‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 69 sur 86 · chars de houille · texte numérisé non relu

chars de houille

Bragaa une grande célébrité historique; son archevêque même a disputé à celui de Tolède le droit de s'intituler primat des F. s pagnes. C’estaujourd’hui une ville qui porte sa population à environ 1G,077 dînes; elle s'élève dans une plaine, sur le petit lleuve Desta, qui baigne ses faubourgs. La ville possède de grandes ressources pour son irrigation; car Ton y compte 70 fontaines. L’antique cathédrale de Braga conserve, comme celle de Tolede, le rite mosarabe. La ville, du reste, présente une réelle industrie, et l’on y rencontre des manufactures de diverses espèces; il y a même, dit-on, d;s orfèvres habiles. On trouve, à trois quarts de lieue de Braga, une fort belle eglise, construite au dix-huitième siècle, et où l’on se rend en pèlerinage; c'est le sanctuaire de Bom Jésus do Monte.

Pénafiel est renommé par sa foire annuelle. Guiinarâes fut jadis la capitale de la monarchie naissante. Don Affonso Henriquez y résidait; et l’on y montre encore des édifices qui remontent à cette époque vénérable. Aujourd’hui c'est une ville de 3,685 habitants. Guimaràes est renommé par ses tanneries :

28.000 cuirs préparés en sortent annuellement. Son commerce de toile de lin a été frappé d'une complète décadence, depuis le traité de 1810 avec l’Angleterre. C’est à huit lieues au sud de cette ville que sont situées les eaux minérales, désignées sons le nom de Catdasàef 'izela, déjà célèbres du temps des Romains. Amarante, qui s’élève sur leTamega, Caldas de Jerez ou Xeres, renommee par ses bains d'eaux chaudes minérales, Viana, qui eut jadis un port plus fréquenté et qui ne compte pas moins de 6,800 habitants , sont autant de villes jouissant d’une certaine renommée, ainsi que Ponte de Lima, dont les poètes bucoliques du seizième siècle ont chanté si souvent le fleuve.

Ponte de Barca doit ar^ter le sou venir du lecteur, grâce à un fait assez rare dans l’Europe occidentale; une femme nommé Maria Lopes-da-Costa y vécut cent dix ans, et elle comptait cent vingt descendants, provenant des deux mariages qu’elle avait contractés. Tous les jours, dit-on, quatre-vingts d’entre ses

héritiersseprésentaientdevantelle.Villa- Nova-da-Cerveira, Monçào, Arco-de-Valde-Vcz, Santa-Marta-do-Bouro , ne se distinguent par rien de remarquable.

Barcelos, renommé par ses chasses, eut jadis une certaine célébrité historique; sa population aujourd’hui monte à 3,900 habitants. On désigne encore le petit port d’Espozende, Ydla-do-Conde, situé vis-à-vis d’Azurara, et surtout Povoa-daVarzim,quiestbâtiesur le bordde la mer ; elle compte 6,200 âmes. Melgaçoaune réputation toute vulgaire; car elle lui est acquise par ses jambons.

Castro-Lavoreiro est considéré comme un des lieux où le froid se fait le plus sentir en Portugal ; Valença s’élève a 70 lieues de Lisbonne , vis-a-vis la ville espagnole de Tuy, et est mise au rang des places fortes du royaume: puis vient enfin Caminha avec ses salines, et la rapide nomenclature des villes de l’Entre-Douro-e-Minho est esquissée.

PROVINCE DE TR AS-OS- MONTES. Cette province confine au nord avec l’ancien royaume de Galice , et son territoire est singulièrement montueux. La chaîne la plus étendue de la province porte le nom de Marâo. Du haut de la serra de Monchique (*), dont l’élévation est plus considérable que celle de Cintra, la vue se porte à une distance prodigieuse. Ce sont ces montagnes environnant la province du Minho, comme les Alpes se prolongent à l'égard de l'Italie , qui ont fait donner à la contrée le nom sous lequel on la désigne ; ainsi que le fait observer AI. Bory de Saint-Vincent, le Douro forme plus de la moi! ié de son pourtour. Le pays de T ras-os- .Montes est abondant en vins, sui tout dans e voisinage du fleuve. Le cru de la Feitoria en produit annuellement jusqu’à

70,000 pipes. Les huiles ne sont pas moins renommées; et les montagnes sont couvertes de châtaigniers qui nourrissent une partie des habitants.

