‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 62 sur 86 · CORTÈS. — MORT DE JOAO IV · texte numérisé non relu

CORTÈS. — MORT DE JOAO IV

Deux ans environ après la victoire de Montijo, en 1646, les états furent assemblés de nouveau à Lisbonne et de sages modilications furent faites à l’administration; la lutte avec l’Espagne ne cessait pas néanmoins , et le Portugal ne

L’UNIVERS

trouva pas dans la politique deMazarin les dispositions actives que Richelieu avait montrées. Le descendant du premier explorateur des Indes, le marquis de Niza, envoyé comme ambassadeur en France, eut plus d’une fois la preuve de cette indifférence, et la négociation qui s’établit alors n’est certainement pas sans intérêt pour l’histoire. Les derniers temps du règne de Joâo IV ne peuvent sous aucun rapport néanmoins être mis en parallèle avec cette époque de luttes passionnées et d’incidents vraiment dramatiques qui caractérisent la première période. Durant les années de langueur qui précédèrent sa mort, le fondateur de la dynastie de Bragance eut la sage pensée de remettre le gouvernement de l’État à la femme courageuse qui l’avait assisté au début de sa carrière : les pièces diplomatiques qui nous sont parvenues, montrent sullisainment que doua Luiza remplit, vers 1655, les fonctions d'un ministre ingénieux et diligent. La lettre qu'elle écrivit vers cette époque au chevalier de Jant, qui défendait alors les intérêts de la France auprès du Portugal, est une preuve de ce que nous avançons.

Elle déploie dans la discussion un tact, une fermeté qui prouvent jusqu’à quel point elle était au fait des intérêts politiques de son temps. La France avait prêté des sommes dont elle demandait le remboursement avec insistance : il faut voir avec quel art, et, au besoin, avec quelle dignité la reine sait rappeler que les Hollandais ont été secourus généreusementpar leur alliée, sansqu’ils pussent alléguer même la communauté d’idées politiques et religieuses qui existe entre les deux couronnes. Cette lettre devait être envoyée à Mazarin, et tout nous prouve qu’elle modifia bien peu ses premières dispositions , si toutefois elle les changea; elle reste comme un curieux monuméntde l’aptitude quecettefemme remarquable apportait dans le maniement des affaires. Un an plus tard, en 1656, lorsque Joâo de Bragance s’éteignit, il put emporter au tombeau la certitude que la femme héroïque qui l’avait décidé à se charger du poids de la couronne, saurait la transmettre à sa dynastie : il s’en fallut de bien peu cependant qu'un règne fatal ne vînt tout

remettre en question (*). Néanmoins avant de faire connaître les événements qui se passèrent sous le règne du (lis de Joâo IV, nous allons tourner encore nos regards vers les Indes, nous trouverons là un de ces hardis capitaines de la vieille race que dona Francisco savait apprécier.

DERNIERS EFFORTS DE LA VALEUR PORTUGAISE DANS LES INDES.— PRISE DE COLOMBO. — BELLE DEFENSE DE SOUZACOUTINHO. — COUP d’üEIL SUR L’AFRIQUE PORTUGAISE AU DIX-SEP- TIÈME siècle. — Si le règne naissant de don Joâo IV fut signalé à l'extérieur par quelques victoires éclatantes; si, grâce à l’énergie persévérante de Fernandez Vieira,on put, dèseette époque, prévoir que les modernes cités du Brésil ne reconnaîtraient bientôt d’autres maîtres que leurs fondateurs, il n’en fut pas de même des villes antiques de l’Orient, où, par quelques faits d’armes prodigieux , la dominatiou chrétienne avait été substituée à celle des musulmans, lorsqu’elle ne renversait pas violemment un culte plus pacifique. Ce fut à Ceylan que se passa le dernier acte de ce drame qui avait frappé tour à tour l’Europe a’admiration et de terreur.

