IL VÉCUT PAUVRE ET MISÉRABLEMENT ET MOURUT DE MEME
Année de mdlxxix.
Le tremblement de terre de 1755 détruisit de fond en comble l'église de Santa-Anna , la tombe du poète disparut sous les décombres , et nul monument ne l’a remplacé depuis (*) ; mais il faut dire avec un vieil écrivain qui avait pour l’auteur des Lusiades une sorte de culte :
No pende de artiflcio de piedras su memoria !
En donnant cette notice, on a eu surtout un but : c’était de faire comprendre comment, à travers les vicissitudes d’une vie sans cesse agitée , Camoens a poursuivi sa carrière, isolé des poètes qui vivaient en même temps que fui; libre , en quelque façon, de toute doctrine littéraire; trouvant sa force dans sa propre puissance, mais n’exerçant, pour ainsi dire , aucune action sur ses contemporains. Ceci, nous le croyons, ressort de quelques faits et de quelques datesrassemblésconsciencieusement.On a dit longtemps que Luiz de Camoens représentait à lui seul toute la poésie portugaise ; c’est même un préjuge reçu encore d’une manière assez générale.
Cet axiome littéraire , qui n’en a jamais été un pour les Portugais , a été combattu d'une manière victorieuse ; mais il est vrai dans un sens : l’auteur des Lusiades , qui marche toujours à part ,
(*) Les Portugais songent maintenant, dit-on, à élever un monument national au poète ; et comme si l’appel avait été entendu, lesétran-
f-ers s’unissent à eux pour réparer une grande njuslice. Ainsi, tandis que M. Francisco de Assis soumet à ses compatriotes un projet dont on vante le mérite, mais sur lequel nous ne pouvons nous prononcer, M. de Cbalayc, l’ancien vice-consul de France à Macao, expédie pour celle ville un buste en bronze du à l'habile ciseau de M. Jules üroz, et reproduisant dans toute sa dignité la noble ligure du poète : il n’est pas hors de propos de faire remarquer que l’eftigie de Camoens, reproduite par Severim de Faria, a été gravée d’après un portrait authentique.
mais qui finit par dominer toute la poésie du seizième siècle, peut être aisément séparé des autres écrivains de la Péninsule, qui sont l’honneur de leur temps. Il a d’ailleurs une gloire qu’on ne saurait lui contester : « II a su créer en Portugal , comme on Ta dit , avec une grande précision et une grande vérité, la langue épique. L’esprit moderne associé dans l’épopée à la forme antique , tel fut le monde qu’il chercha , et il ne mourut passans l’avoir trouvé. »
Notre intention ne saurait être d’entrer dans l’examen critique des Lusiades: depuis Voltaire jusqu’à notre époque les longues dissertations sur ce poème n’ont pas manqué; comme cela devait être, il a été exalté et déprécié outre mesure; et , si Ton a épuise à son égard les formules de l’admiration , on a dit tout ce qu’il y avait à dire sur quelques taches faciles à remarquer dans l’ensemble de cette vaste composition , et surtout sur le genre de merveilleux dont le poète a fait usage. Rappeler ici ce qui a été répété tant de fois sur l’intervention des divinités de l’Olympe dans un sujet essentiellement chrétien, ce serait tomber dans un lieu commun que nous voulons éviter. Pour juger le poète portugais, la critique du dernier siècle ne s’est enquise chez nous , ni des temps ni des lieux. Elle a oublié qu’il y avait dans la poésie , comme dans la peinture, une époque de renaissance qui, pour avoir convié tous les dieux au triomphe de la foi chrétieune, n’en était pas moins une grande époque. Le peuple intelligent pour lequel les Lusiades avaient été composées, ne s’est pas préoccupé un seul instant de cette étrange alliance; il n'a pas hésité dans son admiration : avec les nobles récits qu’on lui adressait il a accepté le langage des faux dieux u’on faisait parler. Les hommes lettrés e tous les pays ont pu balancer dans le jugement qu’ils avaient à prononcer sur les Lusiades ; lui , il ne s’est pas mépris urynoment,il a reconnu Camoens a sa voix divine, il a vu qu’un grand poète lui était né; et, durant cette vie si malheureuse, il l'a salué avec amour.
