ANCIEN CALAIS DES ROIS , RENVERSÉ PAR LE TREMBLEMENT DE TERRE DK
1755. — Si l’on avait la prétention d’écrire une histoire de l’architecture portugaise, il faudrait reconstruire, par la pensée, presque autant de monuments détruits par une catastrophe fatale qu’il y en a debout aujourd’hui. Quelquesuns de ces monuments ne peuvent pas même être offerts «à nos souvenirs; d'auto Belem est en quelque sorte une école des arts et métiers comme celte de Ch&lons;oo y compte environ cinq cent trente élèves des deux sexes.
très revivent par la gravure et par les souvenirs des voyageurs. De ce nombre est l’ancien Palais ; il nous a semblé curieux pour le lecteur de connaître ce vaste édifice , où se passèrent tant d’événements importants et dont plusieurs auteurs , tels qu’Alvarez de Colmenar, nous ont laissé des représentations fidèles.
L’auteur d’un livre publié en 1730, c’està-dire vingt-cinq ans avant la destruction decette résidence royale, s’exprime en ces termes à son sujet : « Le palais du roi est au milieu de la ville, au bord du Tage, sur une place appelée o Terreiro do paço. Sa principale lace règne sur toute la largeur de cette pl«ice, et se termine par un magnifique pavillon devant lequel les vaisseaux se mettent à l’ancre, et d’où le roi a le plaisir de voir tous ceux qui entrent ou sortent du port, et même de découvrir sur la mer aussi avant que la vue peut s’étendre. Le logement de ce palais est considérable. Les appartements en sont fort grands et fort richement meublés; il s’étend d’un côté le long de la rivière et de l’autre sur les rues voisines; et il renferme une cour, environnée d’un bâtiment carré quiest soutenu par des porti-
aues, sous lesquels quantité de marchands ébitent tout ce que le commerce peut fournir de plus rare en marchandises. » mafra. — C’est à cinq lieues portugaises de Lisbonne qu’est située Villa de Mafra, qui a imposé son nom au vaste édifice surnommé l’Escurial du Portugal. La petite ville dont nous parlons s’élève sur un vaste plateau , à six cent quatrevingt et un pieds au-dessus du niveau de la mer. C’est à l’est qu’a été bâti le monument objet de toutes les sollicitudes de Joào V. La façade principale , qui se développe au couchant, présente trois vastes corps de logis, et au centre se dresse le fronton du temple qu’on désigne sous le nom de Basilique de Mafra ; on voit se continuer au sua In partie du
Ïialais qui était spécialement cons«icrce il a résidence de la reine. Au nord s’étend l’ancienne demeure du roi. Chacune de ces ailes se termine à l’angle extrême de l’édifice par un magnifique pavillon ; chacun de ces pavillonss’élève de cent palmes au-dessus du niveau des terrassements , et peut avoir en carre la huitième partie de l’étendue de la façade. La pierre dont ils sont construits est admirable.
ment travaillée ; leur base est en talus et environnée de fossés profonds.
Nous renvoyons pour les détails architectoniques' et surtout pour l’indication exacte des mesures , à la savante description donnée jadis dans les Mémoires de l’Académie des sciences par le chanoine Joaquim d'Assuinpcâo Velho ; et nous nous contenterons de rappeler que le projet primitif de l'edifice ne pré sentait point des dimensions aussi vastes que celles dont les regards sont frappés aujourd’hui. Joâo V avait d'abord simplement l’intention d'elever à Mafra un couvent, dédié à la Vierge et à saint Antoine de Lisbonne. Ce monument religieux, destiné, selon les premiers plans, a recevoir treize moines seulement , puis quarante, dut en admettre enfin trois cents. En conséquence, les plans de l'architecte allemand Ludovici lurent adoptés (*). Pour donner unejuste idée des travaux qui furent alors entrepris, il suffira de rappeler qu’on employa cinq mille ouvriers à niveler le terrain et à faire sauter un énorme rocher qui gênait dans la construction. La dépense de ces premières dispositions excédait soixante-dix mille cruzades par mois.
