‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 109 sur 124 · Etudes de critique et d'histoire religieuse · texte numérisé non relu

Etudes de critique et d'histoire religieuse

2. Là-dessus aussi je renvoie à M. Vacandard qui conclut très nettement son article sur « la nature du pouvoir coercitif de l'Eglise » en disant que Topinion de ceux qui en font un pouvoir purement spirituel est (c appuyée par la pratique de l'antiquité chrétienne et par la doctrine des premiers docteurs de l'Eglise «, que « le moyen âge lui-même, si Ton en juge par le Pape Gélestin III, ne Ta pas répudiée absolument » et

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Mais en attendant, si ceux qui ont fait ou qui font profession de « libéralisme », comme on dit, ne me paraissent pas pour autant être dans la vérité, c'est que d'une part trop souvent ils oublient de marquer que leur libéralisme est autre chose qu'une nécessité que les circonstances — ou l'hypothèse — leur feraient subir du dehors ; et c'est d'autre part qu'il leur arrive aussi de s'exprimer à la façon des libertaires, comme s'ils supposaient que les opinions ou les doctrines diverses, pour vivre en paix, n'ont qu'à se juxtaposer simplement dans la société par une convention, faite une fois pour toutes, de tolérance réciproque. Il y a là incontestablement des précisions à faire intervenir et une illusion à prévenir. La pratique sociale de la liberté, par le souci réciproque des personnes à se respecter les unes les autres, ne saurait être le résultat d'un décret qu'on promulgue. Il y

que « la censure romaineenfin.en autorisant la publication d'un ouvrage où elle est expressément enseignée [Nuova espozitione dei criteri teoloyici^ par Salvatore di Bartolo), accorde au moins implicitement le droit de a soutenir » [ibid., p. 243).

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faut infiniment plus. Et ce que je prétends, c'est qu'à la place de Vhabileté des uns aussi bien qu'à la place de la neutralité des autres, ceux qui font profession de libéralisme ont à compiendre nettement qu'un devoir ici existe auquel il leur faut obéir par conscience même et avec tout ce que cela comporte d effort moral, de générosité, de sacrifice : un devoir qui, dans Tordre politique comme ailleurs et quelle que soit leur situation, les oblige d'être justes et charitables pour être chrétiens et pour fournir ainsi, autant qu'il dépend d'eux, à l'apostolat proprement dit, à « la folie de la prédication )),leur part d'efficacité. Si donc ils sont libéiaux dans ces conditions, ce n'est point du tout qu'ils attribuent à l'erreur la même valeur qu'à la vérité, tant s'en faut ! c'est au contraire qu'ils se sentent tenus de vivre la vérité et d'en manifester la bienfaisance pour la faire connaître et pour la faire aimer. Et en conséquence ce n'est point quoique catholiques, mais parce que catholiques etchrétiensqu'ilssontlibéraux. Et surtout qu'on ne pose pas la répugnante question de savoir si en procédant de la sorte ils ont « des chances » de conquérir le pouvoir et, le pouvoir conquis, de le conserver ? Je n'en

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sais absolument rien et n'ai nul besoin d'en savoir quelque chose. Ce que je sais, c'est qu'ils ne sont pas chrétiens, qu'ils ne sont pas catholiques pour cela et qu'ils n'ont pas besoin do cela pour l'être. Ce que je sais aussi, c'est que, maîtres ou non du pouvoir, en haut comme en bas et en bas comme en haut, ils ont à chercher le royaume de Dieu et sa justice en considérant le reste comme un surcroît. Il serait facile de montrer, — et combien n'a-t-on pas insisté làdessus à juste titre depuis Le Play ! — que, ce faisant, ils seront des facteurs excellents de l'économie politique et sociale \ Mais ceci ne veut pas dire qu'ils domineront dans la société ; ceci veut dire, et c'est infiniment meilleur, qu'ils la serviront, quoi qu'il advienne et même s'ils sont méconnus.

