‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 74 sur 124 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COMMENT M. DESCOQS s'y PREND POUK yOVS ATTRIBUER DES CITATIONS INEXACTES

Pour réunir en volume * les articles qu'il avait publiés dans les Etudes, M. Descoqs les a, par endroits, assez notablement modifiés. Il a eu soin du reste d'en prévenir ; mais peutêtre ne Pa-t-il pas fait suffisamment, car il n'a point marqué en quoi consistaient les modifications. Or elles consistent généralement en une accentuation des critiques et des réserves qu'il avait faites au sujet du système de M. Maurras considéré en lui-même. Bien plus,

1. A travers l'œuvre de M. Maurras, l vol. in-12, XIII-480 p., Paris, Beauchesne, 1911. — Je recommande volontiers à mes lecteurs de prendre directement connaissance de ce livre. Il n'est rien, pour peu qu'ils veuillent y apporter de réflexion, qui puisse mieux achever de les éclairer. — Pour toutes les citations qui seront faites dans la suite, sauf indications contraires, c'est au livre que je renverrai.

dans une longue note, qu'on ne manquerait certainement pas de déclarer affreusement calomnieuse, si Testis ou moi l'avions écrite, M. Descoqs nous apprend qu'il y a « des déficits ojraves parmi lesjeunos catholiques » d'Action françaiseWX est clair qu'il a voulu pouvoir dire

l. P. 136, Voici cette note : « Je ne puis taire qu'on m'a signalé de divers côtés des déficits graves parmi les jeunes catholiques qui font partie des groupes di' Action française. Toute considération religieuse serait systématiquement exclue de leurs discussions. Les problèmes non seulement de politique pure, mais de sociologie générale y seraient traités sans aucun regard aux principes moraux, ce qui est d'une méthode singulièrement téméraire {seulement téméraire !). D'autre part,, la vie politique absorbant toutes les activités, l'indifférence pour les œuvres à tendances morales et religieuses et pour tout ce qui touche à la foi deviendrait profonde. Tiédeur pour l'apostolat, arrêt dans la vie chrétienne, porte largement ouverte aux idées païennes et naturalistes, tel serait le bilan religieux non pas de tous les groupes, ni de tous les membres de ces groupes, mais, hélas ! de plus d'un ». Inutile de dire que M. Descoqs admet ensuite des atténuations et des excuses, entre autres celle-ci : les difficultés que « rencontrent parfois certains camelots à s'allier à d'autres catholiques plus intransigeants dans leur exclusivisme républicain ou neutre queux-mêmes ne le sont dans leur foi royaliste » ! Evidemment, l'arbre étant bon, s'il porte de mauvais fruits, c'est la faute des arbres qui sont à côté.

encore plus haut qu'il n'avait fait : on verra « si j'ai laissé ignorer... l'impiété de M. Maurras ^) \ et si je n'ai pas signalé le danger d'une collaboration avec des incrédules. Mais en même temps il semble bien aussi qu'il ait voulu par là se donner le droit de passer sous silence les textes les plus irréductibles sur lesquels Testis et moi nous nous sommes directement appuyés. En tout cas il les passe sous silence de façon à faire croire, du mieux qu'il peut, que nos critiques et nos sévérités ne sont pas fondées. C'est le procédé par escamotage. 11 n'y a pas moyen de l'appeler autrement. Du reste, si en général et en théorie M. Descoqs a accentué ses réserves, il a également, en pratique, accentué son admiration pour le positivisme de YActioîi française; et surtout il a maintenu la légitimité et la fécondité de l'alliance avec « l'impiété de M. Maurras » pour faire triompher « l'Eglise, sinon dans les âmes, du moins dans la société « . Et, ce faisant, il n'a réussi qu'à mieux faire voir que sa position est radicalement intenable : car, tandis que pour bien montrer qu'il ne pactise pas avec « l'impiété de M. Maur-

ras », il s'arrête d'une part à faire ressortir que le système de celui-ci est « caduc et ruineux », il veut, d'autre part, que ce système même nous devienne un moyen de salut. Proposer comme moyen de salut ce qu'on reconnaît être caduc et ruineux, cela ne s'était sans doute encore jamais vu. Mais c'est à travers cette contradiction et grâce à elle que M. Descoqs marche à son but. Seulement il faut bien qu'il se la dissimule à lui-même. Et voilà pourquoi après avoir déclaré le système « caduc et ruineux », après en avoir même dénoncé l'impiété, il s'efforce d'abord de le rendre inoffensif en le ramenant à n'être qu'une ^< déficience » : il imagine ainsi, au profit de M. Maurras et des siens, une distinction entre agnosticisme dogmatique et agnosticisme pur, entre athéisme positif et athéisme négatif. 11 invente une neutralité.

