‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 63 sur 86 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES — DON AFFONSO VI J MALADIE ÉPROUVÉE DU · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES — DON AFFONSO VI J MALADIE ÉPROUVÉE DU

RANT SON ENFANCE. — AFFAIBLISSE- MENT INTELLECTUEL. — MAUVAISE ÉDUCATION. — INFLUENCE PROGRES- SIVE de contl — Tout ce qui a sérieusement occupé l’Europe dans l’histoire du Portugal, gloire, revers, réhabilitation nationale, semble dit lorsqu’on a franchi cette époque célèbre des liévo luttons, dont nous venons d’esquisser un peu plus bas les traits principaux.

Nous serons bref désormais dans notre récit; nous nous hâterons d’arriver aux événements mémorablesdu dix-huitième siècle, dont l’infiuence est restée profondément gravée dans le souvenir des peuples, et qui forment, pour ainsi dire, a la fin de ces annales, une époque de rénovation. Toutefois il y aurait de l’injustice à passer sous silence un règne, qui, pour avoir présenté des luttes déplorables, n’en est pas moins resté l’un des plus curieux, l’un des moins connus surtout de cette histoire du Portugal , dont on n’apprécie guère en France que le côté glorieux. Tous les esprits sages conviennent aujourd’hui que cette période, mal comprise et surtout mal appréciée dans son ensemble, aurait besoin d’un historien nouveau.

En admettant la vérité de cette opinion, nous nous contenterons cependant d’exposer les faits, car l’espace nous manque pour sonder les secrets d’une politique tortueuse, et même pour envisager sous leur aspect véritable les principes du comte de Castelmelhor, le roi de fait sous ce règne déplorable.

Don Affonso, fils de Joâo IV, naquit le 21 août 1643. Il fut attaqué à l’âge de trois ans par une fièvre maligne du plus fâcheux caractère, à laquelle succéda une paralysie du côté droit, qui agit sur le cerveau : on désespéra longtemps des jours du second fils de Joâo IV; il recouvra enfin la santé , mais on ne tarda pas à s’apercevoir combien l’intelligence du jeune

firince était affaiblie. Le fondateur de a maison de Bragance, dont il faut reconnaître en bien des circonstances l’esprit pénétrant et la rare intelligence , mit en usage tous les moyens

3u’il avait à sa disposition pour reméier à ce fatal état de choses; ce fut en vain qu’il envoya l’infant aux eaux si efficaces de Caldas da rainha et que

plus tard il choisit pour diriger ses études un professeur habile (*). Lejeune prince put bien recouvrer à la longue l’usage d’une main qui était complètement paralysée , il n’en fut pas de même , dès qu’il fallut exiger quelques efforts d'esprit : les soins persévérants de l'habile Nicolao Monteiro échouèrent sur tous les points; le frêle roseau ne put être redressé, nous dit un vieil écrivain portugais. Jusqu’alors ce triste état moral de l’infant n’avait pu inspirer de douleur réelle qu’à sa famille. Mais, en 1653, le prince Theodosio , qui donnait les espérances les mieux fondées et qui avait été déclaré héritier présomptif de la couronne, fut enlevé par une fatale maladie. Les cortès se virent convoquées immédiatement, à l’effet de reconnaître l’infant don Affonso comme successeur de Joâo IV; il paraît que, dès cette époque, quelques esprits solides émirent l’avis de substituer aux droits de la primogéniturc ceux que donnait une capacité réelle : ils proposèrent d élire pour prince royaU’infantdon Pedro. Leur avis ne prévalut pas, et le 2 2 octobre 1653, don Affonso fut reconnu comme héritier du trône par les trois ordres de la nation. Dès 1556 il était salué du titre de roi, sous la tutelle de sa mère(**).

Notre intention ne saurait être de rappeler ici la série d’anecdotes qui ont cours dans tous les livres contemporains sur l’adolescence de ce monarque incapable , et sur les preuves d’inaptitude qu’il donna au début de sa carrière. Il est une circonstance cependant qu’on

(*) Voyez à ce sujet, outre l’ouvrage intitulés Catastrophe de Portugal na deposicùo det rcu D. Affonso o sexto , le petit volume publié a Amsterdam et connu sous le titre de : Relation des troubles arrivez dans ta cour de Portugal en Vannée 1607 et en Vannée 1CC8.

