‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 67 sur 86 · SG · texte numérisé non relu

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L’UNIVERS

MOHT DK JOSEPH 1*'.— DONA MA- EIA HOME SLR LE TRONE. — DIS- GRACE DU MARQUIS DE POMBAI.. — REVISION DU PROCÈS CRIMINEL QUI A EU LIEU SOUS LE RÈGNE PRÉCÉ- DENT.—CONDAMNATION DE POMBAL.

— Le roi Joseph avait été frappé d’apoplexie comme son père; mais son aponie ne fut pas si longue que celle de Joâo V, et les effets immédiats de la maladie plus déterminés. Bientôt la parole lui lit défaut, mais sa |ienseefut lucide jusqu'au dernier jour, et il voulut avoir communication des affaires, pour ainsi dire, jusqu'au moment suprême.— L'homme qui avait allégé pour lui le poids de la couronne ne pouvait plus entrer eu communication directe avec son souverain : l'administration des affaires en souffrit; les haine de cour, les antipathies particulières, les ambitions nouvelles, tout se réunissait pour arrêter l’œuvre politique si courageusement commencée. Il semblait au moindre habitué du palais qu'elle pouvait être continuée sans effort; le trésor public renfermait alors plus de dix-huit millions de cruzades!.. Parvenu au dernier terme, Joseph Ie' n’avait manifesté qu’un désir ardent, c'était de voir sa hile aînée, dona Maria, unie à sou propre petitfils l'infant don Pedro, duc de Beira ; des dispenses avaient été déjà obtenues de la cour de Rome : la reine, qui était revêtue du titre de régente, ne l’ignorait pas; le mariage fut célébré dans une chapelle du palais, en présence de tous les ministres des puissances étrangères.

Bien peu de temps après celle union désirée, le 23 février 1777 , le roi expirait entre les bras du patriarche.

Ce n'était pas un esprit tel que celui de Poinbal qui pouvait se méprendre sur sa position réelle; il se présentait devant la regente, prenait ses ordres et participait encore aux travaux de l'État; mais il n'ignorait pas qu'un long repos allait bientôt briser les ressorts de son activité. Après le 13 mai , lorsque la jeune reine eut reçu solennellement la couronne, il n'eu fut plus de même. Le ministère fut tout a coup changé, et le marquis d’Angeja , devint président du trésor royal.

de» nhtx bettes ruines du tremblement d» terre de Lisbonne. lu i*.

Un des premiers soins de la reine fut d’ouvrir les prisons et d'en faire sortir les détenus politiques qui y étaient renfermés depuis si longtemps. Un spectacle douloureux frappa alors les habitants de Lisbonne, et la pitié populaire s'émut vivement, en contemplant cette hideuse miscredescacliots...Lesennemisde Pombal avaient compté sur un tel spectacle pour achever la reaction. Le grand ministre avait apprécié mieux que tout autre l'etat rcel de sa position ; il avait fait accepter sa démission des postes nombreux qu’il occupait, et il s'etait retiré à Pombal : ce fut d’abord une retraite honorable plutôt qu'un exil, puisque son traitement lui fut continué. Les choses ne tardèrent pas à changer de face : un esprit politique tout different de celui qui animait l'ancien ministère commençait à exercer son action, et il l'exerçait avec une folle joie. Lisbonne vit reparaître dans son sein les divers personnages qui en avaient été tenus si longtemps éloignés. Seabra da Sylva était revenu de son épouvantable exil d'Angola, et aspirait à jouer de nouveau un rôle dans les affaires du pays; les infants, tenus longtemps éloignés de la cour, y reparaissaient au milieu des fétesqu'excitait leur présence. Un homme éminemment spirituel, don Joâo de Bragance, ennemi personnel du ministre, était créé duc de Lafoens ; les jésuites enfin, sans être rappelés, voyaient des sommes considerablesexpédièes à Rome pour indemniser le saint-siège des dépenses que l'expulsion de la compagnie avait pu lui causerf*); plusieurs membres de la congrégation étaient même rentrés dans Lisbonne; il était impossible que de Pombal pût opposer autre chose qu’une froide résignation à des attaques si fréquentes et de nature si diverse.

