‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 48 sur 124 · Trois idées politiques^ p · texte numérisé non relu

Trois idées politiques^ p

2. Etudes, 0 avril 1910 : Le gouvernement de VEglise et les idées modernes.

admirait ? Et croit-on ou veut-on que l'Eglise soit ce qu'il veut qu'elle soit? Et si on ne le croit pas, et si on ne le veut pas, de quoi donc se félicite-t-on ? Car M. Maùrras ne le cache pas, ce qu'il admire, lui, c'est que, a en dépit du monothéisme qui la fonde », la religion catholique rend « à notre univers son caractère naturel de multiplicité, d'harmonie, de composition ». Grâce aux « intermédiaires ^), à la place du Dieu infini, à la place de c l'obscène chaos », elle remet un équivalent des dieux antiques et finis, par qui l'imagination des hommes est ressaisie, leurs désirs et leurs craintes gouvernés ; de telle sorte que de nouveau ces dieux entrent dans la constitution même de la cité terrestre, non plus pour la troubler, comme le Dieu intérieur des chrétiens, en faisant rêver d'une cité céleste de justice, mais pour la solidifier d'autant dans Tordre même que les Maîtres y ont organisé. C'est ce qui fait que M. Maurras n'aime rien tant, « après les images d'Athènes * toutefois, que u les pompes rigoureuses du Moyen-Age » et tout ce qui les accompagne. Avec un simplisme que le Romantisme de Michelet lui-même n'a pas connu, il imagine tout cela comme un

cadre fixé et limité où se mouvait la vie humaine, entièrement captée et domptée et sans souci d'autre chose. Et il veut dire ni plus ni moins que le mérite et l'honneur du catholicisme, c'est d'avoir ainsi paganisé le christianisme, en faisant que l'ordre établi sur la terre par les forts se présentât comme consacré par le ciel même. Voilà la merveille. Voilà ce qu'on admire* ! Et c'est cette merveille qu'il se propose de reproduire contre les anarchistes de la Réforme et de la Révolution lesquels, selon lui, ne font que s'inspirer de l'Ancien et du Nouveau Testament. Et naturellement, ne l'oublions pas, les anarchistes de la Réforme et de la Révolution, c'est à la fois pèle mêle ceux qui exaltent les instincts individuels en divinisant toutes les spontanéités etceuxqui prennentpour finl'idéal divin de la justice et de la charité par le renoncement. H appartient au catholicisme de les « boucler » également. L'autorité spirituelle qui s'exerce dans l'Eglise n'a point d'autre rôle que denchaîner parle dogme « les insensés, les vils », afin qu'ils ne soient point » libres de

i. C'est ce qui fait dire à M. Delfour que « M. Maurras le plus souvent se contente de traduire en langue profane la plus haute doctrine politique de l'Eglise ».

se choisir un maître de leur façon et à leur image )>, ceci ne convenant qu'aux esthètes, aux aristocrates, capables de vivre selon la raison et selon la mesure. « Si Dieu parle au secret du cœur catholique, dit M. Maurras, ces paroles sont comme contrôlées et comme poinçonnées ^ ». Et sous sa plume d'athée, dont la suprême préoccupation est de chasser « le surnaturel, le mystique », ces mots signifient : si par un accès de folie, par un déséquilibre d'insensé, quelqu'un prétend s'élever au-dessus des réalités de la terre, il est ramené dans le rang.

Nous tous qui sommes catholiques pour être chrétiens, pour l'être complètement et en tous sens, nous demandons aux enseignements de l'Eglise, non pas seulement de diriger, mais de féconder notre vie intérieure ; et même, à vrai dire, nous ne leur demandons de la diriger que pour la féconder, pour l'amplifier, pour la promouvoir intérieurement à un épanouissement éternel. S'ils valent pour nous, c'est parce

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