Ce fut le 17 novembre 1717 qu'on posa la première pierre, et Joâo V dépensa uniquement pour cette solennité 200,000 cruzades ; treize années entières furent employées à l'édification de la basilique, et 20 à 25,000 ouvriers y travaillèrent journellement. Il parait certain qu’en 1730 , les nécessites de la construction s’étaient tellement accrues qu’on ne comptait |>as moi ns de -tô, 000 individus inscrits sur les matricules de l’œuvre. Parmi ces travailleurs on avait incorporé7,000 soldats. Après d'immenses travaux , la basilique fut enfin consacrée le 22 octobre 1730. Les fêtes qui accompagnèrent cette solennité ne durèrent pas moins d’une semaine , et le jour même de la consécration on donnas manger à 9,000 personnes. Telle fut, du
H Son fils Jo.lo Pedro Ludovici , qui avait étudié a Coimbre, lui succéda. Carlo® Baptisla Garvo, Milanais, bxé depuis sou extrême enfance a Lisbonne, et son fils, furent les premiers maîtres d»* l’œuvre; un Italien, nommé Justi , se vit chargé de tout ce qui regardait la Ktatuaire. Les travaux du génie sont dus a un Portugais d’un mérite reconnu . dont le nom
honorablement cité encore, et qui s’appelait Cu*lodk> Vie ira.
26' l.irraison. (Portugal.)
reste, b prodigieuse magnificence de l’ameublement et desornements religieu x réunis dans le royal monastère, que la tradition raconte’ à ce propos un fait qu’il faudrait peut-être taxer d’exagération , si des restes magnifiques ne
firouvaîent sa réalité. Le 22 octobre 1730. orsque don Jo3o V eut fait étaler, sur le parvis du temple, cette quantité prodigieuse d'étoffes de soie brodées de pierreries, dont on devait faire bientdt usager il dit aux courtisans : « Admirez les et sachez une chose, c'est que tout ce que vous voyez devant vous m’a plus coûté que la vaste machine de pierres qui nous environne. »
Nous ne prétendons pas entrer ici dans de bien longs détails sur les autres magnificences intérieures de l’édifice.
C’est tout au plus même si nous répéterons avecles touristes que le palâis entier de Mafra renferme 886 salles de toute grandeur et 5,000 portes et fenêtres.
Nous ne saurions cependant passer sous silence l’intérieur de la magnifique coupole. « Ce qui frappe , dit le consciencieux ouvrage portugais qui nous a fourni ces renseignements , c’est la variété, la profusion même des marbres de toute couleur qui ornent ce temple ; ce sont les magnifiques mosaïques , les bois précieux de toute espèce , qui concourent à son ornement. Depuis la portejusqu’au maître-autel, la basilique n’a pas moins de 283 palmes de longueur sur 57 palmes et aérai de large. Mais, en comptant l’espace des chapelles collatérales , on trouve 142 palmes. On remarque onze chapelles avec leurs autels ornes de peintures. Le tableau qui s’élèveau-dessusdu maitre-autel appartient à l’école romaine, et représente les patrons titulaires de l'édifice , la sainte Vierge et saint Antoine. L’église renferme deux orgues magnifiques, garnies de bronzesidorés ; mais la merveille par excellence, la partie du monument dont la splendeur est passée en proverbe , c’est le dâme. Nous nous contenterons de rappeler ici qu'il est couronné par une seule pierre de 44 palmes de circuit sur 13 palmes de haut, et qu’il fut transporté pour ainsi dire miraculeusement à l’endroit qu’il occupe, grâce à l’esprit inventif de Custodio Vieira. Par suite des calculs de cet habile ingénieur, il ne fallut pas plus de
L’UNIVERS
deux heures , en employant la force de cent soixante hommes , pour opérer ce prodige.
RÉFLEXIONS SUR LA GBANJA REAL DE UAFRA. — DÉCADENTE DE L’ÉDI- FICE. — LA tapada. — Tout ce qui a été dit jusqu’à ce jour sur ce vaste monument, où vinrent s’engloutir les richesses du Brésil , est si incomplet ou même si peu exact , que nous sommes heureux de pouvoir offrir à nos lecteurs les considérations pleines de sagacité et d’un vrai sentiment artistique, que nous offre un jeune écrivain portugais souvent cité dans celte notice.
