‹ Portugal par m. Ferdinand DenisChapitre 77 sur 86 · LA TOUB DES CLERCS A PORTO · texte numérisé non relu

LA TOUB DES CLERCS A PORTO

Parmi les édifices religieux d’uu aspect vraiment original qu’on remarque en Portugal , et dont la célébrité ne s’étend guère au delà du pays, fl faut compter la Torre dos Clerigos. Ce monument, qui sert de point de mire aux navigateurs dont l'intention est de pénétrer par la barre difficile du Douro , est d’une construction fort moderne : il fut commencé en 1732 et terminé en 1763; c'est la tour la pins haute que l’on connaisse dans le royaume et l’une des constructions les plus remarquables de la ville de Porto : elle a été bâtie par un architecte italien nommé Nicolo Mazoni. I,a tour des Clercs est bien l’expression du siècle où elle fut édiflée : dressée au sommet d’une rue fort élevée , qu’on désigne sous le nom de Natiridade, son emplacement , habilement choisi , augmente encore l’effet qu’elle produit sur le voyageur. On affirme que ses cloches pèsent les unes cent, les autres jusques à deux cents arrobas. L'église a laquelle elle sert de principal ornement, fut consacrée au culte en 1779 , comme le constate une inscription latine placée à la porte collatérale du nord : cette même inscription atteste que l’œuvre entière fut faite aux dépens du clergé ; circonstance qui explique la dénomination imposée à la tour. C’est encore une confrérie dans laquelle figurent quelques riches séculiers appartenant a la province, qui entretient l’église de Notre-Dame de l’Assomption et son curieux monument.

THÉÂTRE DE SAN CARLOS. — A partir de l’année 1502, où Gil Vicente venait représenter ses Autos et mieux encore ses pastorales dans la propre chambre de la reine, jusqu’en 1793 , époque à laquelle s’éleva ce bel édifice , il y aurait de curieuses choses à dire sur le matériel du théâtre en Portugal et sur les bâtiments consacrés aux représentations dramatiques, Cervantès, avec sa verve inimitable, nous a donné en quelques mots l’idée la plus originale de ce

3 u 'était le théâtre de la Péninsule au temps e Juan del Enzina et même de Torres Naharro. Il y eut peu de différence dans les représentations populaires des deux

pays. Cependant, nous avons la certitude que les vastes sallesdes universités, ou les salons magnifiques des châteaux royaux, servirent primitivement à la représentation dramatique des pièces érudites d’ A ntonio Ferreira et de Sa’ de Miranda. La fille savante de don Manoel, qui accueillait dans son intimité Sigœa et PaulaVicente, n’ignorait pas que cette dernière était l’actrice la plus habile de son temps, et elle dut plus d'une fois mettre en évidenccson talent dans les pièces originales du père. Le fils de don Manoel , ce noble don Luiz, qu’on avait surnommé les délices du Portugal, s'occupait de poésie dramatique, puisqu'on lui attribue Doit Luis de los Turcos ; et il put faire représenter ses pièces dans un palais dont tous ses contemporains nous rappellent le faste et nous vantent la magm licence Mais la dut s’arrêter le goût des représentations dramatiques; c’est du moins ce que des recherches particulières nous font supposer. Le cardinal-roi fit bien jouer à Coïmbre quelques pièces érudites, lorsqu’il n’était encore que prince royal , et qu’il avait présentes à l'esprit les leçons du savant Klenardt; mais les fonctions épineuses de grand inquisiteur et plus tard l'embarras croissant des affaires finirent nécessairement par l’éloigner de ce genre de divertissement. Quant à don Sébastien , en supposant que l’impulsion donnée en Europe au théâtre Peut emporté sur son mysticisme habituel, la1 grande catastrophe de 1578 arrêta infailliblement toute représentation de ce genre. A l’avénement de la maison de Bragance , on eut sur le trône un prince essentiellement artiste ; mais don Joào IV s'occupait bien plus de la grande musique religieuse que de la musique dramatique; et rien ne nous indique encore un théâtre permanent à Lisbonne durant cette période. Ce n’est guère qu’au dix-huitième siècle qu'on vit s’élever dans la capitale du Portugal des salles spéciales , consacrées aux représentations dramatiques.

