‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 83 sur 124 · Cf. ci-dessus, p. 6o et suivantes · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, p. 6o et suivantes

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de n'en rien citer du tout, pour se contenter de faire simplement remarquer que, si je n'avais pas eu besoin de condamner à tort et à travers, je me serais « dispensé de présenter comme condamnables quelques-unes des réflexions si justes de M. xMaurras » sur ce point. Car, dit-il, (t sans nier que l'idée d'un Dieu unique et présent à la conscience soit une idée bienfaisante et politique, il [M. Maurrasj observe qu'elle peut aussilouTner h l'anarchie et... il expose très heureusement la genèse de cette perversion, en même temps qu'il en donne des exemples » '.

Mais M. Descoqs aurait bien dû nous expliquer et ce que M. Maurras entend par tourner aussi à l'anarchie et à quelle condition, selon lui, l'idée d'un Dieu unique et présent à la conscience est « une idée bienfaisante et poli-

1. P. 386-387. J'ai exposé moi aussi tout au long l'exposition de M. Maurras et rapporté ses exemples en montrant comment, par une équivoque systématique que M. Descoqs se plaît à entretenir, il confond les croyances chrétiennes et les aspirations chrétiennes, qui sont le ressort de la conscience et qui alimentent toute la vie morale et religieuse, avec le dévergondage romantique tel qu'il lui plait de le définir en prenant pour type Rousseau ou George Sand.

tique )). Et le mot politique ici, que M. Descoqs ne peut éviter d'employer, n'est-il pas déjà à lui tout seul suffisamment révélateur? M. Maurras en effet, aussi bien que M. Lasserre, a marqué avec toute la netteté désirable que ce à quoi il s*oppose ce n'est point à l'idée de divinités imaginées et entretenues dans les esprits par de « sages arrangements politiques » el pour le gouvernement des sociétés. Et ceci je l'ai sans doute assez dit. Seulement, pour lui, Tidée du Dieu unique, comme l'idée de toute divinité quelconque, n'est bienfaisante qu'à la condition de rester un instrument dont disposent « les maîtres visibles » pour se faire obéir. Mais du moment qu'elle devient l'idée d'un « maître invisible » avec lequel les consciences sont en relation, par delà « les maîtres visibles », pour vivre d'une vie supérieure et poursuivre une destinée éternelle, elle n'est plus que « le venin » qui empoisonne tout et qui met le désordre partout.

Et c'est tellement bien la pensée de M. Maurras, que, parlant de Jundzill, ce disciple d'Auguste Comte dont il fait le représentant de sa propre manière d'être, il nous dit : « On emploierait un langage bien inexact si l'on disait

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que Dieu lui manquait. Non seulement Dieu ne manquait pas à son esprit, mais son esprit sentait, si l'on peut s'exprimer ainsi, un besoin rigoureux de manquer de Dieu ; aucune interprétation tiiéologique du monde et de l'homme ne lui était plus supportable j) ^ M. Descoqs pourrait-il imaginer une exclusion de Dieu plus explicite et plus foncière que celle-là?

A.insi donc ce que M. Maurras appelle V hypocrisie théistique, ce n'est pas seulement le mauvais usage qu'on peut faire de la croyance en Dieu , en s'en servant pour déifier ses passions à la façon romantique et individualiste, mais c'est la croyance en Dieu elle-même, la vraie et sincère croyance, celle qui informe l'âme jusque dans ses profondeurs, qui n'est pas seulement une idée de Dieu mais déjà une communion à Dieu, et par laquelle on dépasse les horizons terrestres, pour se faire agent et participant d'une justice et d'une bonté éternelles. Il l'appelle hypocrisie parce que, du point de vue de son positivisme athée, ce n'est qu'une illusion avec laquelle on se dupe soi-même et on dupe les autres, et qu'il ne peut se la représen-

1. U Avenir de V Intelligence, nouvelle édition, 1909, p. 108.

ter que « comme un multiplicateur immense » qui s'ajoute «au caprice individuel ». Et s'il s'accommode de l'idée de Dieu comme « bienfaisante et politique », c'est de l'idée de Dieu « organisée », selon son expression : ce qui signifie sous sa plume une idée de Dieu qui> au lieu de comporter une foi au Dieu vivant avec une espérance et un amour soulevant les âmes de terre, ne sert au contraire qu'à les enchaîner à la terre même et à Tordre établi sur la terre par les « Maîtres ».

