‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 69 sur 124 · Cf. Annales, ihid., juin 1010, p · texte numérisé non relu

Cf. Annales, ihid., juin 1010, p

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comme on l'appelait au temps de Machiavel, à moins que ce ne soit l'alliance de Bertrand et de Raton illustrée par Lafontaine.

Et ce n'est rien de plus en eflet : car tandis que M. Maurras escompte que vous l'aiderez à régner sur les corps en tenant en main les âmes, vous escomptez, vous, que M. Maurras vous aidera à régner sur les âmes en tenant en mains les corps. M. Maurras veut que vous soyez un moyen pour lui ; vous voulez qu'il soit un moyen pour vous. Entre lui et vous c'est donc un désaccord foncier que vous vous dissimulez vainement sous prétexte de vaincre ensemble un ennemi commun. Vous êtes plus ennemis l'un à l'autre que cet ennemi commun ne l'est à chacun de vous. Et du jour où vous auriez vaincu ensemble, c'est la guerre inexpiable qui surgirait entre vous.

Et de cette guerre, si vous sortiez vainqueur, nous ne savons ce que vous feriez de M. Maurras : c'est peut-être pour le coup qu'il deviendrait une « espèce de Suisse » ^ Mais ce que

I . Un des bienfaits dont M. Maurras remercie sa « romanité tutéiaire », c'est d'avoir empêché qu'on fit de lui «'une espèce d'Allemand ou de Norvégien» ou « une espèce de Suisse »,

nous savons bien, c'est que si c'était lui qui devint maître, vous n'obtiendriez qu'une place au banquet de ses esclaves.

Et il y a plus. En vous alliant au positivisme pour travailler avec lui à réaliser un ordre terrestre qui soit son ordre, parce que vous vous flattez d'utiliser ensuite cet ordre pour l'œuvre chrétienne du salut des âmes, peut être faitesvous ses affaires — peu nous importe — , mais ce qui est certain, c'est que lui ne fait pas les vôtres et que vous, en tentant de les faire par lui, vous ne les faites pas non plus. Et par vos affaires nous entendons ici, vous le pensez bien, la mission que vous avez reçue et acceptée de conquérir les âmes, toutes les âmes, à la vérité du Christ, en les amenant à y adhérer du fond d'elles-mêmes, librement et amoureusement, pour une liberté et pour un amour éternels, au-dessus de l'ordre de ce monde, aussi bien qu'au-dessus des accidents de ce monde.

C'est en cela uniquement que consiste 1 e triomphe de l'Eglise, et c'est un triomphe dans les âmes qui, pour s'accomplir en ce monde, n'est cependant pas de ce monde. L'Eglise n'en saurait connaître un autre ou s'attacher à un autre sans trahir son rôle, sans manquer à sa

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raison d'être. Si donc il est permis de parler de son triomphe dans la société, c'est dans la mesure où ce triomphe est, non la condition, mais l'effet de son triomphe dans les âmes. Et vouloir qu'il en soit la condition, c'est vouloir mettre l'effet avant la cause.

Songez donc un peu à ce qui serait advenu si le Christ et les apôtres avaient attendu que les positivistes, non plus d'Action française^ mais d'Antion roïnaine, fissent triomplicr l'Eglise dans la société pour entreprendre de la faire triompher dans les âmes.

Et ce qu'il faudrait enfin comprendre, c'est qu'en opérant une telle interversion^ vous commettez une perversion. Et certes, nous ne songeons pas à dire que vous la commettez en la voulant comme telle. Nous savons fort bien que quand vous vous proposez de travailler avec M.Maurrasà établir Tordre positiviste qu'ilrêve , vous entendez ne pas vous y enfermer comme lui, mais reprendre après, ou même mener de front, votre œuvre apostolique. Autrement vous ne vous paraîtriez pas supportable à vous-

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même. Seulement, du momeut que vous posez en principe que votre œuvre apostolique ne peut être efficace et ^féconde sans un « ordre régnant » qui la soutienne et qui la défende par les menaces et par les^faveurs dont il dispose %

1 . On devine tout ce qu'il y aurait à dire sur ce principe. La question de savoir dans quel esprit et dans quel but les politiques veulent établir l'ordre étant encore laissée de côté, il faudrait se demander si par les menaces et les faveurs dont ils disposeront une fois qu'ils auront réussi, ils pourront servir l'œuvre spirituelle, même si cela entre dans leurs desseins. Assurément, ils pourront bien faire que les gens prennent l'habitude de réciter des credo et de faire des gestes rituels, parce que gestes et credo concordent avec leurs intérêts de ce monde, mais ceci n'a rien de commun avec la foi qui transforme les âmes, qui les oriente vers Dieu et qui les sauve. S'il y a une crainte qui est le commencement de la sagesse, ce n'est pas la crainte du gendarme. Et on la bien vu par les déchaînements anti-religieux que n'ont jamais manqué de produire les gouvernements qui ont prétendu faire politiquement les affaires de la religion.