« Don Jo3o V a eu son Louvre comme Louis XIV, dit M. A. Herculano ; mais un Louvre en harmonie avec le caractère plutôt béat et hypocrite que religieux qu’il faut reconnaître au pays à cette époque. Mafra est resté incertain dans son aspect entre le monastère et le palais. La pourpre laisse voir la pièce d'une grossière étoffe, la bure alterne avec la pourpre, et le sceptre royal repose sur le cordon monastique , en même temps que la sandale du franciscain ose fouler les degrés du trône. Ceux qui savent combien furent corrompues les coutumes des Portugais au commencement du siècle passé, et combien de splendeur et d’ostentation étala le culte divin, ceux qui ont présent à la pensée l’éclat de la cour à cette époue, et en quelles faibles mains eepenant se trouvait le gouvernail de l’Etat, ceux-là n’ont pas besoin de voir Mafra : Mafra est l’image de tout cela. ■
« Quellequesoit la destination que son fondateur prétende lui donner, un grand édifice est sous beaucoup de rapports un livre d’histoire. Ceux qui cherchent en lui un type unique, d’ou ils puissent inférer du progrès ou de la décadence des arts à l'époque de sa construction, ceux-là lisent à peine un chapitre du livre. Châteaux, temples, palais, triple genre de monuments qui renferment en eux toute l’architecture del’Europe moderne, chronique immense, où l’histoire selitmieux quedqns les écrits des historiens !... Les architectes ne se doutaient pas à coup sûr qu’un temps viendrait où les hommes sauraient déchiffrer sur la masse des pierres accumulées la vie des
sociétés qui les réunirent; ils s’abandonnaient simplement à la fantaisie de leurs inspirations, toujours déterminées par la façon de vivre, de croire, de sentir de la génération qui s’écoulait. Comme les historiens , ils ne savaient point, en leur livre de pierre , l’art de mentir à la postérité ; c’est par ce motif que l’architecture est sincère.
■ Mafra est un monument riche, mais sans poésie et par cela même sans véritable grandeur ; c’est le monument d’une nation qui doit périr après quelque banqueta la LucuHus;je dirais presque ue c’est le boudoir d’une Lais ou d’une hrynée, édifié dans le sanctuaire du temple chrétien... Nul non plus ne le contestera ; bagatelle , hochet d’un roi liberal, opulent et magnifique, c’est plus ou moins ce que fut le Portugal dans la première moitié du dix-huitième siècle. Pour la merveilleuse inutilité de don Joâo V , on a dépensé pendant nombre d’années les millions que prodiguait l’Amérique; les efforts renouvelés de cinquante mille hommes se sont épuisés a dégrossir, puis à polir ces pierres vouées maintenant à l’oubli , et servant tout au plus à occuper la curiosité de ceux (lui passent durant quelques heures. C'est une vérité répétée cent fois, qu’avec le prix qu’a coûté Mafra le Portugal se serait couvert des meilleures routes de l’Europe ; mais, pour être triviale , cette vérité n’en est pas moins douloureuse....
« Ce palais monastique , né à l’abri d’un manteau de pourpre , et d’un aspect si riant dans sa jeunesse, ce palais, habitué aux pompes depuis tant d’années, est là comme un illustre mendiant assis aujourd’hui à part , dans une sorte de solitude. La vie robuste des siècles que lui avait prophétisée son fondateur, va se convertissant en une décrépitude anticipée; c’est inutilement qu'avec sa grande voix de bronze , il demande qa’on l’abrite contre l'injure des saisons , l’eau du ciel filtrant à travers ses membres, les disjoint lentement; le soleil brûle son front et fait prospérer les mousses qui hérissent sa rugueuse surface. Le vent se glisse à travers ces fenêtres mal fermées et s’en va bramant dans les solitudes intérieures, il apporte la poussière dont il s'est
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chargé dans la montagne, et la disperse sur le visage des statues, entre les acanthes des chapiteaux et à la surface polie des murailles de marbre. Au milieu des bruits du monde , personne n’écoute gémir le géant de pierre , personne ne se soucie de tirer du trésor de l’Etat la plus petite somme pour lui , et pourquoi donc? Parce que sa miscre ne parle ni à l’esprit ni au cœur. Où sont ses glorieux souvenirs ? il n’en a pas ; quelle est son utilité? nul ne peut dire à quoi sert cet immense monceau de pierres. »
Après avoir trace ces lignes éloquentes, l'ingénieux écrivain donne des details sur une précieuse institution, dont le voyageur ne rencontrait point de traces il y a a peine cinq ans. Dans le voisinage de l’inutile monument , dans l'endcs même de ce qu’on appelait la Tapada de Mafra, la reine, unie d’intention au prince qui partage le trône avec elle, a fait fonder une ferme modèle; et c’est l’intendant des haras rovaux, M. A. Severino Alves, qui a été chargé de cet établissement agricole, dont on attend avec juste raison les meilleurs résultats pour l’accroissement de l’agriculture nationale. Des concessions de terrain sont faites aux habitants de la bourgade voisine; des instruments aratoires d’une construction commode sont empruntés à l’Angleterre ; des semis de bois , habilement répandus , se sont effectués, et s’opposeront un jour à la violence des vents. Tout enfin contribuera bientôt à la réalisation d’une pensée féconde et qui rappelle les saints désirs de cette reine Isabelle, qu’on appelait, au treizième siècle , la mère des laboureurs.