(*’) Le peuple, toujours si vivement attaché h ses souverains en Portugal, semblait avoir l’Instinct secret de l’avilissement ou allait tomber ce malheureux prince. Lorsqu’il traversa solennellement Lisbonne entouré des grands et des ministres et se rendant à la cathédrale à la suite du couronnement , un froid 6ilence l’accueillit, nulle voix ne sortit de la foule pour confirmer l’acclamation , et le üls de Joâo IV devint ce jour-lâ l’objet du dédain populaire, comme il l’était de la noblesse. Voyez une lettre particulière écrite de Lisbonne par un témoin oculaire. Celte pièce importante fait partie d’un volume de pièces espagnoles et portugaises inédites qu’on trouve h la Bib. roy. sous le n° 351, supp.

ne peut passer sous silence, parce qu’en attestant certains penchants du prince, elle eut une grande influence sur les destinées du pays. A l’époque où ce jeune roi de treize ans continuait, sous la direction d'un seigneur fort connu, ce qu’on voulait bien appeler des études , sa récréation favorite consistait à admettre dans une des cours du palais quelquesjeunes gens de son âge , et à les voir se former sous ses yeux en bandes séparées pour s'attaquer bientôt à coups de fronde. Les sympathies du jeune monarque s'étaient décidées pour un parti , et il manifestait hautement son approbation lorsque celui-ci restait vainqueur. Un des marchands de la place, d'origine génoise, un certain Nicolas Conti, de la famille Vintimiglia (*) , résolut de mettre à profit les goûts si prononcés du roi enfant ; nonseulement il sut attirer sur lui ses bonnes grâces, en lui offrant journellement des frondes de soie, des couteaux dorés et mille autres bagatelles, mais il parvint à s’insinuer si avant dans l’esprit du prince qu’il devint indispensable, et qu’au mépris des avis de la reine et des représentations du gouverneur , il finit par avoir à toute heure du jour ses entrées dans le palais : quelques mois plus tard il y établit sa demeure.

Cette intimité avec un homme privé d’éducation et dont le caractère n’offrait nulle garantie de moralité eut bientôt les résultatsqu’elledevait avoir, et les livres contemporains sont remplis d’anecdotes scandaleuses attestant la fougue brutale du roi plutôt encore que des goûts sanguinaires. Il faut avoir présentes au souvenir quelquesunes des scènes dont la minorité de Louis XIII offre parmi nous tant d’exemples pour se figurer ce qu’étaient à cette époque les courses nocturnes d’Affonso VI au sein de Lisbonne.

Environné de bravi, auxquels il avait imposé des dénominations particulières, il lui arriva plus d’une fois ou de commettre sa personne dans des rixes sanglantes, ou de livrer au mépris du peuple un nom qu’on eût dû respecter.

L'astucieux Italien, aidé de son frère ,

(*) F.t non, comme on le prétendit plus tard, de l’illustre famille vénitienne des Conti.

L’UNIVERS

Jean Conti , encourageait ces déportémonts, ou plutôt il disposait toutes choses pour que les expéditions secrètes du roi lui offrissent chaque soir de grossiers plaisirs, durant lesquels sa présence était reconnue indispensable.

La noble femme qui avait su conquérir un trône à son mari et qui voulait le conser'er à son fils, cette fière dona Luisa Francisca de Gusman , dont les habitudes intérieures étaient si pleines de dignité, la reine enfin, devait souffrir plus qu'un autre d'un tel contact et d’une pareille conduite; elle usa de son autorité et fit fermer les issues secrètes du palais dans l'intention de retenir ce coureur de carrefours qu’on honorait du titre de roi ; mais cette sage précaution n’eut d'autres résultats que de rendre patents aux yeux de tous les désordres de son fils.

C’était le temps où le Portugal allait donner une reine à l’Angleterre, et durant les ouvertures diplomatiques faites à ce sujet, le crédit de Nicolas Conti s'était revêtu d'un caractère presque officiel , puisque l’ambassadeur de la cour de Londres n’avait pas craint de travailler avec lui. Nomme précédemment gentilhomme de la maison du roi, devenu titulaire d’une charge importante dans le palais, charge qu'on n’accordait ordinairement qu’a des hommes d’une naissance illustre, Conti vit bientôt, à l'empressement des courtisans, qu’il avait su conquérir un titre plus envié encore, et qu’ou le reconnaissait pour le favori.

Triste monarque, pauvre favori ! la puissance éphémère de l’un ne devait guère plus durer que la grandeur de l’autre : un beau jour, grâce à la ferme volonté de la reine, secondée de l’énergie du duc de Cadaval, Nicolas Conti fut embarqué avec son frère et quelques adhérents sur un bâtiment qu’on avait prépare dans l’intention de se débarrasser du Génois, et qui fit aussitôt voile pour le Brésil. Mais tout fut grotesque dans la manière dont s'opéra l'enlèvementdufavorid'AlphonseVLetl’onmit même complètement en oubli les formes respectueuses qu’on avait eues jusqu’àlorsen Portugal pour la personne du roi. Conti fut arrête dans les appartements du palais apres une lutte ridicule, et ce

qu’il y eut de curieux sans doute dans cette circonstance, c’est que l'arrestation de l’aventurier italien offrit une occasion toute particulière de réussite à celui qui devait tenir bientôt sa place et qu'on devait saluer du titre de favori : I.uiz de Vaseoncellos e Souza . comte deCastelmelhor, premier gentilhomme de la chambre, agit pour Conti en cette occasion , et reprocha ouvertement au duc de Cadaval d'avoir porté une atteinte condamnable à la majesté royale qu’il eût dû faire respecter.

