Trois idées politiques, p
donné. En fait d'intériorité,ils n'admettent donc comme légitimes et saines que les u harmonies intérieures » qu'ils créent par leur propre puissance. Or la caractéristique essentielle du christianisme étant d'avoir intériorisé la religion, c'est-à-dire de l'avoir introduite justement en cecentrele plusintimedel'homme oiiils prétendentn'êtreenprésencederiendeplus que d'euxmêmes, il est facile de comprendre pourquoi ils veulent se débarrasser de cette intériorité. Par une confusion qu'ils entretiennent à plaisir, ils s'efforcent de faire croire que le christianisme, en intériorisant la religion, Ta individualisée et abandonnée à l'inspiration subjective et capricieuse de chacun, quand c'est exactement le contraire, puisqu'il en a fait ainsi une affaire d'âme, une affaire de conscience, de telle sorte que chacun, par le fond de lui-même, ait à se concevoir et à se comporter comme étant rattaché d'une part à la réalité totale du temps et d'autre part à la réalité totale de l'éternité. Ce n'est plus, il est vrai, pour constituer un ordre terrestre de maîtres et de serviteurs dans une cité terrestre, mais pour s'élever à l'ordre céleste de la cité céleste ovi chacun est appelé à régner avec Dieu et en Dieu. Et incontestable-
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ment, en même temps que par là c'est chaque âme mise en relation avec l'infini divin qui la pénètre et qui la déborde, c'est le renversement complet de l'ordre des a Maîtres » qui veulent être maîtres en ce monde et pour ce monde. Et non seulement nous accordons cela aux disciples de M. Maurras et à ses alliés, mais nous le proclamons le plus haut que nous pouvons à la face de la terre et du ciel, dussions-nous être traités par les unsdesclaves-nés qui se révoltent et par les autres de protestants qui s'individualisent : car les injures ne sont pas des raisons.
Si M. Maurras et les siens ont besoin de repousser l'intériorité de la religion, ce n'est pas du tout parce que cette intériorité l'individualise. — L'intériorité en effet n'a rien de commun avec l'isolement, avec la séparation du reste ; et ceux qui la comprennent ainsi la dénaturent en oubliant que c'est par les entrailles mêmes de notre être que nous sommes liés au reste, — mais c'est au contraire parce qu'elle ne permet à personne d'être individualiste, pas plus aux grands qu'aux petits, aux maîtres Qu'aux serviteurs, à ceux qui enseignent qu'à ceux qui sont enseignés ; c'est qu'elle ne per-
met à personne de faire de la religion son affaire à son profit, et de la transformer, à quelque degré que ce soit, en un instrument de règne, en un moyen de gouvernement.
Et c'est cela cependant, uniquement cela, que M. Maurras lui demande d'être. Et la grande découverte qu'il a faite, une découverte qui le ravit et l'enthousiasme, c'est que le catholicisme, l'Eglise de Rome, de « la Rome des Papes et des prêtres n, en s'inspirant de l'esprit grec et romain, « a donné la solidité éternelle du sentiment, des mœurs, de la langue, du culte à Iceuvre politique des généraux, des administrateurs et des juges romains * ». Certes, ce n'est point cela qu'avait voulu le Christ, ce chef des « esclaves-nés », puisqu'il avait rêvé d'un salut offert à tous, puisqu'il avait empoisonné l'humanité d'un idéal de justice éternelle et universelle. Mais justement, étant donné que sa malsaine doctrine s'est répandue, l'immense bienfait dont, selon M. Maurras, nous som.mes
l. Le Dilemme de Marc Sangnier, p. XXIII-XXIV.
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redevables à TEglise, c'est de l'avoir fait servir à cela et d'avoir retourné contre lui son œuvre, eu captant avec une habileté extrême les forces et l'élan qu'il avait déchaînés.
(( D'intelligentes destinées, dit M. Maurras, ont fait que les peuples policés du sud de l'Europe n'ont guère connu ces turbulentes Ecritures orientales que tronquées, refondues, transposées par l'Eglise dans la merveille du Missel et de tout le Bréviaire : ce fui un des honneurs philosophiques de l'Eglise, comme aussi d'avoir mis au verset du Magnificat une musique qui en atténue le venin. Je me tiens à ce coutumier, n'ayant rien de plus cher, après les images d'Athènes, que les pompes rigoureuses du Moyen- Age, la servitude de ses ordres religieux, ses chevaliers, ses belles confréries d'ouvriers et d'artistes si bien organisées contre les humeurs d'un chacun pour le salut du monde et le règne de la beauté ' n.
1. Le chemin de Paradis, Préface, p. XXIX. En parlant ici de « salut du monde », M. Maurras devrait tout de même se rendre compte qu'il abuse au delà de toute mesure, puisqu'il donne un sens exclusivement matériel à une expression dont le sens originel et chrétien est, peut-on dire, exclusivement spirituel.
Et reprenant ailleurs la même idée, M. Maurras la précise : « Le mérite et l'honneur du catholicisme furent d'organiser Vidée de ]Me\i et de lui ôter ce venin (le venin du théisme qui met chaque âme en relation avec linfîni). Sur le chemin qui mène à Dieu le catholique trouve des légions d'intermédiaires : il en esc de terrestres et de surnaturels, mais la chaîne des uns aux autres est continue. Le ciel et la terre en sont tout peuplés, comme ils Tétaient jadis de dieux ^ Cette religion rend ainsi premièrement à notre univers, en dépit du monothéisme qui la fonde, son caractère naturel de multiplicité, d'harmonie, de composition. En outre, si Dieu parle au secret du cœur catholique, ces paroles sont contrôlées et comme poinçonnées par des docteurs qui sont dominés à leur tour par une autorité supérieure, la seule qui soit sans appel, conservatrice infaillible de la doctrine : l'esprit de fantaisie et de divagation, la folie du sens propre se trouvent ainsi réduits à leur minimum ; il n'y a jamais qu'un seul
1. Ici M. Maurras renvoie aux dernières pages du Pape de J. de Maistre. Il est douteux au moins que le traditionalisme de celui-ci se fût accommodé de remonter si loin.
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hpriime, le Pape, qui puisse se permettre au nom de Dieu des égarements de pensée et de conduite, et tout est combiné autour de lui pour l'en garder ^ ». Heureux Pape ! n'était la restriction finale, ce serait presque un surhomme.
Il est sans doute regrettable que M. Maurras n'ait point pris part au concile du Vatican pour y proposer et y faire prévaloir sa formule relative à l'autorité du Pape et à son rôle. Mais on a au moins le loisir de le féliciter et de le remercier de sa haute et forte conception du catholicisme. Et on n'y manque guère. Tout récemment encore, parlant de l'excellence de la constitution de TEglise, un rédacteur des Etudes disait, en passant, avec componction : « Excellence, qu'admire M. Ch. Maurras, un incrédule » .
Mais pour admirer de la sorte Tadmiration de M. Maurras, s"est-on demandé enfin ce qu'il