‹ Positioni et articuli beatificationis et canonizationis servorum Dei Societatis Jesu in CanadaChapitre 6 sur 11 · NATALIS CHABANEL · texte numérisé non relu

NATALIS CHABANEL

C'est la vérité que leP. Chabanel naquità dans le

diocèse de Mende, et que ses parents lui imposèrent

au baptême le nom de Noël.

Comme il sera constaté, etc.

Ce fut et c'est la vérité (|ue le P. Chabanel entra en 1630 dans la Compagnie de Jésus à l'âge de 17 ans ; après son noviciat il lut appliqué à l'enseignement et aux études pendant une dizaine d'années. Désigné ensuite pour la mission du Canada, il s'embarqua à la Rochelle, le 8 mai IG-tB, et arriva à Québec après une très pénible traversée.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. N. Chabanel monta chez les Hurons en 164-4- et travailla à cette mission en compagnie du P. de Brébeuf, consacrant tout son zèle et toute son activité au salut des âmes.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. N. Chabanel pratifiua dans un éminent degré la vertu de foi, crovant tout ce cjue l'Eglise croit et enseigne, et conformant sa conduite à ses divins enseignements. Très dévot au saint Sacrement, il aimait à retremper sa vertu au pied des autels, et dans la méditation des souffrances de Notre-Seigneur. Malgré les terribles répugnances de sa nature pour le genre de vie des missionnaires hurons, il fît néanmoins vœu de stabilité dans cette mission et il y fut fidèle jusqu'à la mort. Le motif de ce vœu était son désir de travailler à avancer la conversion à la foi des barbares Hurons.

C'est la vérité (pie le S. d. D., abandonné par ses compagnons de voyage et sur le ])oint de tomber entre les mains des Iroquois, fit généreusement le sacrifice de sa vie, disant: " Peu importe où je mourrai. Cette vie est peu de chose. Le bonheur du Paradis est le seul vrai bien, et les Iroquois ne ])euvent l'enlever. " Dans les difficultés incessantes de la mission, il conserva inviolablemcnt sa confiance en la bonté et miséricorde de Dieu, convaincu (pi'ellc trioinj)herait de tous ks obstacles.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. D. vivait dans une intime union avec Dieu, prompt à tout endurer pour son amour et à subir même la mort, s'offrant comme une victime propitiatoire pour la conversion des sauvages.

Comme il sera constaté, etc.

Ce fut et c'est la vérité que Dieu avait donné au P. Chabanel une vocation claire et solide pour les missions, mais il eut à supporter les épreuves les plus pénibles jusqu'à la fin de sa vie pour vaincre les répugnances de la nature et surmonter les obstacles qu'elles lui suscitaient. Professeur de rhétorique et dévoré d'un zèle ardent, il eut à subir l'humiliation de se trouver, après cinq ou six ans d'un travail assidu, si peu avancé dans la langue des sauvages, qu'à peine pouvait-il se faire comprendre d'eux, même dans les choses les plus communes. De plus, le genre de vie auquel il s'était voué fut pour lui une source de durs sacrifices. Les sauvages lui inspiraient une répugnance extrême et il ne s'en approchait qu'avec eftbrt. Il ne put jamais s'accommoder à la nourriture et aux usages du pays. Tout était peine pour lui. Néanmoins, malgré l'état d'abandon où Dieu laissa son serviteur pendant cinq ou six ans, le P. N. Chabanel ne faiblit pas un instant. Pour vaincre l'esprit tentateur, qui lui représentait la joie et le repos d'un retour en France, il fit le vœu héroïque de

demeurer jusqu'à la mort dans la mission huronne, et d'expirer sur ce calvaire.

Comme il sera constaté, etc.

Ce fut et c'est la vérité que la formule de son vœu était la suivante: "Domine Jesu Christe, qui me Apostolorum sanctorum hujus vineœ Huronicœ adjutorem, licet indignissimum, admirabili dispositione tuœ pîiternae Providentiae voluisti, ego Natalis Chal)ancl, impulsus desiderio serviendi Spiritui tuosancto, in promovenda barbarorum Huroniœ ad tuam fidem conversione, voveo, coram sanctissimosacramcnto prctiosiCorporis et Sanguinis tui, Tabernaculo Dei cum liominibus, perpetuam stabilitatem in hac missione Huronica ; omnia intelligendo juxta Societatis et Superioruni cjus interpretationem et dispositionem. Oljsecro te igitur, suscipe me inservum hujus Missionis perpetuuni.ct dignum efficc tam excelso ministerio. Amen."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (|ue le S. d. D. praticpia dans un degré éminent les vertus de prudence, de justice et (riuimilité; aux peines et aux privations de la vie de missionnaire, aggravées par les hostilités des lioipiois. il ajoutait des privations et des pénitences volontaires.