Le roi ignorait absolument le départ forcé de son compagnon de plaisirs.

Lorsqu’il en fut instruit par ordre de la reine, son mécontentement se manifesta; il laissa voir une sombre contrainte, bientôt remplacée par une froideur apparente; mais à partir de cette époque le comte de Castelmelhor sembla prendre une influence croissante sur cet esprit irrité. Le roi ne voulut plus que lui pour le service de «a personne, et bientôt on eut la preuve qu'une volonté plus ferme et plus éclairée à la fois que celle de Conti allait présider aux affaires : une première démarche le démontra. Don Affonso, s’étant rendu à Alcantara avec quelques seigneurs, signifia de cette résidence à la noblesse et aux gouverneurs des places principales, qu’il prenait désormais les rênes de l'Etat.

J.a reine devina aisément, par les seules expressions de la volonté royale, que la lutte ne s'engageait plus désormais entre elle et un prince dont l'intelligence bornee était incapable de prendre une résolution politique; elle n'avait jamais compté sur la tendresse due à la mère, elle comprit ce qu’exigeait la dignité de reine. Et après avoir retardé par quelques démarches infructueuses un événement qu’elleredoutait, elle fit signifier au roi qu’elle était prête à déposer le pouvoir et à lui remettre les sceaux de l’État.

Ce fut a Lisbonne, en présence de la noblesse et du peuple, que ce grand acte eut lieu (*); il s'en fallait d’un mois que le roi n’eût atteint dix-neuf ans , et rien n’indiqua dans sa conduite, ou dans ses idées, qu’il eût compris l’importance du fardeau dont il veuait de

(•) Le 23 juta 16*2.

se charger. Il n’en était pas de même de la récente , elle sentit que tout était fini pour elle en ce monde, et qu’il ne lui serait pas même permis d’aider cette frêle intelligence de ses conseils et de sa haute perspicacité; elle songea dès lors à se retirer dans un couvent. Ce projet, du reste, ne put s’effectuer que beaucoup plus tard, et avant de trouver ce repos si ardemment souhaité, il lui fallut subir, comme reine et comme mère, bien des humiliations et surtout bien des amertumes.

« Avant que le roi eust pris possession du gouvernement , » ait un auteur français de ce temps, qui parait être bien informé, « les comtes d’Atouguia et de Castelmelhor ainsi que Sebastien César de Menezes l'avoient desja pris de son esprit. Comme la politique de ces trois favoris estoit de s’entre-louer devant le roy, il se persuada tellement qu'ils estoient remplis de rares qualitez , uu’il se reposoit sur eux de toutes les affaires de l’Estat. » Le plus habile des trois personnages que nous venons de désigner, c’était après tout le comte de Castelmelhor ; il le prouva bientôt; en peu de temps il sut agir avec une telle dextérité qu'il alla occuper dans le palais le logement naguère habité par le prince Theodose; il fit revivre même avec tous ses privilèges la charge d 'escrivào da puridade, et bientôt il dirigea les affaires eu ministre tout-puissant.

MARIAGE DU KOI. — INTELLIGENCE I)E LA JEUNE REINE ET DE L1N- FANT DON PEDRO. — LUTTE CONTRE l’influence DE CASTELMELHOR. — DEPOSITION d’affonso vi. — Le comte de Castelmelhor avait un sentiment trop net de sa position réelle pour ne pas user du pouvoir, si ce n’est avec justice, avec une certaine énergie. Un homme d’un cœur ardent et que son génie a placé à la tête des écrivains de son siècle , Vieira fut exilé au Brésil , non pas uniquement parce qu’il avait rédigé certaines représentations adressées au roi , mais bien sans doute parce que l’on redoutait son talent et l’appui qu’il pouvait prêter au parti de la reine (*).

(*) On sévit également contre le duc de Ca-

A l’époque où ces événements avaient lieu, un bruit suffisamment justifié par l’état de santé du roi , circulait même parmi le peuple. Don Affonso frappé de paralysie dans son enfance, était, diton, resté impuissant, et dès lors son frère don Pedro, plus jeune que lui de quelques années , puisqu’il était né à Lisbonne le 26 avril 1648, se voyait appelé à lui succéder. Le comte de Castelmelhor ne se méprit pas sans doute dès l’origine sur les prétentions de ce prince; l’infant, de son côté, reconnut, à l’habileté du ministre, les obstacles

Su’il devait rencontrer dans l’exécution e ses projets : une animosité profonde sépara bientôt ces deux hommes et se manifesta par des tracasseries de cour, dont le détail, bien connu du reste, ne ferait que ralentir notre récit. Nous nous conteaterons de rappeler que ce fut au milieu des douleurs morales amenées par ces dissensions que la régente expira le 27 février 1666, dans le couvent d’Augustines où elle s’était réfugiée. Une lettre, pleine de sentiments élevés, appela le fils auprès de sa mère mouraute ; mais le couvent de Xabregas était à quelques lieues de Lisbonne; grâce à des retards amenés par une lenteur habile, l’infortunée dona Francisca de Guzmau ne put donner qu’une main refroidie par la mort au fils ingrat qui obéissait sans doute à l’étiquette, mais qui ne la pleurait pas.

