‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 74 sur 86 · LE COUVENT DU CHRIST I>E THOMAR · texte numérisé non relu

LE COUVENT DU CHRIST I>E THOMAR

— Cette réunion d'édifices, aujourd’hui abandonnés, appartient à differents âges et rappelle les plus grands événements qui aient illustré la monarchie. Cependant, comme l’eglise a été reconstruite pardon Manoel, il faudrait peut-être ranger tou t le monument parmi les constructions de la renaissance; Thomar fut consacré par le roi Diniz aux templiers, nous n’hésitons pas à rappeler ici ses restes vénérables. Cette vaste habitation , dit un écrivain portugais, se composait de trois parties bien distinctes: le couvent proprement dit avec son église, ses cloîtres, ses dortoirs et toutes les divisions qui appartiennent a une maison régulière; le château avec son enceinte et ses boulevards ; et en troisième lieu , la Quinta ou le parc muré du couvent : on pourrait y joindre encore le fameux aqueduc commencé par Philippe II, en 1695, et fini par Philippe 111 ,eu 1013. Nous nousoccuperons ici principalement de l’église et des autres dépendances du couvent. «.Deux portions fort distinctes se font remarquer dans ce temple, dit encore l’écrivain cite précédemment; la grande chapelle est visiblement plus ancienne que tout le reste , et on la considère généralement comme faisant partie de l’œuvre prim tive , fondée par Gualdim Paez; il en est de même du rétable intérieur, que l’on désigne sous le nom de charola , ou de la niche aux saints ; de même également des petites chapelles qui l’entourent... Une vague tradition , eu effet, a, pour ainsi dire.

consacré l’opinion qui attribue cette merveilleuse antiquité au premier grand maître des templiers, â Thomar. La charola est une espèce de reliquaire de bois placé autour de la grande chapelle...; son élégante et line structure, ses bas reliefs, ses peintures , les parties dorées , forment une espèce de châsse, œuvre d'un goilt admirable et à la fois d’une originalité qui remplit le cœur de vénération. Nous n’avons pas d'autre raison pour rejeter l’origine qu’on lui donne, sinon la perfection et la délicatesse du travail , peu d’accord, il faut en convenir, avec ce que produisait le milieu du douzième siècle.» Tout en insistant sur l’idée qu'un tel ouvrage a bien pu être exécuté dans l'Orient par les ordres de Gualdim Paez, l’auteur portugais convient que les autres ornements de la grande chapelle sont d une trop grande perfection pour qu’on les puissea lribuer à la période où vivait le grand maître. Extérieurement cette grande chapelle est octogone et prend à l'extrémité la forme d’une forteresse garnie de sescréneaux. Le monastère de Thomar, du reste, qui renferme des vestiges d’art infiniment précieux, a été reconstruit en partie durant le quinzième siècle.

SANTA-M ARIA-DO-OLIVAL. — Après la description du magnifique couvent de Thomar, il faut nécessairement dire quelques mots de l’église de Santa-Maria-do Olival ; ce sera néanmoins plutôt en raison de ses grands souvenirs, que pour son architecture, qu’il en sera tait mention ici ; il ne reste plus, en effet, des constructions primitives de ce vénérable sanctuaire, que la façade tournée vers le couchant. L’édifice sN eleve sur une colline, que baigne la rive droite du Rio Nabâo, non loin de l'emplacement où s’éleva jadis l’antique villede Nabancla, dont il ne subiste aucun vestige vraiment historique. L’église de Santa-Maria-do-Olival, aujourd'hui abandonnée, fut elle-même entourée jadis de nombreuses constructions ; elle e>t loujours chere aux Portugais;, car c’est laque repose encore Gualdim Paes , le grand maître des templiers.