1. Je dis qu'on a insisté là-dessus ajuste titre, bien qu'à mon sens on eu ait aussi abusé : car on a eu l'air parfois d'en faire un motif de croire à la religion, sans s'apercevoir que croire à la religion pour ce motif ce ne serait nullement être religieux et que le bienfait attendu ne se produirait pas. Si la religion est un facteur de prospérité sociale, c'est précisément parce qu'à travers les conditions de la vie lerreslie elle donne à l'homme une lin plus haute que toutes les prospérités d'ici-bas, et parce qu'à l'obligation du travail elle ajoute l'obligalion du désintéressement.

Et s'il était vrai qu'en ce monde il n'y a point de milieu et qu'il faut être exploité ou exploiteur, persécuté ou persécuteur, pas uq instant ils n'hésiteraient à se mettre décidément du côté de ceux qui souffrent, qui sont dépouillés, molestés ou ti^és, et non pas du côté de ceux qui font souffrir ou qui tuent, avec la conviction joyeuse de travailler pour leur compte à sauver l'humanité de sa misère. C'est cela ce qui s'appelle croire à la vie éternelle, et si ce n'est pas cela, ce n'est rien.

M. Descoqs se scandalise de cet idéal. Et pour s'en scandaliser, il insinue que par là je m'oppose « au triomphe de l'Eglise dans la société » \ mais sans indiquer à quel triomphe je m'oppose ; de telle sorte que j'apparais dans son livre — et on appréciera « le moyen », — comme éliminant ou tendant à éliminer l'Eglise elle-même et son rôle. De cette accusation, je n'ai certainement plus à me justifier.

Mais M. Descoqs aurait dû réserver son scandale pour ses amis et pour lui-même : car

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à la place de l'idéal que je viens d'esquisser, on sait ce que ses amis nous offrent et ce qu'il est entraîné à nous offrir avec eux, par une coopération qui, si « indirecte » qu'il la voudrait, n'en est pas moins une coopération. Ils nous offrent une économie sociale et politique d'où sont exclus, aussi explicitement que possible, « le fantôme obsédant de la morale » et « les principes de l'Evangile » ^ Et M. Descoqs, qui me reproche à moi — avec quelle exactitude, on vient de le voir — de soutenir qu'il n'y a pas lieu « de chercher à faire pénétrer les maximes chrétiennes dans la société » % ne critique cette conception ^ que pour, en définitive, y donner pleinement les mains.

Selon son habitude, en effet, abritant ce qu'il pense sous son contraire, il commence par opposer à M. Maurras que u la prospérité temporelle et le fonctionnement de l'organisme social ne peuvent... demeurer indifférents au salut

1. Inutile de rappeler ici toutes les déclarations, précédemment citées, de MM. Maurras, Tauxier, de Mandat-Grancey, etc.,

3. Deuxième partie : M. Maurras et les principes catholiques.

éternel des individus » \ et qu'en fait, sinon en droit, « l'Etat concourt d'une manière indirecte -, mais très efficace, à procurer à ses membres le bonheur de la vision intuitive » '. Ces phrases signifient évidemment que l'Etat, qui est chargé de la « prospérité temporelle de la société », n'a cependant point par là sa fin en lui-même et qu'indirectement tout au moins il doit servir les fins de la religion, de telle sorte que c'est ainsi qu'il peut s'accorder avec l'Eglise. Mais ceci amène M. Descoqs à faire valoir qu'en conséquence l'Eglise ne peut rester indifférente à la prospérité temporelle de la société et que par suite cette prospérité est une fin commune à laquelle peuvent travailler de concert ceux qui veulent le bien de l'Etat et ceux qui veulent en outre le bien de la religion, de telle sorte encore que c'est ainsi que l'Eglise peut s'accorder avec l'Etat.

2. Quand ensuite M. Descoqs demande que l'Etat mette sa force au service de la religion, n'est-ce pas la manière directe qu'il préconise ? Seulement il ne songe plus alors à l'entente avec M. Maurras qui ne s'accommoderait guère sans doute d'un concours direct au ^i bonheur de la vision intuitive ».

