LA THÈSE ET LHYPOTHESE
thèse. Il n'y a qu'à s'y soumettre. Il est du reste bien entendu que les droits de la vérité intégrale sont énergiquement maintenus. Et que faut-il de plus, pense M. Descoqs, pour justifier l'alliance avec ï Action française'] Dès lors qu'il s'agit de faire servir l'erreur au triomphe de la vérité, les pactes avec ceux qui sont dans l'erreur, et non seulement les contacts, sont légitimes et peuvent être féconds.
C'est fort bien ! Toutefois, si d'autres s'avisent, non défaire des pactes avec ceux qui sont dans l'erreur, mais seulement d'avoir des contacts avec eux, de travailler avec eux ou à côté d'eux aux multiples taches qui constituent la vie sociale, si même ils s'avisent d'entrer en relation avec eux pour discuter leurs erreurs et les convaincre par persuasion, alors tout de suite, sans que même on s'inquiète des intentions, on appelle cela reconnaître à l'erreur le droit d'exister. C'est la thèse, affirme-t-on avec un zèle indigné, qui est méconnue ; c'est l'indifférentisme, c'est le libéralisme crû qui est professé. Et on ne manque pas de trouver des condamnations toutes prêtes pour écraser un tel méfait.
Qu'on lise, en la comparant avec le passage
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de M. de la Brière que je viens de citer, la note ^ où M. Descoqs dénonce ces « hommes qui se piquent de largeur d'esprit et n'ont de zèle que pour se préserver del'épithète de fossile,... qui bornent leurs efforts à ne pas paraître en guerre avec les pires ennemis de l'Eglise, quitte à en être invariablement la risée ou les constantes dupes ». 11 est clair que dans sa pensée, — et toule la littérature de son école est assez explicite à cet égard — ', il range pêle-mêle, parmi ceux-là, les sillonnistes, les catholiques sociaux, les ralliés, en un mot tous ceux qui ne sont pas monarchistes militants à la façon de V Action française. Et c'est bien d'eux tous qu'il dit : (( Pareille aberration relève-t-elle de la naïveté ou dénouce-t-elle une coupable complicité, on hésite parfois à le dire ? - »
2. L'hésitation n'est qu'apparente, et,(lans la dernière pase du livre, mise en surcharge parmi les et rata, M. Descoqs ne craint pas de parler du « masque odieux dont certains chefs modernistes aiment à se couvrir », Il ne nomme personne bien entendu, et il se garde encore plus de dire ce qu'il désigne par modernisme - Mais il pense bien que son lecteur n'hésitera pas plus que lui. Et c'est lui qui ose nous rappeler à la modération du langage.
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Mais complicité ou naïveté, ceci vaut cela. Et, pour M. Descoqs, ce qui caractérise ces gens, c'est que, '.< dans la vaine attente d'un avantage terrestre immédiat » ^ , ils pactisent avec l'erreur et trahissent la vérité ; c'est que tous sont coupables, ou au moins indirectement fauteurs, de « la monstrueuse alliance w préconisée entre les « démocrates catholiques » et tous les partis de gauche, y compris les radicaux sectaires et les socialistes.
Je laisse de côté la question de savoir si en effet une telle alliance a été préconisée, pouvant s'appeler une alliance du catholicisme avec le radicalisme et le socialisme ; et je laisse aussi de côté la question de savoir dans quell e mesure les catholiques quinesontpas d'Action française ont trempé dans une alliance de ce genre quelle qu'elle fût. Prenons-la pour ce que M. Descoqs veut qu'elle soit. Et, afin de lui faire la part belle, imaginons même qu'il ne s'agit ici, nullement des opportunistes qui eux au moins font des promesses, mais uni-
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quement des radicaux sectaires et des socialistes qui ne cachent pas Jeur dessein de dét ruire la religion. Je dis que dans ce cas, si l'alliance est monstrueuse, elle a exactement le même degré de monstruosité que l'alliance avec le positivisme de VActio)i française.