Une circonstance particulière hâta bientôt le denodment. Lorsque les prisons avaient été ouvertes, les divers personnages impliqués dans la fatale affaire du duc d’Aveiro avaient refusé de profiter de l’amnistie. Le marquis d'Alorna, sa femme , don Joâo Gaspftr, don Manoel et don Nuno de Tavora, ne consentaient à quitter leurs fers que dans le cas où ce grand procès serait révisé et où leur innocence serait pleinement (’j Voy. Administration de Canalho, l. lit.

reconnue; ils reçurent tout d’abord l’orbre de s’éloigner à vingt lieues de Lisbonne. Plusieurs des personnages impliqués dans l’affaire furent au préalable réintégrés dans leurs emplois ou revêtus de nouvelles charges; pmsaprèsbien des vicissitudes, l’ordre de révision fut enfin obtenule 10 octobre 1780 (*) , et dans la nuit du 3 avril 1781, après diverses contestations qui firent Jurer la sentence jusqu’à quatre heures du matin, nous dit l’auteur le mieux informé, des juges déclarèrent innocentes toutes les personnes tant mortes que vivantes qui avaient été tenues dans les cachots.

On a fait remarquer avec raison que quelques-uns des juges, qui abolissaient cette sentence, l’avaient donnée euxmêmes. Ce qu’il y a d’assuré, c’est que les persécutions contre l'ancien ministre recommencèrent plus vives et plus ardentes à partir du jour où la réhabilitation fut ordonnée. Le marquis de Pombal se vit déclaré criminel; et, si ses ennemis ne purent obtenir que l’exécution de peines sévères suivit une pareille décision, il faut attribuer une telle modération à la pure condescendance de la reine. En considération de son âge avancé, le ministre coupable dut se trouver heureux de ne pas êtresoumis à une peiue afflictive. On lui ordonna seulement de résider à vingt lieues de la capitale; mais le peuple, à sou tour, eut un jugement à reviser, et il le fit avec cette concision d’expresion qui fait passer ses décisions souveraines à la postérité. Lorsque le vieillard paraissait dans le lieu de son exil, les paysans ne l'appelaient pas autrement que le Grand Marquis (**).

(*) Dans l’état ou est la question , il est impossible de porter un jugement définitif sur celle affaire , de l’avis même d’un auteur contemporain déjà cité; trop de pièces importantes restent a publier.

(**) Pombal mourut le a mai 1782, il quatre vingt trois ans, dans la solitude ou on l’avait relégué. I.a petite chapelle du bourg a longtemps renfermé son cercueil, et le baron Taylor a donné naguérenne vue intérieuredecet humble édifice. Les derniers renseignements qui nous sont parvenus sur Villa de Pombal, prouvent que certaines haines politiques survivent aux Jugements des nations ; les cendres du grand homme ont été dispersées, et abandonnées, dit-on , aux animaux immondes; mais il est vrai de dire qu'a Lisbonne, son médaillon a été replacé par ordre de don Pedro au lieu éminent ou il était jadis. Au milieu de tous les renseignements contradictoires qui ont été publiés sur le Colbert

Si l’on consulte la plupart des écrivains portugais du dernier siècle, l’époque où doua Maria 1er administra librement l’État fut une époque de, quasiprospérité. Des conventions importantes, des fondations utiles, attestent que tout le temps de cette pieuse reine ne fut pas dévolu à des oeuvres de dévotion.

