‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 45 sur 124 · Etudes, 5 septembre 1909, p · texte numérisé non relu

Etudes, 5 septembre 1909, p

c'est cette apologie même du catholicisme dont ces atliées, blasphémateurs du Christ, nous rebattent les oreilles. Mais M. Descoqs ayant passé condamnation sur tout le reste, et se croyant quitte par le fait même, ne veut plus retenir qu'une chose : o Là oii se trouveront des dispositions bienveillantes pourquoi apriori refuser d'en accepter le bénoiice ' ? »

Parce qu'il y a des bénéfices, dirons-nous, qui ne s'acceptent pas, et que les bénéfices que vous escomptez dans le cas présent sont justement de ceux-là. Et vous le sentez si bien vous-même que, tout en mettant cette raison en avant, vous la couvrez du mieux que vous pouvez en disant qu'il s'agit aussi pour vous de faire œuvre d'apôtre, d'aller cultiver l'àme de vérité qui se cache dans l'erreur et de travailler à la conversion de ceux avec qui vous vous mettez dans le rang. Mais la preuve que ce n'est pas cette raison-là qui vaut pour vous et qui vous détermine, c'est qu'elle vaudrait dans tous les cas, c'est qu'elle justifierait qu'on s'alliât avec n'im[)orte qui. Et vous laissez entendre assez nettement que toute

1. Cf. Annales de philosophie ch'étienne, ']u\n 1910, p. 242.

88 PROPOSITION d'alliance

autre alliance que celle que vous préconisez avec VAciiûîi françaiseue saurait être légitime à vos yeux.

Seulement vous mêlez ici tout à fait indûment deux choses absolument distinctes il'apostolat dont le rôle en effet est de s'adresser à tous — et non pas seulement à ceux dont on espère tirer profit — ,etralliance qui, elle, au contraire, est exclusive et par laquelle, en s'unissant aux uns pour combattre les autres, on se fait spécialement solidaire de ceux à qui l'on s'unit. Vous dites quelque part que nous plaisantons misérablement. Mais en nous répondant maintenant comme si nous vous avions reproché d'aller aux hommes de VAction française en apôtre et pour les convertir, vous avez recours à une échappatoire qui, chacun en conviendra, est certainement moins qu'une plaisanterie, si misérable qu'elle soit. C'est de l'alliance qu'il s'agit et pas d'autre chose. Et ce que nous vous reprochons quand vous vous proposez de faire cette alliance, ce n'est pas d'être apôtre, c'est d'oublier de l'être, c'est de vous mettre à la remorque d'un parti dont toutes les ambitions, non seulement secrètes, non seulement avouées, mais prônées, proclamées à l'exclusion

COMMENT LE CATHOLICISME EST UTILISE bQ

haineuse et blasphématoire de toute aspiration morale et religieuse, sont des ambitions de l'ordre le plus terrestre et le plus mate'riel. — Et ceci afin d'avoir part aux bénéfices !

Oh ! nous le savons bien, sans aucun doute M. Descoqs et ceux qui partagent ses sympathies et ses espérances entendent faire de ces bénéfices partagés un bon usage. Mais c'est là qu'est la duperie suprême, lis se disent et ils nous disent que quand M. Maurras et les siens auront fait prévaloir le principe d'Autorité, rétabli l'Ordre, remis chacun et chaque chose en sa place et par conséquent restauré l'Eglise dans ses droits et dans son rôle en la faisant triompher dans la société, ils interviendront alors, eux, pour la faire triompher dans les âmes.

Seulement, outre que cette méthode, quelles que soient du reste les dispositions de ceux qui voudraient l'appliquer, est en opposition radicale avec la méthode par laquelle le christianisme s'est répandu dans le monde et s'est fait accepter, ils ne remarquent pas que dans

QO PROPOSITION d'alliance

la circonstance, M. Maurras et les siens, bien loin de songer à préparer les conditions du triomphe de l'Eglise dans les âmes, en tant du moins que ce triomphe serait vraiment chrétien et délivrerait lésâmes, toutes les âmes, en les faisant sortir d'elles-mêmes pour monter vers Dieu, au-dessus de la sphère des craintes et des désirs terrestres, ne peuvent et ne veulent, au contraire, établir Tordre qu'ils rêvent etexercer l'autorité qu'ils ambitionnent qu'en s'opposant par dessus tout, foncièrement, explicitement et cyniquement à ce triomphe même. C'est de cela, faut-il dire, et uniquement de cela qu'ils ont peur.

« Les hommes, dit M. Tauxier, tendent à réaliser dans la Société leurs idées religieuses, c'est-à-dire des idées nées de leur vis-à-vis avec le monde, l'Absolu, Dieu ; en conséquence, ils déforment la Société pour la plier à des fins religieuses qui sont non-sociales ou anti-sociales ' ». Si donc les hommes de V Action française projettent de restaurer l'Eglise catholique, ce n'est pas pour la faire triompher dans les âmes, ni pour introduire ou pour laisser in-

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