‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 75 sur 124 · Action française, t. V, p · texte numérisé non relu

Action française, t. V, p

doctrine qui n'imagine la société qu'avec des maîtres et des esclaves est < la rançon de l'athéisme ». Etant athées, athées systématiques et de parti-pris, afin justement de mettre en pratique leur athéisme et de n'avoir pas, pour agir, à s'embarrasser a de vains scrupules idéalistes », les hommes de V Action française ne peuvent être et ne veulent être que des « volontés de puissance». Et si delà sorte, étant loups, ils tâchent néanmoins, pour se dissimuler à eux-mêmes leur propre laideur et ne point effrayer les autres, de se revêtir en bergers — ce qui du reste leur réussit à peu près comme au loup de la fable, — cela n'y change rien.

Mais le plus singulier, c'est que M. Descoqs, qui repousse le système en le qualifiant de (( barbare » \lorsqu'on le lui présente tel qu'il est et comme je l'ai montré, textes en mains, n'en continue pas moins ensuite de le prendre à son compte, en se contentant d'en estomper la crudité par des imprécisions de langage. Il proleste, par exemple, parce que j'ai dit que le système comportait des « maîtres > et des « esclaves », comme si ce n'était pas l'évidence

î8S DEUX CONCEPTIONS DU CATHOLICISME

m ême'.Mais ceci n'empêche pas qu'avec M. Maurras il maintient catégoriquement le principe de l'esclavage. « Il n'ignore pas, dit-il en parlant

1. Et le système en effet comporte si bien des maîtres et des esclaves que c'est vraiment là ce qui le caractérise essentiellement : cela se manifeste par tous les côtés à la fois. Je pourrais là-dessus multiplier à l'infini les citations. « L'homme, lit-on dans VActio7i françaUe (15 janvier 1901, p. 105), quand il est digne de son nom, apprivoise ou dompte ses frères bestiaux ». Et dans VArenir de Vlnteliigence M. Maurras élimine précisément du comLisme l'idée de l'effort social se donnant pour but de développer en tout homme une vie supérieure. Il continue sans doute de déclarer que lui aussi cependant se propose de travailler pour Thumanité. Mais reprenant ce qu'avait déjà dit H. Rebell (cf. ci-dessus, p. 37) et se réclamant de M. Antoine Baumann il ajoute 'u Hwmanj/é ne veut aucunement dire ici l'ensemble des hommes répandus de noire vivant sur cette planète, ni le simple total des vivants et des morts. C'est seulement l'ensemble des hommes qui ont coopéré au ^rrand ouvrage humain, ceux qui se prolongent en nous, que nous continuons, ceux dont nous sommes les débiteurs véritables, les autres n'étant parfois que des parasites ou des producteurs de fumUr » (p. 125). Jamais on n'a proclamé plus explicitement que des hommes ne sont que la chose d'autres hommes. Et en même temps que M. Maurras trahit foncièrement parla l'humanitarisme d'Aug. Comte, n'est-ce pas encore une fois le principe de l'esclavage qu'il formule nettement, si nettement qu'Aristote lui-même n'eût point parlé de ia sorte ? Et ce n'est pas dans un « écrit d'antan » que ceci se trouve.

de moi, que tous les moralistes adaiettent en rigueur la légitimité de certaines formes de servitude {Quelles formes ? Non seulement j'ignore que tous les moralistes admettent cela, fnais je le nie) : s il ne parle qu'en philosophe, il ne peut condamner sans distinction tout esclavage, ni au nom de la philosophie, ni au nom du dogme {et si je parlais autrement quen philosophe^ que pourrais-je doncfairel). Aussi bien, à le lire, croirait-on qu'il ne veut plus, dans l'ordre social qui est seul en question, de maîtres et de serviteurs, de supérieurs et d'inférieurs. M. Maurras, lui, en veut ^ ^^. Ainsi, c'est très clair, on ne peut condamner l'esclavage sans distinction qu'en détruisant l'ordre social même qui exige qu'il y ait des supérieurs et des inférieurs, ce qui, pour M. Descoqs, est la même chose que des maîtres et des esclaves. Et voilà comment sur ce point j'ai dénaturé la doctrine de M. Maurras, et comment M. Descoqs repous.^e « le système barbare ».

Mais il triomphe surtout contre moi parce 1. P. 453 (note).

qu'il découvre, en particulier chez M. Moreau, une critique du iSielzschéisme et quelques réserves chez M. Lasserre et chezM. Maurras ^ JS'est-ce pas la preuve manifeste que j'ai calomnié ÏActio?i française en disant que par ses doctrines elle se rattache à Nietzsche ? Seulement il aurait bien dû préciser quel est le caractère de ces critiques et de ces réserves et surtout nous dire si elles sont de nature à satisfaire un chrétien. c( Ces Messieurs » — sans avoir « changé d'idées » — auraient ils par hasard rejeté l'immoralisme de Nietzsche? Auaient-ils fait disparaître de leurs livres et de leurs articles les formules d'anti-christianisme qu'ils lui ont empruntées ou qu'ils ont retrouvées? Leur philosophie à cet égard aurait -elle cessé d'être « sœur de la sienne -? » On sait

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