LA CATHÉDRALE DE LISBONNE ( A SÉ DKL1SBOA).-- FAÇADE ATTRIBUEE A L’EPOQUE DE DON FERNANDO. — Mal-

gré le zèle éclairé dont il fait preuve, toutes les fois qu’il s’agit de décrire les grands monuments du Portugal , John Murphy garde un silence absolu sur l'antique cathédrale de Lisbonne; peut-être voulait-il lui consacrer une monographie particulière, comme il l’a fait à l'égard de Batailla; peut-être au^si a-t-il trouvé que le noble édifice avait subi trop d’altérations pour le rendre l’objet d’une description spéciale. Grèce à des documents certains, fournis aujourd’hui par les Portugais eux-mêmes, nous allons combler une lacune dans la statistique monumentale de la Péninsule.

Avant qu’elle tombât au pouvoir des Sarrasins, et dès l’époque de la domination des Goths, Lisbonne était le siège d’un évêché. La liste des évêques qui l’occupèrent est demeurée incertaine. On sait néanmoins qu’un prélat anglais, que les écrivains du moyen âge désignent sous le nom de don Gilberto, dirigea le premier ce siège important; il était venu à la suite des étrangers qui contribuèrent à la récupération de Lisbonne, et l 'Jgioloyio Lusitano renferme sur lui des documents précieux. Un des auteurs qui ont écrit, dans ces derniers temps, sur l’antique cathédrale, M. le chanoine Viilela , nous dit que le chapitre de la Se fut établi en 1150, et que don Gilberto ordonna qu’on y fit usage, durant les offices, du bréviaire de Saiisbury. Il paraît, en même temps , que la cathédrale devint, dès ce temps, un foyer d’études monastiques , bien avant l’institution de l’université de Coïmbre. L’église de Lisbonne était au moyen âge suffragante de la cathédrale de Braga;et il en lut ainsi jusqu’à l’époque où Joam Ier fonda une dynastie nouvelle. Alors seulement, elle reçut le titre d’église métropolitaine, et là bulle de Boniface IX, qui l'élève à celte dignité, est datée du 13 de novembre 1393.

Si nous nous occupons maintenant du caractère architectonique de ce vénérable monument, nous verrons qu’il reste bien peu de chose de scs œuvres primitives. Les constructions datant proprement de l’époque gothique ont disparu certainement à fa suite de catastrophes diverses; et l’on a la certitude que, dès le milieu du quatorzième siècle,

en 1344, un effroyable tremblement de terre lui avait fait subir de tels dommages, que la grande chapelle dut être réédifiee complètement par Affonso IV.

Le bouleversement de 1755 eut des conséquences encore plus funestes; et l’incendie surtout, qui en fut le résultat, causa un dommage irréparable à l’un des édifices les plus intéressants de l'Europe : il détruisit la coupole qui existait au-dessus de la nef principale. La violence du feu anéantit la toiture du côté qui regarde leTage;et le majestueux clocher, qui s’élevait audessus de l'édifice, ne put résister. Le trésor, si riche, de la cathédrale périt également à la suite de cet événement désastreux.

On suppose que la façade principale, telle qu’elle est actuellement, a reçu ses principaux changements au temps de don Fernando; la tour de l’horloge, au sud, a été même réédifiée, il y a moins d’un siècle, lors des reconstructions ordonnées sous l’administration de Tombal. Grâce à un ancien dessin que nous a conservé Lavanha, on voit que les tours étaient composées de corps de bâtisse superposés, terminés par des clochetons élancés. Il paraît qu’à l’époque où le monument dut recevoir les indispensables réparations qu’avait nécessitées le tremblement d»« terre, l’architecte eut l’ordre de faire tous ses efforts pour conserver dans leur intégrité les restes du vieil édifice; mais que, conformément à l’esprit de l’époque, il se mit peu en peine a’pbéir. Il s'occupa fort peu de la consolidation du temple, et fit tous ses efforts pour lui donner un aspect d’élégance mensongère, qui contraste avec son caractère réel; il employa, dans ses réparations, un stuc peu solide, probablement avec l’intention de cacher aux yeux les effroyables fissures causées par le tremblement de terre: rien de tout cela n’est durable sans doute; et l'écrivain portugais, auquel nous empruntons la plupart de ces détails, avoue qu’eu 1834 il fut effrayé par le craquement qui se manifesta tandis qu’il était dans l'église, vers la partie supérieure du chœur (*).