C'est la vérité que la haute vertu du S. d. D. éclata dans son obéissance aux règles de la Compagnie et dans son humble soumission aux supérieurs et à tous ceux qui lui commandaient quelque chose. 11 observa parfaitement ses vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'il fut favorisé de grâces particulières par le Seigneur et que l'état de ses vertus le fit estimer de son vivant comme un saint par les religieux de la Compagnie, par les Hurons eux-mêmes et par tous ceux qui purent le connaître.

Comme il sera constaté, etc.

DE MARTYRIO

SERVORUn DEI

Antonii Daniel, Johannis de Brébeuf,

Gabrielis Lalemant, Caroli Qarnier,

Natalis Chabanel

C'est la vérité que les Irociuois, jjeuple ennemi du nom chrétien, et surtout des Jésuites, (|ue les protestants hollandais leur avaient appris à haïr, conçurent le projet de faire une guerre ncharnée aux Hurons juscprà en consommer la ruine.

Comme il sera constaté.

C'est la vérité (pie les Irmpiois .'issadlnent d'ahord le village de Saint-Joseph où se tiouvail le T. .\ntoine Kanic-l. C'était le 1- juillet KVl-S, et eehn-ei venait de célél)rer la messe cpiand les Iroquois t()nd)èrent sur le village. Au millieu de la population afiolée tpii n'était pluscapahle de mettre ordre dans sa défense, le I*. Haniel vit toute l.'i grandeur du péril. Il se hâta de se jjorter

partout où sa présence pouvait être utile. Aux chrétiens, il montrait le ciel ; aux infidèles, il faisait entrevoir l'enfer s'ouvrant sous leurs pas. Le plus grand nombre vinrent se jeter à ses pieds et solliciter le baptême. Le moment était si critique que dans l'impossibilité de les baptiser les uns après les autres, il trempa son mouchoir dans l'eau et leur donna le sacrement par aspersion.

Comme il sera constaté, etc.

lOG

Ce fut et c'est la vérité que des Hurons vinrent presser le P. Daniel de prendre la fuite avec eux pendant qu'il en avait encore le temps, mais il ne voulut jamais s'éloigner de ceux qui restaient. Il parcourut les cabanes qui pouvaient avoir encore des infirmes ou des enfants, et après il revint à la chapelle afin de mourir aux pieds des autels. 11 la trouva pleine de chrétiens et de catéchumènes qui lui demandaient le baptême. Il donne l'absolution aux uns et baptise les autres, et il les console tous par la douce espérance des saints. Il leur répétait sans cesse : " Mes frères nous serons aujourd'hui dans le Paradis." Cependant l'ennemi s'approchait en poussant des hurlements et des cris sauvages ; il avait appris que les Hurons s'étaient réfugiés dans le lieu saint et il s'attendait à y trouver la proie la plus riche et la plus facile.

