‹ Positivisme et catholicisme à propos de l'Action FrançaiseChapitre 92 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA THÈSE ET l'hYPOTHÉSE.

Ce qu'a voulu M. Descoqs c'est tellement bien préconiser et promouvoir une telle alliance que, malgré la peur des risques à courir pa r laquelle il se dit prudemment retenu d'autre part, il ne tolère en déMnitive aucun des mod es d'action autres que celui-là. Et rien n'est plu s instructif que de constater comment il s'y oppose. Il y a longtemps que, pour ma part, je m'étais rendu compte de ce qu'il y a de fallacieux dans la fameuse et récente distinction de la thèse et de Vhijpo thèse. Mais iM. Descoqs me Ta encore mieux fait sentir. En réalité cette distinction aboutit à ceci qu'on prend la thèse pour condamner les autres et l'hypothèse pour se justifier soi-même. Et voyez en effet si ce n'est pas ainsi, dans le cas présent, que les choses se passent-

Pour expliquer et mettre au point la pensée

de dom Besse disant que la morale n'a jamais imposé aux catholiques de ne contracter aucune alliance avec des non-catholiques, M. Descoqs emprunte à M. de la Brière, en les faisant siennes, les considérations suivantes: (' S'il est exact que les croyants recherchent l'alliance politique des incrédules honnêtes et font bon accueil aux apologistes du dehors, ce n'est pas que la doctrine de l'Eglise ait varié sur les aberrations de l'incroyance, non plus que sur les rapports mutuels de la religion et de la vie morale. Ce qui a changé, depuis un siècle, ce sont les circonstances historiques grâce auxquelles le monde est devenu moins chrétien, de sorte que l'Eglise est maintenant en contact, même dans les pays catholiques, avec certains hommes dont la formation intellectuelle s'est développée en dehors de toute foi religieuse. 11 est évident que, sans nulle atténuation de doctrine, la conduite de l'Eglise ne saurait être la même envers de tels incrédules qu'envers ceux qui, ayant vécu dans le catholicisme, l'ont délibérément abandonné, pour passer dans les rangs de ses ennemis. Lors donc que les incrédules honnêtes prennent la défense de l'Eglise contre les persécuteurs,

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soit par respect du droit des consciences \ soit par égard au bienfait social du christianisme, quel principe doctrinal interdirait aux catholiques une pareille alliance'^ A vrai dire, c'est ici le monde qui a changé, mais non TEglise » ^ On ne saurait affirmer plus nettement qu'on est dans Thypothèse et qu'en conséquence, au lieu de déclarer simplement, au nom de la thèse, que l'erreur n'a pas de droit et de la poursuivre comme un délit, il faut au contraire, en attendant au moins de pouvoir mieux faire, s'entendre avec ceux mêmes qui sont dans l'erreur et, non seulement vivre parmi eux, mais s'allier à eux pour agir avec eux. 11 est vrai qu'immédiatement on est amené à en distinguer de deux sortes : car on ne peut parler d' « incrédules honnêtes » qu'en les opposant aux incrédules non honnêtes. Et puisqu'il s'agit de contracter alliance avec les uns à l'exclusion des autres,

1. Peut-être est-il bon de faire remarquer que « le droit des consciences » auquel M. de la Brière a l'air de faire ici bon accueil est un principe essentiellement libéral. —Et on sait du reste quelle garantie donne M. Maurras à cet égard, lui qui considère qu'on ne peut faire de politique qu'en se débarrassant du souci et du respect de la nature humaine (p. 161).

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