La politique du comte de Castelmelhor exigeait que don Affonso se mariât ; des négociations furent ouvertes à ce sujet, et dans l’annee même où la reine mère était morte, Marie-Françoise-Élisabeth de Savoie, fille du duc de Nemours, fut épousée par procuration au nom du roi de Portugal le 27 juin 1666 (*); elle

daval, le grand veneur, Emmanuel de Mello, le comte de Soure, et le comte de Pombeiro.

(*) Dès son début, du reste, une circonstance bien étrange de ce mariage dut faire comprendre a la princesse que! était le caractère dp l'homme auquel elle allait unir son sort : voici ce que raconte a ce sujet un diplomate estimé, fort au fait des anecdotes du temps : ■ En’ieac, Alphonse VI , roi de Portugal, épousant la princesse Marie-Frauçoise-ÊIisabetli de Savoie, duchesse de Nemours et d’Aumale, ne voulut pas souffrir que le marquis de Sande donnAt la main à cette princesse dans les cérémonies des épousailles en qualité de procureur, comme il se rencontre crordinaire en ces circonstances, de sorlequ’iifallut que la Jeûné

s’embarqua immédiatement et, le 2 août suivant, la flottille qui l’amenait entra dans le port de Lisbonne.

Évidemment le marquis de Castelinelhor avait été mal informé ou avait manqué à sa pénétration habituelle en faisant choix de cette princesse pour la faire monter sur le trône. Élisabeth de Savoie était un esprit fin, résolu, énergique même au besoin , et elle le prouva bientôt ; ce fut à partir de l’époque où la jeune reine arriva à Lisbonne que le drame dont on retardait le dénoûment se compliqua d’éléments si bizarres et si inattendus qu’il n’y a peut-être pas de comédie politique plus étrange dans les annales de l’Europe.

Le fait lui-même, en le dégageant d'une foule d’épisodes bicarrés, suffit pour renverser toutes les idées qu’on a pu se former touchant un siècle religieux , ou même à l’égard d une cour héritière de l’étiquette des trois Philippe. En moins de deux ans une jeune princesse, vouée en apparence à toutes les austérités, trouve moyen de dénoncer au monde l'impuissance d’un époux dont elle avait volontairement accepté la main. Sans pitié pour un affaiblissement moral , dont elle avait sans doute prévu à l’avance les conséquences, elle fait descendre son mari au trône, Rome sanctionne sa conduite , et le propre frère de la victime partage son trône avec elle (*).

reine donnât procuration au duc de Vendôme, son oncle, pour la représenter dans celle cérémonie, ou, par une singularité nouvelle, l’évéque duc de Laon maria les deux procureurs ensemble, savoir, l’ambassadeur et le duc.

Voy. Mémoires historiques de Amelot de la Floussaye.

(■*)« f)és que ce mariage fut divulgué, on commença, à cause de l'honnesteté publique, ndout«r s’il se pouvoit légitimement et valablement contracter et consommer sans dispense. — Comme on choisissoit plusieurs doctes personnages pour agiter cette question , M. Verjus arriva de France avec le bref de dispense , qui leva le doute et le scrupule qu'on pouvoit avoir. » Voy. Relation des troubles de Portugal en 166*7 et en 1668. Il faut insister cependant sur un point : de hideuses habitudes dans sa vie intérieure faisaient d’Alphonse VI un être repoussant. Nous regrettons de ne pouvoir Insérer ici la lettre si pleine d’intérêt ou M. de Saint- Romain raconte dans le plus grand détail l'em-

f)lni que ce roi faisait ne ses journées. Voy. es Documents inédits sur l'histoire de France (succession d’Espagne), par M. Mignot, t. 2, p. 57*.

Le 2 avril 1668 , tout était consommé, Alphonse VI n’était plus roi que de nom. D. Pedro allait prendre le titre de régent du royaume, et l’exil devenait le partage d’un souverain sans dignité , jouet d’une immoralité honteuse.

S’il faut en croire un écrivain portugais dont la gravité est citée généralement, D. Afronso, au moment décisif où il allait perdre la couronne, se prit à tirer des sons aigus d’un sifflet dont il faisait depuis quelque temps son jouet habituel, Le drame allait finir en effet, et les rôles allaient changer : mais le triste héros de cette comédie n’en comprenait point le dénoilment, et il ne se doutait pas qu'en abdiquant le trône il abdiquait la liberté : quelques jours plus tard, le 23 novembre 1667, déchu de son rang, abandonné de ses favoris, hormis du valet auquel il confiait le soin de ses chiens , et qu’il avait demandé lui-même pour en faire sa société, D.

