‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 73 sur 124 · CONCEPTION POSITIVISTE ET CONCEPTION CHRÉTIENNE DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

CONCEPTION POSITIVISTE ET CONCEPTION CHRÉTIENNE DU CATHOLICISME

« 11 nous est impossible d'entrer dans une ligue qui n'a pas pour but direct le triomphe du nom de Jésus. Nous savons bien que l'ordre européen peut être troublé, mais nous ne pouvons rien y faire, si ce n'est de confesser le nom de Jésus et de nous faire massacrer pour lui. o

Héponse à Voffre d'alliance faite par A. Conile à la Compaq nie. de Jésus.

Qu'au nom du catholicisme, dont l'organisation spirituelle se présente comme un moyen pour la fin spirituelle de l'humanité devant se réaliser au delà du monde et dans l'éternité, on vienne nous proposer une alliance avec le posi-

1. On voudra bien remarquer que cette distinction n'est pas de moi. Je l'emprunte à Y Action française où il est classique, après M. Rebell et M. Maurras, d'opposer le catholicisme au christianisme, en concevant jus-

l68 DEUX CONCEPTIONS DU CATHOLICISME

tivisme dont toutes les visées ne vont qu'à organiser la terre pour s'y suffire, il y a là, certes,, de quoi surprendre. Et à y regarder de près, comme nous venons de le faire, la surprise ne peut que s'accroître. Une telle entreprise ne s'explique — et c'est ce qui ressort déjà des pages qui précèdent — que par une dénatura tion profonde infligée à la conception même du catholicisme. Puisque M. Descoqs, par ses instances, m'oblige à y revenir, c'est ce que je vais maintenant tâcher de mettre plus complètement en lumière. Sa manière de voir ne lui appartient assurément pas en propre. Elle s'élabore autour de nous depuis longtemps ; elle a de& tenants et des aboutissants. Et les incohérences mêmes dans lesquelles il se débat montrent qu'il l'a subie plutôt qu'il ne Ta imaginée de lui-même. Mais il importe d'autant plus de savoir à quoi s'en tenir et de voir d'où elle vient et où elle va.

Nous aurons ici l'inconvénient d'avoir à la dégager à travers une polémique, puisque je suis dans la nécessité de répondre aux critiques

tement un catholicisme qui s'adapte au positivisme . — Aug. Comte avait déjà fait une distinction de ce genre (Cf. Appendice II, p. 415).

DEUX CONCEPTIONS DU CATHOLICISME lÔQ»

de M. Descoqs en le critiquant à mon tour. Mais ce sera aussi peut-être un avantage : car une polémique, si odieuse et si fastidieuse qu'elle puisse être par ce qu'elle contient d'inévitablement personnel, dès lors qu'elle reste une polémique d'idées, a au moins ce privilège, par les oppositions qu'elle aiguise ou qu'elle marque plus fortement, c'est de révéler mieux que tout le reste les états d'esprit, les tendances inavouées ou inaperçues, et de faire dire, en bien comme en mal, en vrai comme en faux, ce qu'autrement, n'y étant pas poussé, on ne songerait pas à dire. C'est pourquoi je me suis résigné à poursuivre celle-ci. Et si je n'avais pu donner cette portée à ma réponse, malgré les attaques de M. Descoqs et à cause de leur caractère même, j'aurais certainement gardé le silence \

1 , Mais puisque je m'attaque ici à des hommes qui se donnent comme les champions de Vordre, de l'autorité, de la tradition^ en opposition avec l'individualisme et Tanarchisme dont nous souffrons, j'entends ne pas leur permettre de donner le change et de dire qu'en les attaquant c'est à V ordre, à V autorité et à la tradition même que je m'attaque. Car c'est tout le contraire que je fais en dévoilant les e'quivoques par lesquelles ils abusent de ces mots sacrés. Je dis volontiers avec

M. p. Archambault : n A une époque où, sous le nom d'individualisme, toutes les doctrines d'anarchie et d'égoïsme trouvaient crédit, il était utile qu'on dénonçdl « l'égotisrae » envahissant, qu'on nous fît entendre € les morts qui parient >>, qu'on nous rappelât au respect « de la terre des morts ». — Mais avec M . Archambault aussi, convaincu que c'est autrement qu'il fallait le faire, j'ajoute en faisant mienne l'excellente page qu'il a écrite à ce propos : « Il est douloureux que des gens s' avouant très haut catholiques, s'obstinent à ne point comprendre que l'ordre encore extérieur aux consciences, « l'ordre de simple rite, l'ordre sans âme > comme on dit, ne saurait prétendre à aucune valeur morale ni satisfaire par conséquent une philosophie et une religion spiritualistes, avant tout préoccupées de réalités idéales et du salut des âmes. 11 est scandaleux qu'on ne puisse parler de conscience ou de développement des personnalités sans provoquer leur méfiance ou leur dédain... Par là évidemment on a discrédité et fait haïr les idées qu'on prétendait servir. Mais cela est tant pis et non tant mieux. Elles valent mieux qu'eux. Supposons un large mouvement d'opinion qui, au lieu d'isoler et de rétrécir ces hautes pensées dans un but très bas de défense politique, s'efforcerait de les féconder en les alliant avec un souci désintéressé du progrès humain, quelle force bienfaisante au milieu de nous et avec quel enthousiasme nous lui ferions place ! » {Annales de philosophie chrétienne, mars 19H, p. 599: Quelques précisions sur la n oiion d'autonomie.)

Page 1