‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 71 sur 86 · CHAPELLE DES TEMPLIERS DE POM- BAL. — VESTIGES D’ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

CHAPELLE DES TEMPLIERS DE POM- BAL. — VESTIGES D’ARCHITECTURE

sarrasine. — Le nom de Pombal a un tel retentissement politique , qu’il semble étrange, au premier abord , de le voir lié à des souvenirs légués par le moyen âge. Cette bourgade, qui a imposé son nom au grand ministre, est cependant fertile en traditions de ce genre ;

lorsqu’il passa par villa de Pombal, il y a quelques années, M. Je baron Taylor examina les vestiges de ruines qu’on y remarque encore, et, sans assigner une date précise à ces monuments, il a fait comprendre, avec le tact qui le caractérise, ce qu’il y a de curieux pour l’archéologue dans l’alliance de deux styles bien différents que rappelle la petite église des Templiers. « Ces chapiteaux, ces vodtes romanes, dit-il, donnent à ce monument une assez haute antiquité, et il est curieux d’y voir aussi la trace du séjour des Maures, qui ont taillé et transformé l’arc plein cintre de la porte en forme orientale, du genre de celles que l’on retrouve à Ourfa et à Koniah. Cette chapelle a été tour à tour église et mosquée, moins splendide et moins célèbre sans doute que Sainte-Sophie de Constantinople, tout en subissant cependant les mêmes changements. »

Pombal renferme un autre monument du même genre, et qui a dô recevoir une modification analogue à celle que nous venons de signaler : ce sont les ruines du château que l’on voyait encore, il y a une vingtaine d’années, à l’entrée de la ville, et dont M. Taylor a donné également une exacte représentation.

« Les ruines que nous décrivons ont été. la demeure du châtelain de Pombal, d’un Maure, qui en prit possession par les droits de la guerre, puis des chevaliers du temple. Tour à tour aux musulmans et aux chrétiens, son donjon a servi de harem et de cellule; ses appartements ont vu reposer un Arabe au milieu de ses odalisques, et le chevalier portugais qui vouait sa vie à l’amour d’une seule femme (*) . »

chatrau d’alcobaça. — Il faut mettre encore au nombre des constructions sarrasines dont il reste des vestiges en Portugal , les ruines qu’on voit sur une colline , non loind’Alcobaça, et dont M. Taylor a conservé une vue si pittoresque. Ne pouvant reproduire la gravure qu’il en a donnée, nous emprunterons au moins au vovageur sa description. « Le château d’Afeobaça, comme la forteresse de Grenade, est le produit des arts des Arabes au dixième siècle; il

(*) J. Taylor, Voyage pittoresque en Espagne, en Portugal et surfa côte. d'Afrique, Paris, Gide lils, 1820 f I vol. in-4\

L’UNIVERS

est situé sur le plateau d’une petite montagne qui domine la ville, et sur ses créneaux l’on découvre tout le plan du vaste monastère d’Aleobaça. Comme partout en Europe où l’on rencontre des ruines, ceiles-ci frappent vivement l’imagination des paysans. Assis sur le bord de la route et pendant que je dessinais, une vieille femme me racontait que l’ancien chef arabe , seigneur qui obligeait les habitants de la contrée à lui livrer chaque année un tribut de douze jeunes filles, revient chaque nuit faire son sabbat pour obtenir encore quelques vierges; elle ajouta : « C’est presque sans danger maintenant , parce que les frères du couvent ne le permettraient pas; cependant, malheur à la jeune femme qui visite l’alcazar, elle en sort rêveuse et mélancolique; quelquefois, heureusement c’est assez rare, elle manque d’en mourir. »

Cette tradition du tribut des jeunes filles, pour le dire en passant, se rattache dans la Péninsule à un grand nombre de localités. En Espagne, elle a fourni au Komancero general une de ses plus belles romances héroïques ; en Portugal, elle a donné lieu à un chant qu’on a voulu faire remonter au douzième siècle, mais auquel il faut assigner une date certainement plus récente(*). Il est curieux, du reste, de voir ici les vieux monuments d’accord avec le souvenir historique; c’est ce qui prouve l’indispensable nécessité de recueillir, pendant qu’il en est temps encore, les traditions populaires qui vont bientôt s'évanouir.

Kit MITAGE DE N. S. DU SECOURS.