aqueduc d’blvas. — Les voyageurs s’accordent dans leur témoignage, dès qu’il s’agit des constructions hydrauliques que l’on admiredansce pays; le Portugal est en quelque sorte la terre classique de ces monuments , et l’aqueduc d El vas est certainement l'un des plus beaux que l’on connaisse dans toute l’étendue de la Péninsule.— La ville, qu’il doit approvisionner d’eau , étant située sur une éminence isolée des autres collines et manquant de sources ,
"il fallut entreprendre cette vaste construction,quia plusde trois milles d’étendue , et qui se compose de plusieurs
ordres d’arcs superposés(*). La prise d’eaù est dans un endroit que l’on désigne sous le nom d'.lmoreira , et qui est situé à une demi-legoa au couchant de la cité. On a subvenu aux dépenses que nécessitait cet aqueduc par un impôt dont on frappa la viande et le.
vin consommés par les habitants, qui le désignèrent bientôt sous le nom de Keat d’Jgua, .dénomination qui s'étendit plus tara, dit un écrivain portugais, aux impôts de même nature que le gouvernement établit dans le royaume pour fonder divers édifices (**).
l’aqueduc das agoaS livres. — M. d’Hautefort, dans son coup d’œil sur Lisbonne, dit, à propos de ce grand monument, qu’il ne flt qu’entrevoir,
« Cet aqueduc rivalise avec tout ce que les Romains ont construit dans ce genre. » Murpliv confirme en d'autres termes un pareil témoignage, et cependant ces voyageurs donnent àpeine quelques renseignements sur l'origine de I édifice et sur sa construction ; nous allons essayer de combler cette lacune.
Dès le seizième siècle on lit quelques tentatives pour approvisionner Lisbonne d’eau salubre; il y a même plusieurs écrivains qui prétendent reculer ces premiers essais jusqa’au temps de don Manoel. Ceci est.au moins, problématique; mais les premières dispositions sérieuses remontent à 1588:
le Portugal commençait alors une période funeste de son existence politique, et ces premiers projets avortèrent . Cotait à don JoSo V, qui avait réellement l’instinct des choses magnifiques, qu’on allait devoir ce monument de haute utilité.
Ce qu'il y a de plus extraordinaire, sans doute , c’est que cette construction colossale ne coûta pas plus de vingt ans de travail. Ce fut l’ingénieur militaire Manuel de Maia qui fut chargé
(■' I.andmann (George), Histartcal, million and picluresque observations on Portugal. London , 1818; 2 vol. grand in-f° Cet auteur insiste sur le caractère remarquable du monument dont nous donnons ici une Mie : it dit entre outres choses, que la disposition irrégulière affectée par l’édlnce s’explique par la nécessité ou s’est vu l’architecte d’eviicr la puissance du vent. L’eau d’Klvas est renommée par sa iionté.
(••) Il faut mettre au nombredes beaux aqueducs celui de Villa do Condc que décrit Cosiignan.
L'UNIVERS
de son érection ; et telles furent la précision de ses calculs et la solidité des matériaux qu’il employa, que la terrible catastrophe de 17ô5 laissa les arches immobiles; ce fut à peine si quelques-uns des ventilateurs des tours souffrirent un léger dommage ; les piliers ne s’affaissèrent point, les pans de murailles résistèrent. L’aqueduc das Aguas Livres commence à trois lieues environ de la ville, au ruisseau de Ca renque , et il mesure, dans toute son étendue, cent vingt-sept arceaux de pierre excellente. La hauteur intérieure du conduit est de treize pieds; lorsque l’élévation des lieux qu’il parcourt l’exige, il suit la ligne tracée cachée par les travaux souterrains. D’espace en espace, des tours carrées, munies de fenêtres sur chaque face, et garnies de barreaux de fer grillés, servent à maintenir la ventilation. Mais où l’œuvre prend son caractère le plus grandiose, c’est à l’endroit où le pont-aqueduc traverse la rivière d’Alcantara. Dê cette hauteur imposante, la vue dont on jouit est admirable, et le monument lui-même présente le caractère le plus majestueux.
Qu’on se représente trente-cinq arches immenses unissant deux éminences opposées et franchissant une anfractuosité profonde ayant quatre cents toises d’étendue; c’est par là que les eaux arrivent dans la partie de Lisbonne désignée sous le nom de Cidade-Novct. L’aqueduc pénètre dans la ville par la partie nord-ouest, où il prend le nom das Amortiras ou des mûriers, en raison d'une plantation de ce genre qui avait été faite jadis pour alimenter une magnanerie fondée par l’État.