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Seulement du même coup la prospérité temporelle qui était posée comme moyen pour la religion est posée maintenant, par le fait même, comme un bien He TEtat qui vaut séparément et qui peut être cherché pour lui-même comme fin, et indépendamment du reste. D'où il résulte que M. Maurras est reconnu comme étant à même, par sa méthode positiviste, de procurer ce bien, c'est-à-dire d'élaborer un ordre social qui terrestrement se suffit à lui-même. Et du même coup encore, pour s'entendre avec lui là-dessus, M. Descoqs. admet que cet ordre-là est le même que celui qui est exigé par la religion et qui se déduit de la révélation. C'est ce qui lui fait dire a qu en pratique, naturel et surnaturel, politique et religion, iront de compagnie » *, tout en étant foncièrement extérieurs l'un à l'autre. Il se trouve donc que maintenant, M. Descoqs ayant lui-même tourné sa position, c'est la religion qui finalement est suspendue à la fin même de l'Etat — de l'Etat positiviste — et qui n'a plus d'autre fonction que de consacrer, de canoniser et cette fin et rc ses moyens ». Et M. Descoqs oublie ainsi que la religion, bien

loin d'avoir pour but, de cette façon, ia prospérité temporelle, a pour but au contraire d'élever les hommes au-dessus des biens comme au-dessus des maux de ce monde.

Et il l'oublie tellement et c'est tellement bien à une prospérité positiviste qu'il tendait en prenant un détour pour ne pas s'avouer à lui-même son but, que, chemin faisant, il a concédé d'une manière qui mérite d'être signalée que (( l'Evangile pourrait prêter à certaines interprétations dangereuses, si tous les enseignements de Jésus-Christ devaient être tenus pour obligatoires, s'il n'y avait pas à mettre d'un côté les devoirs de la vie sociale, de Tautre les conseils qui visent la perfection de la vie surnaturelle et ne s'adressent qu'à une élite » . Sans doute M. Descoqs, en parlant ainsi, a Tair de signifier simplement qu'on ne saurait admettre que les lois qui régissent la société imposent la protique des conseils évangéliques et que les magistrats, par exemple, puissent avoir à condamner ceux qui possèdent à vendre

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leurs biens pour les distribuer aux pauvres ou encore ceux qui sont frappés sur la joue gauche à tendre la joue droite. Et si ce n'était qu'à cela qu'il veut arriver, on pense bien que je ne lui demanderais rien de plus que d'abonder dans son sens et de reconnaître, pour la même raison, que, quand il s'agit de la foi et de tout ce qui se rapporte à la vie surnaturelle, l'Etat n"a pas à intervenir pour légiférer. Mais c'est si peu à cela qu'il vise qu'au contraire M. Descoqs admet nettement le principe de l'intervention de l'Etat dans l'ordre proprement spirituel. 11 est vrai que dans la page même d'où est tirée la citation qui précède, il écrit en note : « Le rendez à César... distingue l'ordre de la conscience réservé à Dieu, indépendant de l'Etat, et l'ordre de la loi civile qui relève légitimement de César. » Seulement quand ensuite je dis la même chose ou quelque chose d'équivalent, il m'accuse de (( libéralisme crû » et réclame « la force )) de l'Etat pour défendre ce qui est « réservé à Dieu )), montrant bien par là quelle est effectivement sa position et son point de vue.

Par conséquent, en distinguant les devoirs de la vie sociale et les conseils relatifs à la perfection de la vie surnaturelle, il arrive ici à

tout autre chose qu'à distinguer les deux ordres. Et il faut bien remarquer en effet qu'il prépare ainsi, en abusant étrangement de la distinction des préceptes et des conseils, son accord avec M. Maurras. Car si celui-ci déclare que lEvangile est dangereux, ce n'est pas du tout parce qu'au nom de la loi civile et par « les arrangements d'une sage politique », ou pourrait imposer à la foule de professer telles ou telle croyances ou de se soumettre à telles et telles pratiques dont les principes seraient dans l'Evangile K Nullement. Mais si l'Evangile est dangereux selon lui, c'est en tant que gouvernants et gouvernés sont exposés à vouloir s'inspirer de son esprit même et à poursuivre une fin autre que la fin positiviste de u lOrdre )j terrestre.