Les pièces composées par l’infortune Antonio Jozé exigeaient de toute nécessité une certaine pompe théâtrale, et toute la science du machiniste n’était pas de trop, lorsqu’on représentait, vers 1 7 40, au théâ • tre du ftairo-Alto , un de ces opéras dont le titre seul atteste la mise en scène compliquée.

On nous pardonnera, nous l'espérons du moins, l’étendue de ce préambule; niais l’absence presque absolue de dor cuments sur ce point exigeait peut-être un chapitre à part. Nous en venons au principal théâtre de Lisbonne. Lorsque, sous le règne de don Joseph, on vit arriver dans la capitale du Portugal cette l'ameuse Zamperini, dont la voix mélodieuse fut célébrée par tous les poètes du temps et dont les charmes jetèrent, dit-on, le trouble parmi certains dignitaires du clergé (*), elle alla s'établir 8vec sa troupe au théâtre de la rue dos Comies: ceci avait lieu de 1770 à 1774, et rien n’était approprié dans cette petite salle aux exigences de l’opéra. On finit par sentir la nécessité d’un théâtre plus vaste , et une compagnie s’étant formée, grâce à la réunion de lusieurs riches capitalistes, le théâtre e Sam-Carlos s’éleva dans le court espacede six mois (**)..lozéda Costa e Sylva, architecte habile, qui était allé étudier en Italie, en avait dessiné le plan : il est évident qu’il y eut chez lui quelque réminiscence d’un grand monument du même genre qu’il avait admiré jadis. Ce qu’il v a de certain, c’est que les travaux furent conduits avec une rare intelligence par Santo- Antonio da Cruz Sobral , et que le nouveau théâtre put être ouvert, le 29 avril 1793, à l’occasion d’une solennité de la cour.

M. d’Hautefort rend justice au talent dont José da Costa e Sylva a fait preuve en cette occasion ; ■ Tous les corridors, dit-il, sont voûtés ainsi que les escaliers qui conduisent aux loges; les issues sont tellement bien distribuées, qu’eu un, instant la salle peut être vide. La scène est d’une profondeur immense : on y a vu manœuvrer quatre-vingts chevaux à la fois. » Le goût des représentations dramatiques a fait de singuliers progrès a Lisbonne, et l’on met au rang des poètes qui donnent le plus d’esperances M. Leal.

(•) Voyi»» sur cette curieuse période du théâtre portugais une note étendue qu’on doit au savant et spirituel Lecuasan Verdier. Il avait connu la rélebre cantatrice, et il a cotudçné se* souvenir» avec une malice pleine de lionhomk* et de charme dans le petit commentaire qu’il a joint au poème du Goupillon.

<••) Voy. à ce sujet les notes dont Ucussan Verdier a enrichi !e joli poème déjà cité.

le palais d’ajuda.— Un incendie ayant détruit le vieux palais que Joseph 1" avait fait construire et dont on voit encore quelques vestiges dans l’enceinte de celui-ci , Maria la alla habiter le château de Queluz, que son oncle et à la fois son époux avait fait élever. Ce fut JoâoVI, déjà régent, ui posa la première pierre du palais ’Ajuda au nom de sa mère. Les premiers architectes furent José da Costa , les deux Fabri et Manuel 6aètano : le dernier porte le nom d’Antonio Francisco da Rosa. L’édifice est encore aujourd’hui fort incomplet, surtout si l’on a présents à l’esprit les premiers plans qui furent adoptés. La portion achevée peut être opposée à la plupart des grands palais qu’on remarque dans les autres capitales de l’Europe. Quatre vastes pans de murs en marbre , disposés sur un plan quadrangulaire et terminés à leurs angles par de magnifiques pavillons, devaient le compléter. Il n’y a que la partie orientale, regardant" Lisbonne , qui soit construite. Le vestibule occidental est à peine commencé ; on peut en voir une représentation exacte dans la revue si habilement rédigée dont nous nous sommes servi tant de fois, Le Panorama.

église d’kstbella. — Selon un écrivain, qui a sur ce sujet des connaissances spéciales, l’église d'Estrella, qui fut commencée à Lisbonne en 1779, et pour l’érection de laquelle on suivit les plans de Saint-Pierre de Rome, est l’édifice religieux de la capitale qui offre dans son ensemble l’aspect le plus satisfaisant. Il fut achevé en dix ans par doua Maria 1*.

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