Ce fut là que reparurent pour un moment tous les dévouements, tous les actes découragé, toutes les souffrances héroïques, qui avaient illustré les Portugais aux beaux jours de la conquête.

Les héros de ces temps merveilleux ont encore un nom plein de prestige, le brave défenseur de Colombo est resté ignoré. Rappelons du moins l’heure de son dévouement, disons quelques mots de cette résistance, qui se para de tous les grands souvenirs, et qui, en s’animant des chants du poète, Unit noblement son épopée.

En 1655, les Hollandais avaient multiplié leurs conquêtes sur tous les points de la côte du Malabar, mais Colombo, la ville populeuse et commerçante, la cité indienne qui renferme aujourd’hui plus de cinquante mille âmes, était devenue surtout l’objet de leur convoitise.

(•) Joâo IV mourut le luodi 0 novembre I0&6, h cinquante-deux ans et demi; il fut enlevé nar une hydropisie. II ne prenait plus

grande part aux affaires vers le» derniers temps.

m l'enterra dans le couvent de Sam-Yiceute de Fora.

Une première tentative de leur part était restée inutile, sans qu’on les eût précisément repoussés, lorsque Antonio de Souza Coutinliosuceédadans le gouvernement de la forteresse à Francisco de Mello e Castro; il voulut conserver à son pays une place florissante qui remplaçait, pour ainsi dire, à elle seule, les grandes villes menacées.

Raconter ici , même sommairement, la lutte désespérée oui s’engagea entre lui et l’amiral hollandais Girard de Huld, dire les efforts qu’il fallut multiplier pour résister à une flotte puissamment armée, qui ne comptait pas moins de douze gros vaisseaux de guerre , peindre en même temps l’horrible famine qui ne tarda pas à se faire sentir dans la cité, nous entraînerait bien au delà des bornes que nous ne voulons pas franchir. Nous rappellerons seulement que Coutinho était un de ces vieillards énergiques qui avaient toujours présent au souvenir Tiiiflexible courage des Albuquerque et des Jean de Castro : il résista en effet contre ces forces inégales, sans éprouver ni crainte ni faiblesse. Sept mille personnes succombèrent d’inanition ou parsuite de maladies contagieuses, le brave capitaine portugais résistaencore. Animés par une telle volonté, ses soldats allaient, dit-on, sur les remparts répétant en cbœur les chants patriotiques de Camoens. Ils ne sauvèrent point la ville, mais ils sauvèrent l’honneur du pays. Le chef do l'expédition, Girard deliuld, succomba, et lorsque de nouvelles forces envoyées par les Hollandais contraignirent Antonio de Souza Coutinho a capituler, non-seulement il obtint des conditions telles qu’ellesà eussent pu satisfaire un général du temps de Jean III , mais encore aujourd'hui son nom doit résonner dans l’histoire plus haut que celui du vainqueur.

Colombo passa sous la domination de la Hollande le 12 mai 1656. La perte de cette place devait nécessairement entraîner bien d’autres conquêtes. Cinq ans plus tard, de 1661 à 1GG3, les Hollandais , sous les ordres de Van Goens , s’emparèrent, le long de la côte du Malabar, de plusieurs villes qui restaient au Portugal, et dont, il faut bien l’avouer, la métropole se mettait dès lors peu en

peine. Goa elle-même trembla pour sa liberté, et si elle résista, on vit tomber successivement au pouvoir de la république batave, Coulan, Granganor, Cochin, puis Cananor et Porca.

Sarmento défendit bravement la cité de Cochin qu’on lui avait confiée.

