‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 50 sur 124 · La morale de ISietzsche, p. 155-lî>t · texte numérisé non relu

La morale de ISietzsche, p. 155-lî>t

Io6 PROPOSITION d'alliance

lever le inonde vers Dieu . Nous avons de la peine à réaliser tout ce qu'il y a de monstrueux dans une pareille attitude. M. Maurras rêve de rétablir « Tunité des consciences » en enchaînant les esprits aux dogmes. Mais, parmi les dogmes, si les uns — comme celui du droit divin des rois I — où il retrouve, exprimées en langage de révélation, les lois de sa physique sociale, ont au moins un sens pour lui, les autres, c'est-à-dire les vrais dogmes, ceux qui expriment Dieu et le rapport dans lequel nous sommes avec Dieu pour une destinée transcendante, ne sont à ses yeux que de pures chimères. Et ce sont ces chimères, auxquelles il ne croit absolument pas et que d'autre part il blasphème de son point de vue d'esthète, qu'il veut imposer aux autres en instaurant au besoin une Inquisition nouvelle.

Et le comble, c'est que, pour aboutir à ses fins, il faut qu'il empêche ceux à qui il les impose d'y donner un sens et d'y attacher une espérance de vie meilleure, puisqu'autrement le théisme malfaisant les reprendrait et quils risqueraient, ce en aimant mieux obéir à Dieu qu'aux hommes », d'échapper aux prises de leurs « maîtres visibles ». De telle sorte que

les dogmes en effet sont une chaîne, rien qu'une chaîne.

Et alors n'avons-nous pas eu raison de dire que M. Maurras et M. Salomon Reinach sont ici d'accord sur le fond, et que, pour l'un comme pour l'autre, le rôle de la religion est de faire obstacle au libre développement de l'activité humaine ? Avec cette différence que ce qui est un mal pour l'un est un bien pour l'autre ^ C'est vrai, c'est rigoureusement vrai, à la lettre. Les dogmes, pour M. Maurras comme pour M. Lasserre et les autres, sont des tabous : « divinités de pain azyme... ou divinités de mots », arrangées par une sage politique pour ie gouvernement des esclaves. Et M. Descoqs, s'imaginant qu'il va nous aveugler comme il s'aveugle lui-même avec la lumière à laquelle ces beaux mystères sont confiés, ose nous dire en le prenant même de haut, que pour M. Maurras la religion, au lieu d'être un tabou, tient seulement a la liberté en lisière », que les en-

1. Cf. Annales de philosophie chrétienne, iain\\er 1910, p. 444.

I08 PROPOSITION d'alliance

traves qu'elle lui donne « sont bienfaisantes, fécondes, pleinement justifiées, arrêtant la bête humaine et l'anarchie sociale, faisant régner Tordre rationnel au dedans et au dehors' ». Seulement, M. Descoqs oublie de préciser ici ce que M. Maurras entend par « ordre rationnel >;. Et malheureusement c'est l'ordre qui comporte des « maîtres » et des « esclaves», des exploitants et des exploités, un ordre tout terrestre, tout matériel et que Ton construit en fermant hermétiquement toute échappée sur l'infini : si bien que TEglise n'est plus quel'eroastule destinée à contenir les « insensés, les vils », c'est-à-dire la masse, l'ensemble, le troupeau qui est incapable de s'élever à la surhumanité. Et si M. Descoqs a encore le courage ou l'inconscience de prétendre que ce n'est pas cela, nous lui demanderons ce que signifient tous les propos que nous avons rapportés, ainsi que toutes les citations que lui-même a faites en priant instamment qu'on ne lui en attribue pas les idées.

1. Cf. Annales de Philosophie chrétienne, juin 1910, p. 251. Et vraiments'ilen est ainsi, pourquoi M. Descoqs, ailleurs, proclame-t-il si fort qu'il ne partage pas les idées de M. Maurras sur la religion?

Mais pour achever de donner présentement à sa réponse toute la pertinence désirable, il ajoule qu'en effet pour M. Maurras le catholicisme n'est « pas une pure religion de l'esprit, émancipatrice de l'individu (nous voyons poindre les gens de la Réforme), mais une religion d'autorité ; non pas un instrument pour asservir les hommes, mais une aide pour leur faire conquérir la seule vraie liberté, celle qui s'épanouit dans la soumission à la règle, le respect de Tordre '.< voulu par la nature ». Voulu par la nature, c'est ainsi que parle le positivisme de M. Maurras. Quant au croyant, il dit : « Voulu par Dieu ». Mais ceci mis à part, ils sont« d'accord ^ ». Nos lecteurs savoureront la simplicité de ce concordisme. Pour M. Descoqs, l'ordre voulu par la nature tel que M. Mauras le conçoit avec son positivisme, et l'ordre voulu par Dieu tel que nous le propose lecaholicisme ne fontdonc qu'un seul et même ordre. Mais, lui demanderons-nous, pourquoi avoir recours à Dieu et à la religion si la nature^ et le positivisme y suffisent? Et s'ils n'y suffisent pas, comment M. Maurras peut-il le concevoir, et être d'accord avec le croyant?

\. CL Annales de philosophie chrétienne, juin i 910, p. 2ol.

no pROPOSiTiors d allia>ce

Et quand vous dites que, d'après M. Maurras, le catholicisme n'est pas « une pure religion de l'esprit », vous laissez entendre qu'il est tout de même une religion de Tesprit. Mais que n'avez-vous essayé de nous dire comment et de quel esprit? Une religion de l'esprit, c'est une religion qui accorde à l'humanité une destinée spirituelle et qui a pour objet d'y faire aboutir l'humanité. Or, toute la doctrine de M. Maurras et des positivistes de Y Action française, d'après les constatations mêmes que vous-même avez été forcé de faire, ne consiste-t-elle pas à nier une telle destinée, à clouer les hommes à la terre et à les organiser non pas, comme vous le dites avec ce qui serait vraiment de l'impudence si ce n'était de la niaiserie, pour leur faire conquérir par la règle <f la seule vraie liberté », mais pour permettre aux aristocrates, aux esthètes d'établir en ce monde « le règne de la beauté » conforme à leur goût, et de sauver leurs petites ^< harmonies intérieures » ?

Page 1