Miranda porte le titre d’évêché ; mais qu’est-ce qu’une ville épiscopale de 460 habitants? L’évêque *a pris le parti, depuis longues années , d’aller résider à Bragance ; Mogadouro, Vimioso, Viuhaes, ne dépassent- guère cette faible

(•) Ou Mon$ico , dit Fauteur de la Mapa de Portugal : on aurait donné a celle montagne le uom reproduit ici , par antiphrase.

population; Moncorvo (*) est un peu plus considérable » mais c’est une ville fort laide et fort mal bâtie, qui tire cependant quelques avantages commerciaux de ses récoltes ensoie;Frcixo-d’Espada- Cinta, qui s’élève à une lieue du Douro, se fait remarquer par des vestiges curieux d'architecture, en même temps u’une légende relative à Diniz explique eson nom singulier : c’estune petite ville l,22n âmes. Mirandella, qui compte une centaine d’habitants de plus , a, dit-on , quelque analogie avecCoïmbre; Monte-de-Rio-Livre est renommé par son vin et par ses excellents produits agricoles. C’est Villa-Real , qui s’élève sur le Rio-Corgo, à quatre lieues de Lamego, que l’on considère comme la villa la plus industrieuse et la plus commerçante de la province ; elle porte sa population «à 4,080 habitants ; Pezo da-Regoa, qui n’en a pas 2,000, est célébré par la foire qui se tient annuellement au mois de février dans ses murs , et où tant de tran actions sur les vins ont lieu. Jadis on pouvait évaluer le chiffre de ses affaires à 10 ou 12 millions de cruzndes. Les négociants ont pris la coutume, assez générale, de se rendre directement à Porto.

Bragança est admirablement situé sur les bords du Rio-Fervenza , au milieu d’uqe campagne fertile. C’est une ville de 3,315 âmes , qui conserve le titre de duché. L’évêque de Miranda y fait sa résidence; eilea quelqu» s manufactures de velours et de soie. Plus d’une légende , plus d’une tradition historique se rattache , du reste, à cette ville antique; les écrivains du seizième siècle voulaient encore qu’elle eût été bâtie par le roi Brigus, et le Froissart des Portugais, Fernand Lopes, nous apprend que ce fut dans ses murs qu’une union bien célèbre et bien malheureuse fut contractée. L’évêque da Guarday maria Inez «à don Pedro.

(*) Anfillon, Bory de Saint-Vincent et Mlnftno désignent cette ville sous le nom de Torre de Moncorvo, ce qui nVst plus admis sans doute. Urcullu regarde cette dénomination comme une singularité. Le même géographe donne 1,700

habitants à la ville, tandis que l’un des auteurs cités plus haut lui en accorde 1.300 en 1826. Balbi est n peu près d’accord ici avec Ip dernier écrivain , et fixe la population de Moncorvo à 1,620 habitants.

Chaves, bâti sur la rive droite du Tamega, montre encore avec orgueil son pont de dix-huit arches, dont la tradition fait remonter la construction jusqu’aux Romains. Montalegre est un des endroits les plus froids du Portugal; il conserve encore son château antique.

ROYAUME DES ALO AR TES. — On 3 ntl

voir que le pays des Algarvesfuttine aes dernieres conquêtes des Portugais sur les Maures. Aussi, le nom qui désigne ce petit royaume est-il dérivé d’un mot purement arabe, et signifie-t-il simplement la contrée du couchant , la partie occidentale de la Péninsule. F.n donnant cette étymologie du reste, F- JoÜode Souza a soin de faire remarquer que les Maures l’appliquaient jadis à l'antique Turdétanie (*). Aujourd'hui l’Algarve forme la sixième province du Portugal.