{*) Voy. le Panorama .

3% L'cNIVKRS.

Le vaisseau à l'intérieur présentait jadis un caractère bien autrement imposant par son étendue (jue celui qu’il otfre aujourd'hui. Avant l’époque où le roi Joseph donna des ordres pour sa reconstruction, c’est-à-dire en 1707, telle était sa dimension qu’on ne pouvait rien lui opposerde plus grandiose à Lisbonne. On découvre encore aujourd’hui des fragments de colonnes, appartenant au temple primitif, dans la sacristie où les chanoines viennent se revêtir de leurs ornements sacerdotaux : grâce à certains vestiges, il est donc possible d’apprécier son immensité.

Les grands souvenirs historiques ne manquent point à cette cathédrale; on y voit les sépultures du vainqueur d’o Salado, et de dona Brites, son épouse; mais ce ne sont plus les vieilles tombes, telles qu’elles furent édifiées au quatorzième siècle, qu’on peut visiter: le tremblement de terre de 1755 les avait détruites , tout en laissant intacts les cercueils dans lesquels reposaient ces vénérables ossements. Dona Maria Ia ordonna, en 1779, qu’on les transportât dans l’enceinte de la chapelle de Nossa-Sen h ora-da- Toch a ; et deux ans plus tard, en 1781, cette princesse lit elever de magnifiques mausolées pour les contenir : malheureusement ces monuments du dix-huitième siècle ne reproduisirent en aucune manière l’aspect des tombes contemporaines.

C’est encore dans la cathédrale de Lisbonne que sont conservées les reliques de saint Vincent, le patron de la ville et du royaume des Algarves; c’est également dans ce temple qu’on montre les fonts baptismaux où fut présenté saint Antoine, né dans cette capitale et improprement appelé saint Antoine de Padoue. Le trésor a, du reste, beaucoup souffert de l’invasion des Français.

Il y eut un moment où cette église métropolitaine fut tout à coup déchue de son rang, ce fut au temps où Joâo V établit une division en Lisbonne orientale et Lisbonne occidentale. A cette époque, le siège épiscopal forma également deux diocèses; et, en 1740, le titre de cathédrale fut aboli par une bulle de Benoit XIV : la sé reçut alors le titre de Basilique de Sainte- Marie-

Majeure : en vertu de cet acte les deux diocèses se virent réunis sous une seule juridiction, celle du patriarche. Il y a peu d’années, et tout en conservant à l’archevêque de Lisbonne le titre de patriarche, on a rendu à l'antique église le rang qu’elle avait depuis tant de siècles.

LE COUVENT DE BATALHA. — Oll a

déjà vu au commencement de cette notice dans quelles circonstances ce magnifique monastère fut édifié; c’est eu quelque sorte le principal événement de l’histoire moderne du Portugal, rendu sensible à tous les regards ; c’est le symbole imposant qui dit toutes les grandeurs de la maison d'Aviz : mou intention ne saurait être d’entrer dans aucun détail à ce sujet : Luiz de Souza, Murphy, don Fr. Francisco de Sam Luiz, et eu dernier lieu M. le comte Raczynski, ont épuisé la matière. Je rappellerai seulement , d’après le savant qui rectifie

filusieurs erreurs de ses devanciers, que es premiers maîtres de l’œuvre se nommaient mestre Affonso Doiningues, mestre Ouguet ou Huet, mestre Martim Vasquez, mestre Fernâo de Kvora et mestre Malheus Fernandes, en gardant l’ordre dans lequel ils se succédèrent. Les quatre premiers eurent la gloire de diriger les œuvres primitives, le second présida à la construction de la chapelle inachevée , commencée sous le règne d’Emmanuel, et sa tombe, qui existe dans l’église, fixe sa mort à l'année 1515.

Les magnifiques verrières du couvent de Batailla datent , pour la plupart , du quinzième siècle ; les artistes eminents auxquels on doit les plus remarquables sont mestre Guilherme , mestre Joâo et mestre Antonio Taca père.

