavier s’appelait dans Je siècle, comme on disait alors , Francisco de Lasso y Xavier : c’est par erreur que la Biographie universelle donne à son père le nom de Jean Jysse ; celui-ci s’appelait Juan de Lasso, et tl s’était marié a dona Maria de Azpilcueta y Xavier; il était oydor du conseil royal de Navarre. Selon le vénérable Lécuy , rapôtre des Indes vint au monde le 7 avril 1506; mais JoAo de Lucena, si bien au fait de tout ce qui regarde ce personnage célèbre, place sa naissance vers l’année 1497, c’est-à-ilire à l’époque ou Vasco da Gama découvrait le chemin d« Indes.

vieille université de Paris, qui s'adjuge dans son activité dévorante et qui prend, à la charge de les convertir au christianisme, de vastes empires dont les noms lui sont à peu près inconnus? C'est en 1541 , après avoir visité Venise et Rome, que l’infatigable missionnaire commence son laborieux pèlerinage. Revêtu du titre de nonce apostolique, il est prêt à renoncer à cette charge chrétienne , si i’évêque de Goa ne consent pas à lui en laisser le titre , mais la mission est acceptée et l’œuvre commence. Ce n’est pas seulement dans la capitale des Indes portugaises que la parole réformatrice de Xavier se fait entendre : les riches habitants de Cevlan, les pauvres tribus de la côte de la Pêcherie, où se sont multipliés les misérablesparuaschez lesquels il faut reconnaître une race dégradée , les chrétiens égarés de Méliapour, le voient successivement apparaître , et dans toutes ces contrées sa prédication est féconde , au delà de ce que peuvent admettre les plus vives espérances. Partout aussi , on le voit dans les lettres de Xavier, le lieu où il a écouté religieusement les enseignements de l’université de Paris, est présent à sa pensée. Il y a des temps où le missionnaire, eniourédu respect des populations, se prend à regretter sa pauvre chamhred’écolier, il voudrait revoirpour quelques instants ces docteurs renommés dont la parole retentit encore à ses oreilles, alin de livrer à leurs prédications les empires de l’Orient. Il s’arrête cependant, car ses jours sont comptés, et il sait qu'on a déjà fondé à quelques lieues de Goa ce collège religieux de Saint-Paul où l’on voit réunis desCanarins,deshabitantsduDekk'han, des Malabares,des Chingulais, des Bengalis, des Pégouans, des Malais, des Javanais, des Chinois et enfin des Abyssins, réunion polyglotte, si l’on peut se servir de cette expression, d’où partiront des milliers de missionnaires en quête des âmes. Il y avait dans ce collège des contrées qui n’étaient pas représentées ou bien qui l’étaient à peine , et le père , maître François (c'est le nom qu’on lui donnait) s en allait les chercher à travers tous ies dangers des navigations les plus difficiles. A Malaca, la mission du prêtre navarrais n'est plus seule-

ment religieuse, elle est politique et militaire lorsqu'il s'agit ae renverser le pouvoir du roi d'Achem. Elle tient de tous ces caractères à Ternate, à Tidore, dans ces îles fécondes qui forment l’archipel des Moluques , et dont Galvào a si bien fait connaître les traits divers, en esquissant son précieux tableau. Rien ne peint mieux, du reste, l’influence prodigieuse de saint François Xavier sur ces terribles soldats de l'inde portugaise, qu’il catéchisait et qu’il moralisait, que la fameuse bataille livrée en 1546 aux forces réunies du roi d’Achem, dans les mers de Malaca.

Au commencement de l’action l’amiral portugais, D. Francisco d’Eça, rappela ce qu’on pouvait espérer de la présence du missionnaire; cette courte allocution, qui nous a été conservée, peint admirablement l’esprit de l’armée et surtout l’influence au religieux : « Il est en prières, s’écria l’amiral. Vous savez ce que valent ses oraisons , ses larmes , son âme enfin : c’est le fer, c’est le feu , c’est la mort frappant l’ennemi. • L’action s’engage, et au bout de quelques heures les nombreux navires du souverain d’Achem sont mis en déroute, quatre mille hommes de ses troupes d’élite périssent, et les Portugais n’ont à regretter que quatre combattants : ce fut après cette prodigieuse victoire que l’on vit commencer ces mémorables missions du Japon qui mirent tant de régions, inconnues jusqu’alors, en communication avec l’Europe. Comme la flotte de Malaca allait faire voile vers la côte de Malabar, un Japonais, auquel Joâo de Lucena donne le nom , sans doute fort altéré , d’Angero , parut pour la première fois devant Xavier. Ce premier catéchumène , amené presque miraculeusement à Malaca , appartenait à la noblesse et était doue d’une intelligence peu commune; il suivit l’apôtre des Indes à Cochin, à Goa , s’initia rapidement aux langues et même aux connaissances de l’Europe. Sous le nom de PatUo de Santa-fé il répandit parmi les Portugais les premières notions précises que l’on eût recueillies peut-être sur ces riches contrées (*) depuis les temps obscurs où

C) Dé» IMS . plusieurs commercants portugais avaient été poussés , par une <le ces humbles tempêtes qu'ou désigne sous le nom

17' livraison. (Pobtugal.)

Marco Polo peignait leur magnificence, en décrivant Cypango.

