SANTA-CRUZ DE COIMBRE. — SES
cloîtres. — Il faut compter également au nombre des monuments célèbres de cette période , l’ancien couvent de Santa-Cruz de Coïmbre, qui a tant souffert des dévastations de 1834. Il remonte à l’origine de la monarchie et fut fondé par f). Tello , qui , ayant admiré à Jérusalem l’institut des chanoines du Saint-Sépulcre, voulut constituerun établissement pareil dans son pays, « afin , dit un écrivain portugais , d’y établir une sorte de pépinière, d'où sortiraient les prédicateurs de la foi dont le royaume manquait essentiellement. » Le prélat choisit, pour fonder ce pieux monument, qu'on pourrait à la rigueur considérer comme l’origine des établissements universitaires en Portugal, un faubourg de Coïmbre, désigné sous le nom des Bains de la Reine, Ban/ios da Rainha , où il y avait déjà une église sous l'invocation de Santa- Cruz, ou de la Sainte-Croix. Ce fut la qu'il vint s'établir avec ses compagnons le 24 février 1 1 32. Il adopta la règle de Saint-Augustin. Ou fait observer avec raison
I*) On peut lire dans le rirent voyage du
fin nce Lkbnowsky une description fort déaiilêcetfort intéressante de ces deux tombeaux. Ce livre, écrit en allemand, a été traduit en portugais des 18 W.
qu'une des gloires principales de I).
Tello futd'avoirété le maître de D.Theolonio, premier prieur de Santa-Cruz de Coïmbre. Affonso Ffeuriquez avait pris en une affection singulière les religieux chanoines, il porta leur nombre à soixante-douze. Mais ce fut surtout le magnifique O. Manoei qui augmenta leséditices religieux qu’on admire encore aujourd'hui. Les somptueux mausolées ui remplacèrent les tombes modestes ’Affonso Henriquez et de D. Sanclie I", furent élevés par ordre de ce monarque, lorsqu'il eut l'intention de fonder l’cglise splendide qui devait remplacer la chapelle édifiée par D. Tello. D. Manoei ne négligea rien de ce qui pouvait augmenter sa richesse , et il fit même venir des pays étrangers certains objets d'art que ne pouvait offrir alors le Portugal; telles furent ces stalles en bois sculptées que lui fournit l'Allemagne.
Santa-Cruz de Coïmbre est malheureusement construite avec la pierre A'.tncaà, ui se délite facilement sous l'influence e l'atmosphère extérieure, comme la pierre dont est construite l’une des plus belles églises de Rouen.
Leseloitres de Santa-Cruz ne sont pas la partie la moins intéressante de cet édifice religieux ; dans celui qui vient immédiatement après l’église, on remarque , entre autres ornements , un vaste bassin de marbre. Après le parloir se présente le cloître principal ; il est carré, soutenu par des pilastres et ornéde quatre chapelles. C'est dans les bâtimentsdu cliapil re qu’a été élevée la tombe de D. Théotonio ; elle est due a Thomé Velho, fameux architecte de ce temps.
Le cloître désigné sous le nom da Manga est célèbre par une circonstance assez curieuse : lorsque Joào 111 fit continuer les travaux de son prédécesseur, en 1527, il dessina sur sa manche rovale le pian de cette portion de l’édifice dont on admire le caractère particulier. Depuis dix ans environ, l'administration s'est emparée de ces vastes bâtiments : le temple sert d’cglise paroissiale, et la municipalité de Coïmbre tient ses séances dans les salles de la bibliothèque ; il en est ainsi du reste de l’édifice. Le beau parc du monastère a été vendu déjà deux fois.
Après avoirsouffertdïrrèparables dommages, il est tombé enfin entre les mains
d'un négociant honorable, qui comprend les grands souvenirs historiques se rattachant à son existence.
Coîmbre renferme encore un monuinentd'un grand intérêt : c’est le couvent de Santa-Clara ; celui qui portait jadis ce nom et nui avait pour fondatrice la reine Isabelle, est depuis longtemps enseveli sous les sables. Santa-Clara , dont l'aspect est si remarquable, a été bâti au tempsdc Manoel.
quinta das lagbimahs et fontaine des amours. — Il fautmeitre nécessairementcejardinau nombre des plus nobles monumeuts que nous ait laisses le moyen âge; il dit encore les plus touchants souvenirs; il rappelle la plus poétique tradition; mais, s'il faut en croire un voyageur moderne, rien n’a été fait jusqu’à ce jour pour le préserver d’une ruine irréparable. « Le jardin des Larmes, dit Kinsey, servait de résidence aux ancêtres de dona lnez;mais leurs descendants sc sont fort peu mis en peine de préserver des rudes atteintes du temps ce précieux reste d’antiquité; et , si ce n'eilt été l'attachement des étudiants de Coîmbre, ou, pour mieux dire, leur respect pour le culte du lieu , la fontaine des Amours elle-même eût disparu avec Jes cyprès ombreux dont elle est environnée. Les cyprès du Portugal sont magnifiques, et à distance ils peuvent être comparés aux cèdres du Liban. Ces beaux arbres , une table de pierre placée à l’origine de la source et sur laquelle on a gravé la stance des Lusiades qui fait allusion au nom de la fontaine , voilà tout ce qui rappelle au voyageur le trépas d’inez et son amour. » Ce petit monument a été placé là par les ordres du général Trant ; et il est problable que le nouvel acquéreur de la Quinta aas t.agrimars, qu'on dit plein de respect pour les vieilles traditions, l'aura conservé. L’eau de la fontaine des Amours coule sur un quartz blanc tacheté de rouge. Le peuple croit y reconnaître les marques sanglantes attestant encore le supplice d’inez. Un vieil écrivain, qui recueillit avec un soin religieux toutes les traditions poétiques conservées encore de son temps , Faria e Souza, prétend que les flots échappés de la fontaine des Amours servirent plus d’une fois de messager aux deux amants.
Les lettres que don Pedro voulait faire parvenir à son amante étaient confiées par le prince au ruisseau rapide, qui les lui portait bientôt. Il faut que cette tradition , ignorée de M. Kinsey et de plusieurs autres voyageurs, ait eu cours dans le seizième et le dix-septième siècle; car c’est uniquement à l’aide de son souvenir qu’on peut expliquer une des stances bien connues des Lusiades (*).