Comme il sera constaté, etc

Ce fut et c'est la vérité (jue le P. Daniel ne songeait qu'au salut de son troupeau. 11 les pressa de fuir au plus tôt et leur dit son suprême adieu : " Conservez toujours la foi, nous nous reverrons au ciel." Pour assurer leur fuite, le S. d. D. ne vit pas d'autre moyen que de s'exposer à la rage de ses ennemis comme un bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Il sortit en effet de la chapelle tout seiil et sans armes, il vSe présente devant les Iroquois (|ui approchaient. Saisis d'étonnement de voir venir un homme à leur rencontre, ceux-ci s'arrêtèrent un moment, pouvant à peine en croire leurs \'eux ; mais bientôt n'écoutant que leur fureur, ils le couvrent de flèches, et il tombe baigné dans son sang en prononçant le nom de Jésus. Mais il respirait encore, quand un coup d'arquebuse lui ôta la vie. Alors les barbares se jetèrent, pleins de rage et de haine, sur le cadavre de cet homme qui était venu prêcher une religion contraire à leurs rites superstitieux et à leurs passions. Ainsi, il n'y en eut pas un (jui ne voulût avoir la consolation de lui avoir fait sa blessure. Ils firent mille insultes à son cadavre et se lavèrent les mains et le visage dans son sang, parce quil avait été tonné dans un cœur généreux. Ensuite les sauvages incendièrent la chapelle et jetèrent dans le feu le corps du P. Daniel afin de faire disi)ar<'iître jus(|u'aux moindres traces de cet objet de leur haine.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le genre de mort et la guerre n'ont pas permis de retrouver le corps ni les cendres du Serviteur de Dieu.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les Iroquois s'étant emparé du village de Saint-Ignace, quelques Hurons fugitifs portèrent la nouvelle aux PP. de Brébeuf et Gabriel Lalemant de l'arrivée de l'ennemi. Les deux Serviteurs de Dieu conservèrent tout leur calme et s'efforcèrent de soutenir les néophytes par leur fermeté.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les néophytes voulaient forcer les missionnaires à s'enfuir; mais le P, de Brébeuf répondit : " Mon poste est d'être avec vous au moment du danger. Mon bras ne servira pas à vous défendre, mais les chrétiens ont besoin d'autres secours. Il leur faut les consolations de la foi. Je soutiendrai votre courage, et si vous mourez je vous aiderai à mériter le ciel.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que pendant le combat, défavorable aux Hurons, les PP. de Brébeuf et G. Lalemant ne cessé-

-eurent un moment de remplir leur ministère de eharité et de zèle. Ils pansaient les blessés, distribuaient des rafraîchissements et donnaient les dernières consolations de la religion aux mourants.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les néophytes reconnurent lâchante héroïque des missionnaires et un des capitaines s'écria : " L'amour ([u'ils nous portent sera cause de leur perte. " Enfin, les PP. de Brébeuf et G. Lalemant furent faits prisonniers par les Iroquois qui, au lieu de les jeter dans les flammes qui dévoraient le village, les réservèrent pour un plus cruel supplice.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. de Brébeuf et le P. G. Lalemant furent dépouillés de leurs vêtements et chargés de liens. Les Iroquois leur arrachèrent les ongles, puis emmenèrent les deux Serviteurs de Dieu au village de Saint- Ignace où ils s'étaient retranchés. Les deux S. d. D. marchaient en tête du cortège. Avertis de leur arrivée, les Iroquois de Saint-Ignace, armés de Ijfitons et de baguettes de fer, se disposèrent sur deux haies pour frapjjcr les missionnaires à leur passage. \ des.sein, on forerait le cortège à ralentir sa marche, afin (pie les coups fussent plus nombreux et mieux a])])li(piés.

Comme il sera constaté, etc.

Gl —

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C'est la vérité que, voyant le poteau du supplice déjà dressé, le P. de Brébeuf tomba à genoux et baisa avec un saint transport cet autel du sacrifice. Alors, le P. G. Lalemant lui dit: "Mon Père, c'est bien maintenant que nous sommes donnés en spectacle au Ciel, aux anges et aux hommes."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les deux Serviteurs de Dieu n'oublièrent pas dans ces suprêmes moments leurs néoph^^tes. Le P. de Brébeuf leur dit : "Dans nos souffrances, levons les veux au ciel. Souvenons-nous que Dieu est témoin de nos douleurs et qu'il sera bientôt notre récompense. J'ai plus pitié de vous que de moi. Ne perdez pas courage ! Les tourments que nous allons souffrir seront courts, la gloire qui les suivra ne finira jamais." Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les guerriers s'étant assemblés, et le feu allumé, l'horrible scène commença par le supplice du P. de Brébeuf, que les sauvages appelaient le chef des chrétiens. Les uns enfonçaient dans sa chair des alênes rougies au feu ; d'autres lui appliquaient des charbons embrasés sur les différentes parties du corps, ou bien, le frappaient avec des bâtons.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les sauvages enlevaient des lambeaux de chair au P. de Brébeuf, et ajirès les avoir fait rôtir, les dévoraient sous ses yeux. Le Serviteur de Dieu ne fit entendre aucune plainte, aucun soupir. Il n'était sensible qu'aux maux de ses frères. Il ne rompait le silence que pour les encourager et prier Dieu. Ses bourreaux indignés de son zèle, pour l'empêcher de parler de Dieu, lui coupèrent les lèvres et le nez. On lui voya.it toutes les dents, et le sang ruisselait de tout son corps.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les Hurons a])ostats iroc|uisés, ajoutant la raillerie à la cruauté, disaient au S. d. D. : " Tu as répété aux autres (jue plus on souffrait dans cette vie, plus la récompense serait grande dans l'autre. Nous voulons embellir ta couronne." Kt, faisant rougir leurs haches au feu, et les plaçant sur son dos et sur sa poitrine, ils lui formaient un collier brûlant, et lui disaient: "Tu dois nous remercier maintenant."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité cpie ces mêmes apostats vonlnrcnl faire une imitation sacrilège du baptême, et ils versèrent plusieurs fois dcl'eau bouill.'inte sur la tête et les épaules

