‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 68 sur 124 · Cf. Annales de philosophie chrétienne, juin i9{0, p. 2i · texte numérisé non relu

Cf. Annales de philosophie chrétienne, juin i9{0, p. 2i

I/i4 PROPOSITION d'alliance

Aussi s'indigne-t il quenoiis lui ayons demandé si, selon lui, le triomphe de l'Eglise se sépare du triomphe du Ghrist,ou si le triomphe du Christ n'est plus de régner dans les âmes. Est-ce que son but n'est pas de faire servir au triomphe du Christ dans les âmes le triomphe de l'Eglise dans la société ? Eh oui, sans doute, et nous savons trop que c'est en se représentant les choses dans celte perspective qu'il se justifie à lui-même sa démarche et son projet d'alliance, pour avoir jamais songé à lui dire qu'il s'en tenait au triomphe de 1 Eglise dans la société en éliminant de propos délibéré son triomphe dans les âmes. Mais ce qui est vrai, absolument vrai, et ce qui suffit aaiplement à nous faire dire qu'il sépare ces deux choses, c'est qu'il imagine, avec le concours de M. Maurras, un triomphe de TEglise u dans la société » qui, non seulement n'est pas son triomphe « dans les âmes », mais n'en est que la condition toute extérieure et toute matérielle ; et à ce point que ce triomphe est considéré comme devant être obtenu par des moyens qui en eux-mêmes sont étrangers à la morale et à la religion, bien que M. Maurras et les siens prétendent utiliser, à titre de faits, ce que nous autres, hommes du vulgaire, nous appelons morale et religion.

LA VALEUR DE l'eNTE>TE 1^5

Il s'agit donc bien de faire triompher TEglise d'un triomphe matériel d'abord, par des moyens matériels ; et c'est ce qu'on ne craint pas d'appeler « la condition souverainement efficace » de son triomphe spirituel. Gommençonsparfaire courber les têtes, grâce à tous les moyens dont dispose un gouvernement fort. Voilà l'ordre, Tordre initial, l'ordre essentiel. C'est à cela en définitive que se ramènent u les résultats bruts » à obtenir, sur lesquels M. Descoqs et M. Maurras s'accordent pour y travailler en commun.

Mais, si nous laissons de côté pour un instant ce qu'il y a d'humiliant et de stérilisant pour l'Eglise à subordonner son rôle à cette matérialité, — ce qui en dernière analyse aboutirait à en faire un mahométisme s'imposant d'abord par le sabre — , il nous faut remarquer que, de Taveu même de M. Descoqs, si les catholiques et les positivistes de V Action française « s'accordent matériellement » sur les faits, c'est-àdire sur l'ordre matériel à établir, il pourra fort bien arriver que quand ils voudront interpréter ces faits, les organiser en système complet, reconnaître leur pleine signification dans

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la vie de Thomme -, ils « se diviseront, et que des conflits seront possibles )>. Seulement de ceci, semble-t-il encore dire, ce n'est pas le moment de s'inquiéter. On verra dans la suite : ce sera l'afl'aire des catholiques de « trouver un principe de conciliation qui leur permette de conserver intactes leurs positions ^ ».

Et c'est là qu'achève de se montrer, dans toute sa laideur, ce libéralisme de Y hypothèse dont le vrai nom est opportunisme au plus mauvais sens du mot. Eh quoi ! vous parlez d'accord sur un ordre matériel à établir, quand vous savez que cet ordre qui, à vous entendre, devrait se suffire comme condition de tout le reste, sera ensuite lui-même à organiser et que, pour l'organiser, vous et vos alliés, vous aurez des vues et des fins absolument opposées, si bien qu'il vous faudra vous battre encore ou ruser encore pour décider à qui appartiendra « le bénéfice » de la conquête faite en commun, ce fameux bénéfice que vous escomptiez si joyeusement ! Vous vous accordez donc dans le présent avec la pensée de vous exploiter réciproquement dans l'avenir ? Ce genre d'accord a un nojîl : c'est l'alliance du lion et du léopard,

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