‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 61 sur 86 · MUNSTER.— BATAILLE DE MONTIJO · texte numérisé non relu

MUNSTER.— BATAILLE DE MONTIJO

Tous ces faits et bien d'autres encore prouvent que l'Espagne, qui se préparait à l'agression, ne reculerait devant aucun des moyens secrets qu’employait la politique tortueuse d'un ministre sans grandeur. Dès l’année 1642, un frerede Joâo IV, l’infortuné donDuarte,

se voyait privé de la liberté au mépris dû droit des gens. Comme un autre grand prince portugais du quinziéme sieele, il était allé offrir ses services à la Hongrie, et sa capacité, que redoutait peut-être l’Espagne, le rendit l’objet d un affreux marché : par une odieuse convention, signée, dit-on, à Vienne le 25 juiu de cette aunée, le roi de Hongrie livrait son hôte moyennant 40,000 rixdalers. Francisco de Mclo, gouverneur des armées de Flandre , don Manoel de Moura Corte Real, ambassadeur de Castille en Allemagne, se rendaient complices d’une politique sans dignité; et le frere d'un roi , que reconnaissait la France, allait périr dans un cachot (*).

Ce n’élait pas sans de grandes raisons que le cabinet de Madrid s’était décidé à user de son influence pour consommer cette action déloyale. Dans la position où il se trouvait, don Duarte, mis à la tête des armées portugaises, pouvait être redouté (**)• En effet, ni l’influence de la France ni les démarches secondaires de la Suède , ni les efforts constants de ce P. Vieira, que les Portugais n’ont jamais hésité à placer au rang de leurs hommes de génie, ne devaient réussir à faire comprendre le Portugal dans le traité de Munster, et la guerre menaçait de s’éterniser dans la Péninsule. A’défaut d’un prince capable de diriger une armée, ce fut un général qui avait fait ses preuves durant les guerres de l’Amérique que l'on opposa d’abord aux Espagnols; Mathias d’Albuquerque, nomme gou-

(*) Voyez sur cet odieux traité uo livre devenu assez rare et intitule : Elfirincipe vend alu, 1 013. Il y a en tète un portrait de don Iluarle de Dragance, et le titre lutine de l'ouvrage est une curiosité historique.

I**} (j* frère de Jean IV , ce prince infortuné qui péril dans la tour de Hoqueta près de Milan, et qui se vil enlever sa liberté, au mépris de toutes les luis, était homme de guerre expérimenté et poète habite. Emprisonné en ! 01 i , traîné de forteresse en lomresse pour complaire au roi d'Espagne, il muurut âgé de quarante-quatre ans, a la même époque que Pinto Rfbeiro. On a publié sous le nom de sun secrétaire. Joào Bautisla de Leon, des poésies diverses imprimées a Milan. C'était un homme d'une instruction peu commune et il a laissé en manuscrit plusieurs ouvrages de stratégie. Le» diverses circonstances de son emprisonnement ont été minutieusement racontées, et elles forment dans l'histoire de celle période uu épisode du plus haut intérêt, f'oy. le livre dlé plus haut.

vrrneur militaire de l’Alem-Tejo des 1640, remporta, le 26 mai 1644, la bataille célèbre de Montijo, qui consolida «ertainement la maison de Bragance sur le trône. Dans cette journée, livrée non loin de Badaioz, où les Espagnols étaient commandés par le baron de Molinguem, ils se. virent contraints à rétrograder jusqu’à Talavera : quoique supérieurs en nombre aux Portugais, ils perdirent dix-sept cents hommes avec toute leur artillerie.

La bataille de Montijo exerça une influence remarquable sur un pays qui se glorifiait d’avoir recouvré ses institutions, mais qui mettait encore en doute peut-être la possibilité de se maintenir au rang des peuples indépendants. Les deux nations eurent alors la mesure de leur pouvoir et surtout celle de leur persévérance : l’époque de la paix définitive put encore être reculée, on ne la regarda plus comme incertaine ; et les événements qui se passèrent dans l’Alem-Tejo durant l’annee suivante, ne firent, pour beaucoup de gens, que confirmer ces prévisions.

Cependant, à mesure que les chances de succès sc montraient favorables à la maisun de Bragance, la haine des Espagnols s’accroissait. En 1645, on vit se renouveler dans Rome même un scandale qui avait effrayé sur ses conséquences les meilleurs esprits du sacré college. Comme Nicolas Mouteiro, prieur de Cedofeita et chargé des affaires de Portugal à Rome, revenait dans sa voiture de Sainte-Marie del popnlo, il fut attaqué par des sbires à la solde de l'ambassadeur de Castille et ne dut la vie qu’au dévouement de son cocher. Celte fois le pape fut inflexible, et le comte de Sirueia reçut l'ordre de sortir de Rome; mais l'indépendance portugaise n'en fut pas plus reconnue pour cela, et il fallut même encore que, dans cette circonstance, l'ambassadeur de France, M. de Gramonville, agît sérieusement pour le prieur de Cedofeita.

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