de l'homme de Dieu, en lui disant : " Nous te baptisons pour que tu sois bienheureux dans le ciel ; car sans un bon baptême, on ne peut pas être sauvé. " Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que la fermeté héroïque du P. de Bré- Ijeuf excitait la fureur de ses persécuteurs qui voulaient à tout prix vaincre sa patience : à cette fin, ils entourèrent les reins du S. d. D. d'une ceinture d'écorce de bouleau enduite de résine et 3' mirent le feu ; d'autres lui arrachèrent la chevelure avec la jDcau de la tête, et jetèrent des cendres brûlantes sur ses plaies.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les bourreaux, a\-ant épuisé leur rage, et ne sachant, après trois heures de tourments, quel nouveau supplice inventer, décapitèrent leur victime. C'était le 16 mars 1649, à quatre heures du soir.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que la rage des Iroquois ne fut pas satisfaite par la mort du S. d. D. Suivant un de leurs préjugés, ils voulurent s'incorporer son courage en faisant un horrible festin de son corps ; ils burent son sang et un des capitaines lui arracha le cœur et le dévora-

Les restes de ce cor[)s mutile furent coupés en morceaux et donnés à la foule.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité ({ue le martyre tlu P. G. Lalemant s'ouvrit le même jour à six heures du soir. D'abord il fut lié à un poteau et on lui planta des fers ardents dans les chairs. Ensuite les sauvages et surtout les apostats, toujours plus acharnés que les autres, lui formèrent un collier ardent au moyen de haches rougies au feu et couvrirent ses plaies d'eau et de cendres brûlantes. On lui fendit et ouvrit la bouche de part en part et on lui fit entrer des charbons ardents jusqu'au fond de la gorge pour l'empêcher de parler de Dieu et de ])rler. Le S. d. D. supporta tout avec une constance héroï((ue.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité cjuc les Iroquois ne voulant pas, selon leur coutume, ()ue le P. (t. Lrdemant mourût avant le lever du soleil, remirent au lendemain la lin du supplice. Mais, durant toute la nuit, les jeunes gens s'annisèrent à le tourmenter sans pourtant le faire mourir. Cette longue et cruelle agonie dura ius(|u";iu m.itin alors <|ue les bourreaux se remirent à l'oeuvre et renouvelèrent yiresf|ue tous les tourments du P. de Hrél)euf. On lui coujja le nez de bas en haut de m.-inière cpTil ne tenait ])lus (|ue par un fil. Il reçut, en outre, un coup de hache

sur l'oreille gauche, et un coup d'arquebuse qui lui enfonça et fracassa l'os au même endroit. Enfin il tomba mort. C'était le 17 mars 1649.

Comme il sera constaté, etc.

Ce fut et c'est la vérité que tous ces tourments n'arrachèrent pas au S. d. D. une seule parole de plainte. Son esprit était tellement en Dieu qu'il ne faisait autre chose que prier et lancer des œillades vers le ciel, et joindre les mains avec tant de ferveur, que ces infidèles croyant que c'était là sa force, lui séparaient les mains et le relevaient avec violence lorscju'il se mettait à genoux. Lorsqu'il fut conduit au lieu de son dernier supplice, il se trouva tant de force que, malgré ses plaies, il se prosterna pour embrasser son poteau et faire à Dieu sa dernière offrande.

Comme il sera constaté, etc.

