‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 70 sur 86 · STATUES PRÉSUMÉES ANTÉRIEURES A LA DOMINATION CARTHAGINOISE · texte numérisé non relu

STATUES PRÉSUMÉES ANTÉRIEURES A LA DOMINATION CARTHAGINOISE

Nous ferons remarquer en passant quer vers l’année 1829, Southey vit, exposées à l’injure de l’air et précisément a l’entrée du jardin botanique, deux statues, qu’il faudrait faire remonter à la plus haute antiquité, si, comme le pense l’auteur du Journal d'un invalide , elles appartenaient à une époque antérieure à la conquête des Carthaginois : elles ont été trouvées prés de Montealegre en 1785. L’une est plus grande que l’autre; mais elles gardent la même attitude, et elles représentent un homme dont l’un des bras est pendant, tandis que l’autre tient un petit bouclier rond. « évidemment trop rudes pour appartenir à un âge fort avancé en civilisation , elles sont encore supérieures aux tentatives que peut faire une époque de barbarie. » Ainsi que Southey l’a fort bien dit, ces statues ouvrent’ un vaste champ aux conjectures; et il eût été infiniment curieux de pouvoir leur comparer cette fameuse statue équestre dont nous avons parlé à propos tie la découverte des Açores.

monuments druidiques. — Plusieurs de ces monuments dont l’origine n’est pas douteuse, ont été décrits par les voyageurs modernes. Mautefort, qui vit rapidement le Portugal , mais qui cite avec exactitude, Hautefort examina plusieurs Cromleh entre Pegôes et Vendas-Novas. Ils étaient rangés circu- Jairement au nombre de douze, et une treizième pierre s’élevait au milieu du cercle. Le R. Kinsey donne après lui la représentation d’un amas régulier de roebes, qu'il désigne également sous le nom de Cromleh, et qui existe près d’Arravolos. Ces monuments primitifs sont plus nombreux qu’on ne le croit généralement dans cette partie de la Péninsule, et ils sont désignés sous le

(*j Le décret du 25 octobre nue marque une ère nouvelle pour la culture des beaux-arts en Portugal. Il a institué à Lisbonne une académie spéciale pour les arts du dessin ; malheureusement jusqu’il prisent c’est l’ancien couvent da Sam-Francisco qui a prêté son local aux expositions, et l’on réclame de la munificence du gouvernement un édilice plus commode et ^plus digne. On va même jusqu’il se plaindre de ce que l'humidité de certaines galeries peut endommager quelques peintures.

L’UNIVERS

nom d' Jutas. Un savant portugais a meme publié à ce sujet un mémoire dont l’académie d’histoire a ordonné l'impression, et nous renvoyons pour plus ample informé aux renseignements que peut fournir ce curieux travail trop ignoré (*) de nos érudits.

Il existe, un autre genre de monuments parfaitement inconnus en France, mais que nous n’hésitons pas à ranger dans la même catégorie; on les remarque surtout dans la partie nord du Portugal. Les Castros ou Crastos ré-

fiandus dans un grand nombre de locaités du pays de Tras-os * Montes , sont probablement comme les Antas, d’origine Critique, lis consistent dans des enceintes circulaires de pierres élevées ordinairement au milieu d une plaide, et ont été regardés par erreur comme des restes de châteaux bâtis par les chrétiens pour se défendre de l’invasion des Maures. Don .lozé Verea y Aguilar, dans son histoire de Galice, imprimée à Ferreol en 1838, ne laisse aucun doute à ce sujet. Les Afamoas ou Modorras peuvent être rangées dans la même classe ; ce sont des élévations circulaires de terre , des tumuli, destinés à indiquerles tombes de chefs appartenant à ta race des Celles.

MONUMENTS d’ORIOINF. ROMAINE. —

Il suffit de parcourir les ouvrages d’André de Resende, l’antiquaire par excellence du Portugal , et ceux de Gaspard Kstaço, pour se convaincre qu’un grand nombre de monuments romains, et surtout d’inscriptions curieuses dues à la domination romaine, ont singulièrement occupé lesesprits, depuis l’époque de la renaissance. Karia e Souza , Severimde Fariaet tant d’autres renferment des documents précieux à ce sujet. L’un nous raconte comment fut découvert au seizième siècle letombeau du célébré Viriate; l’autre, retenu a Évora par ses fonctions ecclésiastiques, avait réuni un grand nombre d’antiquités romaines qui furent dispersées après sa mort.