— La petite église qui porte ce nom, et qui est située à un quart de lieue au sud de Trocifal , à environ six lieues et demie nord-ouest de Lisbonne, est du petit nombre des monuments qui ranellent la lutte des Portugais contre les Maures; le pont du Sang qui traverse le RioSisandro, atteste, en effet, qu’une grande bataille se livra dans ces parages. Nous laisserons de côté les autres traditions, pour dire que si le toit ogival de l’église indique une reconstruction , les colonnettes qui le soutiennent appartiennent à l’architecture sarrasine. On voit à peu de distance de

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cette curieuse église, le Penedodo thesouro, la roche au trésor; elle sert à attester la durée d’une tradition merveilleuse qui veut que tous les lieux habités jadis parles Arabes soient riches de leurs dépouilles, enfouies au moment de la fuite. Rien de si commun , nous l’avons dit, que ces trésors gardés à l’instigation des Maures par l’esprit des ténèbres. Telle fut ici jadis l’activité des recherches, que l’autorité se vit contrainte d’agir et d’arrêter dans leurs perquisitions ruineuses ceux qui espéraient s’enrichir par ces fouilles tardives.

castello de chaM. — Il faut également faire remonter au berceau de la monarchie cet antique chAteau de Chain, qui s’élève à dix lieues de Porto dans une agreste solitude et qui fut le so/ar de la famille des Pinto. Resende, dans le premier livre de ses Antiquités, le désigne sous le nom de Monte de Muro; il â été construit sur les bords d’un ruisseau que l’on appelle Rio de Restaura, et tel est l’as|iect sauvage du pays qui l’environne qu’il semble plutôt fait pour servir de repaire à des bêtes sauvages que de retraite à l’homme. « Édifié au milieu de la colline, sur la rive droite du Bestança, dit M, Joaquim de Santa- Clara Souza-Pinto, il a pour base une roche etforme, pour ainsi dire, un carré parfait. On lui donne environ vingt palmes de long sur chaque fareet il conserve sept créneaux aux deux côtés du couchant. » Cet antique manoir, qui présente tous les caractères de la période romane, asubi déjà plusd’unealtération.

Il est fait mention avec éloge de don Mendo de Gondar, souche de la famille des Pinto, dans le nobiliaire du eomte de Barcellos; ce Mendo venait des Asturies et avait accompagné le comte don Henrique en Portugal.

MONUMENTS CONTEMPORAINS DU FONDATEUR DE IA MON ARCHIE.— TRA- DITION QUI S’Y RAPPORTE. — ÉGLISE DE NOSSA SKNHORA D ALMACAVA. — L’ancienne église de Lamego, où la tradition plaçait l’acte le plus imposant de la monarchie naissante, est encore debout selon les uns; selon d’autres, le monument religieux qui réunit dans son sein les trois ordres du royaume (*), a été

(*} Me permettra-t-on, à propos de ce vénérable editice, de rappeler uue grande tradition bis-

renverse, et il ne faut pas le confondre avec1 l'église qui existe maintenant.

Voici ce que dit, touchant cet édifice, Jorge Cardoso : « C'est un bruit avéré ue l’église de Notre-Dame d’Almacava tait une mosquée; elle fut purifiée immédiatement selon la louable coutume de eette époque et devint l'antique cathédrale. La moderne église, selon ce que nous affirme Ruy de Pina , dans sa chronique du comte don Uenrique, fut édifiée et consacrée par don Bernard , évêque de Tolède. »

Rien ne serait plus curieux, du reste, pour l'histoire de l’art que les études sérieuses et suivies sur le petit nombre d’édifices qui appartiennent au berceau de la monarchie : tels sont, par exemple, ces vestiges du palais de don Henrique, que l'on voit encore à Guimaraens, et où naquit le premier roi.

MOISASTEKE d'aLCORAÇA. — DetOUS les monuments du Portugal il n’y en a pas, avec Batailla, qui jouisse d’une renommée plus populaire que celui-ci.