Mais pour cela , voyez ce qu'avait fait Luizde Camoens, consultez encore un vieil écrivain. 11 n’y avait pas plus de soixante-douze ans que VascodaGama
avait accompli son étonnante entreprise, nous dit Manoel de Faria, la tradition n’avait, pour ainsi dire, rien conservé chez le peuple de ce qui avait été accompli si miraculeusement; ni Jean de Barros , avec le prestige de son style , ni Fernand Lopez de Castanheda avec son enthousiasme * n’avaient suffi pour populariser le souvenir de ces victoires.
« Les Lusiades parurent, et le bruit de ces actions prodigieuses remplit le monde ; ces palmes presque desséchées reverdirent! »
Quatre-vingts ans plus tard, au dernier siège de Colombo, au temps où les Portugais ne vivaient déjà plus dans l’Inde que par ces grands souvenirs, les soldats chantaient, dit-on, sur la brèche les belles octaves des Lusiades.
Selon nous, ce sont de tels faits qui disent ce que vaut un poème.
LE CARDINAL ROI ; SON ÉDUCATION; SES PRINCIPES COMME GRAND INQUI- SITEUR. — MARIAGE PROPOSÉ ET RE- JETÉ AUSSITOT. — DÉCLARATION
d’une régence. — Le royaume tout guerrier du Portugal tombait de droit entre les mains d’un prêtre. Leitfiod’ Andrada nous raconte que ce fut lui le premier qui songea àécrire au royaume; et que sa triste missive, parvenant au cardinal, lui apprit qu’ilétaitroi. Disons quelques mots de ce dévot personnage , qui succédait d’une façon si étrange à Manoel et à Joâo III.
Le cardinal don Henrique était né le 31 janvier 151 2 ; il avait, par conséquent, soixante-six ans , lorsqu il monta sur le trône : ainsi que Barbosa aime à le faire remarquer, un vaste tapis de neige couvrait les campagnes de Lisbonne, lorsque dona Maria , la seconde épouse de Manoel, le mit au monde; et cette circonstance, assez rareen Portugal, fut considérée, ajoute le biographe, comme un présage de la pureté et surtout de la candeur que manifesterait par la suite le troisième fils du roi. Nous en conviendrons , l’éloge peut semblerquelque peu étrange, s’appliquant à un prince vivant ou milieu d’une des cours les plus fastueuses de l’Europe, et réservé d’ailleurs à devenir grand inquisiteur. Don Henrjgue fut destiné dès sa naissance à entrer dans l’église; l’humaniste par excellence du siècle, lvlénardt, fut ap-
L’UNIVERS
fielc du Brabant pour enseigner les beles-lettres au frère de Joâo III; et il a consigné, dans une suite de lettres pleines de charme, la pure félicité qu’il goûta à demeurer près de son royal élève, au centre d’une nouvelle Athènes, comme il lui plaisait d’appeler un peu pompeusement Évora. Les dignités ecclésiastiques vinrent trouver de bonne heure le jeune prince ; il fut évéque au sortir de l’adolescence, et grand inquisiteur dès 1539 , c’est-à-dire bien peu de temps après l’institution du saint-office. Dou Henrique n’avait intérieurement nulle cruauté; on ne saurait lui reprocher aucun de ces actes fanatiques inhérents aux temps et aux lieux; il ne s’en tint pas néanmoins purement et simplement a l’exercice de ses fonctions, et il établit le redoutable tribunal dans des villes où il ne s’était pas fait encore redouter : Coimbre, et plus tard Goa , en offrirent la preuve. Paul III revêtit le royal évêque de la dignité de cardinal, en 1545 ; et il faut ajouter qu’il acquit bientôt une assez grande réputation de science et de vertu pour qu’on songeât à lui offrir la tiare, lorsque le pontife que nous venons de nommer vint à mourir. Ses partisans échouèrent alors; mais, par un enchaînement de circonstances