Évora, l’antique Liberal) tas Ju/ia , en effet, est la terre par excellence des vieux édifices. C’est a tort cependant que

(*) Voy. le Mémoire de Marlim de Mendonça de Pina; il est intitulé: Discttrso sobre os alturea rudes que sc acham cm Portugal chamuda*

Autos, 1743.

Murphy a cru reconnaître dans le célèbre aqueduc dont nous offrons la représentation exacte, une construction entièrement romaine (*). Il est bien recounu aujourd'hui que ce beau monument, désigné dans le pays sous le nom d' aqueduc to daprata , a été rebâti complètement sous le régne de Joüo III. A cette époque, les constructions fondées par Sertorius n’offraient plus que quelques vestiges.

Après que César eut accordé les droits de municipe à Évora, plusieurs temples furent édifiés; celui dont nous reproduisons l’aspect daterait de cette époque, et l’on suppose qu’il a été dédié à Diane. C’est un fort neau spécimen d’architecture antique, et les colonnes élégantes qui le soutiennent appartiennent à l’ordre corinthien. Son plan offrait un parallélogramme oblong de trente deux pieds de large. Ce bel édifice est masqué parmi grand nombre de masures, et l’on trouvera a son sujet, dans le Panorama (**), des renseignements architectoniques que leur exactitude doit faire préférer a ceux de Murphy. C’est à douze toises environ de ce temple qu’est située la tour quadrilatère connue sous le nom de tour de Sertorius. Pour compléter la série de constructions monumentales que l’on peut attribuer aux anciens dominateurs du inonde, il faut nécessairement rappeler ici les restes d’amphithéâtre trouvés à Lisbonne et les bains de Cintra : on les désigne dans le pays néanmoins sous le nom de citerne des Maures; le savant auteur de Cintra pittoresque en donne la description , mais il n’en fait pas connaître l’origine. Murphy s’exprime d’une manière assez vague à ce sujet, sans insister néanmoins sur un caractère oriental qu’il nous est impossible de reconnaître. La salle entière, que l’on suppose avoir servi à des bains du temps des Maures, n’a pas moins de cinquante pieds de long sur dixsept de large. « Les murs sont construits de pierres de taille, et décorés de yha-

(*) Voy. Voyage en Portugal dans les années I7K9 et 17» *. trad. par Lalleinant, t. II, p. 278. L’auteur donne ainsi les dimensions de l'édifice : n Les piles ont neuf pieds de large sur quatre et demi d'épaisseur; l’entre-deux des arches est de treize pieds six pouces, ce qui égale la largeur et l’épaisseur de chaque arche jointes ensemble.»

(**) Voy. vol. III, seconde série, p. .407.

que côté de trois pilastres qui se terminent en arc et supportent la voûte.

L’eau destinée pour les bains a quatre pieds de profondeur, et, ce qu’il y a de singulier, c'est que l’hiver comme l’été jamais elle n’augmente ni ne diminue, quoiqu’elle ne paraisse venir d’aucune source. «Cette dernièrecirconstanccquelque peu merveilleuse semble, du reste, ne pas avoir été adoptée par les derniers écrivains qui ont parlé du monument, et l’auteur de Cintra pittoresque signale deux anfractuosités par lesquelles

{lénètrent les eaux. Murphy insiste sur a légende populaire qui place sous ces ruines un roi maure environné de richesses et reposant dans un tombeau de bronze. Ce qu’il y a de positif, c’est qu’en parlant des ruines de la région occidentale de la montagne, il se demande, avec toutes les restrictions du doute, si elles n’ont pas été élevées par les Rom. tins. Il ne faut pas être initié bien avant dans les mystères de l’archéologie, pour reconnaître dans les bains, dont nous avons reproduit une vue, le caractère propre à l’architecture romane. La ville de Vizeu renferme plusieurs ruines romaines d’un haut intérêt, parmi lesuelles on sicna4e la caverne de Viriate ont il n'existe plus qu’un léger vestige.

CATHÉDRALE DE RR A Ci A. — VIZEU. —

Toutes 1rs personnes, quelque peu familiarisées avec les antiquités de la Péninsule, n'ignorent pas que cette cathédrale dispute à celle de Tolède son titre d'Aglise primatiale des Espagnes; la tradition veut que Bracchara Augnsta ait été la première cité où l’apôtre saint Jacques ZébéJée prêcha l’Évangile dans cette colonie romaine. Braga possédait le collège des archiflamines, d’où sortaient les prêtres gentils qui se répandaient dans la Péninsule; cette même tradition nous a conservé le nom des neuf disciples de saint Jacques, qui se convertirent immédiatement au christianisme, et qui secondèrent l’apôtre dans ses travaux (* ). On sent donc aisément tout ce qui s'attache de vénéra-

(*) Nous reproduisons ici ces noms dans l’ordre adopté par le sa%anl P. Fr Francisco de Santo-Agosiinho de Macedo : Torquutus , Thesiplionus, Secundus, Indalecius, Cecilius, Eu-

Çnrasius, H.sirhius, Theodorus, Athanasius.

id. Dtutriba de adventu ta ne U JacoOi *» üupaniam.

tion à la vieille cathédrale de Braga.

