CHAPITRE II
En dénonçant « l'impiété de M. Maurras », si M. Descoqs veut avoir le bénéfice de cette dénonciation, ce n'est nullement pour renoncer au bénéfice de l'impiété elle-même, je veux dire aux « résultats » que M. Maurras prétend obtenir en appliquant à l'organisation sociale son système immoral et impie ; c'est au contraire afin de pouvoir en jouir en toute sécurité : — deTimpiété, a-t-il l'air de dire, je ne suis plus responsable, l'ayant repoussée, et par conséquent il m'appartient d'en recueillir le fruit.
Quand on passe de ses articles à son livre, cette singulière position s'accentue. Il est de plus en plus contre l'impiété de M. Maurras, afin de légitimer de plus en plus son alliance avec elle. Mais aussi, dans ces conditions, il ne saurait supporter que d'autres dénoncent
cette impiété, qui n'entendent pas comme lui en bénéficier. Et quand je m'avise pour mon compte de signaler les négations de M. Maurras et des autres — négations que M. Descoqs déclare lui-même ruineuses, déplorables et telles qu'un catholique ne peut les entendre sans rougir — , immédiatement je suis accusé de les interpréter avec une malveillance inouïe et de tronquer calomnieusement les textes, quoique je ne tronque rien du tout. D'oii il apparaît clairement que M. Descoqs ne dénonce pas pour de bon. Et en effet on s'aperçoit très vite que cette impiété devant laquelle il a fait le geste de se voiler la face, il a un vrai souci de la défendre. Et pour cela il en fait une bonne petite impiété, pas méchante, simplement paradoxale et toute ou presque toute en surface, si même elle n'est pas uniquement le relent d'un passé déjà loin et à peu près oublié : impiété de braves gens qui s'ignorent et qui « inconsciemment sans doute, mais très réellement « sont dans la voie qui mène à Dieu.
Et on voit ici le subterfuge : au système, à la doctrine formulée, qui est seule et qui seule peut être mise en question, M. Descoqs substi-
2l4 DEUX CONCEPTIONS DU CATHOLICISME
tue les hommes. Il se fait juge de leurs intentions, les déclare justes et saints devant Dieu, et nous accuse, Testis et moi, de les condamner sans en avoir le droit et en manquant foncièrement à l'esprit chrétien. Mais, si nous n'avons pas le droitde condamner les hommes dans leur for intérieur, M. Descoqs n'a pas davantage le droit de les justifier. Que M. Maurras et ses amis soient dans la voie qui mène à Dieu, c'est possible et je le souhaite de toute mon âme. Toutefois, M. Descoqs n'en sait rien, pas plus que je ne sais le contraire. Et il en faut dire autant visà-vis'de qui que ce soit. Ce que nous avons à juger ici, ce ne sont pas les hommes, c'est le système tel qu'il se trouve arrêté et fixé dans les articles et dans les livres.
Or ce système est une impiété de fond, très consistante, très consciente, s'affirmant explicitement dans ses principes et dans ses conséquences, et plus impérieusement, plus dogmatiquement que jamais impiété ne s'est affirmée. Non seulement il n'est pas dans la voie qui mène à Dieu, mais il y tourne le dos en blasphémant, en injuriant, en salissant les choses divines. Et ce qui est stupéfiant, c'est que M. Descoqs qui ne peut, malgré tout, fermer
NOUVEAU RECOURS A LA CASUISTIQUE 2l5
les yeux à ces horreurs, s'obstine à vouloir nous les rendre tolérabies, montrant bien que ce qui Tintéresse ici, ce ne sont pas les hommes qui sont derrière le système, comme indûment il s'en vante, mais le système lui-même, à cause des « re'sultats » qu'il en espère. Et c'est pourquoi, avec une assurance nouvelle, sophistiquant et truquant comme on ne l'a jamais fait, il se replonge dans sa casuistique. Et il m e faut, hélas ! y ramener mes lecteurs.
On se souvient, par exemple, de la manière dont M . Maurras pdiTÏedeVhi/pocrisie lhéistiqiie\ Rien n'est plus manifeste que sa pensée. Et même, pour rendre impossible toute méprise, il a eu soin à cette occasion de rappeler, en la blasphémant, la parole libératrice prononcée par les apôtres devant le sanhédrin : « il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes », afin de bien faire savoir que c'était là pour lui le danger de Vhypoc7Hsie théistique. M. Descoqs, qui veut justifier M. Maurras à ce sujet, aurait dû citer le texte en entier. 11 trouve plus commode