En 1777 et 1778, un nouvel arrangement, conclu par l’intervention de G. Freire de Andrade et du marquis de Cevallos, établit la ligne de division qui devait séparer dans l’Amérique du Sud les colonies des deux nations. Grâce à un traité , Sainte-Catherine fut restituée au Portugal , et la colonie del Sacra mento demeura aux Espagnols. En 1780, une alliance commerciale fut établie entre Marie lfr et Catherine IL Durant la même année et grâce à l’influence du duc de Lafoens, l’Académie de Lisbonne fut fondée. Si lecoursde 1790 vit augmenter par la consécration d’édifices assez inutiles les dépenses qu’avait exigées la construction d’un magnifique couvent, (lès 1773, le Mondego avait été canalisé.

L’année 1794 vit naître un projet plus grand encore, et un décret (incomplètement exécuté) décida l’ou\ erturc d’une vaste route de Lisbonne a Coïmbre et plus tard de Coïmbre à Porto.

Toutes ces améliorations intérieures et une foule d’autres que nous pourrions signaler émanaient d'une administration que sanctionnait la volonté de la reine : bien que son effigie figurât sur les monnaies, le roi ne prenait aucune part au gouvernement et s’éloignait même volontairement des affaires : il se tenait par trop exclusivement au rôleseeondaireque lui assignait la constitution du royaume, pour acquérir la moindre valeur politique.

portugais , nous recommandons une notice fort curieuse Insérée dans le t- XI des Archiva (iltêrairc» de l'Europe. Oq y trouve des détails précieux sur la vie iulimede l'homme extraordinaire qui nous occupe, et une partie des merveilles accomplies par son génie s’explique par la prodigieuse faculté qu’il apportait dans le travail : il était infatiganle. « Occupé des la pointe du Jour, il n’avait pas d’heure réglée pour ses repas : ordinairement II dînait fort tard et avec un appétit excessif; après lediuer il allait se pro-

mener en voilure avec un muiue, son parent,

2u’on disait être d’une ineptie peu commune.

iet homme faisait toute sa société, et eetle promenade loule sa récréation. Il rentrait bientôt dans son cabinet, ou il poussait le travail fort avant dans la nuit. » Voy. le recueil cité plus liant, t. Xi, p. 107.

Précisément à l’époque où nous sommes parvenus, un voyageur pseudonyme, qui a acquis une certaine célébrité, traçait , en quelques lignes, ce portrait impartial de doua Maria I* : « La reine, ditil, est une femme vraiment digne d'estime et de respect, mais elle n'a pas les qualités qui constituent une grande reine. Personne n'est plus humain, plus charitable ni plus sensible qu'elle; mais ces bonnes qualités sont gâtées par une dévotion excessive et mal entendue. Son confesseur, qui a sur elle un ascendant illimité, lui fait employer à des actes de piété et de pénitence un temps qu'elle pourrait employer bien plus utilement au bonheur de ses peuples , sans nuire au salut de son Ame. »

L'opinion commune, en effet, attribua aux terreurs religieuses dont on environna cette Ante, déjà blessee mortellement par les nécessités impérieuses de la politique, une maladie fatale qui ne tarda pas a se déclarer. La reine, jeune encore, fut frappée de démence et cessa complètement de participer aux affaires.

Ce fut en vain que l'on mit en usage toutes les ressources de la science, et que l'on appela même d’Angleterre le médecin colebre auquel avait été conlie le traitement de George III ; ses efforts furent inutiles; et cette femme infortunée ne devait désormais recouvrer quelques lueurs de raison que pour rappeler aux jours de l'exil tout ce qu'il y avait en elle de dignité.