fatales, le trône auquel il ne devait pas prétendre, était réservé à don Henrique. Un prince qui avait eu pour maître de mathématiques le célèbre Pedro Nunez (*), et auquel le vertueux ami de Vasée avait enseigné le grec et le latin, ne pouvait certainement pas être un souverain privé d'instruction. L’homme qui avait su choisir pour amis, saint Charles Borromée, l’évêque de Sylves et le cardinal Sadolet, ne devait pas être privé de qualités précieuses; il n’avait pas celles d’un roi. Aussitôt la nouvelle reçue du désastre d’Alcaçar, dou Henrique quitta le couvent d’Alcobaça, où il s’était retiré, et vint se faire sacrer le 28 août 1578. Un écrivain, que nous voudrions voir mieux connu et surtout plus apprécié, Auguste Le savant cosmographe se platt à rap-
Gler les progrès que son royal élève avait ts dans les sciences exactes; et il énumère , dans une lettre , datée de IMI, tous les livres qu’il avait lus sur cette matière; les Eléments «fEuclide, le Traité de la Sphère, la Mécanique d’Aristote, etc., figurent dans cette nomenclature. Barbota Machado renferme une longue liste des œuvres théologiques du cardiual roi.
tin de Liano, a parfaitement caractérisé le règne si court de ce monarque qui , il faut le dire avant tout pour être juste, doit trouver dans son âge avancé, et principalement dans l’état de faiblesse où l’avait jeté une santé déplorable (*), quelques excuses à ces hésitations d’où résulta la ruine du pays. « Le règne de ce prêtre, dit l’historienespagnol, ne fut qu'une espèce de pénible et humiliante agonie pour ce grand peuple. La plus glorieuse partie de ce régné passager et obscur fut celle où Henrique s’occupa de racheter le corps de don Sébastien et l’armée de chrétiens que ce prince avait livrée à une dure captivité. Dès que ces touchants devoirs furent remplis, Henrique ne sut faire autre chose qu’accabler l’État de maux inséparables du gouvernement d’un homme faible à une époque critique. On calomnie ce monarquedans la Biographie universelle, quand on le présente comme « indifférent sur les troubles qui menaçaient le royaume, u Mais les scrupules du bon vieillard, ses accès d’une rigueur inconstante et sans dan, ne furent pas des maux moins ’unestes à la nation portugaise que ne ’aurait été l'indifférence... Cependant, les cortès le pressèrent de penser à désigner son successeur, et une partie de l’armée voulut qu’il s’en donnât un en se mariant. Henrique eut l'air d’entrer dans toutes ces vues, et, dès ce moment, il se donna assez de ridicules.
Malgré l’improbation de son ami saint Charles Borromée, il fit des instances auprès du pape Grégoire XIII , pour en obtenir la permission de se marier. Paria e Souza prétend que le bon vieillard se fit envoyer le portrait- de Catherine de Médicis; mais cet indécent empressement ne s’accorde guère avec l’idée que l’histoire nous donne de ce pieux
(*) Dans un opuscule fort rare, que Liano ne semble pas avoir connu, on trouve ces détails sur l’état de marasme ou était plongé le cardinal avant de monter sur le trône. « Faleludo praterea tam deplorata, ut lacté humano coactusjucrit ali,(/uod inmdrcorem et tnarasminn iucidisset. « Yoy. De vera regum Portuqalia: Gencalogia. Duàrte Nunez de Leâo, qui donne ces détails, était parfaitement a même de se les procurer ; il ajoute que, malgré cet état de faiblesse, le cardinal, devenu roi, ne cessa pas de dire la messe, toutes les fois que sa santé le lui permettait, dans une chapelle particulière : in privai o sacello.