Mais comme cela ne lui suffit pas encore, il faut que d'inoffensif il rende le système bienfaisant ; et c'est ce qu'il obtient en séparant chez M. Maurras les principes et les conclusions. De ce que ceux-là sont mauvais il ne

s'ensuit pas, selon lui, que celles-ci ne soient pas bonnes. « 11 (M. Maurras) n'impose pas son erreur à qui adopte ses conclusions, son système n'en est pas solidaire et sa méthode, pour être entravée dans sa marche par un principe agnostique, qui lui est étranger et lui Hxe des limites injustifiées, ne laisse pas d'être ici d'un usage légitime * ».

Que M. Descoqs n'ait pas laissé ignorer (( l'impiété de M. Maurras», c'est entendu. Nous l'avons dit assez ; et cela aussi il aurait pu ne pas le laisser ignorer à ses lecteurs. Mais qu'il n'ait ni diminué, ni excusé cette impiété, il lui faut, pour le dire, une singulière puissance de s'en faire accroire. 11 l'a tellement diminuée

1. P. 144-145. «Cette réponse, ajoute M. Descoqs, vaudrait même dans le cas où M. Maurras, comme on l'en accuse, ne donnerait au surnaturel d'autre objet que de justifier des lois naturelles. » Ce « comme on l'en accuse » est vraiment merveilleux. M. Maurras est là-dessus aussi net et aussi catégorique qu'il est possible de l'être (Cf. ci-dessus, p. 29). Et puis remarquez cette rectitude de doctrine : cela ne tire pas à conséquence si même il ne donne « au surnaturel d'autre objet que de justifier les lois naturelles ». Mais dans ce cas, comment, ainsi que vous le prétendez, laisse-t-il place pour un vrai surnaturel qui ne se confonde pas avec les lois naturelles ?

et excusée qu'à vrai dire il n'en reste presque plus rien. C'est à ce point que les négations les plus crues, que les blasphèmes les plus révoltants se présentent sous sa plume comme pouvant prendre un sens acceptable : ce serait seulement la forme qui serait paradoxale. Et nous apprenons aujourd'hui que « ce que M.Maurras recherchait, inconsciemment sans doute, mais réellement 1, dans l'autorité, dans la hiérarchie, c'était Dieu : en d'autres termes, que sa conception de l'ordre social exigeait logiquement la reconnaissance explicite et réfléchie du divin ». Et nous apprenons encore que les forces sociales de l'Action française, « pour n'avoir pas l'étiquette religieuse, pour avoir même portéjadis une étiquette quelque peu irréligieuse », pourraient bien néanmoins « après tout devenir des agents précieux de reconstitu-

i. Nous voilà en plein immanentisme ! Mais rassurons-nous. Ailleurs (p. 430). M. Descoqs nous dit au contraire que M. Maurras, qui « ne nie pas explicitement l'existence de l'absolu... la nie implicitement », parce que « pour lui l'existence d'un être surnaturel ne saurait trouver place dans une philosophie de l'univers, elle lui est au moins négativement contradictoire t. Arrangez cela si vous pouvez ; et, si vous pouvez, réalisez aussi ce « négativement contradictoire ».

tion sociale )> \ Que dire de ce jadis et de ce quelque peu"! En vérité M. Descoqs aurait beaucoup mieux fait de nous laisser « ignorer l'impiété de Maurras », puisqu'il ne nous la dénonce avec tant de force d'une part que pour aboutir d'autre part à nous dire qu'elle n'existe pas ou presque pas *. Si ce n'est pas là se débattre dans le chaos, que sera-ce donc?