Affonsose voyait proposer, poury finir ses jours, la petite île de Terceira, et on lui annonçait , sans qu’il comprît peut-être l’insolente ironie de la proposition, qu’il devait trouver dans cette soiitudedes plaisirs selon ses goûts, un repos selon la nécessité des temps.

Avant de contracter un mariage, étrangement prévu à l’avance sans doute, I). Pedro voulut sanctionner par l’approbation des états du royaume une usurpation dont il sentait au fond la criante iniquité et qu'il n'osait consommer en prenant le titre ardemment désiré de roi. En effet, durant l’assemblée des cortès qui eut lieu le 27 janvier 1668 , il reçut le serment des états comme prince régent et comme héritier de la couronne , mais il ne prit que le titre de gouverneur du royaume; ce fut en cette qualité qu’il prêta serment aux institutions du Portugal le 9 juin 1668. A partir de cette époque, toutes les affaires furent expédiées en son nom; le nom de l'infortuné D. Affonso ne parut plus dans les actes que pour attester un règne misérable, auquel on refusait toute valeur politique.

On comprendra sans efforts qu’après la déposition d’Affonso VI, leduc deCastelmelhor se vit complètement évincédes affaires; le ducdeCadavai, au contraire, prit une influence définitive sur l’ad-

ministration. Quelle que soit l’opinion que Ton se soit formée sur le second roi issu de la maison de Bragance , il y aurait de la témérité et surtout de l’injustice à juger son ministre d'après les libelles nombreux que lit paraître à cette époque le parti de la reine, libelles auxquels les déplorables excentricités du prince ne donnaient que trop de crédit Durant l’administration du comte de Castelmelhor, le peuple souriait quelquefois au récit des extravagances fort exagérées sans doute du monarque , mais il applaudissait aux talents réels du ministre et à sa louable activité. Pendant cette période le royaume vit son influence se consolider aux yeux des autres cours de l’Europe , etle Portugal remporta une des victoires les plus éclatantes qu’il eût encore gagnées sur ses voisins. Un diplomate anglais qu’on ne saurait accuser d'une trop grande partialité en faveur d’ A ffonso VI, rend pleine justice à son ministre. « Malgré les murmures des gens intéressés et de leurs amis , il conduisit si bien tout, qu’il devint en peu de temps extrêmement populaire. il trouva l’État sur le penchant de sa ruine et réduit, selon les apparences, à la dernière extrémité par une guerre qui avait duré vingt-deux ans. Les Espagnols, après avoir fait la paix avec les Français, tombaient sur le Portugal avec l’élite de leurs troupes, et I). Juan d’Autriche était en ce tempslà presque dans le sein du royaume et attendu chaque jour à Lisbonne à la tête d’une armée plus nombreuse qu’aucune de celles que les Espagnols eussent eues sur pied depuis le commencement do la guerre. Mais le Coude ne fut pas plutôt parvenu au gouvernement, qu’un soudain échec fut donné à l’ennemi '*). » Ce que le diplomate anglais exprime ici d’une manière si précise ne saurait laisser aucun doute dans l’esprit du lecteur. Ce fut sous l’administration de Castelmelhor que l’indépendance portugaise fut en réalité confirmée :

(*) Ketation de la cour de Portugal sauf I). Pedre IJ, à présent régnant, traduite de l'anglais, t. I, p. si. Celte traduction est plus ample que l'original. L'auteur de ce ii \ rt\ Robert Soulhwel , était alors ambassadeur a la cour de Lisbonne, et il se montre assez impartial.

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elle le fut grâce à l'habileté incontestable du ministre, mais grâce surtout aux dispositions militaires d’un général dont la France doit rappeler les titres de gloire, parce qu’ils se lient essentiellement a son histoire durant cette dernière période. Faisons ici quelques pas rétrogrades; les details d’un règne malheureux, le récit d intrigues misérables ont détourné trop longtemps nos veux des faits importants de l’histoire. Durant le. règne d’ A ffonso VI , • les prétentions de l’Espagne n’avaient rien perdu de leur exigence, la lutte ne s’etait point calmée en se prolongeant ; et sans deux victoiresqu'on place à coté de celle qui fut remportée dans les champs de Montijo, il est difficile de dire aujourd'hui ceque fut devenue la maison de Bragance. Schomberg commandait heureusement en second à ces deux journées décisives.

BATAILLE D’AMEIXIAL. — SCHOM- BERG ET LE COMTE DE V1LLAFLOR. — BATAILLE DE MONTESCI. A ROS. —Cette

fameuse journée d’Ameixial, qui sauva sans aucun doute la monarchie, prit son nom d’un petit village voisin d’Éstremoz et eut lieu Ie8 juin H>63. C'était le comte deVillaflor, D.Sancho Manoel, qui commandait en chef l’armée portugaise : la bataille s’engagea au moment où celleci voulait traverser le Rio Degede.