évoque et roi , idée à laquelle, les écrits de Henriqueet un témoin aussi respectable que le grand moraliste dominicain, Louis de Grenade , donnent un haut degré de certitude.
« Le grand âge et les inllrmités de Henrique firent présumer qu'il ne garderait pas longtemps le trône; ainsi le bon vieillard ne tarda pas à se voir obsédé par des hommes qui, indifférents sur la durée de sa vie, ne pensaient qu'à ce que l’on avait à faire après sa mort.
D’abord Philippe II, roi d’Espagne, fils de l’impératrice Élisabeth, seconde fille du roi Emmanuel, ne faisait pas un mystère de ses intentions; et la nation portugaise se voyait menacée du danger dont deux siècles auparavant , en 1383 , lors de la mort du roi Ferdinand, elle avait été délivrée par Jean l*r, Muno Alvarez Pereira et Jean das Regras, trois grands hommes de ceux qui illustrent le plus ses annales : elle craignit de devenir, ce qu elle devint en effet , le domaine d'un roi de Castille. »
Les autres prétendants à la couronne étaient nombreux : il fallait compter Catherine de Médicis , la grande Élisabeth d'Angleterre , Emmanuel-Philibert, ducde Savoie; Catherine, duchesse de Bragance; don Antonio, prieur do Crato (*) ; et surtout Ranuce , prince héréditaire de Parme. Ce dernier prétendant , le moins appuyé de tous peutêtre , était aux yeux des généalogistes celui qui présentait les droits les plus réels (**) : hâtons-nous de le dire, cependant, le prince qui avait les sympatuies de la nation, était allé les conquérir sur le champ de bataille et vivait parmi les Portugais; moins heureux que Jean I", il était illégitime comme lui ; et , pour faire triompher ses droits , i! ne lui fallait peut-être qu’un second Alvarez Pereira.
Prisonnier des Maures , à la bataille
<*) Le prieur do Crato était fils de Tintant don Luiz ( et par conséquent petit-fils d'Emmanuel >; U l’avait eu de Violante Cornes, surnommée ta Pelicana , — dame humilie par la naissance, niais d’une rare beauté, dit Castro, et qui mourut professe dans le monastère d’Almoster.
(**) « llétait, par sa mère, petit-ülsdeDuarte et le seul prince qui, parmi les lits du roi Emmanuel, eût laissé de fa postérité masculine légitime. Ranuce, ué eu 1569, était alors un enfant de neuf ans; et son pi re accordait aux Portugais de l’élever selon leurs usages et dans leurs maximes. » ( Liaüo. )
d’ Alcaçar, don Antonio, prieurdoCrato, avait dû a son courage et à sa circonspection la possibilitéde revoir I.isbonne. A u milieu de ces réfugiés musulmans qui avaient abandonné Grenade et qui connaissaient si bien les intérêts des princes de l’Europe, ainsi que leurs prétentions , il avait su cacher sa naissance et s’était fait racheter comme les autres captifs sans grever le royaume de sacrifices exorbitants. Durant les premiers temps de son séjour à Lisbonne , don Antonio s’était vu accueilli avec bienveillance , et le cardinal roi n’avait pas craint de lui donner publiquement le titre de neveu. Néanmoins, des suggestions perfides, venues probablement de l’Espagne, n’avaient pas tardé à changer les dispositions et jusqu'au langage du faible monarque. Dans un précieux mémoire, qui semble avoir échappé jusqu’à ce jour aux investigations des historiens, ou ie voit se plaindre de ce que ce titre de neveu, dont le prieur prétend se prévaloir, a été arraché à ses souvenirs, surpris pour ainsi dire à sa religion , sans qu’il en soupçonnât toute l’importance politique (*). Sou style devient sévère, intolérant, à l’égard de don Antonio, qui n’était pas à coup sûr un homme éminent, mais qu’on ne pouvait ranger néanmoins parmi ces princes égoïstes, dont l’ambition devait ensanglanter le pays; il oubliait que le prétendant était’fils d’un prince qu’on avait surnommé les Délices du Portugal; le peuple se le rappelait et ne «rainait pas d’opposer le nom de l’infant on I.uizaux prêt entions dos étrangers.