Pour nie répondre à ce sujet il n'a rien trouvé de mieux que de crier très fort que

2. C'eût été bien plus simple et plus expéditif de parler comme M. de Kertanguy : k Je me rappelle des paroles {sic) du prédicateur qui fit le panégyrique de Jeanne d'Arc : Dieu n'a jamais rien fait de tel pour une autre nation lorsqu'il a pensé à Jeanne d'Arc pour nous. Je dis aussi : Dieu na jamais rien fait de tel pour aucun pays en créant V Action française • {L'Action française, 2 décembre d910). Voilà donc M. Maurras transformé en envoyé de Dieu, chargé d'une mission surnaturelle. — Et dans quel style ! — J'imagine que ceci doit un peu gêner son athéisme. Mais n'a-t-il pas le secret des < intérieures harmonies »? Ce qui est surnaturel pour ses alliés qui sont croyants est naturel pour lui. Tout s'arrange ; et à l'Action française le ciel et la terre ne font plus qu'un.

j'ignore tout des doctrines de V Action française, que je ne me suis point renseigné, que je n'ai rien lu ou presque rien, pas même ses articles — et Testis ne les aurait pas lus non plus'. On voit que M. Descoqs n'a pas peur des simplifications. Et pour prouver mon ignorance il

1. Mais M. Descoqs a encore bien moins lu Testis, puisque pour lui donner la réplique il n'a pas attendu que celui-ci ait achevé sa réponse. Cette réponse, en effet, Testis avait dû l'interrompre pour des raisons de santé, et les lecteurs des Annales en avaient été avertis. M. Descoqs ne s'en targue pas moins dans son livre de ce que celui-ci n'ait pu répondre à certaines objections qu'il lui avait faites. iMais il s'est trouvé que la fin de la réponse a été justement publiée quelques jours avant le livre (Cf. Annales de philosophie chrétienne, àécemhre 1910).

Dans un article de V Action française (l*"" Janvier 1911), où le livre de M. Descoqs est loué comme il convient et où ma réponse est maltraitée aussi comme il convient en pareil lieu, — les Annales étant naturellement accusées de flirter avec le modernisme, — l'auteur, qui signe Jehan, prononce que mes fautes de lecture sont de celles « qui engagent l'honneur d'un homme ». Mais il m'a si bien lu, lui, pour parler ainsi, et il connaît si bien les Annales, qu'il ne sait même pas écrire mon nom et qu'il me confond avec Testis ; ce qui laisse supposer qu'il n'a même pas lu M. Descoqs. Du reste on verra plus loin de quel côté sont les fautes de lecture et les falsifications de texte ou les dénaturations de sens.

signale qu'il y a quantité d'articles et de livres — comme par exemple V Enquête sur' la monarchie— dont je n'ai point parlé et que, dans les articles et les livres dont j'ai parlé, il y a d'autres choses que celles auxquelles je me suis arrêté. Mais à ce titre, est-ce que M. Descoqs ne pourra pas être taxé d'ignorance tout autant que moi ? A-t-il donc, lui, désigné tous les articles et tous les livres publiés sous le patronage de Y Action française ? Et dans ceux qu'il a désignés, n'a-t-ildonc, en les citant, rien laissé de côté ?

Mon dessein était très nettement circonscrit : mettre en lumière l'attitude foncière des doctrinaires de V Action française relativement à la conception chrétienne del'homme et du monde. En conséquence je ne me suis arrêté qu'à ce qui s'y rapportait. Et sur ce point, bien loin que M. Descoqs puisse signaler des omissions de ma part, il en est réduit à faire remarquer que je n'ai a pas ajouté une citation caractéristique, de quelque importance » à celles qu'il avait faites *. Et voilà qui est au moins singulier; car tandis qu'il m'accuse d'omissions, il

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reconnaît ainsi que j'ai cité plus abondamment que lui. Et quand il se targue que je n'ai rien ajouté à ses citations qui soit caractéristique et de quelque importance, il en prend vraiment un peu trop à son aise. Les citations que j'ai ajoutées aux siennes sont très nombreuses au contraire et tellement significatives que, malgré son intrépidité, n'osant pas y appliquer sa casuistique pour les édulcorer, il continue de les laisser de côté ou se contente d'y faire allusion. Si inépuisable que soit sa complaisance d'interprétation, elle ne saurait sans doute y suffire '.