D. Juan d’Autriche ordonna d’exécuter le même mouvement, et ce premier choc fut terrible, car les Espagnols y perdirent huit cents hommes, auxquels il faut ajouter un nombre égal de blessés. D. Juan d’Autriche s'étant retiré avec la plus grande partie de son armée sur une éminence d’un accès difficile, l’infanterie portugaise alla le déloger de cette position et le mit bientôt en fuite; cette victoire conta plus de quatre mille morts aux Espagnols . et l'on ne compta

rias moins de six mille prisonniers après 'action. Quatre cents chevaux, huit pièces d’artillerie, un mortier, une immense quantité d’armes, plus de deux mille fourgons chargés de butin , complétèrent une victoire qui prépara la reprise d’Evora , obtenue quelque temps apres.

Ces avantages et bien d’autres que nous sommes obligé de passer sous silence furent obtenus en grande par-

L*UNIVEÎ\$.

tie, comme on l’a dit précédemment, grôce à l’énergie et aux lumières du comte de Schomberg que le duc de Castelmelhor crut devoir adjoindre à D.

Sancho Manoeh

Frédéric de Schomberg, qui fut plus tard maréchal de France, ayant passé au service de Louis XIV, reçut bientôt l’ordre de passer secrètement au service de Portugal. Il se rendit dans ce pays en 1G60 avec six cents officiers français, à la suite des habiles négociations du comte de Soure auprès du cardinal Mazarin, négociations qui excitèrent au plus haut degré l’intérêt du grand Turenne (*).

Placé à la tête des auxiliaires étrangers, qui se composaient principalement de Français et d’Anglais, Schomberg sut imprimer aux troupes qu’il dirigeait des habitudes de discipline et de célérité qui les rendirent bientôt d’une haute utilité durant cette guerre, où il fallait prendre surtout de promptes décisions. A Ameixial, Schomberg insista avec énergie auprès du comte de Villaflor pour que l’action fût engagée sans retard , et ce fut en grande partie aux sages mesures qu’il sut prendre qu’on dut le succès d'une journée décisive.

Après cette bataille, qui consolidait déjà sur le trône la maison deliragance, le comte de Castelmelhor retira le commandement au général portugais (**), u’il n’aimait point, et le remit au comte e Marial va. Schomberg fut doublement irrité de cette préférence et il ne craignit pas de le dire : d’un côté, il y voyait une injustice commise en vers un général qui n’avait point démérité; de l’autre, il se sentait lésé dans ses propres intérêts, car il avait étéconvenu verbalement que le commandement lui serait dévolu , au cas où le comte de Villallor le laisserait vaquer. Oubliant bientôt ces considérations secondaires , Schomberg servit avec le zèle qu’il avait toujours montré, et ce fut à lui qu’on dut en grande partie le gain de cette fameuse journée de Montesclaros , où les troupes portu-

Vov. Laclètte, Histoire de Portuyat, édition de rortia d’Urban, t. IX, p- 198.

(**) U. Sancho Mnnoel , premier comte de Villallor, s’élail distingué durant les guerres de l'acclamation, et nul ne peut lui contester une ardente bravoure; il mourut le r» lévrier 1607 et fui enterré dans un couvent U’Abcuntès.

gaises firent encore de si généreux efforts.

Malheureux à la bataille d’Ameixial, D. Juan d’Autriche s’était vu retirer le commandement des troupes castillanes, et le marquis de Caracena avait quitté l'armée de Flandre pour venir se mettre à la tête de celle qu'on destinait à une nouvelle invasion du Portugal.

Le marquis de Caracena, en arrivant dans la Péninsule, s’était vanté, dit-on, de tourner tous les obstacles et, comme le duc d’Albe, de marcher droit sur Lisbonne ; mais les temps étaient bien changés, et Schomberg le lui prouva.

Le général espagnol était déjà parvenu à Villa-Viçosa et il avait attaqué la citadelle de cette place, lorsque le marquis de Marial va ayant Schomberg sous ses ordres, mais en réalité lui laissant le commandement, se présenta avec quinze mille hommes d’infanterie, cinq mille cinq cents chevaux et vingt pièces d’artillerie. C’était le 1 7 juin 1665, et la rencontre eut lieu dans une campagne désignée sous le nom de Montesclaros : le premier choc de l’armée castillane pensa être funeste aux Portugais, et Caracena atteignit même l’avant-garde des secondes lignes; niais les bataillons rompus se reformèrent, et ils chargèrent si vigoureusement les Espagnols (jue la victoire fut décisive. L’armée d'invasion eut quatre mille morts et laissa à la merci de l’ennemi six mille prisonniers, sans compter d’immenses bagages; le marquis de Caracena se vit contraint de chercher son salut dans la fuite et il se retira en toute hôte sur Jurumenha.

Ce fut de cette place qu’il lit connaître les désastres de la journée à la cour de Madrid. On dit que lorsque Philippe IV reçut cette triste nouvelle, il laissa tomber la lettre qui la lui annonçait, endisant simplement ;« Dieu le veut. » Dieu voulait , en effet , qu’une glorieuse nation jouit enfin de l’indépendance quelle avait su conquérir.