L’histoire si curieuse des missions du Japon ne se lie gue fort secondairement à notre sujet. Disons seulement qu’après avoir visité de nouveau Goa , François Xavier se rendit en compagnie de Paul de Santa-fé dans cette ville de Coguxima, qui était le lieu de naissance de son premier catéchumène et qui devint le théâtre de ses premières prédications. Malgré ces précieuses traductions de la doctrine chrétienne, qui avaient été curieusement élaborées par le Japonais converti , la mission fut a’abord bien peu féconde; elle le devint davantage lorsque l’apôtre des Indes, comprenant mieux le génie de ces peuples , les eut frappés à un second voyage par la magnificence du culte chrétien et par le luxe de ses ornements sacerdotaux. Ces âpres sectateurs du bouddhisme ne suffisaient plus aux désirs du missionnaire; il lui fallait conquérir spirituellement le vaste empire d’où ils tiraient leur doctrine et une partie de leur civilisation. Xavier, en un mot, prétendit convertir l’empire de la Chine.

Mais là durent s’arrêter les immenses travaux de l’apôtre. C’est dans Fernand Mendez Pinto, dans ce curieux voyageur, si exact quelquefois , et si mal à propos calomnié par ledix-huitième siècle, qu’il faut lire le récit des dégoûts dont fut abreuvé François Xavier durant les derniers jours qu'il passa au milieu des populations orientales. Repoussé définitivement de la Chine, il mourut à Sancian en 1552, et il y fut enterré. Mais on le tira bientôt de "la modeste tombe qu’on lui avait creusée sur cette plage inhospitalière, et la translationdeses cendresdans la cathédralede Goa fut, au bout de quelques mois, l’objet d’une pompe solennelle dont la magnificence inouïe contrastait étrangement sans doute avec les habitudes de rigide pauvreté que l’apôtre s’était imposées.

On peut (lire que François Xavier est le fondateur des missions lointaines

de Typhon, ver» le* Ile» du Japon. Galvllo et Joâo de l.ueena nous ont conservé quelque» delails à ce sujet : ce* trois premiers explorateurs se nommaient Antonio <la Muta , Francisco Zairooto, et Antonio Peixoto. Il* se rendaient de Siam a la Chine, lorsque l'événement en question eut lieu.

L’UNIVERS

ui ont excité si vivement l’admiration « dix-septième siècle. Lorsqu’on lit attentivement le beau livre de Joào de Lucena, dont le titre n’est pas même rappelédans la Biographieuniverselle(*), on voit que la pensée; active de l’apôtre avait pourvu avec une incroyable prévoyance à tous les besoins spirituels de l’Orient. Plus d’un doute peut bien rester sur le chiffre prodigieux des conversions faites par François Xavier à Ceylan, à Saint-Thoiné et sur la côte de la Pêcherie » nul doute ne peut être conçu relativement au zèle sincère qui l’anima. Les successeurs du missionnaire navarrais furent innombrables; le livre si détaillé de Cardoso confirme par mille détails ignorés ce qu'on lit dans Barros et dans Lucena : les religieux voyageurs

Ïu’envoyait presque annuellement le ortugal allèrent peut-être encore plus loin que les intrépides soldats des Allmquerq ue et des J oào de Castro : les côtes de la Guinée et du Congo, les déserts du Monomotapa, les solitudes ignorées du Mato-Grosso et du Para, les virent, aussi bien que les empires florissants de la mer Rouge, de l’Hindoustan et des mers de la Chine. Dès l’année 1506, comme on l’a vu, Madagascar avait été visité par Fernand Soarès, qui lui avait imposé le nom de San-Lourenço. Cette île, qui excite aujourd’hui à si juste titre l’intérêt de la France, cette contrée dont M. de Froberville doit nous faire connaître incessamment les immenses ressources, fut explorée jadis scientifiquement par les missionnaires portugais. Une carte précieuse , donnée par M. de Laverdant à la fin de son intéressant ouvrage, rétablit aujourd'hui la réalité de nos connaissances géographiques sur l’intérieur de ietteîle, et l’on voit clairement combien elles sont incomplètes. Avant l’habile et intrépide Flacourt, les Portugais avaient peut-être essayé d’explorer quelques-unes de ces

(*) Nous rétablissons l’indication de cette source précieuse : Historia da vida do Padre Francisco de Xavier, composta pelo padre Jodode Lucena, Lisboa, 1600, I vol. io-folio. La lecture de cet ouvrage, vraiment classique par le style, eût évité plus d’uue erreur ou d'une omission au vénérable auteur de l'article de la Biographie, qui fait transporter, par exemple, les ossements du saint à Meaco au Japon, tandis qu'ils furent apportés d’abord à Malacca.

terres inconnues, qui promettent tout à la science, et que peut vivifier l’industrie. Tout ce qui a rapport à l’île de San- Lourenço ou, si on l’aime mieux, à Madagascar, a aujourd’hui un si grand intérêt pour la France , que nous ne saurions passer sous silence l’œuvre encore manuscrite de Paulo Rodriguez da Costa. Cet homme instruit avait été choisi par le vice-roi des Indes, D. Jeronymo de Azevedo, pour s’informer avec détail de la statistique complète de l’île célèbre que nous venons de nommer. Il devait voir en même temps s’il y restait quelques vestiges de l’ancienne occupation portugaise. Rodriguez da Costa partit en qualité de capitaine d’une caravelle, et arriva à Madagascar vers le milieu du mois d’avril 1613. Il explora soigneusement le pays; tout dans cette entreprise ne fut pas perdu pour la science, et, comme le fait très-bien observer la Bibliothèque lusitanienne , Faria e Souza rend longuement compte de ce voyage (*).

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