Nous répéterons ici, pour ceux qui n’ont pas à leur disposition le grand ouvrage cité plus haut, que le monastère fut commencéen 1380 ou 1387. Les travaux marchèrent avec rapidité; mais il n’est pas juste de dire, comme on l’a fait, que deux années suffirent pour son achèvement. Peut-être, dès le mois d’avril 1388, fut-il remis aux moines dominicains; peut-être le service religieux coin* mença-t-il à l’époque désigné par Luiz de Souza : il est certain que don Duarte y fit exécuter de grands travaux < Selon toute probalité, il restait encore beau-

coup à faire vers la fin du quatorzième

siècle.

Grâce à l’obligeance d’un homme habile, nous avons pu reproduire ici certaines parties du monument, certains détails architectoniques qu’on ne trouve pas dans, plusieurs des livres publies sur ce magnifique monastère; et l’on appréciera sans doute dans la façade l’un des spécimens les plus remarquables de l’arcnitecture de cette période (*). Nous nous interdirons, néanmoins, lesdescriptions oiseuses , et nous nous contenterons de signaler rapidement les parties les plus notables de l’édifice sous le rapport historique.

Li chapelle du fondateur, dont nous offrons une vue, est à droite en entrant par la porte principale de l'église ; c’est une salle carrée qui, selon F. Luiz de Souza, n’a pas moins dequatre vingt-dix palmes de chaque côté : la tombe de Joain !*r et de dona Felippa qu'on voit au milieu de cette magnifique enceinte est entièrement de marbre blanc : on distingue nu milieu des feuillages qui ornent la frise supérieure de cette sépulture, la devise du monarque : Il meplet , et sur l’autre moitié : pour bien. Grâce à l’ornementation du mausolée , on a également la preuve que le mestre d’Aviz appartenait à l’ordre de la Jarretière. Les effigies monumentales des deux époux reposent sur cette tombe.

Bien d’autres sépultures vraiment historiques ornent encore l’église : au côté sud de la chapelle on voit s’ouvrir, dans le massif de la muraille, quatrecercueils de pierre où reposent les quatre fils de Joarn 1", don Pedro (d’Alfarroheira), donHenrique,don Joam, et enfin don Fernando, surnommé le Saint-Infant ; les huit autres sépultures qu'on remarque dans cette chapelle ne renferment , à ceque l’on suppose, aucun personnage de race royale.

Il faut compter "parmi les merveilles de Batalha la salle du chapitre dont on ne peut s'empêcher d'admirer l’architecture singulièrement hardie; on

(•) « En fait d’élégance, il n'est certainement point en Europe de fronlispice gothique qui puisse être comparé à Celui de batalha; le portai), qui a vingt-huit pieds de large sur cinquanle-sent île haut, est accompagnéd’uneeentaine de ligures en grand relief. » Voy. Murphy, Pogagetn Portugal, 1. 1, p. 6#.

trouvera le récit des traditions qni se rattachent à sa construction dans les Mémoires de l' Académie. Au milieu de cette salle imposante sont placés trois tombeaux : celui d’Affonso V, surnommé l’Africain, puis la sépulture de dona Isahel , son épouse . et celle du fils infortuné de Joam II , qui mourut, à seize ans à peine, de cette chute fatale dont nous avons raconté les diverses circonstances. C’est aussi dans l'un dps angles de la salle qu’on voit le huste de Matheus Fernandez, considéré comme l’un des derniers architectes de ce noble édifice.

Disons un mot de cette magnifique Chapelle incomplète dont nous offrons une vue intérieure ; elle porte le nom qui la désigne, parce qu’elle ne fut jamais achevée.