Son vrai grief, ce n'est donc point que je n'ai

1. Je n'en finirais pas si je voulais e'numérer les textes cités par moi et qu'a omis M. Descoqs : textes de M. Maurras, de M. Lasserre, de M. Tauxier, de M. Gilbert, de M. de Mandat-Grancey, de M. Vaugeois, etc. Certes, je ne prétends pas avoir tout cité, i^a mine est trop riche. Mais j'ai cité de façon à montrer surabondamment, et sans illusion possible, le caractère brutalement irréligieux et immoral delà doctrine de M. Maurras et de ses amis. Et, puisque l'occasion s'en présente, je renvoie ici au livre de M. J. Pierre, paru depuis que Testis et moi avons publié nos articles, et qui a pour titre : Avec Nietzsche, à l'assaut du christianisme ; exposé des théories de « l^ Action française «(Limoges, imprimerie

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pas assez lu, mais c'est que j'ai trop lu et surtout trop retenu*. Aussi ce qu'il aime à faire valoir, c'est que je me suis attaché à « des écrits

Pierre Dumonl). On y trouvera une longue série de citations, je ne dis pas plus accablantes encore que celles auxquelles je me suis arrêté, mais dont la multiplication même accentue encore l'effet. Je mets au défi (Je trouver nulle part ailleurs un pire e'talage d'impiété, d'immoralité et de cynisme.

J . II est vrai que, selon M. Descoqs, j'ai commis, par malveillance, ainsi que Testis,des tronquaires de textes dénaturants. J'y viendrai tout à l'heure. Mais il y a un tronquage dont je me suis rendu coupable envers luimême et au sujet duquel je veux tout de suite me mettre en rèt^'le. Il avait écrit, ;en parlant de M. Maurras: « Il ne nie pas explicitement l'existence de l'absolu » . En transcrivant j'ai mis : u II ne nie pas l'existence de l'absolu », laissant ainsi tomber le mot explicitement.

« Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net ». Mais comme je ne citais cette phrase que pour répondre à M. Descoqs que c'était au contraire /rès explicitement — ainsi que mille textes, au lieu d'un, peuvent en faire foi — que M. Maurras nie l'existence de l'absolu et repousse toute idée de Dieu, on comprendra sans peine que je n'avais pas de raisons de supprimer ce mot. Je n'en avais au contraire que de le conserver. C'est si vrai que, tout en l'ayant laissé tombé par pure distraction, j'ai continué de lire la phrase comme s'il y était resté. Et j'ai pu le rétablir sans avoir absolument rien à modifier au contexte. Or, à entendre M.Descoqs,toute mon argumentation contre lui croule par la base du fait de cette suppression. Et il se demande (p. 45t) : < Gom-

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d'antan ». 11 assure que maintenant on ne parierait plus de la même façon. Mais — admirez la force de l'argument — il avoue en même temps que c'est toujours néanmoins de la même façon qu'on pense, puisqu'il s'afflige d'entendre M. Maurras le redire <( avec tant de force * )). Et alors, me suffirait-il de répondre, n'était-ce pas d'autant plus mon devoir d'en appeler aux a écrits d'antan », qu'on cherche à dissimuler par opportunisme le fond d'idées que ces écrits contiennent? '.

11 faut dire du reste que la dissimulation n'est ni bien profonde ni bien savante. Gomme on a jadis assimilé, très nettement et très eons-

ment qualifier ces tronquages de textes, ces omissions de mots essentiels » ! — Comme bon vous semblera : car dans la circonstance vous en serez pour vos frais. — Mais faut-il qu'un homme soit aux abois pour mener un tel tapage autour dun tel rien !

1 . L'objurgation qu'il lui adresse à cet égard est vraiment stupéfiante : « Pourquoi nous a-t-il redit avec tant de force que ses idées n'avaient pas changé ? » Mais si elles n'ont pas changé, en effet, voulez-vous donc qu'il dise le contraire ou qu'il se taise pour faire supposer le contraire ?

2. Le lecteur a pu remarquer toutefois qu'il s'en faut de beaucoup que je n'aie cité que des textes anciens. Seulement M. Descoqs nie ou affirme selon les besoins de sa cause et sans s'inquiéter du reste.

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ciemment, la doctrine même de l'Evangile au démocratisme individualiste de Rousseau et le Jésus de l'histoire, le vrai Jésus qui a vécu, qui a prêché, et qui est mort en Judée, « au bizarre Jésus romantique », on peut maintenant se dispenser d'attaques directes. Mais il reste acquis dans l'esprit de « ces Messieurs >>, qui n'ont pas changé d'idées, quecequ'ils disent contre le démocratisme et le « bizarre Jésus romantique » vaut contre l'Evangile et contre le Jésus de l'histoire. Et ceux qui ne le voient pa s c'est qu'ils désirent ne pas le voir.