Ce fut et c'est la vérité qu'au mois de novembre 1649, deux Hurons échappés d'une bande d'Iroquois qui les tenaient prisonniers, accoururent à l'île Saint-Joseph pour annoncer à leurs compatriotes que les Iroquois avaient résolu de détruire la nation du Petun. Les missionnaires en avisèrent le P. Garnier. Celui-ci se trouvait alors au bourg Saint-Jean l'Évangéliste, le plus considérable de cette nation et ([ui était précisément sur la frontière la plus voisine des Iroquois. Le P. Garnier qui avait manifesté, surtout dans ses dernières lettres,

son désir du mart3^re, qu'il considérait comme une faveur divine dont il fallait se rendre digne, eut comme un pressentiment de sa fin prochaine. Les guerriers de Saint- Jean, las d'attendre l'ennemi, résolurent de le prévenir, mais les Iroquois, avertis, firent un détour et les évitèrent ; ils fondirent ensuite sur le bourg dépourvu de ses défenseurs.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'à la première alarme, le P. Garnier se précipita vers la chapelle où quelques chrétiens s'étaient réfugiés :" Nous sommes morts, mes frères, leur dit-il, priez Dieu et prenez la fuite par où vous pourrez échapper. Portez votre foi avec vous le reste de votre vie, et que la mort vous trouve songeant à Dieu." Il leur donne sa bénédiction et sort prom])tement pour aller au secours des âmes.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que quelques chrétiens invitèrent le S. d. D. à s'enfuir avec eux; il s'v refusa, retenu par les liens de la charité auprès de ses ouailles qui ont besoin de son ministère. Il courait ]iartout, soit pour donner une dernière absolution aux chrétiens, soit ])our chercher dans les cabanes toutes en feu, des enfants, des malades et (les catéchumènes (|u'ii baptise. ()ubHeu.\ de

son propre ])cril, son cœur, au milieu de ces flammes, ne brûlait d'autre feu que de l'amour de Dieu. Comme il sera constaté, etc.

C'est kl vérité (jue pendant que leS.d. D. vaquait à ce pieux ministère, un coup de fusil le frappa à la poitrine et qu'une autre balle lui traversa la cuisse et le terrassa. Le barbare qui avait fait ce coup, le dépouilla de sa soutane et le laissa nageant dans son sang.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le S. d. D. voyant à peu de distance un moribond, joignit les mains, leva les yeux vers le ciel et réunit toutes ses forces pour se traîner vers lui et lui donner l'absolution : il tombe deux ou trois fois, mais se releva et se traîna sur ses genoux. Le Père reçut quelque temps a])rès deux coups de hache dans les tempes, ce qui l'acheva. C'était le 7 septembre IG-^Q.

Comme il sera constaté, etc.

Ce fut et c'est la vérité que le P. Chabanel, à la vue des périls croissants que courait la vie des missionnaires, se préparait avec une grande ferveur à se rendre digne du martyi'e qui était l'objet de tous ses vœux. Après avoir travaillé dans plusieurs villages hurons, il fut envo^^é en IG^Q dans le village de Saint-Jean pour servir de compagnon au P. C. Garnier. Mais avant de partir,

il passa quelques jours avec ses frères à la résidence de Ste-Marie. En les quittant, il dit au P. Chastelain, son confesseur :" Mon père, que ce soit tout de bon cette fois-ci que je me donne à Dieu et que je lui appartienne." Le S. d. D. prononça ces paroles avec un tel accent, que le P. Chastelain en fut tout ému. Cette préparation intime au martyre se révèle de même par ces autres paroles adressées à un de ses amis : "Je ne sais ce cpi'il v a en moi, mais je me sens tout changé en un point. Je suis fort appréhensif de mon naturel, toutefois maintenant que je vais au plus grand danger et qu'il me semble que la mort n'est pas éloignée, je ne sens plus de crainte. Cette disposition ne vient pas de moi." Il écrivait une autre fois à son frère: "Je me recommande à vos prières et à celles des pères de notre province comme une victime destinée peut-être au feu des Iroquois, ut merear tôt Sanctorum piitrocinio victoriam in tamforticertamine. Comme il sera constaté, etc.

