‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 12 sur 124 · Eluder, 20 décembre 1909, p. 715 (note · texte numérisé non relu

Eluder, 20 décembre 1909, p. 715 (note

tence de l'absolu ; ils se bornent à l'ignorer. Doctrine insoutenable, proclame toujours M. Descoqs en ajoutant que, « pour la résumer tout entière », il suffirait u de transcrire tel passage de Tencyclique Pascendi » sur l'agnosticisme ^ Mais néanmoins toute sa manière de les interpréter consiste à dire qu'au lieu de les considérer comme irréligieux, comme antichrétiens, comme immoraux, on peut les considérer comme areligieux, achrétiens, amoraux, en un mot comme neutres : neutres en ce sens que, se désintéressant totalement des fins métaphysiques et surnaturelles de l'humanité, ils entendent se consacrer entièrement à l'organisation de la cité terrestre, sans s'occuper d'autre chose. Ils sont positivistes purs.

Or, précisément parce qu'ils ne s'occupent pas d'autre chose, parce qu'ils se désintéressent totalement des fins métaphysiques et sur-

1. Etudes, 5 décembre 1909, p. 613. H a dû être pénible au cœur si catholique de M . Maurras de se voir ainsi, malgré tout, signalé comme atteint par l'encyclique Pascendi, lui qui disait en parlant de Marc Sangnier : a Les autorités catholiques ont bien voulu nous rendre justice, et elles se méfient de lui » {Le Dilemme, p. XXIX- XXX). Mais au moins se garde-t-on de lui infliger l'épithète de moderniste.

naturelles de l'humanité, ne laissent-ils pas par le fait même toute la liberté aux autres de s'y intéresser ? Rien que par là l'union des croyants avec ces incroyants apparaît donc comme possible et licite puisque, pour s'unir à eux, les croyants n'ont rien à sacrifier. Ainsi raisonne M. Descoqs.

Mais il y a plus, les croyants, afin de poursuivre leurs fins supérieures, n'ont-ils pas besoin d'une cité terrestre bien organisée, d'une cité où règne l'ordre par la mise en sa place de chacun ? Et par conséquent que peuvent-ils faire de mieux que de prêter leur concours a ceux qui veulent établir et faire régner cet ordre ?

Mais il y a plus encore. Est-ce que la religion, avec sa croyance à une révélation qui règle la vie par l'intermédiaire dune autorité établie divinement, ne sert pas, elle aussi, à organiser la cité terrestre et à maintenir chacun k son rang ? Et par conséquent, de l'autre côté, les incroyants qui ne sont point des anarchistes n'ont rien de mieux à faire également que d'utiliser

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cetteforcepourleurfinpropre.il est vrai que, quant à eux, ils ne pourront s'en accommoder qu'à la condition qu'elle ne soit pas un troublefête et qu'elle ne s'oppose pas à Tordre que leur positivisme dégage de « la physique sociale ». Nous verrons tout à Theure comment on avise à cette difficulté par un moyen très radical. Mais en attendant, par un concordisme d'un nouveau genre, on montre qu'il y a au moins une religion, le catholicisme, dont la constitution et l'enseignement s'harmonisent parfaitement bien avec les lois que fournit la sociologie positiviste.

Et alors qu'importe que ce soit au nom de la religion ou au nom de la science que Ton se conforme à ces lois, pourvu que l'on s'y conforme ? Un monarchiste chrétien, par exemple, pour justifier la monarchie a fera valoir la volonté et les desseins de Dieu, ou parlera de droit divin. En quoi ce monarchiste persuadé du droit divin peut-il être gêné d'entendre dire à tel autre royaliste qui ne croit pas en Dieu, que le droit des rois vient de la nature et de l'histoire? ^ ». Et réciproquement. Monarchiste

1. Le Dilemme de iVarc Sangnier, p. 8. — On admirera l'exactitude et la profondeur de cette théologie qui at-

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croyant et monarchiste incroyant peuvent donc s'entendre et s'unir pour défendre le Roi. De même en est-il, d'après M. Maurras, des autres lois de la société. La religion les justifie par le surnaturel. « Mais que justiiie-t-elle ainsi par le surnaturel? Des lois naturelles » ^ Donc pas d'opposition. Par la méthode même bien pratiquée du positivisme, on retrouve tout l'essentiel du catholicisme, du vrai catholicisme bien entendu, de celui qui ne se paie pas de chimères et que ne frelate aucun romantisme, ni aucun protestantisme, de celui qu'il faut appeler positif au sens positiviste, parce qu'il organise la terre et qu'il ne perd jamais de vue la terre. Aux yeux de M. Maurras, ce catholicisme-là se justifie naturellement. Il est immanent à la nature en tant que nature. C'est pour vivre en ce monde que nous en avons

tribue à la révélation d'enseigner un droit divin des rois conforme au droit naturel tel que le conçoit M. Maurras. Où donc est le Credo qui contient ce dogme?

1. Le Dilemme de Marc Sanqnier, p. 6. — On voit par suite ce que peut signifier iM. Maurras quand il dit ailleurs : c Notre philosophie de la nature n'exclut pas le surnaturel » {Le Dilemme, p. 13). C'est toujours par des équivoques de ce genre qu'il fait figure.

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besoin et sans regarder plus haut. Après cela, semble alors dire M. xMaurras, que d'autres y ajoutent des croyances métaphysiques et des espérances d'au-delà, c'est leur affaire. « Notre philosophie de la nature n'exclut pas le surnaturel* )). Mais il est sous-entendu évidemment qu'elle s'en passe et qu'elle ne voit que du naturel où d'autres voient du surnaturel, et que ce n'est qu'à titre de naturel qu'elle peut l'accepter ^

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