Le pays compris sous ce nom est situé au sud de la province de l’Alem- Tejo. dont il est séparé par la serra de Monchique et le Rio Vasçâo ; ses cotes, depuis Seixe jusqu’à Lagos et la Guadiana , présentent une foule de petites îles sablonneuses. L’intérieur du pays est montueux. Les productions de l’Algarve sont variées; on tire de ce territoire de l'huile, des amandes, des figues, de la cire, du miel, des folioles de palmier travaillées, d’excellentes caroubes, que l’on exporte, en général, pour la Catalogne et la Sardaigne, et que l’on a vu vendre jusqu’à mille réis le sac(**). Le kermès, si précieux pour la teinture, passe de là à Gibraltar, d’où on l’expédie pour l'Angleterre et les Pays-Bas Le poisson salé que fournissent les côtes est abondant et fort estimé. La grosse chasse offre également des ressources.

Faro est aujourd’hui la capitale de l’ALarve. C’est une ville épiscopale, située à l’embouchure du Val-Formoso ; elle compte, d'après les derniers recensements, 7,087 habitants, pour la plupart matelots ou pêcheurs : son commerce d’exportation est considérable; elle est le siégé d’un gouverneur civil et militaire; on y remarque un hôpital mi-

(*) Cet orientaliste avoue qu’il n’a Jamais pu découvrir ou Duarte Nunez ne Leûo et Bluteau ont puisé l’étymologie qu’ils adoptent. Selon eux, Jtaarvee si un mot qui signilie terre plate, uuic et fertile.

(*') Le Panorama, t. VII, p. 210.

L’UNIVERS

litaire et un parc d'artillerie, Ureullu vante l’aspect charmant de la campagne environnante. Sylves conserve le titre de cité; c’est tout ce qui lui reste d un temps meilleur, de l’époque où elle pouvait s’enorgueillir en voyant son siège épiscopal occupé par Osorio, le Cicéron chrétien , comme l’on disait au seizième siècle : elle n'a plus que 2,100 habitants et s’est vue dépouillée dès 1 880 de son évêché en faveur de la capitale. Lagos compte un millier d’habitants de

plus. .. . .

Tavira est la cité des traditions chevaleresques et à coup sdr l’une des villes les plus remarquables du Portugal. Située à l’embouchure du Rio Seca, elle a un port, qui donne asile à quelques bâtiments de peu d’importance. Jadis, il a reçu, dit-on, des navires de haut bord et a fait un commerce considérable. C’était dans le port de Tavira qu’allaient se réfugier les galères portugaises envoyées en course contre les Barbaresquès. On vante l’aspect singulièrement pittoresque de la ville de lavira; on cite son beau pont de sept arches; et la tradition, enfin, veut qu’un antique buste de pierre reproduise les traits du brave Paio Perez Corrca , qui enleva la cité aux Maures. Le tremblement de terre de 1755 a été funeste aux vieux édifices de cette ville; et cependant l’antique église de Santa- Maria , qu’on a été obligé de reconstruire , laisse voir des preuves de son ancienne origine. C’est dans cette église qu’une pierre, portant sept croix rouges, rappelle la tradition des sept chasseurs et la dévotion du conquérant. Le gouverneur des armes habite une fort belle résidence. La po-

Kulation entière s’élevait naguère à 8,640 abitants. Loulé, quoique n’ayant que le titre de villa , présente une population ù peu près égale. Castro-Marini , qui se trouve située presque en face dAyamonte, en Espagne, fut jadis le siège de l’ordre du Christ. Villa-Real-deSanto- Antonio, bâtie sur les plans les plus réguliers, à l’embouchurede la Guadiana, ne. compte encore que 1,720 habitants.

Fondée en 1774, par ordre du marquis de Pombal, elle offre la preuve qu’il ne suffit pas d’une volonté puissante pour édifier une ville. Lagos tut jadis le lieu aimé du grand infant; c’était à son