Faut-il conclure de là qu'il est indifférent qu'un gou- Ternement soit chrétien ou ne le soit pas, soit bon ou mauvais ? Tant s'en faut I Toutefois si l'idéal est qu'il soit chrétien et quil fasse lui aussi œuvre chrétienne, ce n'est pas en usant des menaces et des faveurs dont il pourra disposer qu'il y réussira, mais en s'inspirant dans toute sa conduite, dans ses actes et dans ses lois de l'esprit chrétien lui-même, qui est esprit de justice,

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il arrivera toujours ce qui vous est arrivé et ce qui arrive à tant d'autres autour de nous. Vous continuerez de dire que vous voulez cet ordre régnant comme moyen. Ce sera à vos yeux votre justification. Et pour vous confirmer tout à

de charité, de désintéressement et par conséquent en respectant dans les hommes les personnes humaines et en ayant le souci de les servir et non de s'en servir.

Et ce qui est curieux, en même temps que triste à noter, c'est que ceux qui demandent au gouvernement de faire autre chose, sous prétexte de soutenir et de défendre la religion, en viennent explicitement à lui interdire d'agir chrétiennement. Voici ce que dit à ce sujet M. de Mandat-Grancey, un des catholiques de V Action française: uJe tiens que le meilleur des prêtres serait le dernier des hommes auxquels une nation devrait confier ses destinées. On me répondra que la France ne s'est pas mal trouvée d'avoir confié les siennes au Cardinal de Richelieu. Je réponds que cela tient à ce quil était un assez mauvais prêtre. C'est pour cela qu'il pouvait être un bon homme d'Etat. Il n'aurait pas pu l'être s'il avait été un bon prêtre ; parce qu'alors il aurait voulu, selon l'expression consacrée, faire régner sur cette terre le règne da Christ ; en d'autres termes appliquer au gouvernement des hommes réunis en collectivité les principes de l'Evangile : chose absolument impossible >> [Le Clergé français et le concordat , p. 189- 190). Si donc M. de Mandat-Grancey ne veut pas de prêtres au gouvernement, ce n'est pas par crainte qu'abusant de leur situation ils y fassent une besogne

fait dans cette attitude, vous ajouterez que c'est un droit que Dieu vous a octroyé en vous confiant la mission de sauver les âmes : ce sera la thèse. Mais en réalité et par cela même, pratiquement vous voudrez cet ordre régnant comme une fin, comme un «résultat» auquel vous avez droit, en donnant à ce mot droit ioniie sens inexorable et vindicatif dont l'ont chargé les légistes, un résultat par conséquent qui est à obtenir d'abord en lui-même, dans sa matérialité pure, en dehors et indépendamment des moyens apostoliques et spirituels, par des procédés spéciaux que vous appellerez simplement la politique ou l'action électoiale ou bien encore, comme M. Maurras, la physique sociale,

de parti ou en d'autres termes qu'ils soient cléricaux, mais c'est par crainte au contraire qu'ils ne fassent pas cette besogne-là et qu'ils se comportent en chrétiens. Si ce n'est pas là une perversion foncière, qu'est-ce donc ? Mais elle est dans la logique du système. Ceci n'empêchera pas les théolofjiens comme MM. Gaudeau, Fontaine, Uescoqs, qui pactisent avec r^cf«o?i française, de dire que c'est nous qui trahissons la religion, qui voulons l'éliminer de la société. Et en effet, étant donné la manière dont ils la comprennent et ce qu'ils lui demandent, ils ont sans doute raison. De leur religion nous ne saurions nous accommoder.

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en laissant mettre sous ces mots les opérations qu'il plaira à chacun d'y mettre.

Et dès lors c'est à cette tâche que s'absorbera votre activité. Et c'est logique, puisque vous considérez que ce résultat est « la condition souverainement efficace pour hâter dans les âmes rinstauration du royaume du Christ». Vous n'osez pas dire que le reste est totalement vain tant que vous n'aurez pas abouti. Vous dites seulement que le reste manquera d'efficacité. Mais c'est la même chose : car avant d'agir, la sagesse la plus élémentaire n'exige-t-elle pas qu'on pose les conditions qui rendront l'action efficace?. Et c'est si vrai, que quiconque ne marche pas dans les rangs de ceux avec qui vous êtes pour établir politiquement, par des moyens positivistes (violences, coup d'Etat, etc.), un ordre rognant qui mettra sa force au service de la religion, n'évite jamais d'être appelé un traître et un soumissionniste.K Nous serions heureux, dites-vous, de savoir quel catholique a jamais traité comme infestés de modernisme ceux qui disent qu'il faut faire triompher l'Eglise dans les âmes pour la faire triompher dans la société * ». En effet, on n'est pas traité de moder-

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