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II. — Ce qui est changé après la Consécration

1. Ce qui est changé après la Consécration c'est la substance du pain et du vin.

2. Changée et non pas annihilée ou mise provisoirement de côté. Ce qui était la substance du pain et du vin devient la suJistance du Christ, passe en elle intégralement et sans aucun déchet, Tota substantia panis transit in totum corpus Christi. (Saint Thomas.)

3. Cette conversion s'opère en un instant, dès que les paroles de la Consécration achèvent d'être prononcées. Aussitôt sous le voile des espèces, le temps, tel qu'il est mesuré par nous, cesse d'exister.

4. Analysons ce terme de substance dont j'ai reproduit plus haut la définition scolastique.

Le mot substance se compose de deux racines (de même en grec hypostase) : sub, ce qui est dessous, stare, ce qui se tient par soi-même, ce qui ne change pas de forme et de position. Il rappelle par deux fois le radical se (esse) dans son double sens : ce

qui est sur soi-même, ce qui est séparé du reste. (1) Et d'abord la substance est ce qui est dessous. Elle ne peut donc être jamais ce qui est dessus ; elle n'est pas extérieure, elle ne nous atteint pas par la surface, elle n'est pas perceptible à nos sens. En second lieu, elle est ce qui reste, ce qui ne bouge pas, ce qui est identique à soi-même, ce qui est un, ce qui est commvm, ce qui fait de plusieurs phénomènes un seul être, ce qui explique le reste et le rend possible, ce qui lui impose la mesure et la proportion, ce qui est la raison d'être^ ce qui est la ressource et le support nécessaire des qualités véridiquement déterminées par nos sens.

5. La substance est sous les accidents, non seulement ce qui les maintient, mais ce qui les produit, non seulement ce qui leur donne l'ordre, ce qui les met au points mais ce qui leur donne l'être, puisqu'ils ne sauraient être sans elle, et non seulement couleur et goût, mais telle coideur et tel goût.

6. Produire (Dieu seul crée), c'est pourvoir à ce mouvement dont le terme constitue l'existence de la chose à nos sens et sa manière d'exister en tant que telle. Et l'équihbre dans les corps bruts est atteint une fois pour toutes : ils sont le résultat d'une élaboration qui leur est extérieure. Mais nous

(1) Ainsi dans les peintures des catacombes Je poisson mystique IXGYS à qui est superposée une corbeille de pains.

voyons naître la plante et l'animal et nous assistons à ce développement autonome par quoi ils croissent et se maintiennent. Aux jours de la Genèse, toute chose a été appelée par son nom, qui n'a pas cessé de retentir, et dont son existence constitue le distinct écho. Ce nom est un ordre par quoi sont convoqués et provoqués les moyens qui lui permettent d'atteindre sa fin, la forme fermée qui ne lui permet pas de passer outre. Rien d'isolé, rien sans mouvement, et point de mouvement sans composition et point de composition sans un ordre antérieur et intention commune. Cette intention chez les corps bruts est tout entière imposée du dehors. Chez les vivants elle travaille et croît au-dedans avec une liberté toujours plus grande, jusqu'à ce qu'enfin, chez l'homme, la pleine conscience atteinte, à l'ordre se superpose le commandement.

7. Arrivant au bout de notre analyse, ce que nous trouvons sous la substance même, c'est la volonté, c'est l'intention spéciale de Dieu qui la crée. « Mes paroles, dit le Verbe, sont esprit et vie. » Dieu parle et tout l'univers répond. Comme la parole est répercutée par la paroi, chaque être trouve dans sa fin atteinte le moyen de rassembler tous les éléments de sa réponse. Réponse distincte de la parole qui l'a évoquée et cependant la même : l'une dans le temps, dans le jour^ l'autre dans l'éternité.

8. Ce qui est mot pour l'oreille est image pour la vue. Ce qui est réponse est en même temps symbole. Nous voyons la figure avant que la face nous soit montrée. Métaphore, et non participation, autour de l'unité compositrice. Les choses naturelles nous signifient un des attributs et bienfaits de Dieu. Mais le sacrement produit pour l'âme ce qui par lui était signifié au corps. Il devient éminemment vrai que l'eau nettoie et que l'huile pénètre et confirme, oui, et que le pain et le vin soient enfin nourriture et breuvage. Mais tandis que l'eau et l'huile accroissent leurs propriétés sans changer de nature, l'Hostie entre les doigts du prêtre devient « le pain super-substantiel » et le réel aliment.

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