Dans le corridor qui descend du couvent pour conduire à la chapelle de Santa Barbara, dit un écrivain portugais qui nous sert ici de guide, on trouvederriere celle-ci une petite porte; puis en sortant on en rencontre immédiatement une autre un peu plus grande : la croix de l'ordredu Christ, qui est sculptée à son sommet, et les sphères qui servent de devise parlantes don Manoel, indiquent unearchitecture d’un autre âge. Cette porte donne entrée sur une enceinte decouverte, qui se trouve derrière la chapelle de l’église ; nous nous abstiendrons ici de toute description; il suffira de dire que rien n’est (dus original , plus élégant, que cette chapelle délaissée, destinée, affirment quelques historiens, à servir de lieu de sépulture au roi don Manoel : ce roi abandonna , dit-on , le merveilleux édifice, si bien commencé, vers 1509, c’est-à-dire au temps où l’on commença un autre monument , également plein de hardiesse et d’originalité, rappelant les immenses découvertesqu’on venait d’accomplir. Partout, dans la chapelle incomplète, on lisait ces mots mystérieux : Tanyaserei. On avait parcouru la terre, on avaitcherché en effet !.. Les régions de l'Orient envoyaient déjà leurs richesses à Lisbonne, et Beiein avec ses magnificences commença bientôt à s’élever.

PALAIS-ROYAL DK CTiXTRA. — Au milieu de ces montagnes magnifiques célébrées par Byron, le monument, que vont

L’UNIVERS

chercher les souvenirs , est le noble édifice qui porte le nom de Paço-Ileal : ce palais , que vantent tour à tour les voyageurs et les nationaux, est une des merveilles de ces contrées. Nous sommes heureux de pouvoir emprunter ici quelques détails à la plume élégante qui nous a donné Cintra pittoresque. Le premier objet dont sont frappés les regards, lorsqu’on a doublé la descente de Sam-Pedro pour entrer dans Cintra, c’est le palais; il a été bâti par le fondateur de la maison d’Aviz,ou plutôt il a été réédifié par luiet augmente par ses successeurs. « Certaines dispositions intérieures unies au caractère prononcé d’architecture arabe, qu’on remarque dans l’aspect des fenêtres, le nom de Méca conservé encore à l’un des enclos, toutes ces raisons réunies à d’autres motifs, me confirment dans l’opinion que, précédemment à l'époque où don Joam 1er fit élever ce palais, il existait là certaines constructions du temps des Maures; l'irrégularité même de la construction actuelle démontre que divers individus contribuèrent à son édification.

« il est bien possible que ce monument fût le petit Alhambra des rois maures de Lisbonne : ce qu’il y a de certain , c’est que la sensualité des Orientaux avait dd bientôt reconnaître le charme qu’il y aurait à posséder une habitation dans un pays où la nature convie les hommes à tous les genres de jouissances.

« Un voyageur instruit qui, outre ses pérégrinations dans l’Orient, avait visité Grenade et les palaisencliantésdel’Alhambra , m’a affirmé qu’il trouvait dans Cintra (sans toutefois que l’analogie fût parfaite) un je ne sais quoi, une certaine inspiration qui lui rappelait cet édifice célèbre. Dans toutes nos maisons royales, les salles (c’est la coutume) portent les mêmes dénominations; il y a la salle des Archers, celles de la Torche, du Baldaquin; dans ce palais, de même que cela arrive pour l’habitation du dernier roi maure d’Espagne, les salles sont désignées par des traditions particulières. De même que les yeux crédules vont chercher labas, sur le pavé de marbre des Abencerages, le sang de cette tribu malheureuse, assassinée par ordre du roi Boabdd , de même les carreaux usés d’une pièce offrent un funeste souvenir, et livrent aux siècles futurs la mémoire

d’un crime également atroce. I)e mémo u’on voit là-bas la salle des Ambassaeurs et de la Justice, de même on montre ici le lieu où eut lieu l’Audience des tristes souvenirs.... la dernière qui fut donnée (*). La salle des Deux-Sœurs, le Cabinet de toilette, le Jardin de Lindaraxa , où les dames maures se rendaient au sortir du bain pour respirer la fraîcheur de l’air et le partum des fleurs, tout cela se voit reproduit ici dans le lieu consacré aux bains et au milieu de ces plantations d’orangers , pour l’entretien desquels on payait encore, en 1 640 , deux esclaves.