Dès l’année 1780, don Pedro III avait succomtié; il eût été d'ailleurs incapable de supporter le poids du gouvernement. Ce fut son fils, le prince du Brésil, qui prit alors la direction des affaires : don Joào n’était pas destiné au trône , du moins par l’ordre de sa naissance : c’était son frère, don Jozé(*), qui devait succéder à Marie. Si l'on s'en rapporte à un écrivain ingénieux du dernier siècle, à Beckford, qui eut plus d une fois occasion d'entrer en échange d'ideesavec cet héritier présomptif du trône, il y avait la une inti lligence cultivée et même un esprit novateur : une

(*) O prince était né le 21 toét 17(11, el il mourut le 21 septembre I7«s. Don lo&n.qtii prit alors le litre ae prince du Brésil , naquit le la mai 17(17 et se maria, le 25 avril 1785, a dons Cartels Jjjquiua , tille de Ourle* IV, roi d’Es-

, pagne-

mort précoce fit tomber les affaires entre les mains d'un priuce qui, de son aveu à lui-même, n’était nullement préparé au rôle qu'il devait remplir. En l'année 1795, cependant, Joào VI comprit u’il fallait se résigner à porter, à la face e l’Europe, le fardeau pesant dont il avait redoute le poids. Les qualités généreuses du cœur, en effet, ne devaient plus suffire, comme au temps des Joào V et des Joseph, pour lutter contre les redoutables événements que préparait la politique. Il y eut, sans doute, alors une résignation courageuse dans l'acte qui constitua la régence; il fallut un amour sincère du peuple et un profond sentiment de respect lilial pour accepter la responsabilité qu'on pouvait éluder encore. Le prince du Brésil prit ostensiblement les rênes de l'administration, le 5 juin 1799, sans toutefois consulter lescortcs. Les événements qui se succédèrent alors sont connus de la plupart de nos lecteurs; nous les résumerons cependant et nous les fixerons par des dates. Avant de jeter un rapide coup d'œil sur l'histoire du Portugal durant les premières années du siècle, il faut nécessairement faire connaître l'étal physique du pays, les divisions politiques qu'il a adoptées, les ressources qu'il présente : ceci sera l'objet de plusieurs paragraphes pour lesquels nous nous en sommes référé souvent aux documents les plus nouveaux, c'est-a-dirc à ceux qui nous ont été fournis par un géographe dont les Portugais vaillent eux-mêmes l'exactitude, mais qui s’est singulièrement aidé, il l'avoue luimême, des utiles travaux de Balbi et de Casado Giraldez.

DESCRIPTION GÉNÉRALE DU POR- TUGAL. — Dans son adniirationquelque peu enthousiaste, un vieil écrivain portugais s'écrie : * Si l'Espagne est la tête de l'Europe , le Portugal en est le diadème (*). » Macedo n'est pas le seul qui s’exprime ainsi. De tout temps les poètes ont payé une sorte de tribut d’admiration à cette terre privilégiée.

Manuel se sentait ému jusqu'aux larmes, rien qu'en écoutant une chanson populaire qui parle de son doux climat, et Byron ne trouve pas d'expressions

(*) Macedo, Flores de Espanha, crc> ! Icncias de Portugal.

assez vives pour peindre son paysage.

« O Christ, s'écrie Child-Harold , c’est un spectacle charmant de voir ce que le ciel a fait pour cette délicieuse contrée. Que de fruits odoriférants mûrissent sur chaque arbre ! Que de fécondité se déploie sur ses collines » il

nous serait aisé de multiplier les citations; mais nous renvoyons aux grands

fjeintres de la nature, aux poètes priviégiés. Ce que l'histoire exige surtout pour comprendre les faits, c’est un examen géographique de la contrée, un tableau rapide mais exact des changements de toute espèce que la politique a introduits dans le pays.

Le Portugal est situé entre les 36° .r>8‘ et les 42° T de latitude. En longitude, il s’éteud du 8° 46' au 11° 51'. Dans sa plus grande étendue, c’est-à-dire de Melgnço (dans la province de iVlinho) jusque dans le voisinage de Faro, les géographes les plus récents lui accordent 309 milles. Sa largeur est de 129 milles, à partir des environs de Campo Mayor jusques à Cabo Roca.