\:vi

Ce lut et c'est la vérité (ju'au milieu (les bruits sinistres (|ui circulaient sur une prochaine invasion des Iroquois, le supérieur de la mission ne jugea ])as prudent de laisser ensemble le P. C. Garnier et le P. X. Chabanel exposés aux mêmes jjérils. li^n outre, la famine était affreuse dans cette bourgade ctilscouraient riscpie de ne pas trouver le ])eu d'aliments indispensables à leur existence. Le P. Chabanel eut ordre de quitter ce ])oste au nK)ins pour (piel()ue tenq)S. Ivn (|uittant le bourgde

Saint-Jean, le 5 décembre, pour se rendre à l'île Saint-Joseph, le P. Chabanel passa par la mission de Saint- Mathias desservie par le P. Garreau et le P. Greslon. Il leur dit : "Je vais où l'obéissance me rappelle; mais ou je ne pourrai, ou j'obtiendrai du supérieur qu'il me renvo3'e dans la inission qui était mon partage, il faut servir Dieu jusqu'à la mort." Il se remit en route le 7 décembre accompagné de sept ou huit chrétiens hurons. Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'après avoir fait six grandes lieues, ils furent surpris par la nuit dans les bois. Ses compagnons se Hvrèrent au sommeil; pour lui, il veilla et resta longtemps en prière. Vers minuit, il entendit les cris de l'armée victorieuse des Iroquois qui venait de détruire Saint-Jean. Ses compagnons effrayés se dispersèrent^ dans la forêt. Le père essaya de les suivre, mais épuisé de fatigues, il dût bientôt y renoncer. Se mettant alors à genoux, il leur fit cet adieu : " Peu importe où je mourrai. Cette vie est peu de chose. Le bonheur du Paradis est le seul vrai bien, et les Iroquois ne peuvent l'enlever."

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité qu'à l'aurore, le S. d. D. reprit le chemin de Saint-Josej)h. Il rencontra sur le bord d'une rivière un Huron apostat qui attribuait à la religion chrétienne la ruine de sa nation. A la vue du mission-

naire, il sentit se réveiller toute sa haine eontre la foi. Il assoma le père et jeta son cadavre dans la rivière. Il se vanta plus tard de l'avoir tué en haine de la foi. Comme il sera constaté, etc.

Ce fut et c'est la vérité qvie (ral)ord ce Huron apostat avait donné une autre explication de la disparition du P. Chabanel qui fut loin d'enlever les soupçons des pères. Ceux-ci, à cause des malheurs des temps, ne voulurent pas poursuivre cette affaire. Ce Huron apostat nommé Honareenhac, était d'un bourg voisin de Saint- Jean, en avait pris une part très active à une conjuration où la vie des missionnaires avait couru de grands dangers. Il se vanta plus tard d'avoir été le meurtrier du P. Chahanel, d'avoir délivré son i)ays de cette jiourriture de français, et avoua (lu'il l'avait tué en haine de la foi, parce cjue depuis que lui et sa famille avaient embrassé la foi, il voyait (pic tous les malheurs avaient fondu sur eux. L'apostat et les membres de sa famille jjérirent tous en moins de deux ans de la main des Iro- (piois, les uns par les armes, les autres jtar les ihunmes, la jeunesse des deux sexes lut réduite à un triste esclavatre.

DE CAUSA MARTYRII

Johannis de Brébeuf, Qabrielis Lalemant,

Caroli Qarnier, Antonii Daniel et

Natalis Chabanel

VMj

C'est la vérité que les serviteurs de Dieu, Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Charles Garnier, Noël Chabanel et Antoine Daniel furent tués par les infidèles, pour la raison qu'ils propageaient et défendaient la doctrine et la foi de Jésus-Christ. Les continuels périls de mort dans lesquels s'étaient trouvés le P. de Brébeuf et le P. Garnier, d'abord chez les Hurons, puis chez la nation du Petun, le supplice et la mort du P. Jogues et les tourments endurés pjir le P. Bressani avaient clairement manifesté aux cinq missionnaires le danger auquel ils s'exposaient. Mais les Serviteurs de Dieu loin d'en être terrifiés, continuèrent avec un zèle infatigable l'œuvre de leur mission, brûlant du désir de souffrir pour Jésus- Christ et de lui offrir leur vie et leur sang.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les cin(| Serviteurs de Dieu se disposaient constamment au supplice, se confessant souvent entre eux et demandant la force à la sainte Eucharistie. Leurs Relations et leurs lettres révèlent clairement cette disposition pure et entière de recevoir la mort par amour pour Dieu.