En concédant à M. Maurras que l'Evangile « pourrait prêter à certaines interprétations dangereuses », voilà donc ce que M. Descoqs lui concède, puisque c'est en cela que M. Maur-

1. Au nom du système cher à M. Maurras et à M. Descoqs, n'a-t-on pas admis que ceux qui avaient fait des vœux, dans Tordre purement religieux, fussent contraints à les observer par la loi civile eile-mème ? N'élaient-ce pas les conseils devenus socialement obligatoires.

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ras voit le danojer.Il semble au premier moment qu'il rejette seulement l'intervention de l'Etat dans les choses propres de la religion, en admettant qu'il ne faut pas confondre ce qui peut devenir obligation sociale, c'est-à-dire tomber sous les lois de l'Etat, avec ce qui relève de la vie religieuse intime. Mais sous le couvert de cette idée absolument juste et à laquelle je m'empressais d'applaudir, il permet d'introduire, s'il ne l'introduit pas lui-même, et il laisse passer cette idée absolument fausse et désastreuse que le souci de la perfection surnaturelle, que l'idéal chrétien en d'autres termes, ne doit pas intervenir dans la vie sociale.

Il est très vraiquecet idéal chrétien ne saurait ni s'imposer, ni se maintenir par la force extérieure des lois de l'Etat ; il est très vrai que les législateurs et les magistrats ne peuvent entreprendre de contraindre les gens à pratiquer le désintéressement évangélique. Mais pense-ton que s'ils ne le pratiquent pas eux-mêmes à quelque degré, et sous la forme adaptée à leur fonction, ils puissent être de bons législateurs et de bons magistrats ? Et pense-t-on surtout qu'en le pratiquant ils cesseront par le fait même d'être capables de remplir leur rôle? C'est

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là ce qu'a dit M. de Mandat-Grancey en déclarant que « les principes de l'Evangile « ne peuvent être appliqués « au gouvernement des hommes réunis en collectivité », et c'est ce que pense aussi M. Maurras. Et en consentant dans la circonstance « à mettre d'un côté les devoirs de la vie sociale et de l'autre les conseils qui visent à la perfection évangélique », il se trouve que M. Descoqs les rejoint *. Sa distinc-

1. Cf. ci-dessus, p, loi. — Chemin faisant il admet aussi que « le point de vue politique n'étant pas le point de vue moral (de même qu'il n'est pas le point de vue religieux), M. Maurras a le droit de les traiter chacun à part ». El, tout naturellement, il en déduit que M. Maurras « n'a pas tort non plus lorsqu'il affirme une supériorité du premier sur le second ». (i'est donc la subordmation de la morale à la politique après qu'il les a séparées. On devine ce qu'elle entraîne ; car c'est en vertu de cette subordination qu'on fait appel à k tous les moyens ». M. Descoqs s'empresse d'ajouter, il est vrai, que M. Maurras u ne nie pas du reste l'existence des relations nécessaires entre la politique et la morale » et que M. Moreau, « parlant au nom de tout le groupe, a accepté sans détours la doctrine catholique sur ce sujet » (p. 135). Ceci lui fait dire avec satisfaction : « Rien de mieux », comme quelqu'un qui est ainsi parfaitement rassuré. Mais quelques lignes plus bas, dans la même page, après nous avoir appris que M. Maurras ne nie pas l'existence de relations nécessaires entre la politique et la morale, comme si pour M. Maurras une morale

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tion aboutit, au teraie, à dire que la perfection de la vie surnaturelle n'a rien à faire dans l'organisation et le fonctionnement de laviesociale, bien plus qu'elle y serait un trouble-fête, comme si ce n'était qu'un luxe individuel, auquel il ne convient ni de faire participer, ni de faire bénéficier la foule? Quand M. Maurras dénonce le danger de l'individualisme chrétien, il n'en dit pas davantage. M. Descoqs pense-t-il lui aussi que le chrétien parfait, celui qui aurait dans l'esprit toute la vérité du Christ et dans le cœur toute sa charité, ne saurait être apte à faire son devoir social, soit pour gouverner, soit pour être gouverné, qu'en mettant tout cela de côté? En tout cas ce qui est clair, c'est qu'il aide M. Maurras à se donner l'Evangile dont il a besoin, un Evangile débarrassé de ce qui est pour lui son « venin » et de ce qui est pour nous sa « vertu >'.

