Etudes, 20 décembre 1909, p
2. On va se rendre compte tout de suite qu'en empruntant à Dante cette expression, M Maurras unit aux
lÔO PROPOSITION D ALLIANCE
ment M. Descoqs, qui tout à Theure avait le tort d'invoquer le contexte, a maintenant le tort de l'oublier. Et c'est dommage : carie contexte indique encore ici avec évidence que « le Christ intérieur des gens de la Réforme » s'identifie pour M. Maurras avec le Christ « des quatre juifs obscurs », c'est-à-dire avec le Christ de l'Evangile et de l'histoire \ M. Descoqs en est donc pour ses frais de complaisante volonté.
Et du reste il vient si peu à bout de se rassurer qu'après avoir donné, grâce au tronquage des textes, la réponse qui précède comme péremploire, il reconnaît que d'autres passages « donneraient trop à croire que ce Jésus de
« arrangements d'une sage politique » les arrangements « d'une aimable poésie » .
1. Pour bien nous rendre compte de ce qu'il y a de scandaleusement paradoxal dans la situation au milieu de laquelle nous nous débattons, songeons que les hommes qui pardonnent au moins à M. Maurras de parler ainsi du Christ et des « quatre juifs obscurs » (tels MM. Barbier, Besse, Delfour, Fontaine, Gaudeau, de Pascal), poursuivent d'autre part de leurs anathèmes ou de leurs suspicions les plus outrageantes tous ceux, quels qu'ils soient, qui ne pensent pas exactement comme eux sur les problèmes les plus légitimement discutés. Si c'est l'amour de la vérité chrétienne qui les inspire, comment cet amour défaille-t-il à ce point quand il s'agit de M. Maurras?
LA CASUISTIQUE DE M. DESCOQS l3l
notre tradition catholique ne serait pas le Jésus de rhistoire, mais un Jésus interprété, corrigé, rendu ((inoffensif» parles barrières que l'autorité romaine aurait su imposer aux consciences ». Et, oui, c'est cela, rien que cela : le Jésus de la tradition, selon M. Maurras, c'est le Jésus capté par les sages arrangements de la politique, ramené dans le rang par les jurisconsultes romains pour servir à leur œuvre de domination terrestre. M. Descoqs y voit parfaitement clair. Et si ce n'était pas cela, où aurait-il pris celte conception du Christ? Mais il n'y voit pas clair longtemps. Et il faut croire qu'en effet la lumière à laquelle M. Maurras confie « ses mystères » les rend impénétrables ; car après avoir marqué qu'aucun catholique ne saurait accepter une telle interprétation c< sans rougir, ni protester », M. Descoqs ajoute bien vite : « Mais M. Maurras irait-il jusque-là » ? Et laissant la question en suspens, i! insinue que si on pouvait être sûr que pour lui le Jésus de la tradition catholique est le Jésus de l'histoire, tout s'arrangerait. Eh oui, sans doute, tout s'arrangerait, mais malheureusement on est sûr du contraire'.