Il serait trop longderappeler ici, même sommairement, les affaires partielles auxquelles le comte de Schomberg prit part; il remporta encore une grande victoire sur les Castillans, commanda en chefles armées portugaises, et reçut le titre de duc. Malgré ces avantagés, qu'il obtint d'ailleurs un peu tardive-

inent , il dul se rappeler plus d'une fois la triste prophétie qui lui avait été faite à son départ de la France; on lui avait annoncé, en effet, qu’il rencontrerait en Portugal plus d'ohstacles réels, venant d’ufie jalousie inquiète et d'une susceptibilité nationale nécessairement injuste, qu’il n'aurait à en redouter de la persévérance des Espagnols (*).

On voit par cette rapide esquisse combien dut être remplie l’administration du comte de Castelmellior, si tristement entravée d’ailleurs par d’interminables tracasseries de cour. Cette administration avait duré cinq ans, et certes ce n’est point la période la moins glorieuse du Portugal. I.orsque le parti de la reine l’eut emporté, ce ministre comprit que tout était fini pour lui dans un pays où il avait occupé le premier rang , mais où, comme il l'avait dit luimême, • un roi lui avait manqué; » il passa d’abord en Italie et en France, puis il alla se fixer en Angleterre. Ce ne fut pas.disentquelquesrelationsmanuscrites, pour y être paisible spectateur d’un état de choses qu’il avait préparé, et, si l'on en croit ces documents inédits que nous avons sous les veux, il ne tint pas à lui que I). Aftonso ne ressaisit cette ombre de pouvoir, dont son ministre avait seul compris la réalité.

Le nom de ce misérable prince est venu de nouveau se placer sous notre plume, il est donc indispensable que nous disions encore quelques mots de sa personne et de la triste existence à laquelle il se vit condamné.

D. AFFONSO AUX AÇORES. — IN- TRIGUES DF, LA coin; D’ESPAGNE.

— SÉJOUR DU ROI DECHU A CIN- TRA. — On se ferait une idee assez peu exacte du caractère versatile de ce prince, si on se le représentait comme étant profondément affecté d'une révolution qui le privait du pouvoir; la puissance royale en réalité ne lui avait

(*) Lorsque la paix fut conclue entre I'Fjwgne et le Portugal, Scliomberg commanda es années de France en Catalogne, ei bien qu'il fût protestai!!, on l’honora en IGTSdti litre de marecti.d de France. Il alla servir plus lard en Angleterre, et lout le monde commit l'issue de la fameuse journée de laBoyne, ou il commandait. Il y fui tué le 22 Juillet I8‘jn d’un coup de pistolet pour avoir négligé de se re.elir de sa cuirasse , au monieut ou s'engagea l'action.

jamais appartenu. C’étaitsa folle liberté et la possibilité de satisfaire des puériles fantaisies qu’il regrettait. Lorsque la nouvelle officielle du mariage de son frèreavecÉlisabeth de Savoie lui parvint, il poussa, dit-on, la condescendance jusqu’à enx'oyer complimenter les nouveaux époux ; puis, comme s’il eût prétendu se venger de cette étrange démarche par une epigramme, on lui entendit répéter que le plus à plaindre dans tout cela n’etait pas le prince délaissé, et que son pauvre frère verrait bientôt ce que valait la Française.

Quelle que fût la résignation dont il donnait des preuves incontestables, ce roi déchu était un sujet d’embarras et d'inquiétude pour ceux-là même qui l’avaient placé dans cette étrange position. Il fut bientôt résolu qu’on renverrait dans une des îles Açores, où il occuperait le palais des gouverneurs et où il jouirait d’une liberté qu’on ne pouvait guère lui laisser en Portugal sans de graves inconvénients pour la tranquillité publique. Il partit incognito pour cette nouvelle résidence en it!G8, et bien qu’il v fût arrivé sans que les habitants en fussent instruits, il jouit pendant six ans à Angra sinon de plaisirs variés, du moins de ces divertissements bruyants qui convenaient à son caractère. Un inestre de camp bien connu dans l’histoire de cette période, Manuel Nunez Leitâo , avait été nommé par le régent pour surveiller les démarches de son frere et pour pourvoir avec luxe, dit-on, à tous les désirs qu’il pourrait manifester.

Mais il était décidé que ce prince devait toujours être la victime de combinaisons politiques auxquelles il était probablement étranger et dont il ne comprenait pas même l’issue. En dépit du traité de paix qui avait été fait entre l’Espagne et le Portugal , la première de ces puissances ne cherchait qu’une occasion de recouvrer sa domination sur un pays toujours regretté.