existait, il reconnaît, parlant de ce même M. Maurras, que « pour ce logicien, ce positif qui ne se paie pas de mots, le droit et le devoir ne sont que des mots, des nuées » (p. 135) Et c'est là néanmoins ce qu'il appelle « accepter sans détour la doctrine catholique ». Et M. Descoqs trouve malséant que j'aie parlé de cacophonie. Il faudrait peut-être dire en effet que cela n'a de nom dans aucune langue.

Et alors qui de nous deux, je le demande, s'oppose à ce que « les maximes chrétiennes » pénètrent dans la société ? Et quand M. Descoqs nous dit que c'est cette pénétration qu'il veut obtenir el que pour Pobtenir il réclame « la force », voit-on enfin de quelle manière il l'entend et de quelle manière il peut seulement Tentendre, ens'accordant, pour une action commune, avec des positivistes athées? Introduire les maximes chrétiennes dans la société, pour lui, ce n'est pas que gouvernants aussi bien que gouvernés s'inspireat dans l'accomplissement de leurs fonctions, dans l'exercice de leurs devoirs réciproques, des principes de l'Evangile et ainsi fassent régner la vérité dans les âmes ; c'est au contraire que ceux qui gouvernent, avec la force de l'Etat en mains et indépendamment de leurs convictions, de leurs intentions, de leur conduite même, imposent aux aulres ces prÏQcipes comme un droit que du dehors ils font valoir et respecter. Il lui faut des Bonaparte — qu'il imagine dociles à ses ordres — et non des Saint Louis.

Et la méthode ne vaut pas mieux, qu'il

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s'agisse de maintenir la religion où elle est déjà, ou bien qu'il s'agisse de l'introduire où elle n'est pas encore.

Et en vérité combien n'cst-il pas singulier de supposer que l'Eglise, là même où les forces de ce monde sont conjurées contre elle, peut et doit introduire le christianisme, pour aboutir ensuite à soutenir que, quand le christianisme a été ainsi introduit, il lui faut, pour ne pas être éliminé et devenir efficace, le secours direct de ces mêmes forces ? Gomment ne voiton pas que c'esl une abdication ? car c'en est une ; et elle consiste, ni plus ni moins, à abdiquer un devoir pour mettre un droit à la place . Ce qui se passe ici est sans doute très simple : on assimile la conquête chrétienne à une conquête de ce monde, et on imagine qu'une fois réalisée il faut la faire valoir de façon à en bénéficier et à compenserparlàleselTorts qu'elle a coûtés. Mais c'est trop simple et l'assimilation est fausse. La conquête chrétienne n'est jamais faite, elle est toujours à faire ou à refaire. Nous sommes toujours aux temps apostoliques. Aujourd'hui comme autrefois la vérité naît de la vérité, la foi de la foi et l'amour de l'amour. Et seul ce qui les fait naître peut les faire vivre.

3/i-4 DEUX CONCEPTIONS DU CATHOLICISME

Et la religion qu'on veut imposer par la force OU par tout ce qui ressemble à la force, à quelque degré que ce soit et quelque habileté qu'on y mette, cesse par le fait même d'être la religion. C'est tout ce qu'on voudra, mais c'est autre chose qu'elle et aulre chose que sacrilègement on baptise de son nom.