Par une sorte de compensation à tant de pertes, dès l’annee 1654, les riches campagnes du Brésil étaient rentrées au pouvoir de J oâo IV, et les aventureuses liandeiras de Saint-Paul en s’avançant dans l’intérieur promettaient de nouveaux trésors. Si l’on avait cessé d’apprécier a leur juste valeur politique les cités voisines du Maroc, ardemment convoitées jadis, une autre portion de l’Afrique non moins intéressante occupait les esprits. André Alvarez d’Ab mada, le premier qui fit connaître la région situee entre la Sénégambie et le pays de Bénin, avait, dès la seconde moitié du seizième siècle , remonté la Gambie jusqu’à cent cinquante lieues dans l’intérieur. Grâce à ses instructions, dès 1580, on songeait à fonder sur la côte de Sierra-Leoue une colonie portugaise (*). La fin du règne de Joâo IV était aussi l’epoque des grandes luttes dans ce pays si peu connu d’Angola , qu’on décorait du titre de royaume : les Hollandais étaient chassés par Pedro César de Menezes, les nations de l’intérieur étaient visitées, et un écrivain à peine consulté de nos jours, Antonio de Oliveyra Cadornega, qui mourut à Loando en 16‘JO, écrivait l’histoire (**) de ces contrées si curieuses qu’on ignore souvent de nos jours, parce qu’on méconnaît les vieilles relations. C’est encore dans ce pays d’Angola qu’on vit paraître dans lequinzieme siècle Anna Ginga, la reine de Matainba (***), qui mourut en 1663, à l’âge de quatre-vingts ans et dont l’histoire sera toujours un des pius effroyables épisodes

(*) Voy. Notice sur AndréAivarezd’Almada,

ar M. fe vicomte de Sunlareiu ; Paris, 1842 ,

r. lu-8°.

(**) O beau livre est inédit à la Bibliothèque royale, il forme deux vol. iu-F portant le titre de Historia dus guerras angolanas, manuscrit 6ous le n° 10,032.

(***) Tout le monde conuait la biographie de cette femme célèbre écrite en français. Voy., pour retrouver l’originalité des faits, les Vemorias de Feo Cardoso de Caslello Branco e Torres , publiés eu 1826.

L’UN IY ERS.

qu’ait pu rêver l’esprit humain. Disons cependant que si les découvertes faites durant cette période étaient du plus haut intérêt pbur la science, les forces répandues en Afrique n’étaient pas bien considérables; précisément au milieu du dix-septième siècle, Angola ne comptait pas plus de quatre cents Portugais et de quatre cents hommes décorés du nom de soldats. Ainbaça n’avait que deux cents colons , Benguela ne pouvait opposer en cas d’attaque que quinze soldats. Si Mozambique renfermait encore soixante-dix Portugais et cent cinquante hommes régulièrement armés, on n’en voyait que six à Sofala avec huit pièces d’artillerie ; enfin Monbaça n’avait que cinquante hommes de garnison. A cette même époque il n’y avait de toutes les îles du cap Vert que Sant iago qui fût habité, et une centaine de blancs avec douze compagnies de soldats noirs formaient sa population. Nous n’avons consigné ici à dessein que les noms répétés par l’histoire. Massangano, Muchina, Cainbades, Cacbeu , Quelimane, Tete, ne comptaient respectivement qu’une trentaine de Moradores, c’est-à-dire de colons portugais. Bien certainement cette population a augmenté, et lorsque les Portugais voient pour l’avenir, dans leurs possessions de l’Afrique, une sorte de dédommagement aux pertes que la mère patrie a faites dans 1 Amérique, il faut s’applaudir avec eux d’un espoir qu’on voudrait voir se réaliser.

Disons-le bien, avant de terminer ce paragraphe , ce fut vers la fin du seizième siecle, au commencement du dix-septième, que l'état de l’Afrique intérieure fut le mieux connu des Portugais. Eu effet, si Garcia de Resende mentionne rapidement Tombouctou , qu’il désigne sous le nom de fombuqutum , dès le règne de Sébastien un certain Diogo Carreiro annonce au roi qu'au moment où il recevra sa lettre il sera déjà dans ces régions. Une foule de routiers inconnus, de beaux livres même, comme celui de Cadornega, sont restés inédits, et il appartiendrait à notre époque de préparer des découvertes nouvelles en les livrant à la publicité.

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