Ajoutez à cela le concordisme ingénieusement simpliste dont s'est avisé M. Maurras qui, après avoir dit qu'il faut chasser « le mystique, le surnaturel », admet au contraire maintenant que le surnaturel et le naturel peuvent se concilier, parce qu'il imagine un surnaturel qui, à ses yeux, n'est qu'une manière enfantine de concevoir le naturel lui-même ; un surnaturel, en d'autres termes, qui coniirme son positivisme et s'y subordonne. C'est ce qui lui permet de dire : < Notre philosophie de la nature n'exclut pas le surnaturel')'. Mais s'il s'agissait du

i. Cf. Le dilemme de Marc Sangnier, p. 13 et ci-dessus, p. 29.

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surnaturel proprement (lit,il parlerait comme il a toujours parlé. Et on voudrait que nous nous laissions prendre à cela. Jamais du reste à VActÂon française on n'a été plus explicite que dans ces derniers temps pour soutenir que la politique est indépendante de la morale et par conséquent de la religion. C'est en se plaçant à un point de vue strictement positiviste qu'on prétend organiser la société. Et jamais on n'a poursuivi avec plus de haine tous ceux, quels qu'ils soient, qui font appel à la mise en pratique de l'idéal chrétien, de la justice et de la charité chrétiennes, pour renouveler et vivifier le corps social K

M. Descoqs enfle sa voix de colère et d'indignation pour apprendre à ses lecteurs que le

i . Et ce qui est bien significatif, c'est qu'ils ont choisi, pour se révolter contre le duc d'Orléans, le moment où celui-ci rappelait à ses partisans que le vrai moyen de gagner le pays, c'était de montrer « leur dévouement à la chose publique, leur expérience des questions professionnelles, leur intelligence des besoins de la société moderne )^. C'était leur dire qu'il y a d'abord et avant tout un devoir à remplir. Mais, comme pour eux il n'y a que des droits à faire valoir, ils ont jugé qu'ils étaient trahis.

système que j ai mis au couiptt^ de ï Action française, je l'ai tiré de mon imagination avec « des textes isolés, tronqués, détournés de leur sens » *. Mais au lieu de le montrer, en démolissant ma construction pour en mettre une autre à la place avec des textes non tronqués et non détournés de leur sens, il se contente de dire que les Annales auraient bien dû s'aviser que, si (( les Etudes avaient uniquement trouvé sur la société » ce que j'ai découvert dans les écrits de M. Maurras et de ses amis, « elles ne se seraient pas donné la peine de discuter semblables rêveries ».

Il pourrait bien se faire que cette phrase à elle toute seule valût un long poème. Gomment les Etudes s'y sont-elles donc pris pour trouver autre chose ? Et qu'ont-elles donc trouvé ? Nous aurions aimé à le savoir. Et si M. Descoqs s'imagine que des observations de ce genre suflisent pour réduire à néant l'exposé que j'ai fait, en multipliant à satiété les citations, du système de M. Maurras, on conviendra qu'il a une singulière façon de pratiquer l'objectivité dont il se pique. Et puisqu'en somme, pour

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m'accuser devant ses lecteurs d'avoir tronqué et dénaturé les textes, il n'apporte pas d'autre preuve, on conviendra aussi que sa conscience de critique n'est pas difficile.

Mais pourquoi, dirai-je à mon tour, ne s'est-il pas avisé de son côté que si les Annales se sont donné la peine de discuter « semblables rêveries », c'est parce qu'elles constataient que ces rêveries se formulaient bel et bien en doctrine et obtenaient, avec des sympathies, des concours inquiétants ?

Ce que j'ai mis en lumière est tellement bien la doctrine sociale de M. Maurras et des siens qu'on ne voit absolument pas quelle autre doctrine ils pourraient tirer de leur positivisme athée qui ne reconnaît en dernier ressort qu'un seul principe, la force. La logique même n'a-telle pas son suprême recours dans l'argument du sabre, de la matraque ou de la gaule, puisque, selon M. Maurras, « on peut imposer la vérité de force » ; puisqu'il ne craint pas de dire « que pour un esprit libre et un bon esprit (^on reconnaît ici la transvaluation des mots dont il est coutumier) voilà l'espoir le plus sacré » \ Ce serait le cas de dire qu'une telle

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