Cette église est une des plus considérables parmi celles qu’on voit encore en Portugal ; mais nous avouerons qu’aucun document positif, venu du moins à notre connaissance, ne nous indique d’une manière positive (juel est ledegréd’antiquité des constructions existant aujourd'hui.

La cathédrale de Braga est un vaste édifice à trois nefs; dans celle du milieu on remarque un magnifique retable en pierre, qui fut fait, dit-on, par des artistes du pays de Biscaye, que lit venir l’a relie \ cqûe don Diogo de Souza, et qui, en se tixant à Braga, laissèrent leur nom à l’uiuvdes rues de la ville.

Dès le sixièmes ècle, Vizeu avait un évêque suffragant de celui de Braga ; mais il paraît qu'il avait fixé son siège à Sam Miguel de Fêtai extra niuros, où une tradition mensongère devait bientôt lacer la tombe du dernier roi desGoths. «a cathédrale de Vizeu, qu'ou montre aujourd’hui avec respect, fut fondée, dit-on, par le comte 1). Henrique et par son épouse Thareja: les curieuses peintures de cette église, attribuées à Gran Vasco , sont aujourd’hui l’objet d’une intéressante discussion.

CATHEDRALE DE COtftIRRE (SAM-

christovam). — On peut connaître aisément toutes les traditions religieuses ui se rattachent à l’antique monument ont nous reproduisons ici une vueexacle , en consultant V A g iologio lusiiano. Aussi renvoyons-nous le lecteur curieux de ces sortes de discussions au savant ouvrage de Cardoso. Quant à l'importance de l’édifice sous le rapport de l'art, elle ne saurait être douteuse, puisque c’est peut-être la seule construction religieuse de quelque importance qui remonte en Portugal au temps des Goths. Ainsi que le fait très-bien observer un écrivain national, ses murailles, vues extérieurement, ressemblent «à celles d’un vieux château, et c’est probablement d’ailleurs tout ce qui reste des premiers temps; il paraît même certain qu’un écrivain moderne s’est complètement trompé, eu attribuant aux Goths les travaux architectoniques de la porte latérale du temple. Il suffit de les voir, pour reconnaître immédiatement qu’ils appartiennent au treizième ou bien meme au quatorzième siècle.

T. UNIVERS

L’intérieur de cette vénérable église a subi des modifications d'une époque bien autrement récente. M. W. H. Uarrisson dit que son revêtement de tuiles émaillées ( azulejos ) , qu'il croit fabriquées en Flandre, lait un curieux effet (*); nous préférerions, pour notre part, les vieilles murailles, telles que put fes contempler dans leur majesté l’émir Eujuni, lorsqu’il entra à Coïmbre, en 1136, à la tête des 300,000 musulmans que lui donnent peut-être un peu libéralement les chroniques.

l’eolise de cedofeita. — Après l’église métropolitaine de Braga , le petit temple de Cedofeita est, sans contredit, le monument religieux le plus ancien du Portugal ; mais il ne faut nullement croire, comme l’affirme le P. Rebello , que ce vieil édifice n'ait subi aucune altération notable depuis douze cents ans. L’église de Cedofeita est aujourd’hui une des paroisses de Porto; et si l’on ne peut pas dire qu'elle se distingue par aucun caractère de grandeur ou d’originalité , il y a peu de monuments en Portugal qui offrent autant de souvenirs curieux que celui-ci. Selon les uns, sa première origine remonterait au roi goth Reciaire, qui régnait en Galice et qui avait adopté le catholicisme , après avoir été élevé dans l’erreur d’Arius. D'après les documents fournis par le P. Rebello, Cedofeita aurait été fondée par le roi suève Théodemir , en .>56, et aurait succédé à une église plus ancienne. Dans la première hypothèse, son nom viendrait de la rapidité avec laquelle s’effectua sa construction; Réciaire, craignant pour la santé d'une fille bien-aimée , envoya , dit-on , chercher en France une précieuse relique de saint Martin de Tours, et, au moment où partirent ses messagers, fit commencer l’édifice. Or, les reliques désirées ne furent pas plutôt arrivées en Portugal, que l’église nouvelle se trouva être terminée : on l’appela, en conséquence, Citojacla on Cedofeita (la bientôt faite). C’est en effet un édifice de peu d’importance et qui ne coûta pas de grands frais d’architecture

{') The tuurixt in Portugal illustrnted from p nintings bg James Holland. Loüdon, 1S39; l \ol. in-12.