marché qu’accouraient les populations qui venaient se fournir des denrées apportées d’Afrique et malheureusement aussi d’esclaves ; aujourd'hui , c'est une villa de 8,340 âmes, renommée par l’extréine fertilité de son territoire. Vilia- Nova-de-Portimâo emprunte son nom au fleuve qui la baigne. Sagres s’enorueillit d’avoir été bâtie en 1416 par on Henrique : dans l’origine, elle prit le nom de Terça-Naval ; puis elle s’appela J'illa-do- Infante. Ces deux dénominations se sont éteintes; il semble qu’un si glorieux passé eût dû préserver cette bourgade d’un complet anéantissement : elle n’a plus que 290 habitants. Il faut dire, cependant, qu'une pierre monumentale a consacré, en 1836, les grands souvenirs qui se rattachent à Sagres. Albufeira, petit port de mer, avant 2,670 habitants; Monchique, jolie villa , bâtie sur le penchant d'une montagne, et enfin Alvor, port renommé par ses salines, achèvent la nomenclature des lieux les plus remarquables du pay3 d’Algarve. Un savant distingué, le comte de Hoffmanseg, a décrit, d’accord avec Link , ses productions naturelles.

Enfin, les sites les plus remarquables de ce petit royaume sont reproduits dans le bel ouvrage de Landinann (*), que l’on consulte trop peu, nous en avons la preuve, lorsqu’on s’occupe de ces contrées.

coup d’oeil sur la. statistique monumentale. — On croit généralement en France, et c’est une erreur qu’il importe de rectifier, que le Portugal , si riche en pocteset en musiciens, n’a pas produit un seul peintre digne d’être placé parmi les grands maîtres. Notre intention était d’abord, à l’aide des travaux imparfaits des Taborda (**), des Cyrillo Wolkmar Machado (***), des Guarienti même (***’), de tracer succinctement un tableau des phases diverses de l’art dans cette portion de la Péninsule. Sans parler maintenant

(*) Aux personnes qui regarderaient ces todlcat ons comme Insuffisantes nous signalerons Ùouvrage portugais intitule : Corographia do Reino do A (g une.

(**1 Regras da artc da Pintura . 1813.

.(*•*) Col (écran de Memorias relativas as vidas dos i iin tores porlnguezcs. I.isboa, 1823.

('***) Abecedario Pitlarico d' Orlandi , augmenté par Guarienti , 1 vol. in-4*, édition ue

de ce Gran Vasco, en qui se résume, aux yeux des Portugais, le génie artistique du siècle d’Emmanuel , mais dont un critique exercé a transformé çn quelque sorte l’existence , et cela tout récemment , on verrait qu’une nation qui a produit les Hollanda, les Affonso Sanchez Coelho, les Campelo, les deux Vieira, et tant d'autres, ne peut pas être déshé- » itée sans injustice d’un de ses plus nobles privilèges. Ce qui nous a détourné de ce dessein, nous l’avouerons franchement, c’est la certitude que la lacune signalée ici sera incessamment comblée.

L’auteur d’un livK° bipn connu sur l’art en Allemagne } M. le comte Raczynski, qu’un long séjour en Portugal a mis à même de traiter savamment cette matière diflicile, va donner un ouvrage spécial sur la matière où de curieux problèmes seront abordés. Des dessins d’une exécution remplie de finesse et d’habileté viendront en aide à la discussion, et nous ne doutons pas que, grâce à des documents si patiemment rassemblés, l’histoire artistique de cette partie de la Péninsule ne reçoive un jour tout nouveau. Ce qu’il y à de positif, c’est qu’un mouvement incontestable a lieu aujourd’hui en faveur de l’art, à Lisbonne, et que, malgré l’insuffisance des œuvres modernes, on peut tout attendre d’une favorable impulsion. Des concours sont ouverts, des expositions publiques ont lieu ; on songe à quelques monuments nationaux. Rien évidemment le sentiment délicat et profond d’un haut personnage, qui ne s’en tient pas à la théorie , mais dont on admire les ouvrages , a réagi sur la nation , et a contribué au louable mouvement qui se manifeste. C’est ce sentiment qui a présidé à certaines constructions architectoniques dont on parle dès ù présent ; c’est lui qui a mis sous la sauvegarde des lois la conservation des monuments. Les édifices que recommandent leur grand caractère architectural, ou simplement de nobles souvenirs, sont répandus plus qu’on ne le croit généralement en Portugal; ils sont surtout variés par le caractère qu’ils tiennent, ou de leur extrême antiquité , ou des invasions diverses que le pays a dü subir, ou même des catastrophes qu’il leur a fallu essuyer; essayons d’en dire

25e Livraison. (Portugal.)

un mot, pour compléter cette notice (*).

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