‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 103 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE RÔLE DE L*ÉTAT ET LE RÔLE DE l'ÉGLISE DU POINT DE VUE DE LA THÈSE.

Chose étrange, mais qui manifeste clairement l'esprit qui entre ici en jeu, ce sont ceuxlà mêmes qui, comme M. Descoqs, prêtent l'oreille à cette idée que notre société actuelle est trop corrompue pour que les moyens du Christ y soient efficaces, ce sontceux-là mêmes, dis-je, qui rêvent d'autre part d'un rôle de l'Etat aboutissant, par l'emploi de la contrainte pour maintenir la foi dans les âmes, à rendre ces moyens inutiles, ou du moins à en faire quelque chose de surérogatoire : sorte de mise en œuvre d'une vertu de luxe ou d'un zèle pieux qui, tout en apportant une perfection à la société chrétienne, ne serait nullement nécessaire ni à son intégrité ni à sa vitalité. 11 semble tout d'abord qu'on ne fasse appel aux autres moyens que pour créer des conditions exté-

rieures qui permettront aux moyens du Christ de se produire librement et d'épanouir toute leur efficacité. Et c'est même ainsi qu'on se leurre en se cachant à soi-même le but qu'on poursuit et qu'on n'ose pas s'avouer.

Mais il apparait ensuite que les conditions extérieures qu'on réclame sont telles que, quand on les imagine réalisées pour constituer l'ordre idéal, Terreur ou l'hérésie, au lieu d'être considérée comme un mal des âmes à guérir et qui relève de l'apôtre, n'est plus qu'un délit à châtier et qui relève du gendarme, du juge et du bourreau. Et si le gendarme, le juge et le bourreau ont pour fonction d'entretenir la vérité dans le monde, il est évident que le rôle de l'apôtre n'est plus qu'une surcharge bénévole, sans portée comme sans péril. C'est donc la croix du Christ rendue vaine et déclarée impuissante à faire vivre les âmes dans la vérité aussi bien qu'à les conquérir. Et tout cela sous le beau prétexte de combattre Tindifférentisme et de défendre les droits de l'Eglise.

Mais j'entends M. Descoqs s'écrier que je caricature. A cette phrase que j'ai écrite ailleurs : a L'erreur... ne s'extirpe pas comme

une verrue par une amputation chirurgicale, et l'union morale, ainsi que le mot même l'indique, ne s'établit pas comme on bâtit une maison et en taillant des individus comme on taille des pierres )> S il répond : « Nous voudrions connaître ceux qui tiennent ces dernières sottises -. » Ce ne sera vraiment pas difficile de le satisfaire.

Ceux qui les « tiennent » ? Mais d'abord c'est votre maître, M. Maurras, quand il nous dit, en employant visiblement une litote, que pour obtenir « l'unité des consciences » ce ne serait pas trop de la payer « de temps en temps..., même d'un peu de sang versé -^ » ; et quand il nous dit aussi, justifiant, — et n'expliquant pas seulement, — les persécutions, que c'est (« à très bon droit » que l'Empire romain excluait de son « enceinte toutes les formes de la divergence religieuse » % comme si ce qu'a fait

{. Annales de philosophie chrétienne^ février 1907, p. 482.

2. P. 406. Constatons une fois de plus comment M. Descoqs nie ce qu'il affirme ou affirme ce qu'il nie avec une parfaite aisance ; mais à travers tout il n'en marche pas moins toujours à son but.

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