Les calculs offerts ici ne diffèrent nas de ceux adoptes par Adrien Bal- Di. Nous dirons, avec ce géographe, que les confins politiques du Portugal sont formés nu nord et à l’est par le royaume. d'Espagne, et particulièrement par les provinces de Galice, de Valladolid, de Zaïnora, de Salamanque. d' Estrémadure et de Séville. Les confins naturels de ce royaume sont, à l'ouest et au sud, l’océan Atlantique; au nord et à l’est , une partie du cours de plusieurs fleuves, tels que le Minho, le Douro, leïageet la Guadiana avec leurs affluents , le iMacas et l’Aqueda du Douro, l’Elga et le Sever du Tage , le Gevora et le Caya de la Guadiana. Adrien Balbi fait observer egalement que les autres « confins sont urement de convention, et ont été etalis par des traités avec l’Espagne, à différentes époques. »

MONTAG N ES DU PORTUGAL- — Avant de remplir ce paragraphe, nous voudrions pouvoir présenter quelques considérations sur la géologie du pays. Mais, il faut bien l'avouer, nul travail spécial n’a etc publié jusqu'à ce jour sur cette ma-

{*) Child-Harold, ch. lct, trad. de M. Paulin Paris.

tière; et cependant le Portugal possède aujourd'hui plusieurs géologues éminents, parmi lesquels il faut compter le baron d’Esehwége, que ses travaux sur le Brésil ont placéau premierrang : un Mémoire de l’Académie des sciences de Lisbonne pourra, dans cette disette de documents, fournir quelques renseignements précieux (*); et nous savons d 'ailleurs que des travaux importants se préparent sur cette matière. Les montagnes de la région oui nous occupe sont une continuation aes Cordillères du système hespérique, par lequel est traversée la monarchie espagnole. Selon Balbi et don José de Urcuhu, les points culminants, en Portugal, sont au nombre de trois : la Foia , qui s’élève dans l’Algarve, a038 toises de hauteur et fait partie du groupe méridional ; la Serra du Estre/la n en a pas moins de 1,U77, et forme, dans la Beira, le groupe central; enfin, le Gaoiara , qui appartient au groupe septentrional, dans le Minho, paraît être le point le plus élevé : on lui donne 1 ,230 toises d’élcvation; mais ce chiffre ne présente point une certitude absolue.

îles. — Les îles que présente la cote de Portugal sont d'une bien faible importance ; les plus remarquables portent le nom de Berlengas (autrefois Loudobris) : c’est un groupe vis-à-vis Péniche, dans l’Estramadure. Les Berit ngos. situées par les 39° 2-V de lat., sont stériles et se eom-

Ïiosent d'une île, avec un fort, et de six lots. La pèche dans leurs enviions est abondante et fructueuse, il faut citer également le groupe de Faro, en face de la ville qui porte ce nom, au pays d' Algarve. Les géographes de la Péninsule veulent que l’important archipel des Açores, qui ne présente pas moins de huit cents milles carrés, fasse également partie des îles que l’on doit annexer au Portugal ; mais il est bon de se rappeler que les Açores sont situées à huit cents milles environ des côtes, et qu’elles doivent être l’objet d une description particulière.

lacs. — Le Portugal ne renferme pas de lacs proprement dits. Cependant on cite fréquemment parmi les curiosités naturelles de la Péninsule, les deux Layon situés au sommet le plus élevé de la Serra da Estrella. Plus d’une tra-

(*, De f'ttlranoolysipponensi et mouds crminu, t.i.p. 80.

