LIBRAIRIE BLOUD & GAY
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l'idée de ?<eutralité en éducation
L'idée qu'on se fait de l'Education et du rôle de l'Educateur dépend évidemment de l'idée qu'on se fait de l'homme et de sa destinée. Selon qu'on admet en effet que l'homme est ceci ou qu'il est cela, qu'il doit être ceci ou qu'il doit être cela, pour rester conséquent avec soi-même, on ne peut se comporter de la même manière quand il s'agit de travailler à former des hommes. D'autre part aussi, les procédés qu'on emploie pour élever des enfants, l'intention dont on s'inspire et l'orientation qu'on leur donne, quand même on ne s'en rendrait pas compte, contiennent toujours, au moins im-
plicitement, une conception de l'homme et de sa destinée. Et du reste, pour ceux qui sont capables de réfléchir, rien ne peut les aider davantage à préciser cette conception que les nécessités avec lesquelles ils se trouvent aux prises et les observations qu'ils sont à même de faire en Education. Il y a donc là une relation qu'on ne devrait pas pouvoir contester.
Néanmoins nous avons vu surgir et nous voyons subsister la prétention d'instituer une Education indépendante, c'est-à-dire une Education qui ne suppose aucane croyance chez ceux qui la donnent et qui n'en doive développer aucune chez ceux qui la reçoivent. Les partisans de cette Education l'appellent îieiUre, pour faire entendre qu'elle laisse le champ libre à une autre Education et que, si elle ne favorise aucune ;croyance, au moins elle n'en contrarie aucune. Mais en même temps aussi ils l'appellent laïque, et en l'appelant laïque il arrive qu'au lieu de la distinguer de l'Education religieuse ils l'opposent tout simplement à elle. Par une
TIIÉOr.IE DE L'ÉDUCATION
ironie très significative, comme si un instinct méconnu se vengeait en eux, ils élèvent même la laiciié à la hauteur d'une religion ;" et cette religion nouvelle, ils la dressent contre l'autre en lui donnant justement les allures mêmes qu'ils reprochent à l'autre. C'est ainsi qu'en prenant contact avec la réalité pour s'y appliquer, les théories fausses et spécieuses manifestent leur impuissance ou le venin qu'elles recèlent. Sous la prétention d'instituer une Education indépendante se cache donc — et c'est à peine si on peut dire qu'il se cache — un dessein très arrêté de substituer des croyances nouvelles, des croyances laïques, aux croyances anciennes ri).
(1) Pour se renseigner sur ce point il faut lire l'Ecole d'aujourd'hui, par Georges Goyau. C'est une étude de philosophie sociale positive, comme l'auteur sait en faire, où, par le moyen d'une documentation très riche et parfaitement bien mise en œuvre, se révèlent très nettement l'état d'esprit et les tendances d'un certain nombre de nos contemporains. — Nous signalerons également Au sortir de l'école et l'Education populaire, par ^rax Turmann. Bien que faits d'un autre point de vue
Cette inconséquence, depuis longtemps on ne cesse de la signaler, et on a raison ; et on a lieu de s'étonner que ceux qui la commettent ou ne s'en aperçoivent pas ou en prennent leur parti. Mais il nous semble qu'il y a autre chose à faire et qu'on n'a pas fait suffisamment : c'est de montrer l'extrême confusion d'idées et la singulière incohérence dans laquelle ils s'embarrassent et s'entretiennent comme à plaisir, sans même se rendre compte du caractère et des difficultés de la question. C'est donc là tout d'abord ce que nous nous proposons de faire. Et nous en prendrons occasion, après avoir précisé quel est ici le problème à résoudre, pour esquisser une théorie de l'Education.
et avec un autre dessein, ces deux livres contiennent dans le même sens d'intéressantes indications.