Dans cet endroit, c’est-à-dire au couchant, sur une rue qui sert d’entrée à Lisbonne , est un monument semblable à un arc de triomphe , appartenant par son architecture à l’ordre dorique. Une inscription latine, fixée dans la frise, dit en style lapidaire les principales circonstances qui accompagnèrent la construction de l’aqueduc; elle porte la date de 1738. Une autre inscription rappelle que cet ouvrage d’utilité publique fut entrepris à l’aide d’un impôt particulier prélevé sur tout le royaume et dont nous avons déjà indiqué l’origine.
Au sortir de la promenade das Amo-
reiras, vers le sud, il existe un vaste château d’eau, qui affecte extérieurement l’aspect d’une grande tour quadrangulaire ; il est bâti en pierres de taille d’une admirable qualité, et a été achevé en 1834. Ce grand réservoir est d’une haute utilité pour Lisbonne; et le peuple le désigné aujourd'hui sous le nom de Mâi d'Agua du RcUo , ou des Amortiras.
PALAIS -BOYAL DAS NECESSIDA -
des. — Le nom de ce royal château est un de ceux qui frappent fe plus souvent nos oreilles en France, lorsqu’ il s’agit des affaires poiitiquesdu Portugal ; il désigne la résidence habituelle de la reine doua Maria ; et l’on sera curieux , sans nui doute, de connaître l’origine d'une dénomination sur laquelle il n’est pas rared’en-1 tendre faire certaines questions. Nous offrirons ici la réponse telle qu’elle nous est fournie par des écrivains portugais : « En 1599, à l’époque où le terrible fléau de la peste désolait Lisbonne, de telle sorte qu’on voyait mourir journellement soixante-dix personnes et plus, ceux des habitants qui possédaient quelques ressources, fuyaient dans l’intérieur des provinces, espérant y trouver un air plus salubre. Parmi ces individus, il y en eut deux, mari et femme, demeurant sur la paroisse dos Anjos , qui vinrent chercher un refuge à Ericeira. Durant tout le tçinps qu'ils habitèrent cette bourgade du bord de la mer, iis allaient faire leurs dévotions à un ermitage, pauvre et solitaire, du bord de la mer, où l’on vénérait une belle image de la Vierge. Lorsque le fléau eut cessé dans la capitale, les deux époux retournèrent à leur ancienne résidence ; mais ne pouvant pas se séparer de cette image, ils se décidèrent à l’emporter avec eux secrètement. Ils effectuèrent leur dessein ; et , grâce aux aumônes des fidèles , ils parvinrent à faire construire une petite eglise dans l’emplacement d'Alcantara, formant alors un faubourg.
Anna de Gouvea de Vasconcellos lit la concession du terrain, et une confrérie de marins concourut pour les dépenses : cette association s’etait formée en l’honneur de la Vierge, invoquée sous le titre das Necessidades , parce qu’au milieu des tribulations et des maladies attachées à leur genre de vie , les matelots recouraient pieusement à l’interces.
«ion et au patronage de l’image sainte. Pedro de Castîlho , qui appartenait au conseil royal, acheta l’habitation d’Anna de Gouvea, puis renouvela et augmenta les constructions du temple définitivement achevé en 1659. *
A partir de cette époque , l’église de Nossa - Senhora - das-N ecessidades , qui avait eu un commencement si humble, devint l’objet d’une sollicitude particulière de la part des souverains. Isabelle de Savoie , la femme de l’infortuné Affonso VI, y venait faire ses dévotions; puis JoàoV, à la suite d’une dangereuse maladie, fit construire non-seulement la riche église que l’on voit aujourd’hui , mais encore le palais qui lui est contigu et qui sert de résidence rovale. Le palais das Necessidades, qui, de l’aveu des Portugais, est plutôt une riche maison de plaisance qu un château royal, est remaruable surtout par l’agrément de ses jarins et par l’abondance de ses eaux. On y distingue, dit-on, plusieurs statues de jaspe, d’un beau travail, dues à Giusti, ui fut appelé d’Italie pour fonder l’école e Mafra ; la chapelle royale renferme également une belle statue de saint Paul, œuvre de Jozé d’Almeida, qui occupe un rang distingué parmi les statuaires portugais. Le palais das Necessidades renferme un plus grand nombre d’objets d’art d’une haute valeur, qu’on ne le croit généralement en France ; il faut mentionner surtout sa riche bibliothèque où l’on remarque des éditions anciennes vraiment précieuses, ainsi qu’un grand nombre de manuscrits encore inédits, dont pourra faire son profit l’histoire nationale. Nous ajouterons à tous ces renseignements que ce fut dans cette résidence royale qu’eurent lieu les premières cortès extraordinaires après l’année 1820.