à son fondateur; elle se recommande surtout' par ses souvenirs.

Bien que sa première origine soit un

Îieu moins ancienne, la cathédrale de ’orto remonte, dit-on , également au sixième siècle; mais la construction actuelleestdueau comte don üenrique et a sa femme dona Thareja, qui la réédifièrent complètement. On sait que le comte s’empara de la ville en 1092, et qu'il résida dans cette ville mauresque a plusieurs reprises. La reine avait fait construire un palais dans le voisinage, et cette résidence souveraine communiquait avec la cathédrale; un escalier désigné encore aujourd’hui sous le nom d 'escada da Rainha, atteste la tradition rappelée ici.

LE CHATEAU DA FE1RA. — Il y 0 , à

uelque distance d’une petite ville de ix-huit cents âmes qu’on désigne sous le nom de villa da Feira , un antique château dont on attribue la construction tour à tour aux Romains, aux Goths et aux Maures. Au milieu de ces opinions si divergentes, ce qu’il y a de plus positif, c’est l'extrême antiquité de l’édifice. Selon l’écrivain portugais qui nous sert de guide , ce monument, qui a l’aspect d’un temple mauresque, est en réalité, un alcaçar; c’est ce qu’on reconnaît parfaitement, dit-on, en observant la structure des murailles, toutes bâties en granit; au-dessus de la voûte de cette, construction se trouve une plate-forme , de la superficie de laquelle s’élèvent quatre tours; ees tours, outre leur plancher, qui est parallèle à la plate-forme, en avaient reçu un plus élevé et fort rapproché du donjon , d’où l’on pouvait découvrir la mer, depuis le sud de Mira Gaya jusqu’à l’embouchure du Douro.

Les donjons des quatre tours sont de forme pyramidale; les angles, au lieu de pyramides de pierre, offrent d’autres petits donjons de. granit massifs ; les uns et les autres sont terminés par des cs-

fièces de tulipes sculptées également dans egranit,etdontl’aspectestfortétrange.

La plate forme, du reste, est taillée en dos d’âne , de manière à ce que les pluies ne puissent pas y séjourner; les eaux jadis étaient recueillies, à leur extrémité, par des rigoles qui alimentaient par des conduits une grande citerne construite dans l’intérieur de l’édifice.

Il y a en outre un parapet saillant à la

{>artie extérieure, dans la direction du evant et du nord , avec deux ouvertures circulaires propres à lancer des combustibles et d’autres objets capables d'inquiéter l’ennemi oui aurait voulu s’emparer des portes de l’alcarar.

Une sorte d’oratoire garni de deux petites colonnes gothiques , une espèce de trône auquel on monte par des degrés de granit, sont autant d’objets dont on n’a pu encore bien spécifier le caractère ; mais un des ouvrages les plus singuliers de ce monument, est un puits carré , auuel on attribue une extrême profoneur. Il est revêtu intérieurement de pierres de taille, et l’ou y descend par un escalier en colimaçon ménagé dans une des parties latérales; cet escalier est garni de grandes fenêtres aux extrémités aiguës. On pense qu’il aboutissait à une route souterraine , ou bien même à un aqueduc caché. Certaines portions du château de Feira présentent encore une solidité remarquable, et il suffirait de quelques réparations habilement ménagées pour le faire durer des siècles.

M. Kinsey parle avec quelque détail d’une église située non loin de Nossa Senhora da Lapa, au nord-ouest de Porto, et qui a tous les caractères de l’architecture mauresque; on la désigne même sous le nom de MesquUa, comme la chapelle de Cedofeita; les arceaux , les chapiteaux, d’un style original, qu’on y remarque, sont d’un réel intérêt et ne laissent pas de doute sur leur origine sarrasine. Ce curieux monument n’a ce-

Siendant pas été fondé primitivement par es musulmans; il est du nombre des églises que les Goths, dit-on, avaient édifiées, et que les conquérants approprièrent a leur culte; une inscription que l’on peut lire dans son étendue, en consultant Rebello da Costa et le voyageur anglais, atteste qu’ellefut fondée, en 559, par Théodomire, roi des Sueves.

Page 1