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dition merveilleuse roule, en effet, sur ces lieux, et les phénomènes qu'ils présentent ont été longuement énumérés par M. José Joaquim Lopes, qui a enrichi de ses observations la géographie nouvelle dont nous nous sommes plus d'une fois aidé : les deux lacs sont situés à une faible distance l’un de l’autre, dans le voisinage de Villa de Ca. Celui qu'on désigne sous le nom de J.ago- Grande est le seul digne d’intérêt : il n'a cependant pas plus d’un demi-mille de circonférence; il est situé dans la partie la plus éminente de la montagne; la forme qu’il affecte est ovale et ses eaux sont presque au niveau du terrain. Mille traditions curieuses, des légendes sans fin roulent dans le pays sur le Lago- (irande et sur ses abîmes, que l’on prétend communiquer avec la mer; nous renvoyons le lecteur aux voyageurs qui en ont parlé.

fleuves. — Déjà, au temps de Strabon, le nombre des fleuves qu’on avait remarqués dans la Lusitanie avait fait donner a cette région la dénomination de Terre-Heureuse. Un des géographes les plus estimés du Portugal, Casado Giradez, compte treize fleuves ou rivières dignes d’une description particulière :

Baptista de Castro donne une nomenclature bien autrement étendue. Ce sera la première que nous suivrons , en conservant l’ordre adopté par le savant désigné plus haut. Nous nommerons, en premier lieu, le Minho; ce fleuve, qui prend naissance non loin de la cité de Logo, dans le pays de Galice, court d’abord du nord au sud, puis de l'est à l'ouest, et vient finir dans l’Océan entre Tuv et \ ilia de Caminha. Le Lima, qui porta jadis le nom tout mythologique de Le thés, a sessourcesdans les Asturies, puis traverse i’Entre Douroe Minho etse jette dans la mer à Viana. Castro voit son étymologie dans ces nombreuses lagunes désignées jadis sous le nom de Lymnas et de Lymum; mais, ce qu’il y a d'assuré, c’est qu'il joue en Portugal le rôle tout poétique du Lignon, si célèbre dans nos pastorales.

Le Neiva est beaucoup moins connu.

Il a scs sources dans les environs da Barco , traverse la province de Mmho de l’est à l’ouest, et va se perdre dans la mer non loin de Viana. Le Cavado vient de la

Galice, selon Giraldez , et des Asturies, au dire de Castro; il traverse la province de Minho, près de Monte Alègre et va se jeter dans l’Océan, entre Fào et Esposende. La province, de Minhodonne naissance 5 l’Ave, l’A vus des anciens; il court de l’est à l’ouest dans la Serra de Cabrera, puis il sépare l’archevêché de Braga de l’évêché de Porto; il finit dans la mer, entre Villa de Conde et Azurara.

Le Douro (*) est sans contredit l’un des fleuves les plus importants de cette région. Ses sources sont en Espagne, dans la province de Soria; il baigne a abord la vieille Castille, l’ancien royaumede Léon; et, après avoir arrosé Soria, Aranda, Toro, Zamora, il entre en Portugal.

La il sépare T» as os Montes et le Minho du pays de Beira, passe par Sam Joâo da Pesqueira, Pezo da Regoa et arrive à Porto; il se jette dans l'Océan, audessous de cette belle cité. Balbi et IJrcullu donnent au Douro un cours de 130 legoas. Ses affluents, en Portugal, sont le Sabor, le Tua, le Tamega, qui le grossissent par la rive droite, l’Agueda et la Coa, qu’on voit entrer par la gauche. Comme le Tage, le Douro avait la réputation de rouler des paillettes d’or dans son cours. Argote de Molina affirme qu’il existait de son temps des orpailleurs occupes fructueusement à l’endroit où le Tua entre dans le fleuve. Nous avons vu que le Tamega était un des affluents du Douro. C'est une rivière qui prend naissance dans la Galice et baigne i'Entre-Minho et le Tras os Montes, nord-sud. Le Vouga sort des montagnes de la Beira, à un endroit que l’on appelle Nossa Senhora da ’ Lapa; d traverse la province qui lui donne nai-sanee, et après un coursde vingt-deux lieues, se jette dans la mer, à Aveiro. Le Mondegoa un nom plein de douceur, que.