A l’époque où le comte de Humanes était ambassadeur de Castille à Lisbonne , la cour de Madrid parvint à se procurer par spn moyeu des intelligences avec quelques habitants de l’ile de Tereère. Il était convenu que l’on se debarrasserait de la personne de Ma-

nue) N u nez Leitao, que l’on s’emparerait du roi captif, et que ce prince serait immédiatement uui à la veuve du roi d'Espagne. Le Portugal subissait dès lors une invasion nouvelle et l’Espagne rentrait pour toujours dans ses anciennes possessions. Il paraît certain qu’Affonso VI fut instruit de ce projet, mais on ne dit pas s'il y donna son assentiment. Ce qu’il v a de certain, c’est que le complot fut déjoué, que

{ilusieurs exécutions capitales eurent ieu (*) et que l'on mit un moment en question à Lisbonne l’incarcération de l’ambassadeur castillan. 1). Pedro s’occupa immédiatement de faire revenir sur le continent celui qu'il en avait éloigné avec tant d’empressement six années auparavant, et ce fut un officier général, Pedro Jacques de Magalhàcs, qui fut chargé de cette mission. Il s'en acquitta avec autant de succès que d’intelligence, mais il V eut encore une sorte de comédie en jeu durant cette dernière partie de la vie politique d'Alphonse : comme il hésitait à descendre a Caçode ./nos, irrité qu’il était contre l'ancien gouverneur, dont il menaçait, disait-on. la vie, le duc de Cadaval vint le chercher, et, lui persuadant que le navire allait sombrer, l'emmena comme un enfant. Transporté dans les bras de deux matelots, il fut placé au fond d’une litière et de là conduit à Cintra. On dit que le long de la route il regretta Henriquez de Miranda et maudit dans des termes amers le comte de Castelmelhor. Ce n’était pas ce ministre, tout ambitieux qu’il avait pu être, qu'il fallait maudire; il est avéré sans doute qu'il prit part à la dernière échauffourée et qu’il se rendit à Madrid pour en hâter l’exécution; mais avec quelque résolution D. Affonso pouvait recouvrer le pouvoir, et la face politique de l'Europe changeait. Tout est bien vague, du reste, dans l'histoire du Portugal lorsqu'on arrive à cette période, et, comme le disent les nationaux eux-mêmes, c’est toute une histoire à

(*) Il est inexact d’afllrmer, comme l’ont fait quelques historiens, que Mendoçn, l’âme delà conspiration, périt du dernier supplice. Le retient I). Pedro commua sa peine contre la ré-

clusion à perpétuité dans une forteresse de l’Inde. Cavide, qui tenait le second rang , fut exéeuté.

écrire (*). Ce qu'il y a de positif, c’est que la captivité du monarque déchu dura neuf ans, et que les soins empressés dont l'environna toujours le duc de Cadaval ne purent rompre pour lui l'intolérable monotonie des jours.

Maintenant encore, lorsque le voyageur va visiter le château de Cintra, un des premiers soins du guide est de vous montrer la chambre où le monarque déchu languit durant tant d’années. Ici nous emprunterons quelques lignes énergiques et touchantes à l’auteur de Cintra pittoresque. « Les murailles de ce palais ont entendu les imprécations de rage que proférait un roi outragé

dans son honneur et dans sa dignité

On montre l’appartement où l’infortuné monarque promenait son désespoir; les carreaux laissent voir encore la trace de ce mouvement continu par lequel il cherchait à se distraire dans une si triste position. Précédemment, il occupait une autre salle d'où il pouvait du moins contempler la campagne : sous prétexte qu’il entretenait des relations avec ses partisans au moyen des signaux qu’on Jui adressait du château du bourg, il fut transféré autre part. Dans la chapelle au-dessus du chœur, il y a une ouverture qu'on a pratiquée dans la muraille, c’est par là qu'il entendait la messe ; on avait disposé ainsi les choses pour qu’il ne püt être aperçu du peuple. On voit aussi à la fenêtre de son appartement les traces de la grille de fer qu’on en a arrachée. Ce fut dans cette salle qu'il vécut le reste de ses jours, soumis à une dure captivité, jusqu'à l’époque de sa mort. {**) Il fut transporté alors au monastère de Belem , où il gît dans un cercueil do bois derrière le maître-autel.

« Son corps que nous avons vu là, il y a encore peu d'années , s'était conservé tout entier, et c’est à peine si l'on remarquait quelques atteintes à la partie proéminente du visage. Il était vêtu de

(*) Voyez pour tons ces détails fort peu connus, un livre inédit intitulé: Catastrophe de Portugal etn que se trata do nascimcnio , vida e morte do Sr. l> Affonso CI. I! ne faut pas confondre ce récit avec l'ouvrage de L Dorca Caceres e Faria, qui porte un titre analogue. Le Panorama en a donné des extraits, auxquels j'ai puisé.

{**) Il fut frappé d'apoplexie, le 12 septembre

ses habits desoie, sans insigne aucun de la royauté. J’en demanderai le motif ; je voudrais savoir aussi pourquoi on lui a refusé la sépulture dans l'asile des rois de sa dynastie? [.es bras desséchés du premier roi de la famille des lir.igance s'étendent vainement vers le premier-né de cette famille, pour lui faire partager la poussière d'une même sépulture (*).

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