DE QUELQUES GRANDS SEIGNEURS
— L'archevêque de Braga appartenait à l'une des premières familles au royaume; mais, bien qu’il eût fait partie du gouvernement provisoire, il ne s’était jamais rallié sincèrement aux amis de l’indépendance nationale. Lorsque la duchesse de Mantoue avait reçu l’invitation expresse de sortir du royaume, il l’avait accompagnée jusqu’à la frontière. Il conçut bientôt la funeste pensée de rétablir en Portugal le gouvernement quelle représentait : c'était un homme ardent, énergique et doué d'une certaine éloquence; il fit passer ses convictions politiques dans l’esprit de plusieurs prélats, parmi lesauels se trouvait le grand inquisiteur. En s’adressant à quelques seigneurs mécontents, notamment au marquis de ViIla-Real, au duc de Caminlia et au comte d’Armamar, il était sûr de trouver des adhérents. O qu’il veut déplus odieux dans cette affaire, c'est qu'une foule de réticences et de demi-confidences compromirent des innocents et notamment lo noble Mathias d’Albuquerque, qui expia par une longue détention ce déplorable malentendu.
L’archevêque de Braga avait affaire à des gens qui se connaissaient en conspiration, ils venaient de passer par cette voie périlleuse et ils s’eu étaient tirés en
maîtres. Tout fut découvert, mais le peuple resta sans pitié pour des hommes qui avaient été sans patriotisme.
Le récit que le comte d’Ericeira nous a laissé de cette misérable affaire , contraste avec celle qu’il vient de raconter, et l’on se sent, comme le peuple, privé de toute commisération pour des ambitieux qui livraient leur pays à l'étranger. Ces conspirateurs novices écrivirent au roi et firent l’aveu de leur crime; leur correspondance n’eut d’autre effet
?|ue de simplifier la procédure. L’échaaudsedressa pour la première fois sous le règne de Braganee, et ce fut pour voir tomber la tête du duc de Caininha et celles de trois autres grands seigneurs, parmi lesquels se trouvait Villa-Real, qui descendait du sang des rois. Unecirconstancc étrange, dernière marque de la féodalité expirante, marqua ces exécutions : des degrés plus ou moins élevés exhaussaient les sièges aue devaient occuper les victimes de l’archevêque de Braga, et, comme le fait remarquer un historien, ou ne laissa pas même à l’échafaud son privilège le moins contesté. Les ecclésiastiques ne furent pas donnés en spectacle au peu.
• pie, mais ils expièrent leur crime en prison. On a prétendu que l’archevêque de Braga avait été secrètement empoisonné; ce qu’il ya de certain, c’est qu’il sembla avoir un sentiment profond de sa faute et qu’il ordonna qu’on l’enterrât sous le porche de quelque église, sans qu’un seul mot rappelât aux Portugais une mémoire qu'ils avaient bien le droit de detester. Le grand inquisiteur fut plus heureux, soit que les fonctions dont il avait été revêtu jadis ie protégeassent, soit qu’on eût reconnu bien réellement des circonstances atténuantes; après deux ans de détention il fut rendu à sa famille et réintégré dans ses biens.
EMPRISONNEMENT DE L'iNFANT DON