Archéologues, touristes, voyageurs préoccupes des poétiques légendes, tout le inonde en parle, niais tout le monde ne donne pas des détails précis sur son érertion et ne reproduit pas des dates certaines. Nous écarterons cette fois la uestion d’art pour ue nous occuper que e certains faits qu’il est nécessaire de rappeler. On a déjà vu dans la première partie de cette notice à quelle circonstance fut due la construction de ce vaste monastère. 11 s’élève dans une vallée étroite, mais d’un aspect charmant, où coulent deux petites rivières:

l 'Aida et la llaça, dont les deux noms réunis imposent à la villa construite a peu de distance la dénomination qui la désigne. Cet ancien couvent est à dixhuit lieues portugaises au nord de Lis-

torique? Personne n'asuivl avec plus d'intCret que l'auteur de cette notice, la discussion critique qui s’est élevée surtout en Portugal au sujet des eorlés de Launego; nul ne professe plus d’estime que lui pour les écrivains éminents qui ont nie leur existence; mais il l'avoue franchement ici, il attribue a la tradition plu» de v aleur qu’on ue lui en accorde dans res derniers temps, il croit avec l’autorite admise par ie savant et consciencieux Scheffrr,« ijur les documents qui nous sont parvenus a ce sujel ne contiennent rien en eux-mémes qui puisse taire douterdeieuraulhenticilé. » Vov. pour l'opinion contraire le savant essai de M. Coeltiodu Hoclm.

bonne. La première pierre de l'édifice fut posée le 2 février 1148; son premier abbé fut Ranulphe, qui avait été envoyé en Portugal par saint Bernard.

L’égfise, néanmoins, ne fut achevée et le couvent ne commença à être habitable qu’en 1222. « Le monastère d’AIcobaça. dit un écrivain portugais, rie peut être offert comme type d'architecture des temps anciens1, , insi que eelaa lieu à l'égard de Batailla, mais il est remarquable par sa vaste étendue.... Le temple, construit entièrement de belles pierres détaillé, est d’un aspect grandiose; il est dédié à Notre-Dame de l'Assomption, et se compose de trois nefs d’une hauteur égale. Il enestdemêmeduCruzeiro et de la grande chapelle; les autres chapelles qui ont été construites derrière celles-ci, sont plus basses. Les dalles du parvis sont de la même nature que les matériaux qui ont servi à élever les murailles. La voûte est faite d’une espèce de pierre légère ( qu’on désigné dans le pays sous le nom de Tujo). L’église dans toute sa longueur aquatreceutsoixante-dix-neuf palmes. (*) »

Bien peu d’églises offraient jadis autant de magnificences que celle-ci; la suppression des ordres monastiques a nécessairement porté un coup funeste à tout le monument : il n’en est pas un seul peut-être qui mérite au même degré d'éveiller la sollicitude du gouvernement. — Comment laisser tomber en ruine l’asile vénérable de toutes les grandes traditions de la monarchie?

Non-seulement c’est là que repose don Fr. Pedro Affonso, le frère du premier roi de Portugal, mais on y voit encore les tombes d' Affonso 11, a' Affonso III, et de leurs épouses donn Urraca et dona Brites. Personne n’ignore que c’est à Alcobaça qu'on peut visiter deux autres tombeaux, objets continuels des plus poétiques souvenirs. Inezde Castro et don Pedro ne reposent pas côte à côte sous la même voûte; celle qui ne fut reine qu’après sa mort, comme dit le poète castillan , fut déposée dans son cercueil, de telle sorte qu’au jour de la résurrection, et en se levant au bruit de la trompette sacrée, le premier regard

(*j Voy. le Panorama, t IV, p. 114. On trou- Vf ni dans cet article les diverse* mesures de t'édUice et une vue de sa façade extérieure.

L’UNIVERS

des deux époux pût être un regard d’étemel amour (*).

Le portail du temple est malheureusement bien inférieur par le style de son architecture a la vaste nef qu'animent tant de grands souvenirs. Elle est infiniment postérieure à la fondation primitive, et elle n'offre dans sa vaste étendue qu’un style gothique défiguré.

Pour donner une idée complété de ce curieux monastère, des volumes ne seraient pas de trop : nous dirons seulement qu’il y a cinq cloîtres, et qu’à une certaine époque le couvent a renfermé jusqu’à neuf cents religieux. Il est bon de rappeler que ces moines, de l’ordre de Saint-Bernard , furent les premiers qui, le 11 janvier 1269, ouvrirent des cours publics d’études en Portugal. Les abbés d’Alcobaça étaient des espèces de potentats, pourvus de revenus énormes, et n'ayant pas moins de treize ou quatorze villas, avec leurs dépendances, sous leur pouvoir immédiat.

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