C'est la vérité ([ue le F. de Bréheuf et le P. Crarnicr, lorsqu'ils furent menacés de mort par les Hurons se tenaient résolus à attendre paisible nunt In mort devant le saint autel. Ils écrivaient à leur Supérieur: " Quelcpic conclusion qu'on prenne et (pielquc traitement qu'on nous fasse, nous tâcherons a^-ec la grâce de Xotre-Seigneur de l'endurer patiemment pour son service.... ; car c'est pour lui ([ue nous désirons vivre et mourir, et c'est lui (|ui nous en donne la grâce. "

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité (pie les sauvages eux-mêmes disaieut descin(| Serviteurs de Dieu: "lis se sont eondanuiés à traîner ici une vie miséral)le, au uiilieu de toutes les privations, et dans des dangers continuels de mort. Il est bien évident (pi'ils ne cherchent cpie notre honluiir, sans avoir en vue aucun intérêt temporel. "

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. de Brébeuf interrogé par le P. Ragueneau s'il n'aurait pas peur du supplice du feu, lui répondit : "J'espère que Dieu m'assistera toujours, et avec le secours de sa grâce, je ne redoute pas plus les tourments terribles du feu que la pointe d'une épingle. " Dès 1639, il faisait le vœu suivant : " Mon Seigneur Jésus, ...je fais vœu en présence de votre Père éternel et du Saint-Esprit, en présence de votre très sainte Mère et de Joseph, son très cher époux. ..de ne jamais manquer à la grâce du martyre, si, dans votre miséricorde, vous l'offrez à votre indigne serviteur. "

C'est la vérité que, pendant leur supplice, les cinq Serviteurs de Dieu restèrent toujours absorbés dans la prière, demandant à Dieu d'cccepter le sacrifice de leur vie pour sa ])lus grande gloire et pour la conversion de ces peuples infidèles.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les Irocpiois et les Hurons apostats furent poussés au massacre des cinq Serviteurs de Dieu par leur haine profonde contre la religion de Jésus- Christ et sous le prétexte que les pratiques religieuses des chrétiens étaient une source de malheurs et de désastres pour leur nation.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que les Iroquois avaient puisé chez les colons hollandais, leurs voisins et amis, la rage la plus féroce contre le signe de la croix que ces protestants leur avaient montré comme une pratique de sorcellerie. A cette liaine générale contre la religion catholique, s'ajoutait celle contre lesjésuites inoculée par des paroles des Hollandais : " Méfiez- vous des Jésuites. Malheur au pays où ils sont parvenus à pénétrer. Il est bientôt désolé et complètement ruiné. En Europe, ils n'osent plus se montrer, et quand on peut les saisir, ils sont aussitôt punis de mort." C'est pourquoi les sauvages arrachèrent souvent des mains des Jésuites le crucifix, objet de leur haine.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que lorsque les Irofjuois s'aperçurent qu'ils avaient parmi leurs prisonniers deux Robes- Noires : le P. de Brébeuf et le P. G. Lalemant. ils les considérèrent comme la plus précieuse de leurs captures. Ils ])ouvaient enfin assouvir leur haine profonde et leur atroce vcngOance. Au lieu de les jeter dans les flannnes, qui dévoraient le village, comme on avait fait pour les morts, les blessés et les vieillards, on les réserva jxmr le supplice.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que pendant le supplice du P, de Brébeuf et du P. G. Lalemant, les Hurons apostats se complaisaient à tourner en ridicule la doctrine catholique et les sacrements, en particulier le baptême, en leur versant sur la tête de l'eau bouillante ; ils ajoutaient à leurs cruautés l'ironie, disant : " Nous te traitons en ami, puisque nous serons cause de ton plus grand bonheur là haut au ciel.

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Jérôme Lalemant a laissé par écrit sur le P. deBrébeuf ces paroles : " C'est lui qui, dans l'esprit des sauvages, passe pour le plus grand sorcier des Français, et est la cause de tous les malheurs qui ruinent le pays. "

Comme il sera constaté, etc.

C'est la vérité que le P. Charles Garnier non seulement fut blessé mortellement en haine de la foi et brutalement dépouillé de son vêtement religieux, mais fut aussi achevé par un dernier coup de hache porté par un sauvage en haine de l'acte religieux que le S. d. D. se disposait à accomplir, quoique sur le point d'expirer, en donnant une dernière absolution à un moribond.

Comme il sera constaté, etc.

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