Et en effet, d'une part, le dessein non caché qu'ont les radicaux et les socialistes de détruire la religion ne saurait être pire que le dessein, non caché également, qu'ont M. Maurrasetses amis de se servir du catholicisme pour » organiser ridée de Dieu )>, c'est-à-dire pour faire que l'idée de Dieu ne se transforme pas en une croyance qui soulève les âmes de terre : ceux-ci ne sont pas plus opposés que ceux-là aux fins propres de la religion. Et leur dessein de l'apprivoiser pour l'utiliser temporellement n'est-il pas même plus redoutable que le dessein de la supprimer ? car, si douloureuse que soit la persécution, au moins ne corrompt-elle pas et contribue-t-elle au contraire, comme le montre l'histoire, à tremper les âmes et à réveiller leurs énergies; tandis que la main-mise sur la religion, pour lui faire un succès de façade en vue d'en tirer profit, ne peut que préparer les pires ruines.
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Et, d'autre part, si iailiance avec les premiers contre un ennemi commun doit aboutir, après la victoire, à une lutte avec eux pour décider qui bénéficiera de cette victoire, il en est de même, selon l'aveu même de M. Descoqs, de l'alliance avec les seconds, puisque les catholiques vraiment catholiques ne pourraient pas plus s'accommoder du a gallicanisme )) éiatiste et athée de ceux-ci que du « laïcisme » non moins étatiste et non moins athée de ceux-là.
De plus, le motif mis en avant pour contracter l'alliance est aussi le même des deux côtés : l'attente d'un avantage à en tirer. Et qu'il soit « immédiat » ou médiat, proche ou lointain, ce n'est qu' « un avantage temporel ». Et si les uns peuvent se flatter de le transformer en avantage spirituel, rien n'empêche les autres d'en faire autant... en se dupant de la même façon. Et les « démocrates catholiques », tout autant que les « aristocrates catholiques », ont le droit de dire eux aussi qu'ils sont dans l'hypothèse, qu'ils ont en face d'eux des hommes a dont la formation intellectuelle s'est développée en dehors de toute foi religieuse », qu'ils peuvent en s'alliant à eux arriver à les conver-
tir, que c'est une manière d'exercer l'apostolat, etc, etc. Et alors de quel droit les condamnez-vous au nom de la thèse, si la thèse ne vous condamne pas vous-même ? Tout ce que vous pourriez dire qui ne vous fasse pas tomber dans cette énorme contradiction, c'est qu'ils sont moins habiles que vous, c'est qu'ils ne vont pas du côté où il y a « chance de réussir «. Mais tant qu'il ne s'agit que de l'alliance en elle-même, au point de vue moral et religieux, la leur et la vôtre se valent.
S'il en est qui ont rêvé d'une alliance comme celle que M. Descoqs dénonce, c'est leur affaire, et on voit ce que j'en pense. Mais ce qui est notre affaire ici, c'est que M. Descoqs, comme du reste tous ceux avec lesquels il se solidarise, n'imagine pas qu'on puisse prendre une autre attitude que lui, vis-à-vis des incroyants qui ne sont pas de V Action française^ sans en effet s'allier avec eux, sans pactiser avec leurs erreurs et même avec leurs intentions : si l'alliance n'est pas déclarée, insinuet-il, ily a au moins alliance implicite, à moins que ce ne soit un complot qui se cache dans l'ombre, une carboneria quelconque.
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C'est ainsi que très spirituellement il a d'abord signalé à Testis le cas de M. Blondel qui, si catholique qu'il soit, collabore avec M. Payot à l'Université d'x\ix. Et il s'est même avisé de l'en féliciter en découvrant là une manière de faire qui justifiait la sienne. Testis ayant répondu à ce sujet, je n'ai pas à y revenir ', Mais la félicitation était si sincère qu'elle n'a pas tenu. Et M. Descoqs juge maintenant au contraire que M. Blondel se prête à des collaborations compromettantes avec « une facilité qui parfois a pu paraître excessive » ^ Et il vaut la peine de voir comment il s'y prend pour nous en convaincre MVI. Blondel en effet ne collabo-
1. Cf. Annales de philosophie chrétienne, juin 1910, p. 269 et décembre, p. 277.