les poètes ont répété à l’envi ; mais rien n’est plus inconstant queson cours. Autant il coule paisiblement durant l'été, autant il se montre impétueux durant la saison des neiges. Né dans la chaîne de l’Estrella, il baigne le pays de Beira, uis fertilise les vastes plaines de Coïrnre, et se jette à la mer, après un cours

(*) l.c nom du Douro se modilie légèrement en espagnol : il s'appelle Dtiero. Castro fait dériver ce nom de la dénomination des Dnraços, qui habitaient jadis les environs de Soria.

de vingt-trois lieues : avant de se perdre dans l'Océan , il forme les ports da Figueira et de Buarcos.

Le Tage est comme le Gange ; il a une réputation presque mythologique, qui vient en aide, lorsqu'il "le faut, aux poètes et aux romanciers. C'est ce qui fait, sans doute, qu'à une époque de réaction littéraire, un de nos plus spirituels voyageurs jugea à propos de faire descendre de son trdne de roseaux le dieu fleuve. On s’émut de par delà les monts; et l’un des membres les plus sérieux de l’Académie de Lisbonne répondit à l'académicien français. Je n’afflrmerai point que dans ce débat le Tage n’ait pas perdu quelques feuilles de sa couronne; il lui reste encore assez de grandeur et de majesté pour être un des plus beaux fleuves de l'F.urope (*).

Le Tage, en portugais Tejo. prend naissance, comme on sait, sur les contins de l’Aragon; ce qu'on ignore généralement, c’est qu’il sort d'un morne élevé de la chaîne d’Albarracin, et qu’il forme d’abord une source connue sous le nom de Garcia , d'où s’échappent, dans des directions différentes, quatre fleuves qui portent leurs eaux à des mers opposées. Il se dirige d’abord nu nordouest jusqu'à Carascosa del Tajo, puis il continue à rouler ses eaux dans la direction de l'ouest, jusqu'à ce qu’il entre dans la province de Soria , à l'endroit où elle eonline avec celle de Guadalajara ; il incline alors au sud-ouest; et, suivant presque toujours la même direction, il traverse cette dernière province, celle dont M adrid est la capitale, Tolède, l’ Estrémadure espagnole, puis une partie de l’ Estrémadure portugaise, jusqu'à ce qu’il arrive à son embouchure. Il a accompli alors, selon les derniers géographes, un cours de 170 lieues. Nous ne dirons rien ici des nombreux affluents que le Tage reçoit durant son cours sur le territoire espagnol : le Jarama, le Guadaratna, l'Alberche, l’Alagon sont de ce nombre. L’Erjas, qui descend des flânes méridionaux et occidentaux de la montagne da Gata, se réunit au Tage sous le pont d'Alcantara , et forme dès le fort deSalvaterra la frontière de l’Espagne et du Portugal. Le Z.ezere, qu’a si

(■) Voy. le mémoire de M Danl.n Perdra en réponse à M. le colonel Bory de Saint- Vincent.

24e LivraUon. (Portugal.)

bien chanté Camocns, est le dernier affluent considérable que le Tage reçoive par sa rive droite; il descend des flancs méridionaux de la Serra da Estrella, et dans tin cours de plus de trente lieues du nord-est au sud-est, il semble former une vallée donton peut considérer celle du Tage comme une prolongation jusqu’à la mer. Le cours navigable du Tage a été jadis plus considérable qu’il ne l’est maintenant. Un historien célèbre, Bernardo de Brito, affirme avoir vu des barques de moyenne dimension remonter jusqu’à Tolède. Aujourd'hui, le fleuve cesse de porter des embarcations au-dessus de Villa Velha, qui est à environ neuf lieues d’Abrantès, et même les barques n’arrivent pasjusque-là sans difficulté. On a proposé à diverses reprises de grandes améliorations pour la canalisation du fleuve, et la communication du Tage avec le Sado serait l’une de celles qui présenteraient le plus d'avantages. L’embouchure du Tage, que l'on désigné aussi sous le nom de Barre de Lisbonne, peut avoir deux lieues de large; elle est défendue par deux tours, celle de Sam-Juliito et celle de Sain-Lourenço : les brisants la divisent en deux canaux propres à recevoir des bâtiments de toute dimension. L’un est connu des marins sous le nom de Canal da terra, c'est celui du nord; l'autre s'appelle canal <r.tlcacova, et il a la réputation d'offrir plus de sûreté : quelques personnes lui donnenteinq cents brasses de large sur neuf de profondeur (*).