« A travers les profanations d'une architecture moderne et mesquine qui dépare cette délicieuse retraite, on voit surgir à chaque pas l’élégance, la grâce, la poésie et la délicatesse de l’ancien art oriental ; tantôt dans les piliers de ces fenêtres, qui rappellent de sveltes troncs d’arbres, tantôt dans ces fontaines perpétuelles, qui existent en telle abondance dans le palais, qu’on n’en compte pas moins de dix-sept. «

Nous voudrions poursuivre ces curieux rapprochements; mais l’espace nous les interdit. Nous nous contenterons de rappeler que le palais de Cintra offre depuis plusieurs siècles une salle monumentale analogue à celle qu’on a récemment fondée à Versailles: c’est celle qui est destinée à perpétuer le souvenir de l’antique gloire portugaise; elle fut fondée par ordre de don Manoel, et présente les blasons de soixante-quatorze familles. On l’appelle tour à tour lasalledes Armes ou des Cerfs,

Karce que les blasons des familles privi- Igiees sont suspendus au cou de plusieurs têtes de cerfs peintes comme ornementation monumentale.

Nous n’abandonnerons pas Cintra, sans rappeler le goût sévere et le sentiment artistique qui président en ce moment aux réparations du château (la Pena : le roi D. Fernando n’a rien négligé de ce qui pouvait conserver ce monument au >ays, et sous cette haute direction, le )a*ron d’Esehwege applique à l’archéoogie du moyen âge les facultés éminentes qui ont répandu sa réputation dans une autre branche du savoir (**).

(*) M. le baron Taylor a reproduit une vue de cette salle ou don Sébastien prit congé de la cour, en I £>78.

(**) Nous ne quilterons pas cette région pleine

LA tour de BKLRM.— Lechroniqueur par excellence de la fin du quinzième siècle, Garcia de Resende, qui était un peu le factotum de Joam II et qui nous raconte avec tant de naïveté les mille petits services qu’il rendait à ce prince, si fougueux et si imoatient, Resende, le poète, le page de Territoire, comme on disait alors, fut aussi un habile architecte: ce fut lui qui donna le plan de la tourde Belem. Ce roi, à la sagacité duquel rien n’échappait, D. Joam, avait compris qu’il fallait construire une tour sur la rive droite du Toge un peu au-dessous de Lisbonne, pour que son feu pdl se croiser avec celui de la Torre- Ae///a,quelefondatetir delà maison d’Aviz a* ait erigée; il s’adressa à l'homme habile qui ne le laissait jamais dans l’embarras, et sous son successeur, la tour de Sam Vicente de Belem s'éleva. Le premier capitaine qui en eut le commandement fut un certain Gaspar; ce fut le 25 de septembre 1521 qu’il fut nommé par le roi don Manoel.

Ce curieux monument est retracé dans presque tous les Voyages en Portugal; le pseudonyme du Châtelet, Kinsey, les Keepsakes anglais, en ont donné des ligures plus ou moins exactes. ISul n’a mis autant de soin dans sa description architectonique que le baron Taylor.

couvent de belem. — Belem, comme l’a très-bien dit un jeune savant brésilien, Belem est l’expression architecturale du Portugal agité , progressant, colonisateur, comme Batalha représente le Portugal indépendant, sous un régime stable et tranquille. Une tradition vague, ajoute. M. Varnhagen, avait fait adopter l’opinion, que le principal architecte de l’œuvre était un Italien qui s’appelait Potassi ; nous l'avionsdit autre part avec la plus grande réservp, parce que nous ne trouvions aucun vestige de ce nom; nous nous voyions même sans aucun recours pour examiner sur quelles hases reposait la tradition; gardant à peine le droit de proclamer comine maître de l’œuvre, Joaode Castilho (*), sur Texis-

dc grands souvenirs sans réparer une erreur, due a une table de généalogie fautive. La deuxième note de la p. *244 doit se rapporter en partie à un D. Alvaro de Castro et non a f). lofto. On voit néanmoins dans Bardou Machado que la femme du grand homme lui survécut.