Vaincu par les instances des grands, le roi cardinal convoqua les cortès , le 11 avril 1579. Mais, s’il y cita tous les princes qui manifestaient leurs prétententions, s’il nomma un tribunal chargé d’examiner après sa mort les droits que chacun d’eux allég ait pour gagner un trône, ii ne sut pas , par un dernier effort d’énergie, se choisir immédiatement le successeur que le peuple attendait de lui; il pouvait au moins désigner secrètement celui qu’il jugeait le plus digne; le silence sur ce choix lui était permis; la vieille haine que les Portugais gardaient à la Castille, lui était un sür ga-
(*l Manuscrit de ta Bibliothèque du roi , sous len° 10,241,1. s. -c.
I/UNTVERS.
rant que son testament politique serait ratifie; il ne sut ou il n'osa rien faire, et tout resta d'abord en suspens. i Ces incertitudes néanmoins ne durèrent pas longtemps. Les discussions orageusesqui s elevèrentdurant la tenuedes cortès , entre le duc de Bragance et le
firieur do Crato, i rritèrent le vieux roi, et ui firent prendreunerésolution opposée à toutes les sympathies nationales. Après avoir exilé de la cour le fils de D. Luiz , qui n’en continua pas moins ses agitations, le cardinal transporta les cortès à Almeirim ; cet acte déplorable eut lieu le 11 janvier 1580. Henrique fuyait, disait-on, la peste qui sévissait à Lisbonne : en réalité, il obéissait déjà aux instigations du monarque espagnol ; « et , surle-champ, nous dit l auteur du Répertoire , il communiqua aux cortès le projet de faire une capitulation entre Philippe et le royaume, comme le seul expédient pour sauver la nation portugaise de la violence des armes de Castille; pour maintenir la tranquillité publique, menacée d’une guerre civile par les partis de la duchesse de Bragance et de D. Antoine, et pourobtenirde Philippe des conditions avantageuses à la nation entière et à chacun de ses trois ordres. Le clergé, sûr de son fait, donna d’abord son consentement; la noblesse, quoique après de longs débats, accepta aussi le projet; mais les représentants du peuple résistèrent à toutes les séductions et à toutes les terreurs pour suivre d’abord les sentiments que l’orgueil national fait toujours naître... Ces tiers Portugais rejetèrent unanimement le projet de leur roi; et Phœbus Moniz, qui était à leur tète , conjura Henrique de se donner un successeur portugais , quel qu’il fût. L’opiniâtre vieillard n'ayant pas voulu se rendre à ce vœu de son peuple, les courageux députés de ce même peuple déclarèrent franchement qu’ils croyaient avoir seuls le droit d’élire un roi, quand le trône serait vacant. Cependant, les lois sévères de l'histoire doivent nous empêcher d’admirer sans restriction ce trait de fermeté et de patriotisme. Les agents de D. Antoine etde la duchesse de Bragance avaient trop remué les passions. (*) »
(*) Augustin I.lailo, Répertoire portallt de rHistoire d'Espagne et de Portugal, 1. a, p. &0d.
Ce que l’austère écrivain semble ignorer et ce qui eilt peut-être modifié ici son langage , c'est que la résistance était au sein même du peuple, au fond de ces cœurs qui vivaient des souvenirs d’une gloire passée , et qui se sentaient prêts a faire le sacrifice de leur existence pour relever encore le principe de la nationalité. Chez ces Portugais à l’âme sincère, la vieille indépendance du pays était devenue presque une religion. Si le prieur do Crato et si la duchesse de Bragance avaient agité les passions, quelquefois en sens contraire , leurs prétentions, après tout, reposaient sur une base légitime. Philippe poursuivait son dessein, il corrompait, mais il n’agitait point. Le peuple le savait, et il 11e pouvait déjà plus se méprendre sur la position des partis.