Mais remarquons bien que ce qu'il accueille ainsi ce n'est à aucun degré ni Dieu, ni la croyance en Dieu : c'est uniquement l'idée de Dieu, idée sans objet, à laquelle ne correspond aucune réalité, mais dont les esprits inférieurs et les (( esclaves nés » ont besoin, incapables qu'ils sont de concevoir autrement que par elle un ordre dans la nature et dans la société ; de telle sorte que par l'usage qu'il se propose d'en faire, en « l'organisant » et en l'exploitant, c'est vraiment lui qui institue systématiquement et dans toute la force du terme une hypocrisie théistique, puisqu'il se sert d'une idée à laquelle il ne croit pas. Et qui plus est, il fait au catholicisme cet affront de le considérer comme le

moyen par excellence « d'organiser » et d'exploiter l'idée de Dieu pour un tel usage *. Mais le pire pourtant c'est que M. Descoqs n'en juge pas moins qu'il me faut une rare malveillance pour ne pas admirer ici la justesse des réflexions de xM. Maurras. Et un peu plus il nous dirait que celui-ci, malgré son impiété, n'a eu d'autre souci que de nous ramener au culte, en esprit et en vérité, du Dieu vivant.

Ainsi procède-t-il sur chaque point : sa casuistique a tellement de ressources qu'elle s'y embrouille elle-même. Revenant à la phrase sur « la frénésie » de Jésus et des prophètes, il ajoute à ce qu'il avait déjà dit, que M. Maurras n'a parlé ainsi qu'en considérant Jésus et les prophètes comme les ancêtres de « l'individualisme des populations germaniques » et du protestantisme de Luther. Et il pose cette question : « S'agit-il oui ou non des prophètes et de Jésus tels que les entendirent les Réformateurs

1. Cf. ci-dessus (p. 99) une longue citation tirée de l'opuscule qui a pour titre : Trois idées politiques. M. Descoqs s'abstient prudemment de faire connaître ces textes.

et les Réformés ? La réponse, dit-il, me semble ressortir avec évidence du contexte ». Et voilà prouvé qu'en attribuant à M. Maurras d'avoir dit de Jésus et des prophètes simpliciter — c'està-dire de Jésus et des prophètes tels qu'ils ont réellement existé — qu'ils étaient des frénétiques,j'ai tronqué le texte et calomnié M. Maurras. Mais dans le même passage, et le tout se mélangeant, M. Descoqs reconnaît de nouveau, en rappelant bien haut qu'il ne l'a u jamais nié », que pour M. Maurras « le Jésus des protestants et celui de l'histoire » se confondent *.

Et voilà prouvé maintenant que j'ai calomnié M. Descoqs en signalant qu'il trouvait le moyen d'excuser M. Maurras de son blasphème. Je n'ai pas excusé, dit-il, j'ai expliqué !

Oui, il a expliqué que le Jésus blasphémé est le Jésus des protestants, et donc que le blasphème ne tire pas à conséquence : car sans aucun doute on ne saurait mieux faire que de blasphémer contre le Dieu « des populations ger-

1 . Il n'est pas sans intérêt de remarquer que la thèse essentiellement protestante, d'après laquelle le catholicisme n'a rien de commun avec le christianisme primitif, est tout à fait celle de M. Maurras. Seulement pour lui le catholicisme a réformé rEvan^^ile au lieu de l'avoir déformé. C'est un protestant à l'envers.

maniques ». Mais il à expliqué aussi que le Jésus des protestants se confond ici avec celui de l'histoire et donc que le blasphème intégralement subsiste et qu'au lieu de le prendre à sa charge il le déplore douloureusement. Je laisse au lecteur le soin d'arranger ces explications K C'est parce que nous croyons que le Christ de l'histoire est le même que le Christ de l'Eglise que nous nous insurgeons contre M. Maurras. Et M. Descoqs prend la défense de celui-ci qui voit là deux Christ opposés ! 11 lui sait gré de faire appel à l'Eglise comme à « la régulatrice de toutes les aspirations de l'âme vers des régions supérieures * >, quand pour lui ces aspirations ne sont que des illusions subjectives à endormir ou à canaliser pour un usage terrestre. Oh ! la belle < religion de l'esprit -» fonctionnant comme un frein qui bloque !

Toutefois, à travers cette incohérence, l'unité et la continuité de l'intention sont manifestes. Il y a même là un bel exemple de ce qu'on pourrait appeler la logique de la passion allant à son but per fas et nef as. Les blasphèmes de M. Maurras évidemment gênent M. Des-

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