Isaiah Bowman. Le Monde Nouveau, Payot
à l’apogée de leur puissance, Une longue neutralité les à prodigieusement enrichis. En face d’eux, les États européens apparaissent désormais dans la situation amoindrie de débiteurs. Leurs hommes d'État se sont posés en arbitres, dans la négociation de la Paix ; leurs financiers ont apprécié souverainement la capacité contributive des vaincus et organisé le régime des réparations :.
Non content de cette manifestation d’impérialisme, si peu conforme à la doctrine de Monroë, l'oncle Shylok, prétend à l’avenir exercer seul son emprise sur les États de l'Amérique latine. La Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne, autrefois fournisseurs exclusifs de ces pays, voient aujourd’hui leur chiffre de ventes dépassé par celui des États-Unis et l'influence morale que nous exercions dans cette partie du monde, n’aura bientôt plus que la valeur d’un souvenir ?.
Sans doute, l'Asie demeure, avec ses populations innombrables, ses civilisations vieilles comme le monde ; mais c’est là précisément qu’il faudra situer demain le second acte de la tragédie dont nous n’avons vécu jusqu'ici que le prologue.
Lorsque l’amiral américain Commodore Perry imposa en 1853 l’ouverture des ports japonais aux nations étrangères, il ouvrit en même temps le Japon féodal à l'influence des civilisations occidentales *.
1. Octave Homberg. L’impérialisme américain, Plon. 2. Charles Lesca. Amérique du Sud 1936, Je suis partout, novembre-
décembre 1936.
Julien Durand. L'évolution économique de l’Amérique du Sud, dans
Revue Economique Internationale, mars 1936.
Le Conseiller du Commerce extérieur, novembre-décembre 1935,
« L'enquête en Amérique du Sud ».
3. Le Japon mérite une étude spéciale en raison des problèmes économiques qu’il pose pour l’Empire français, au Maroc par exemple.
Les faits, depuis cette date, ont marché à grands pas. 1904, c’est Moukden et Tsou-Shima, l’Asie toute entière tressaille à la victoire des Japonais et Victor Bérard peut écrire : « Au delà même de la Chine, il semble que dans toute l'Asie les espions et les émissaires du Japon soient allés tâter la conscience asiatique. Au Siam, dans l’Inde, au Turkestan, en Perse, à Constantinople même, ils vinrent mesurer la patience et la résignation qui maintiennent encore l’Asie sous le joug européen. « L’Asie aux asiatiques » allaient-ils répétant, ce qui voulait dire « PAsie aux JaponAÏs 1. »
Moins de trente ans après, la Mandchourie est envahie, l’état du Mandchoukouo est créé et le Japon quitte la Société des Nations, en manifestant sans détour sa volonté d’avoir le champ libre en Extrême-Orient.
Son développement économique devait marcher de pair, avec un tel accroissement d’influence politique. Après quelques années d'illusions trompeuses, inspirées de nos méthodes occidentales, le Japon est revenu à l’esprit du Bushido, Code des Samouraï, qui groupe le peuple entier en une même famille dont le Mikado est le chef 2. C’est cette ambiance patriarcale qui explique l'essor remarquable et sans heurt d’une industrie à laquelle la guerre mondiale ne devait pas tarder à assurer des débouchés. « L’Angleterre, la France, l'Italie, l'Amérique et l’ Allemagne entraîinées dans le tourbillon de la catastrophe ont cessé de jouer un rôle prépondérant dans les industries manufacturières du monde. En conséquence le Japon est resté le seul fournisseur à même de combler sur le marché d’Extrème-