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sentent surtout comme des lois de défense et de protection . Je n'entends pas signifier par là qu'il n'y a point autre chose au principe de l'Etat ; tant s'en faut. Et si, par dessous le système des défiances, des précautions et des répressions qui le constitue, il n'y avait pas déjà une sympathie, une <eih«,e\ en outrelesenliment d'un devoir qui sollicite les citoyens à se rapprocher les uns des autres et à chercher les conditions de la paix et de l'entr'aide pour mieux vivre leur vie humaine, le système ne se constituerait pas. Aussi constatons-nous que l'Etat s'attribue toujours plus ou moins un rôle directement positif dans tout ce qui intéresse la vie humaine. Il peut sembler que son intervention n'est de mise que dans les questions d'ordre extérieur et pour l'orgaaisation de la vie dans le temps et dans l'espace. Mais ces questions, ainsi que justement le disent et le montrent les catholiques sociaux, se relient toujours aux plus hautes questions de l'ordre moral et religieux. Et en effet elles impliquent inévitablement des relations entre les hommes. Dès lors il y a inévitablement derrière elles une question de justice. Et avec la question de justice c'est toute une conception du monde, de la vie et de la société qui est engagée. D'où il
apparaît, non seulement que l'Etat ne doit pas être indifférent à ce qui est d'ordre moral et religieux, mais qu'il ne le peut pas et qu'en fait il ne l'est jamais. De même que toute conception et toute croyance morale et religieuse a sa répercussion et son prolongement dans l'ordre extérieur, politique et économique, de même toute organisation sociale, toute loi politique et économique rejaillit sur l'ordre moral et religieux, parce que toute organisation sociale, toute loi politique et économique s'inspire de postulats qui sont d'ordre moral et reli-
A cet égard il faut donc dire que l'Etat vit de la moralité acquise, du patrimoine moral qui s'est incorporé à la conscience commune. Et en conséquence, puisque ce patrimoine moral lui est nécessaire, pour ne pas l'épuiser en s'en servant, il doit tendre non seulement à le conserver, mais à le renouveler et à l'accroître : car il ne se conserve qu'en se renouvelant et qu'en s'accroissant. C'est ainsi, par exemple, que se légitime l'interventionnisme qui cherche à introduire de la justice et de la bonté dans les rapports sociaux incessamment modifiés par
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toutes les transformations qui surviennent dans le milieu social et qui risquent de broyer les faibles. Il ne s'agit donc pas de savoir s'il convient que l'Etat soit neutre ou ne le soit pas. Encore une fois, il ne peut pas l'être. Mais il s'agit de savoir, comment, ne pouvant pas èlre neutre, il travaillera au bien commun, à la libération commune du mal et des nécessités naturelles. De même qu'en s'organisant il est déjà le résultat d'une orientation morale et l'entrée en scène d'un esprit qui s'affirme, de même en exerçant son pouvoir il donne à son tour une orientation, il répand un esprit.
Incontestablement il y a là des dangers auxquels rien de ce qui vit en ce monde ne saurait être soustrait. Puisqu'il y a une bonne et une mauvaise orientation, un bon et un mauvais esprit, il est clair que c'est la bonne orientation que l'Etat doil prendre et que c'est du bon esprit qu'il doit s'inspirer. Mais il est clair aussi que rien ne peut l'y forcer. En même temps qu'il est capable de bien, il demeure donc capable de mal. Et comme en ce monde l'équilibre est toujours instable, comme le parfait n'est jamais réalisé, rester au même point de vue, se fixer dans une manière d'être comme défini-
tive et complète et, pour cela, entreprendre de défendre et de protéger une dogmatique abstraite de quelque sens qu'elle soit, c'est nécessairement pour l'Etat faillir à son rôle. Qu'à ce danger-là, pratiquement, il n'arrive point à échapper, nous ne saurions en être surpris. Dans les efforts d'adaptation, des erreurs et des reculs, résultats des faiblesses humaines, ne peuvent manquer d'intervenir. De même qu'il y a dans la société ce qu'on peut appeler les arriérés du crime, il y a aussi les initiateurs de vérité et de justice qui toujours courront le risque des méconnaissances et du martyre. L'Etat qui ordinairement représente une sorte de moyenne est exposé à retarder le mouvement, àgaspiller le capital moral et social, alors même qu'il semble s'efforcer de l'accroître. La grande difficulté pour lui c'est peut-être de savoir l'attitude à prendre à l'égard des initiatives.
En tout cas ce qui importe c'est qu'il évite ici une double erreur: d'une partde vouloir s'en tenir à la neutralité statique du laissez-faire ; et d'autre part de prendre comme terme ou comme norme une sorte d'orthodoxie dogmatique formulée dans l'abstrait, en prétendant l'imposer
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définitivement par une contrainte extérieure et comme une consigne reçue du dehors.
Et ce qui importe aussi c'est qu'il comprenne que, même dans l'ordre de choses qui relève le plus directement de lui, s'il est dans son rôle de contraindre, il n'en est pas moins vrai que, lorsqu'il est ce qu'il doit être, loin de se complaire dans l'emploi de la contrainte , comme si par la contrainte il lui appartenait de réaliser et de maintenir un ordre de choses définitif et absolu, c'est une nécessité qu'il subit : il ne s'en sert que pour tâcher de s'en dégager et de monter vers l'idéal même qui , obscurément d'abord, lui a donné naissance. Il ne s'agit pas non plus ici de savoir si en réalité l'Etat, en la personne de ceux qui gouvernent, se comporte ainsi, il s'agit de savoir comment il doit se comporter pour remplir son rôle.
Et on reconnaîtra que c'est totalement différent d'user de la contrainte parce qu'on ne peut faire autrement et en aspirant à s'en passer, ou d'en user comme d'une chose normale et désirable, comme d'un procédé conforme, non seulement à ce que les hommes sont, mais à tout ce qu'ils peuvent être : car dans le premier cas, en même temps que l'on se comporte
comme le serviteur d'un idéal, on n'est plus tenté d'employer la contrainte oia elle n'a que faire et où visiblement elle ne peut rien, puisque la persuasion et le consentement intimes, qui seuls comptent, ne sauraient relever d'elle ; tandis que dans le second cas, en même temps que Ton se comporte comme l'exploiteur d'un état de choses donné, on n'a plus, dans l'usage de la contrainte elle-même, ni limites ni règles autres que les limites et les règles que peut fournir l'habileté par le souci du succès K
1. M. Descoqs, en s'en prenant à cette théorie que je résume ici de mon mieux et que j'ai commencé d'exposer ailleurs (Cf. L'Eglise et l'Etat, Annales de philosophie chrétienne^ février 1907), m'adresse en particulier le reproche h de défendre la formule de VEtat chien de garde », (p. 402). Or quelques lignes plus bas que celle où je rappelle simplement cette formule j'ajoute : (f Si cette conception est vraie en un sens, elle est fausse en un autre » {Annales, ibld., p. 465). Puis j'explique qu'elle est vraie en ce sens que le rôle de l'Etat est en effet de défendre et par suite de contraindre. Et M. Descoqs sans doute ne songe pas à le nier. Et j'explique qu'elle est fausse en ce sens que, pour justifier sa défense et pour l'organiser, l'Etat s'inspire inévitablementd'une doctrine dont, quelle qu'elle soit, il se sert comme d'une doctrine de justice et de vérité, et qu'en outre il a une intention ; de telle sorte que son rôle diffère du tout au tout de celui d'un chien de garde et implique une immense responsabilité morale, contrairement à ce que soutiennent les