(*) C'était le savant architecte eu litre de don Manoel. Voy. Bardosa Machado.

tence duquel nous n’avions aucun doute, dorénavant celui-ci doit céder la palme à son collaborateur, qui definitivement nous semble Italien , comme le voulait la tradition; et l’honneur d’avoir été le premier architecte de Belem doit être transféré à Boitaca, artiste connu par le souvenir de ce qu’il a fait dans les œuvres du couvent de Batalha , durant les années 1499 , 1512, 1514 et 1519.

Le couvent de Belem commença à s’élever le 21 avril de Tannée 1500, sur l’emplacement occupé jadis par la petite chapelle de Rastello : des fonds considérables, provenant souvent du commerce de l’Inde, furent affectés à sa construction, puisqu’en Tannée 151 1 on voit cinquante quintaux d’épices remis à l’inspecteur des travaux Lourenço Fernandez, pour subvenir aux dépenses, et que des donations du meme genre continuèrent à avoir lieu dans le même but. Ce monument eut nécessairement plusieurs architectes; et Tou compte même, parmi eux, selon la tradition, une femme célèbre : tout fut ramené, néanmoins, à un caractère essentiellement original, et qui distingue, dit un habile archéologue , le style du régné de don Manoel , style qui se reproduit dans plusieurs monuments de la même période.

La façade du monastère, tournée au sud, est faite de cette pierre calcaire dure, qui est si abondante aux environs de Lisbonne : elle acquiert, avec le temps, ce beau ton doré, tirant sur le rouge , que les voyageurs vantent avec raison ; cette façade méridionale peut naturellement sè diviser en cinq parties distinctes, dont on trouvera les divisions dans les ouvrages spéciaux qui ont été écrits sur Belem.

L’intérieur de l’église du monastère, qui offre un caractère essentiellementoriginal, aétési fréquemment reproduit par le dessin et par la peinture dans ces derniers temps, que nous en dirons quelques mots seulement. Selon un écrivain portugais, qui insiste sur l’exactitude des mesures prises par lui, le corps de l’église a neuf brasses de largeur, et sa longueur n’arrive pas à trente-cinq brasses; il résulte de la qu’elle est un peu plus petite que celle de Batalha et fort inferieure par fétendue à Alcobaça.

Le monastère de Belem renferme la

L’UNIVERS

sépulture de plusieurs monarques et de plusieurs personnages illustres; on y voit encore la tombe ae Manoel , dont les cendres furent apportées au monastère en 1 55 1 ; celle de J oào 1 1 1 , de don Sébastien , de dona Catharina. Les restes du cardinal-roi sont placés à côté de ceux des infants don Luiz et don Carlos :

l’infortuné Affonso VI est placé pour ainsi dire à part, comme il est demeuré durant sa triste vie.

A enjuger parlesdétailsquenousavons sous les yeux, les curiosités artistiques du couvent de Bélemsont innombrables; elles n’ont malheureusement pas toutes été respectées durant les changements qu’ont amenés les derniers événements; quelques-uns de ces précieux objets sont d’un art assez délicat pour que M. le baron Taylor, durant son voyage, en ait fait mouler d’admirables fragments; tel est, entre autres, le pupitre qui se trouve au côté de l’évangile, et dont le bon creux a été rapporté en France.

Nous ne dirons plus qu’un mot à propos de ce grand monument , c’est qu’une pensée philanthropique , en changeant sa destination , donne la certitude qu’il sera conservé. Par un décret du 28 décembre 1833, l’ancien monastère a été affecté aux besoins de la Casa Pia , c’està-dire qu’il seft d’asile maintenant aux orphelins «abandonnés. En recevant, à cette époque, la mission d’approprier le local aux besoins de l’institution, l'administrateur, M. A. Maria Couceiro , sut bien mériter des amis des arts, puisqu’il parvint a concilier les nouvelles exigences avec le respect dû aux nobles restes d’un autre «Age. La direction des travaux appartientaujourd’hui a une commission administrative (*).

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