A côté du Tage , il nous reste encore à signaler deux fleuves que nous avons nommés en décrivant son cours : le Sado, qui naît dans l’Alem-Tejoet sejettedans l’Océan après un cours de vingt-quatre lieues; puis la Guadiana, dont les sources sont dans la Castille Neuve, et qui , après avoir séparé le Portugal de l'Espagne, dans la direction du nord au sud, va se perdre dans la mer, apres un cours de cent cinquante lieues.

EAUX MINÉHALES. — Les SOltrcCS

d'eaux minérales sont nombreuses en Portugal, et l’on trouvera de précieux renseignements sur les vertus de quel-

(•) Voy. pour ces détails Keograpldques le /’<>nomma, i. Ht, p. Ici; l’article est sufiisaïuinent étendu pour 11e rien laisser à désirer sur ce poiut.

3d by

□gle

L’UNIVERS

ques-unes d'entre elles dans les Mémoires de l’Académie des sciences do Lisbonne. Nous citerons cependant les bains de Gerez, dans la province de Minho, ceux de Caldellas, que l’on rencontre à environ une lieue de Guiniardes, puis dans le pars de Beira, sam Pedro do Sul . et enfin Caldas da Reinha, près d’Obidos, à quatorze lieues au nord de Lisbonne. Ces dernières sont à la fois les plus célébrés et les plus fréquentées du royaume.

DIVISIONS ADMINISTRATIVES DU rORTUC.VL, TELLES QU ELLES ONT ÉTÉ

adoptées en IS35. — L'habile géogra-

Phe dont nous invoquons fréquemment autorité pour tout ce qui regarde cette portion de notre travail , M. Jozé de Urcullu, est le premier à faire remarquer le peu de stabilité qui a régné, dans ces derniers temps, au sujet des divisions administratives du Portugal.

En effet, les années 1820, 1822 et 1826 , virent successivement adopter de nouvelles combina sons , si bien que les indications qui nous étaient fournies naguère par les savants Casado Giraldez et Baibi ne .sauraient être suivies explicitement aujourd'hui, bien

que nos géographies les reproduisent encore sans explication. Le 26 juin 1833, cependant, le ministre de l’intérieur présenta un projet de division

fiour tout le territoire. Un décret royal e sanctionna, et il fut décidé que les royaumes du Portugal et aes Aigarves seraient partagés en huit provinces. On lie s’en tint par la, néanmoins ; et une nouvelle loi du mois de juillet 1835 vint encore modifier cet état de choses, qu’on annonçait comme definitif. En vertu de ce décret le pays se trouva former dix-sept districts administratifs. Au lieu des titres de préfets et de sous prtfets qu’on avait d abord adoptes dans la hiérarchie administrative, il fut décidé qu’il y aurait, à l'avenir, des gouverneurs civils, ou magistrats administratifs.

s districts se subdivisent en coricelhos , et ceux-ci se composent d’une ou de plusieurs paroisses (J'requezias). Nous reproduisons ici ce tableau des divisions administratives, parce que c’est le travail le plus nouveau qu il nous ait été possible de nous procurer; il est emprunté à la Géographie d'Ureullu et a tout le caractère officiel désirable. Oti a omis ici à dessein les Açores.

Province*.

District*

Concelhos.

ParnlRRCR.

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Population

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1 Bragança —

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Total général. ..

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