Ce qui se dégage de tout cela, c'est que, du point de vue chrétien, c'en est fini de l'autorité telle que M. Descoqs continue de la concevoir après M. Maurras et qui est l'autorité des tyrans antiques sur leurs sujets et des maîtres sur leurs esclaves. Cette autorité-là n'est pas plus vraie dans l'ordre social que dans l'ordre religieux. Si, par l'Eglise et en tant que chrétiens, nous savons que les hommes, tous les hommes, sont appelés à vivre fraternellement dans le Christ pour la vie éternelle, et si nous ne sommes en ce monde que pour préparer, que pour ébaucher cette vie éternelle même, vie de communion des esprits et des âmes par la vérité et par la charité, il est impossible que dans l'ordre social nous puissions nous comporter les uns vis-à-vis des autres comme si nous n'avions d'autre perspective que celle des positivistes athées. Car ceux-ci ne sauraient avoir d'autre

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fin que d'établir un ordre terrestre, leur permettant de jouir des valeurs terrestres. Et en conséquence ils ne peuvent que maudire les béatitudes évangéliques, puisque, par rapport à ce qu'ils appellent bien et à ce qu'ils appellent vrai, du point de vue de leur u métaphysique du sensible », le christianisme opère en effet un renversement des valeurs. C'est ainsi que l'esclavage a disparu, lesmaîtrescessantd'avoirdes âmes de maîtres et les esclaves d'avoir des âmes d'esclaves, parce que les uns se sont mis à regarder plus haut que leur maîtrise et les aulres plus haut que leur servitude. C'est sous la môme influence que s'est transformé le rapport entre gouvernants et gouvernés. Les sujets ont fait place — je m'exprime mal — tendeiit à faire place aux citoyens. Et, quelque soit Tabus qu'on fasse de ce mot, il n'en exprime pas moins une vérité et une conquête. A la conception antique de l'autorité, qui faisait de celle-ci un droit qu'exerçait à son profit celui en qui elle s'incarnait, s'est substituée la conception évangélique qui en fait une fonction.^i du même coup c'est une fonction aussi qu'est devenue l'obéissance : de telle sorte que les deux sont un service en vue de l'idéal à réaliser, de

la fin suprême à laquelle tous sont appelés. Et c'est tout cela que repoussent les positivistes de V Action française.

Très dilTérentssont le rôle de Tautorité dans l'Etat et le rôle de l'autorité dans l'Eglise. Mais d'un côté comme de l'autre, l'autorité est servantes^ quicumque voluerit in vobis primus esse eric omnium servus. Nam Filius hominis non venititt miniHraretur ei^ sed ni minisirar^t et daret animam suam redemptionem pro multis. D'un côté comme de l'autre, elle s'exerce en faveur de ceux qui lui sont soumis. Elle est un devoir envers eux. Et il faut bien remarquer que ce qui la conditionne, ce n'est pas une infériorité qui leur serait propre, de telle sorte qu'elle ait besoin de celte infériorité pour se maintenir et que son rôle soit de l'utiliser. iNon,au contraire, quand cette infériorité existe, le rôle de l'autorité est de s'employer tout entière à la faire disparaître. Mais l'infériorité n'existe pas nécessairement du côté de ceux qui sont subordonnés ; et ils ne sont pas pour cela soustraits à l'autorité.

Quant à l'obéissance, si naturellement elle est servante elle aussi, on peut dire qu'elle ne Test qu'autrement sans l'être davantage ; car elle ne

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consiste pas à obéir à des hommes, à cause de leur supériorité d'hommes et parce qu'ils seraient « l'élite » ; mais elle consiste à obéir à la fonction qu'exercent des hommes en vue de l'idéal commun. Et si la fonction est exercée par des ind ignés, la raison d'être de l'obéissance n'en subsiste pas moins. Il n'y a pas de place pour la révolte. 11 n'y a de place que pour le courage et pour l'héroïsme. On pourrait dire qu'il appartient à ceux qui commaadent de révéler à ceux qui obéissent ce que doit être leur obéissance ; et, le cas échéant, à ceux qui obéissent, de révéler à ceux qui commandent ce que doit être leur autorité. Grâce à la subordination des fonctions, de par l'amour de Dieu qui par le Christ pénètre l'humanité tout entière, à chacun, selon son rang, incombe le devoir, l'immense et splendide devoir, de monler et d'aider la totalité des âmes à monter intérieurement de la terre au ciel, du temps à l'éternité.

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