‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 46 sur 124 · Action française, t. XII, p · texte numérisé non relu

Action française, t. XII, p

COMMENT LE CATHOLICISME EST UTILISE gi

troduire des fins religieuses dans la société. Tant s'en faut I Mais c'est au contraire pour triompher des âmes, pour triompher sur les âmes par son concours, pour maintenir les âmes sur la terre dans la sphère finie des craintes et des désirs, pour les y enchaîner et les avoir à leur service, comme Griton ses esclaves, en les vidant « de conscience et de responsahilité h. C'est là tout le sens de leur catholicisme, et tout le secret de leur amour et de leur admiration pour l'Eglise romaine.

Et pour dire cela, nous n'avons pas besoin d'interpréter leur doctrine, ni de tirer de leurs principes des conséquences qu'eux-mêmes n'auraient pas tirées. S'il en est qui sont dupés, c'est que vraiment ils veulent rètr<3. Et il semble que M. Maurras, ajoutant le plaisir de l'ironie à tous les autres, ait prévu de tout temps qu'il allait s'adresser à des gens qui ne demanderaient pas mieux. « Fuyant le sublime à la mode, a-t-il écrit, j'ai môme tâché de répandre partout une égale lumière. C'est un abri et un bouclier que la lumière ; elle est impénétrable

aux curiosités du commun. Les mystères qu'elle recouvre ne seront jamais divulgués. Je lui ai confié les miens ^ ». Et combien, en vérité, doit-il penser qu'ils sont « du commun •) ceux qu'il est venu à bout de mettre ainsi à sa remorque-! Et ses disciples y procèdent avec plus de crudité encore si c'est possible, tant ils sont sûrs de trouver des complaisances.

M. Lasserre nous a appris déjà que s'il en voulait aux déités qui ne donnent satisfaction qu'au (( sentiment religieux intérieur », il n'en était pas de même au sujet des dieux a dans les attributs et dans le culte desquels se reconnaissent les arrangements d'une sage politique ou d'une aimable poésie o. Ce qui signifie que les dieux sur lesquels les « Maîtres )> et les « Esthètes » ont pu mettre la main et qu'ils utilisent à dompter a les esclaves », en leur en emplissant l'imagination, pour régler leurs désirs et

j. Le chemin de Paradis, Préface, p. VII.

2. Ceci ne suffit sans doute pas à le disculper des équivoques que malgré tout il entretient et qu'il exploite : car de ce que des gens se plaisent à être dupés, il ne s'ensuit peut-être pas qu'il soit légitime de les satisfaire. Mais pour M. Maurras la chose se présente probablement comme une de ces « multiples harmonies » qu'il lui appartient de créer.

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leurs craintes ou même pour les amuser, sont, selon les contingences de chaque peuple et de chaque époque, les conditions de Tordre social et les moyens indispensablesdegouvernement'. Voilà pourquoi, à V Action française^ on oppose si énergiquement le catholicisme au christianisme. « Je n'attaque nullement le catholicisme, dit M. H. Rebell, mais le christianisme primitif, qui en est fort différent. Le catholicisme est une religion conforme aux besoins sensuels et sentimentaux de l'humanité, comme les religions antiques, tandis que le christianisme, à son origine, a été surtout un mouvement populaire et n'a pu naître et se développer qu'en relevant les pauvres au détriment

1 . Le catholicisme de M. Maurras et de ses disciples, même comme moyen de gouvernement, n'a en effet, d'autre valeurqu'une valeur de contingence. Il vaut pour un milieu contaminé parlMde'e chrétienne, avec laquelle il faut s'accommoder et dont il faut stériliser le venin. Mais si l'on pouvait revenir au naturalisme antique, tel que Timagine M. Maurras, ce serait bien préférable. Quand donc à X Action française on parle de physique sociale, il ne faut pas l'entendre d'une science ayant quelque chose de fixe et d'universel. C'est là une superstition comme les antres. La physique sociale c'est l'utilisation des circonstances toutes fortuites qui se ont réalisées ici et non pas à.

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des riches *... Je ne crois pas que le christianisme ait été un bienfait pour l'humanité ; les sociétés antiques me paraissent beaucoup mieux constituées que la société chrétienne - ». On ne saurait dire plus nettement que ce qu'on demande au catholicisme, c'est de fournir, à travers les contingences survenues depuis lors, un équivalent aussi rapproché que possible du paganisme grec et romain. Et aussi est-ce tout le mérite qu'onluireconnaît. < La vieille France, ajoute M. Maurras, professait ce catholicisme traditionnel qui, soumettant les visions juives et le sentiment chrétien à la discipline reçue du monde hellénique et romain, porte avec soi l'ordre naturel de l'humanité ^ ».

Nous avons dit en quoi consiste cet ordre, et comment pour le réaliser en eux-mêmes aussi bien que pour le réaliser dans la société, les (( Maîtres» ont besoin de n'avoir d'autres lois que celles qu'ils se donnent et que celles qu'il leur convient d'imposer aux «esclaves», en utilisant les contingences d'une époque et d'un milieu

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